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  • il y a 7 mois

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00:00Européens, Pascal Proévo.
00:03Nicolas est avec nous et au-delà de cette crise, c'est toujours intéressant d'écouter les profils des uns et des autres
00:08et de savoir comment vous vivez. Alors vous étiez venu déjà l'année dernière, vous êtes un fromager,
00:12vous produisez du fromage de chèvre, je ne peux pas vous donner une expertise dans ce domaine
00:16puisque je n'ai jamais mangé de fromage et le simple nom parfois me fait peur parce que je n'ai pas le goût.
00:23En plus c'est très fort je crois le fromage de chèvre.
00:25C'est délicieux.
00:27Au contraire, après en vieillissant, en prenant de l'âge, oui il prend du caractère.
00:33Ah oui, comme Pascal.
00:37Olivier Guénette.
00:38Alors vous étiez venu quand nous voir ?
00:40Alors il y a deux ans exactement.
00:41Ah il y a deux ans déjà ?
00:43Et oui quand on est venu en tracteur déjà.
00:47Est-ce que vous diriez que par rapport à il y a deux ans, c'est pareil, c'est mieux ou c'est moins bien ?
00:53Alors je vais vous dire honnêtement, il n'y a rien qui avance.
00:57C'est pareil, mais ce n'est pas pire.
00:58Oh si c'est pire.
00:59C'est pire, c'est-à-dire que vous gagnez moins bien votre vie qu'il y a deux ans ?
01:03Si vous voulez, on a changé le fonctionnement de l'exploitation.
01:08C'est-à-dire qu'avant on voulait investir et maintenant on survit.
01:14Et l'exploitation elle survit.
01:16Bon, vous êtes combien dans cette exploitation ?
01:18Justement, je n'ai plus de salariés parce que je ne peux plus les payer.
01:20Il y a deux ans vous aviez des salariés ?
01:21Oui, j'avais une salariée.
01:24C'est terrible.
01:24Si vous voulez, l'agriculture régresse.
01:28Bon, mais elle régresse parce que finalement ça ne peut pas être autrement ?
01:34Ou elle régresse parce que les solutions françaises ne sont pas adaptées ?
01:39Est-ce que c'est une crise de l'offre ?
01:42Est-ce que c'est une crise de la demande ?
01:44Est-ce que par exemple dans le fromage de chèvre,
01:46les gens, parce que c'est plus cher, parce qu'ils n'ont pas envie d'acheter cela,
01:49est-ce qu'il y a une crise de la demande ?
01:53Alors la demande, pas du tout, parce qu'on est sur des produits qui sont demandés.
01:57Mais en fait, produire aujourd'hui, ça coûte très très cher.
02:01Et en fait, on est dans un système où le serpent qui se mord la queue,
02:05c'est-à-dire que les banques ne veulent pas investir pour de nouveaux matériels,
02:10de nouvelles choses.
02:11Donc vous n'avez pas le...
02:12Donc vous êtes tout seul dans cette exploitation avec votre épouse ?
02:15Oui, avec mon épouse.
02:16Donc vous êtes deux.
02:17Et je demandais tout à l'heure le chiffre d'affaires de l'exploitation viticole avec Karine Leduc.
02:24Vous êtes capable de donner votre chiffre d'affaires ou ça vous ennuie Nicolas ?
02:28C'est une petite entreprise, donc j'ai 100 000 euros de chiffre d'affaires,
02:32c'est rien du tout quoi.
02:33C'est une entreprise familiale.
02:35D'accord, mais sur ces 100 000 euros, vous arrivez à...
02:37Donc votre épouse ne travaille pas.
02:39Elle n'est pas salariée en dehors de l'entreprise.
02:42Vous êtes tous les deux sûrs à vivre sur cette entreprise.
02:45Donc est-ce que vous dégagez un peu de revenus sur ces 100 000 ?
02:48Non, non, on vivote.
02:49Et moi je vais vous expliquer une partie de mon revenu.
02:53En fait avant, pour tout expliquer, les agriculteurs reçoivent des aides européennes.
02:58Moi j'ai toujours été contre ces aides, donc je ne les prenais pas.
03:02Je ne prenais pas les aides européennes.
03:03Et pourquoi vous les preniez pas ?
03:04Vous aviez le droit à des aides et vous les preniez pas ?
