00:00C'est Émile Ajar qui va donc naître, il va le faire incarner par son neveu, petit-neveu Paul Pawlowski, pour détourner l'attention.
00:08C'est totalement, évidemment, abracadabantesque, il se cache en Suisse, au Danemark, enfin, on ne va pas raconter le détail, mais c'est vrai que c'est une drôle d'histoire.
00:16On a compris pourquoi il voulait renaître ou, j'allais dire, changer d'identité aux yeux du monde.
00:22Et c'est vrai que là, alors là, le style qu'il invente est totalement, radicalement différent dans la vie de Vansoie.
00:28– C'est une voix, c'est une voix qui nous fait entendre avec un vrai corpus, une voix qui est nouvelle dans la littérature.
00:37– Un peu trivial, un peu de langue parlée, enfin…
00:40– Mais très travaillée, quand on s'intéresse à ces manuscrits, on se rend compte que l'oralisation d'un dialogue, d'un chapitre,
00:48est énervé de subtilités, de syllabes ravalées, de ponctuations travaillées, et c'est un texte finalement qui a ses codes.
00:58Et l'œuvre d'Ajar, qui est une œuvre recommencée, a également son identité, son esthétique.
01:03– Totalement différente de celle de Romain Garry.
01:06– Ce qui m'a fait plaisir, c'est que dans votre livre, quand il fait allusion à cette écriture de la vie de Vansoie,
01:11la référence, c'est presque toujours Raymond Queneau, et moi je trouve qu'il y a une autre référence qui me paraît évidente, c'est Céline aussi.
01:18– Mais tout à fait, bien sûr. Un peu brute, un peu voyeuse, enfin un peu, bien sûr.
01:23– L'œuvre d'Ajar est celle d'un styliste, mais aussi une chambre d'écho à toutes les questions
01:28qui taraudent la société des années 70, qui voit ce point de bascule après 68,
01:33avec ses tensions sur la modernité, sur les questions de société.
01:36On parlait de la tension des engagements politiques, des combats de Dickens,
01:42en particulier auprès des figures de prostituées, cette humanité dépommée, des marges.
01:46– C'est aussi celle qu'on retrouve dans l'œuvre d'Emile Ajar, qui est un réceptacle d'humanisme,
01:52extrêmement tendre, extrêmement charnel, et qui est aussi une leçon,
01:56un autre degré d'écriture de cette œuvre, de géopolitique.
01:59Cet amour filial entre une vieille prostituée juive, un petit adolescent arabe.
02:03– Oui, Madame Rosa qui accueille des pères dépommées et des jeunes enfants, dont Momo, lui, jeune musulman.
02:08Et il y a ça, cette solidarité qui se crée à Belleville, dans ce milieu sans culture, bien sûr,
02:16dont il retrace le langage.
02:17– Et c'est aussi une réponse à la guerre des six jours.
02:20– Oui.
02:20– C'est aussi une réponse aux tensions identitaires.
02:23C'est la grande leçon humaniste apaisée que nous offre Gary.
02:27Et je crois que c'est ce qui fait, c'est un trait de caractère de cette œuvre,
02:30une œuvre universelle, une œuvre intemporelle,
02:32dont aujourd'hui nous sommes à la troisième ou quatrième génération de lecteurs.
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