- il y a 7 mois
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00:00Bonjour, bienvenue dans les informés, votre rendez-vous de décryptage de l'actualité.
00:06Bonjour Renaud Desmets.
00:06Bonjour Agathe.
00:07Deux questions à la une ce matin.
00:09La coalition des volontaires des soutiens de l'Ukraine a-t-elle franchi un cap décisif hier ?
00:14Et puis crise agricole, le gouvernement est-il débordé ?
00:18Comment faire pour faire rentrer les tracteurs chez eux ?
00:22Pour tout comprendre, pour décrypter ce matin, nos informés.
00:25Stéphanie Despierre, journaliste politique à LCP.
00:27Bonjour Stéphanie.
00:28Bonjour.
00:28Et Gilles Bornstein, présentateur de l'interview « Les 4 vérités » tous les matins sur France 2.
00:33Bonjour Gilles.
00:34Bonjour Agathe, bonjour à tous.
00:35On commence donc, Renaud, avec cette réunion de la coalition des volontaires hier.
00:39L'Europe est-elle en train de contre-attaquer ?
00:41Cette coalition des volontaires qui rassemble donc 35 pays que Emmanuel Macron a accueillis hier à l'Elysée
00:46avec l'objectif d'abord d'afficher des convergences entre les Européens, les Ukrainiens et les Etats-Unis
00:52sur les modalités opérationnelles des garanties de sécurité à mettre en œuvre
00:57après un cessez-le-feu sur le front en Ukraine.
01:00La France, le Royaume-Uni et l'Ukraine ont d'ailleurs notamment signé une déclaration d'intention commune
01:04sur le déploiement d'une force multinationale après le cessez-le-feu.
01:08Rappelons aussi qu'il y avait hier, présent à l'Elysée, deux représentants américains,
01:12notamment l'émissaire américain Steve Whitkoff, l'émissaire spécial de Donald Trump.
01:16Dans ce cadre d'ailleurs de cette force multinationale qui se déploierait en retrait du front
01:22après un cessez-le-feu, quelle serait l'implication de la France ?
01:25La réponse d'Emmanuel Macron hier soir, c'était dans le journal de 20h de France 2.
01:29Nous avons montré notre disponibilité aussi pour nous être déployés dans cette force multinationale
01:35qui serait loin de la ligne de front et qui aura vocation à être une force de réassurance de l'armée ukrainienne.
01:42Quel est l'objectif que nous poursuivons ? La paix. Mais on ne veut pas que cette paix ce soit une capitulation ukrainienne.
01:47Sur la question ukrainienne, on le voit, les Européens essayent d'arrimer les Américains à ce plan de paix,
01:52aux garanties de sécurité qui suivraient un éventuel cessez-le-feu, mais un autre front potentiel est en train de s'ouvrir,
01:58c'est la question du Groenland. Sur cette question du Groenland, Emmanuel Macron a répliqué,
02:04toujours dans le 20h de France 2, aux visées de Donald Trump.
02:07La souveraineté des Etats est la base de tout. Il n'y a pas pour moi de scénario où les Etats-Unis d'Amérique
02:15seraient mis dans une situation de violer la souveraineté danoise. Cela n'existe pas.
02:22Si cela devait arriver, c'est un autre monde.
02:25Et six pays européens, d'ailleurs la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, etc. ont signé hier une déclaration commune
02:30pour soutenir le Groenland et le Danemark. Il n'empêche que la porte-parole de Donald Trump a renouvelé les menaces du président américain
02:35en évoquant d'ailleurs même une hypothèse militaire.
02:38Utiliser l'armée américaine est toujours une option à disposition du commandant en chef, a-t-elle dit.
02:42Alors, comment l'Europe peut-elle d'un côté essayer d'arriver les Etats-Unis à une solution en Ukraine
02:49et à une paix juste et durable, et de l'autre côté résister aux visées de Donald Trump,
02:55en particulier sur le Groenland ?