03:06Parce que, je suis peut-être bête, mais moi j'ai des principes.
03:09Je ne sais pas que vous êtes bête, mais c'est que vous êtes généreuse.
03:11Et quand je critique un système, je ne vais pas y rentrer dedans.
03:15Mais par exemple, sur une entreprise comme la vôtre,
03:17à quelle hauteur d'aide financière y avait-il ?
03:22Moi c'est vraiment très petit, parce que nous avons une aide à la chèvre
03:26qui représente à peu près 12 euros par chèvre.
03:28Donc vous voyez, j'ai 100 chèvres, le calcul est assez rapide.
03:31Et puis après, vous avez des aides sur les surfaces.
03:43J'ai très peu de surfaces.
03:44Donc en fait, moi, la PAC, c'est...
03:46Bon, vous les avez laissées.
03:47Quels sont vos clients ?
03:49Ces 100 000 euros, vous les facturez à qui ?
03:52Alors moi je vends à des grossistes,
03:54qui revendent dans des crèmeries,
03:56dans des petits supermarchés,
04:00et des grands supermarchés au rayon à la coupe.
04:02Et là, vous n'avez pas de problème à la vente, aucun.
04:05C'est-à-dire que si vous produisiez davantage,
04:08par exemple, si vous investissiez davantage,
04:10vous pourriez effectivement faire peut-être plus de chiffre d'affaires,
04:13surtout plus de fromage de chèvre en l'occurrence.
04:16Voilà, mais après, bon...
04:16Mais il faudrait des investissements lourds ?
04:18Des investissements lourds, et puis...
04:20Et c'est à hauteur de combien ces investissements ?
04:21Si vous voulez, si vous regardez,
04:25vous n'êtes pas loin du million d'euros
04:26pour refaire un atelier.
04:30Et ça c'est absolument impossible,
04:31un million d'euros, bien sûr.
04:32J'imagine qu'avec 100 000 euros de chiffre d'affaires,
04:35parce que vous dégagez quoi ?
04:3710 000 euros, 15 000 euros de revenus par an pour vous ?
04:40C'est moins ce que ça, vous savez.
04:44C'est... voilà, on se...
04:46Pardonnez-moi de le dire comme ça,
04:47mais comment vous vivez,
04:48s'il y a si peu de revenus ?
04:51Donc vous êtes...
04:52Il faut payer l'électricité,
04:53il faut payer des abonnements pour les téléphones,
04:56il faut payer des habits pour les enfants,
04:58j'imagine, il y a beaucoup de...
05:00De temps en temps, il faut payer quelques loisirs,
05:02tout ça n'existe pas ?
05:03Ah les loisirs, bon ça c'est sûr que...
05:05C'est pas...
05:06Enfin, voilà, on peut trouver des loisirs aussi
05:08qui sont gratuits, heureusement.
05:09Mais il n'y a pas...
05:10Depuis deux ans par exemple,
05:12vous avez pris des vacances ?
05:13Ah les vacances, non ça c'est...
05:14Mais de toute façon, ça fait très très longtemps
05:16que je n'ai pas pris de vacances.
05:17Donc depuis deux ans,
05:17vous n'avez pas pris une journée de vacances, quoi.
05:18Vous n'êtes pas allé dans un hôtel,
05:20que sais-je,
05:21ou quelques jours,
05:22ou passé trois jours
05:23avec votre épouse,
05:24ou huit jours ?
05:25Oui, c'est arrivé,
05:26cette année, non,
05:27l'été...
05:29Oui, cet été,
05:30on est partis quelques jours,
05:31mais enfin oui, voilà.
05:32Mais on ne part pas...
05:32Déjà, on ne peut pas partir
05:33tous les deux ensemble,
05:34puisque c'est compliqué,
05:36puisqu'il y a l'élevage.
05:36Oui, c'est ce que vous m'aviez dit.
05:37Voilà.
05:37Donc...
05:38Et vous avez combien d'enfants ?
05:39Comme divorcés deux enfants,
05:40deux filles.
05:41C'est ça qui est tout à fait particulier.
05:43Et pardonnez-moi aussi
05:44de vous poser cette question,
05:45j'avais dû vous la poser il y a deux ans,
05:47mais il y a un moment,
05:47vous ne vous dites pas,
05:48je vais arrêter ?
05:49Alors, c'est pareil.
