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  • il y a 9 mois
Qui est Emile Ajar, l'alter égo de Romain Gary, utilisé par l'auteur pour publier anonymement dans les années 70 ? Kerwin Spire clôt sa trilogie dans son nouveau livre "Monsieur Romain Gary : Alias Émile Amar" en interrogeant ses dernières années, celles en particulier où il se dédouble sous le pseudonyme d'Ajar et obtient le prix Goncourt pour La vie devant soi.
Transcription
00:00C'est Émile Ajar qui va donc naître, il va le faire incarner par son neveu, petit-neveu Paul Pawlowski, pour détourner l'attention.
00:08C'est totalement, évidemment, abracadabantesque, il se cache en Suisse, au Danemark, enfin, on ne va pas raconter le détail, mais c'est vrai que c'est une drôle d'histoire.
00:16On a compris pourquoi il voulait renaître ou, j'allais dire, changer d'identité aux yeux du monde.
00:22Et c'est vrai que là, alors là, le style qu'il invente est totalement, radicalement différent dans la vie de Vansoie.
00:28– C'est une voix, c'est une voix qui nous fait entendre avec un vrai corpus, une voix qui est nouvelle dans la littérature.
00:37– Un peu trivial, un peu de langue parlée, enfin…
00:40– Mais très travaillée, quand on s'intéresse à ces manuscrits, on se rend compte que l'oralisation d'un dialogue, d'un chapitre,
00:48est énervé de subtilités, de syllabes ravalées, de ponctuations travaillées, et c'est un texte finalement qui a ses codes.
00:58Et l'œuvre d'Ajar, qui est une œuvre recommencée, a également son identité, son esthétique.
01:03– Totalement différente de celle de Romain Garry.
01:06– Ce qui m'a fait plaisir, c'est que dans votre livre, quand il fait allusion à cette écriture de la vie de Vansoie,
01:11la référence, c'est presque toujours Raymond Queneau, et moi je trouve qu'il y a une autre référence qui me paraît évidente, c'est Céline aussi.
01:18– Mais tout à fait, bien sûr. Un peu brute, un peu voyeuse, enfin un peu, bien sûr.
01:23– L'œuvre d'Ajar est celle d'un styliste, mais aussi une chambre d'écho à toutes les questions
01:28qui taraudent la société des années 70, qui voit ce point de bascule après 68,
01:33avec ses tensions sur la modernité, sur les questions de société.
01:36On parlait de la tension des engagements politiques, des combats de Dickens,
01:42en particulier auprès des figures de prostituées, cette humanité dépommée, des marges.
01:46– C'est aussi celle qu'on retrouve dans l'œuvre d'Emile Ajar, qui est un réceptacle d'humanisme,
01:52extrêmement tendre, extrêmement charnel, et qui est aussi une leçon,
01:56un autre degré d'écriture de cette œuvre, de géopolitique.
01:59Cet amour filial entre une vieille prostituée juive, un petit adolescent arabe.
02:03– Oui, Madame Rosa qui accueille des pères dépommées et des jeunes enfants, dont Momo, lui, jeune musulman.
02:08Et il y a ça, cette solidarité qui se crée à Belleville, dans ce milieu sans culture, bien sûr,
02:16dont il retrace le langage.
02:17– Et c'est aussi une réponse à la guerre des six jours.
02:20– Oui.
02:20– C'est aussi une réponse aux tensions identitaires.
02:23C'est la grande leçon humaniste apaisée que nous offre Gary.
02:27Et je crois que c'est ce qui fait, c'est un trait de caractère de cette œuvre,
02:30une œuvre universelle, une œuvre intemporelle,
02:32dont aujourd'hui nous sommes à la troisième ou quatrième génération de lecteurs.
02:36– Sous-titrage Société Radio-Canada

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