02:56Est-ce qu'un cap a été franchi hier, Stéphanie ?
02:58Parce que ça fait depuis des mois qu'elle se réunit, cette coalition des volontaires.
03:01Ça n'a pas empêché Vladimir Poutine et Donald Trump de négocier entre eux.
03:05On a l'impression que ça n'avançait pas trop.
03:07Là, cette réunion hier avec les Etats-Unis, des annonces à l'issue, ça avance ?
03:13Ça avance. En tout cas, ça montre que l'Europe arrive à faire quelque chose, à être unie,
03:17à garder le lien aussi avec l'Amérique de Trump, ce qui, on l'a vu, est très compliqué en ce moment.
03:22Donc là, la présence des deux émissaires américains est diplomatiquement très importante.
03:27Il y a des garanties de sécurité, ça veut dire que les Européens arrivent aussi à se mettre d'accord,
03:31même si, on l'a vu, Emmanuel Macron dit que la France pourra ensuite envoyer des soldats.
03:36L'Italie, par exemple, dit que pour l'instant, il n'en sera pas question.
03:40Mais le problème, c'est que, là, on parle de la suite, et que pour l'instant, les combats continuent,
03:45il n'y a pas de cessez-le-feu, les négociations de paix n'avancent pas.
03:48Donc, c'est un pas important, c'est un acte diplomatique important,
03:53mais on ne sait pas exactement, pour l'instant, ce que ça va changer dans l'immédiat.
03:56Qu'est-ce qui ressort de concret de cette réunion, Gilles, du côté des Américains, du côté des Européens ?
04:01De concret, vraiment signé, rien, puisqu'il y a eu une déclaration, effectivement, des Européens avec les Écréniens,
04:07que les Américains n'ont pas signé.
04:09Donc, il n'y a pas de garantie juridique de la part des États-Unis
04:13qu'ils interviendraient d'une manière ou d'une autre.
04:15De toute façon, j'ai envie de dire, quand bien même ça serait signé, on a vu ce que Donald Trump fait du droit international,
04:20et il n'était pas prévu dans la Constitution et dans les accords qu'il a signés
04:23qu'il aille chercher un chef d'État dans son palais présidentiel à Caracas.
04:29Donc, rien de signé, mais il y a quand même des choses qui avancent,
04:31parce que c'est vrai que ce n'était pas gagné que l'Europe reste unie,
04:34et manifestement, l'Europe reste relativement unie, à la carte, avec l'Italie qui n'irait pas,
04:39les Allemands qui iraient, mais pas en Ukraine, les Britanniques et les Français,
04:44qui, eux, pourraient déployer des troupes à l'intérieur du territoire ukrainien.
04:47Donc, d'une certaine manière, l'Europe reste unie et ce n'était pas gagné.
04:50Et ce qui n'était pas du tout gagné, c'était d'arrimer, comme a dit Renaud, d'arrimer les États-Unis.
04:54Jusqu'où sont-ils arrimés ? On ne le sait pas.
04:57Emmanuel Macron dit que c'est eux qui surveilleront la frontière pour voir si elle est violée ou pas.
05:01Absolument. J'avais ce matin au 4V le ministre des Affaires européennes qui disait
05:04« Oui, les Américains se sont engagés à monitorer, selon le terme, c'est-à-dire surveiller.
05:08Il y aurait 1200 qui... »
05:10Tout cela dépend d'un éventuel cesse...
05:12Là, on parle s'il y avait un cessez-le-feu qui est très loin d'être acquis.
05:15S'il y avait un cessez-le-feu sur la ligne de front, il y a 1200 kilomètres de frontières à surveiller.
05:22Manifestement, nous, Européens, n'avons pas les moyens de surveiller ces 1200 kilomètres
05:26et les Américains auraient donné leur accord pour monitorer avec leurs satellites,
05:31avec leur capacité de renseignement, à être ceux qui surveilleront le fait que le cessez-le-feu est respecté ou pas.