05:51Vous savez,
05:52je pense que c'est dans le milieu rural,
05:54et dans le milieu des agriculteurs,
05:55on a des principes,
05:56et on a des valeurs aussi.
05:57On s'est engagé,
05:58on a pris un emprunt,
06:00on doit le payer.
06:01Alors même si des fois,
06:01c'est compliqué,
06:02on a du mal à payer,
06:03mais on doit le payer.
06:04Donc on va jusqu'au bout.
06:06Et puis,
06:06voilà,
06:07les valeurs,
06:07l'engagement,
06:08il faut aller jusqu'au bout.
06:10Et moi,
06:11si jamais mon exploitation coulait,
06:14et que je ne pourrais pas payer
06:15quelqu'un,
06:17je serais vraiment embêté.
06:19C'est dans mes valeurs.
06:20C'est tout.
06:22Je ne sais pas si les uns et les autres
06:24veulent réagir,
06:25parce que c'est toujours admirable
06:26de vous écouter
06:27et d'entendre cet engagement,
06:29mais qu'est-ce qu'il faudrait
06:30pour que ça change ?
06:31Je n'arrive pas à savoir précisément
06:33les mesures concrètes
06:36qui pourraient vous aider.
06:38Là,
06:38est-ce que vous êtes victime vous-même
06:40de cette sur-contrôle
06:42ou de cette sur-norme ?
06:43La sur-contrôle,
06:44sur-norme,
06:45sur...
06:46Enfin,
06:47si vous voulez,
06:48je vous parlez souvent
06:51dans la politique
06:52des petits hommes gris.
06:53Nous,
06:54on a les petits hommes gris
06:55des services vétérinaires,
06:57on a les petits hommes gris
06:58de l'agriculture
06:59qui sont là derrière,
07:01qui pour prouver
07:03et qu'ils ont leur place,
07:04vous demandent
07:04tel formulaire,
07:05de tel papier,
07:06de tel contrôle,
07:07de telle chose,
07:08et parce que,
07:10pour prouver
07:10qu'ils ont une place,
07:11qu'ils ont fait
07:11autant,
07:12assez de contrôle,
07:13voilà,
07:13et on est en permanence.
07:14Vous avez une épée d'amoplaise
07:15sur la tête.
07:16C'est combien de temps
07:16que vous êtes à la tête
07:17de cette exploitation ?
07:18Alors en fait,
07:19moi je suis né dedans,
07:20mes parents étaient agriculteurs
07:21et...
07:22Et vos parents,
07:22ils sont toujours de ce monde ?
07:23C'est ma mère
07:25et qui nous aide
07:26sur la ferme.
07:28Et ces contrôles
07:29n'existaient pas,
07:30jadis avant ?
07:31Est-ce que par exemple,
07:33quand vous aviez 15 ans,
07:34il y a quelques années,
07:36le niveau de vie
07:37de vos parents
07:37était supérieur au vôtre ?
07:38Alors c'était pas
07:39sur les mêmes productions,
07:40mais je pense que non,
07:42ça a toujours été...
07:44Nous on avait des petites fermes,
07:45c'était pas...
07:46Donc ça,
07:46ça n'a jamais été
07:48des très gros revenus.
07:49Après,
07:50ma mère a souvent
07:51un exemple
07:52qui est assez frappant,
07:53c'est que quand elle,
07:54elle s'est installée
07:55dans l'agriculture,
07:57elle disait
07:57la chambre d'agriculture,
07:59la MSA,
08:00donc la MSA,
08:01c'est notre service social,
08:03si vous voulez,
08:04ça représentait
08:04une petite...
08:06deux petites pièces
08:10dans un grand immeuble.
08:12Aujourd'hui,
08:13quand vous allez
08:13dans le Tarn-et-Garonne,
08:14la MSA,
08:15c'est un énorme immeuble
08:17avec des milliers...
08:18Enfin, je ne veux pas dire
08:19des milliers,
08:19mais des centaines de personnes
08:20qui sont dedans,
08:22la chambre d'agriculture,
08:23c'est la même chose,
08:24les services de l'État,
08:25c'est la même chose,
08:26et en fait,
08:26avant,
08:27dans un tout petit bâtiment
08:28où il y avait
08:28quatre pièces,
08:30on avait toutes les personnes,
08:31aujourd'hui,
08:31il y a cinq, six immeubles
08:33immenses.
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