05:38Ce n'est pas des garanties de sécurité militaire, mais enfin, c'est déjà quelque chose.
05:42À quoi ça sert, Renaud ? C'est ce qui est extrêmement important.
05:48Dans les deux cas, d'ailleurs, sur ces deux dossiers, la guerre, la vraie guerre qui fait des ravages
05:52depuis bientôt quatre ans en Ukraine, et puis le conflit diplomatique qui naît,
05:55et notamment sur la question de Groenland, c'est déjà que l'Europe réussit,
05:58et Gilles Banschel le disait à l'instant, à maintenir son unité, à afficher son unité.
06:03Et ce n'était pas gagné après quatre ans de guerre, avec aussi les dissensions politiques
06:07qu'il peut y avoir au sein de l'Europe, avec Viktor Orban, Georgia Meloni et d'autres,
06:13avec la pression de Donald Trump, avec la menace russe, tout ça n'était pas gagné,
06:17avec le coup que ça représente aussi pour les Européens de soutenir l'Ukraine,
06:20et ça, ce soutien, il est renouvelé encore hier, dans la durée.
06:24Et ça, c'était extrêmement important.
06:25Et c'est la même chose sur le Groenland, c'est-à-dire que la réaction, cette déclaration conjointe,
06:29disant qu'on n'imagine pas que les Américains mettent en cause la souveraineté d'un État
06:34qui, de surcroît, est membre de l'OTAN,
06:37le fait qu'il y ait enfin une réaction d'une demi-douzaine de pays européens extrêmement important,
06:41c'est un premier pas qui était indispensable.
06:43À partir de là, dans les deux cas, et d'abord, évidemment, pour ce qui est du conflit en Ukraine,
06:47les Européens sont dépendants des autres, c'est-à-dire qu'ils sont dépendants d'abord
06:51de la volonté éventuelle de Vladimir Poutine d'aller vers un cessez-le-feu,
06:56voire une paix, et ça, on voit bien qu'il n'en est pas question à l'heure qu'il est.
06:59Donc, tout ce dispositif, toute cette coalition des volontaires
07:02qui vise à préparer le jour d'après, avant le jour d'après, par définition,
07:06il faut le jour d'avant, et le jour d'avant, il dépend de Vladimir Poutine.
07:08Et puis, il dépend aussi de l'attitude de Donald Trump, y compris, d'ailleurs,
07:12dans la mise en œuvre, ensuite, des dispositifs qu'évoquait Gilles Bernstein,
07:15le monitoring, que se passerait-il en cas de nouvelle agression russe après un cessez-le-feu, etc.
07:20Tout ça n'est pas encore très clair.
07:21Et même chose sur le Groenland, tout dépend évidemment de la réalité d'un passage à l'acte ou pas
07:26de l'administration Trump pour mettre la main d'une façon ou d'une autre sur le Groenland.
07:30Justement, Gilles Bernstein, ça signifie quoi quand Emmanuel Macron dit
07:32« Pour moi, il n'y a pas de scénario où les États-Unis s'attaquent,
07:36enfin, violent la souveraineté du Groenland ? »
07:38Ben, c'est assez compliqué à comprendre, parce qu'il y a plein de choses dans le monde
07:40qui n'existaient pas et qui ont fini par exister.
07:43Et évidemment, on pense tous à ce qui s'est passé au Venezuela.
07:48On a l'air à peu près convaincus dans les chancelleries européennes
07:51que Donald Trump n'emploiera pas la force pour prendre le Groenland.
07:55Mais enfin, qu'il menacera, il menacera tant et si bien qu'il finira,
07:58qu'il pourrait finir quand même par obtenir des choses qu'il n'aurait pas.
08:02Ben, c'est ce que fait Trump régulièrement, c'est-à-dire menacer de choses tellement incroyables
08:07que pour les éviter, ils finissent par obtenir ce qu'ils n'auraient peut-être pas obtenu
08:12sans proférer de telles menaces.
08:15Il veut mettre la main, comme au Venezuela, il veut mettre la main sur un certain nombre de richesses du Groenland.
08:22Alors, est-ce qu'il le fera par les options militaires ou pas ?
08:25Emmanuel Macron n'a pas l'air d'y croire et peu de gens y croient.
08:27Après, ça peut lui permettre quand même d'être dans une telle position de force
08:32qu'il puisse les obtenir par une forme de négociation, de renonciation de la part des Américains et des Danois.
08:41Est-ce qu'il y a une vraie inquiétude chez les Européens où ils se disent
08:44« On a l'habitude que Donald Trump monte les muscles, on a l'habitude de son rapport de force, c'est de la provoque ? »
08:51Ben, le problème, c'est que la diplomatie européenne, elle a beaucoup de mal à comprendre Trump.
08:54Souvent, elle ne sait pas sur quel pied danser, elle est très méfiante
08:59et c'est en effet très difficile d'anticiper ce que va faire Donald Trump.
09:02Il a ce côté « je dis des choses absolument extraordinaires »,
09:06peut-être pour pouvoir en obtenir d'autres de manière moins extraordinaire,
09:10mais c'est vrai que la diplomatie européenne a beaucoup de mal à comprendre Donald Trump.
09:14Et là, on le voit, elle est complètement partagée.
09:16C'est-à-dire que sur l'Ukraine, elle a absolument besoin des Américains, de Trump,
09:21mais qu'en même temps, son meilleur ami se transforme un jour sur deux en meilleur ennemi.
09:27C'est très très compliqué pour la diplomatie européenne de garder une ligne.
09:32Je crois qu'il y a quand même un vrai changement depuis la capture de Maduro
09:34et l'opération américaine au Venezuela.
09:36Je pense que les Européens aujourd'hui prennent très au sérieux la menace de Donald Trump sur le Groenland.
09:40Il n'y a plus de doute là-dessus, sur la volonté de Donald Trump d'acquérir,
09:43d'une façon ou d'une autre, d'acquérir, peut-être d'ailleurs plus que de conquérir, le Groenland.
09:48Il affiche des raisons stratégiques, le fait que d'autres grandes puissances sont présentes dans la région.
09:53Il y a évidemment d'abord le pactole des richesses naturelles qui l'intéressent.
10:02Donc toute la difficulté des Européens, c'est d'afficher encore une fois un franc uni pour le dissuader,
10:08tout en sachant que le Groenland, il n'y a pas de doute sur sa volonté de l'acquérir d'une façon ou d'une autre.
10:12Il n'y a effectivement pas, a priori à ce stade, pas de vraie, de véritable angoisse quand à une éventuelle opération militaire.
10:20Peut-être notamment parce que Donald Trump, enfin pour Donald Trump et pour les Etats-Unis,
10:24le Groenland, passez-moi l'expression, c'est pas très difficile à acheter, entre guillemets.
10:27Il y a quelques dizaines de milliers d'habitants.
10:30Il y a des moyens que les Américains peuvent déployer sur ce terrain-là,
10:33pour peser sur un éventuel, même acheter un éventuel scrutin d'autodétermination,
10:38ou en tout cas d'une façon ou d'une autre pour acheter le Groenland.
10:42Donc je pense qu'il n'a pas dans l'idée d'attaquer un pays de l'OTAN,
10:46parce que là, c'est exactement ce que disait Emmanuel Macron,
10:48on serait dans un autre monde, et d'ailleurs on ne sait pas ce qui se passerait.
10:50C'est-à-dire qu'est-ce qu'il...
10:52Enfin on connaît évidemment les dispositifs du traité de l'OTAN,
10:54et notamment le fameux article 5,
10:56mais est-ce que si les Américains lançaient une opération militaire sur le Groenland,
11:00ça entraînerait une réaction militaire de la part de l'OTAN ?
11:05Ça paraît peu probable, mais encore une fois,
11:08comme vous le disiez, ce qui était peu probable il y a quelques temps, voilà.
11:11Absolument, mais personne ne répond à cette question,
11:14mais on voit mal les armées européennes aller défendre un territoire de 56 000 habitants,
11:19et se fâcher avec ce qui reste quand même notre protecteur ultime.
11:24Avec les Etats-Unis.
11:25Dans un instant, le gouvernement peut-il trouver les mots
11:28pour apaiser la colère des agriculteurs ?
11:30Tout de suite, il est 9h17, c'est l'Info en une minute avec Maureen Sunia.
11:33Une vague en chasse une autre, la neige tombe de nouveau en abondance.
11:38Ce matin, 38 départements sont en vigilance orange,
11:40du nord à la Charente-Maritime.
11:42Des pluies verglaçantes sont aussi possibles,
11:44forcément cela complique la circulation des automobilistes.
11:47En Ile-de-France, la N118 est fermée dans les deux sens.
11:50La France pourra déployer des milliers de soldats en Ukraine pour maintenir la paix.
11:54Emmanuel Macron l'affirme après une nouvelle réunion
11:56de la coalition des volontaires à Paris hier,
11:59les alliés de Kiev.
12:01Ils promettent le déploiement d'une force militaire multinationale
12:04après la signature d'un cessez-le-feu entre Kiev et Moscou.
12:08Après un féminicide à Brest, le week-end dernier,
12:10le parquet indique que son compagnon, le compagnon de la femme,
12:13avait déjà été condamné à plusieurs reprises pour des violences sur ses compagnes.
12:17Il est mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort.
12:21Cette femme d'une soixantaine d'années a été rouée de coups.
12:23Elle a été retrouvée morte chez elle.
12:24Et puis, c'est le top départ des sols ce matin,
12:27des promotions jusqu'au 3 février prochain.
12:33Les informés avec Stéphanie Despierre, journaliste politique à LCP,
12:45Gilles Bornstein, les quatre vérités tous les matins sur France 2.
12:49Renaud, notre deuxième débat, le gouvernement est-il débordé, empêtré dans cette crise agricole ?
12:55Ce n'est pas faute d'essayer de rassurer les agriculteurs.
12:58Sébastien Lecornu, ces derniers jours, leur a écrits pour essayer de leur apporter un certain nombre de garanties.
13:03Il les a reçus.
13:04Il a reçu encore hier, tard dans la journée, les différentes organisations,
13:08les différents syndicats agricoles qui se sont succédés dans son bureau.
13:11Il passe son temps à leur parler, mais en vain pour l'heure,
13:13puisque toutes ces organisations appellent à poursuivre et même à amplifier la mobilisation.
13:18On sait que les sujets de mécontentement sur la table sont nombreux.
13:21Il y a la question de la dermatose et de l'abattage des troupeaux dont au moins une bête est touchée,
13:26donc cette crise sanitaire.
13:28Il y a aussi la question du traité signé par l'Union Européenne avec les quatre pays latino-américains du Mercosur.
13:34La validation définitive, l'adoption définitive de ce traité, c'est imminent, c'est pour la fin de semaine.
13:40Et la France continue de s'y opposer, mais là aussi sans effet jusqu'à présent.
13:43Alors est-ce que le gouvernement a la bonne méthode pour essayer de rassurer, d'apaiser les agriculteurs ?
13:49La réponse de la ministre de l'Agriculture, Annie Gennevard, qui était votre invitée il y a quelques minutes.
13:53Le gouvernement est vraiment mobilisé sur les sujets qui préoccupent les agriculteurs.
13:59D'accord, mais vous entendez leur mécontentement là ?
14:00Mais bien sûr que nous l'entendons.
14:02Depuis longtemps, les agriculteurs considèrent que leur travail est entravé par trop de normes, par trop de contraintes.
14:10La bête noire des agriculteurs, c'est le Mercosur.
14:13Là aussi, vous avez échoué.
14:15Tant qu'un combat n'est pas achevé, il n'est pas perdu.
14:17Le 12, le conseil des chefs d'État va se prononcer, mais après, il n'est pas du tout garanti que l'accord soit validé par le Parlement européen.
14:29Comment se présente la situation pour le gouvernement, là, Stéphanie Despierre ?
14:33Là, ça ne se présente pas très bien.
14:35On voit que le gouvernement tente de rassurer au maximum, mais les syndicats appellent à monter à Paris, à bloquer Paris demain.
14:42Il y a déjà des tracteurs qui sont en route.
14:45On sait que le Mercosur, c'est très éruptif.
14:47Et on voit que la grogne, même s'il y a eu une trêve pendant les fêtes, la grogne ne faiblit pas.
14:52Et c'est des moments où les agriculteurs ont un peu de temps parce qu'il y a moins de travaux au champ.
14:56Il y a le salon de l'agriculture fin février qui approche, qui est toujours un grand moment à la fois populaire, mais aussi politique.
15:02Donc là, c'est vrai que cette négociation sur le Mercosur tombe au pire moment pour le gouvernement.
15:08Il y avait aussi, on voit que le gouvernement essaie de désamorcer.
15:11Par exemple, à l'Assemblée aujourd'hui, il devait y avoir un débat sur la pétition sur la loi du plomb.
15:16Il a été déprogrammé, reporté à mi-février, parce que la ministre de l'Agriculture qui était sur votre plateau part à Bruxelles pour négocier.
15:22Mais ça arrange aussi bien le gouvernement parce que cette pétition sur la loi du plomb aurait pu réalimenter encore un peu plus la colère des agriculteurs.
15:30Je trouve que le gouvernement a pris cette affaire à l'envers.
15:35Il n'y a pas besoin d'être un spécialiste ni de l'Europe ni de l'agriculture pour avoir compris assez tôt que de toute façon, le Mercosur serait ratifié.
15:43Et qu'on ne trouverait pas la minorité de blocage pour empêcher cette ratification.
15:48On a réussi à arrimer l'Italie pendant un mois, mais enfin, ça a été très compliqué.
15:53On a très vite compris que Giorgia Meloni finirait par le ratifier.
15:57Donc, je pense que le gouvernement, Emmanuel Macron, à force de dire, et là encore, la ministre qui vous dit, tant qu'un combat n'est pas achevé, il n'est pas perdu.
16:05Je trouve qu'ils mettent trop la pression sur le thème, on va arriver à empêcher la signature du Mercosur, alors que manifestement, c'était impossible.
16:13C'est vrai qu'elle a insisté là-dessus, elle dit Genevieve. Je lui dis, mais comment ? Vous n'avez pas réussi en plusieurs mois ?
16:18Quand Emmanuel Macron, il y a un mois, dit, ben voilà, de toute façon, je ne ratifierai rien, je ne ratifierai rien, personne n'arrivera à passer au-dessus de la volonté de la France.
16:26Ben si, l'Europe va passer au-dessus de la volonté de la France.
16:30Et donc, les autres pays sont plus rationnels. L'Allemagne est pour le Mercosur parce qu'elle arrive à dire, ben voilà, il y a des désavantages, il y a des avantages.
16:36Mais enfin, au total, on y gagne. L'Italie, c'est la même chose.
16:38En France, la façon dont les agriculteurs se sont emparés de la chose est assez bien, ils font du lobbying efficace, fait que c'est devenu complètement irrationnel.
16:48Il est impossible de dire dans le débat public, ben, il y a des aspects gagnants dans le Mercosur, même s'il y a des aspects perdants.
16:55Et au lieu d'insister sur les aspects gagnants du Mercosur et ce qu'obtient la France, parce que c'est vrai que la France a obtenu des choses dans la négociation,
17:01le gouvernement continue à s'entêter sur, on va arriver à ne pas faire ratifier cet accord, au risque, vendredi, quand ça sera signé,
17:10alors ils diront, il y a encore le Parlement européen, il y a tout ce que vous voulez, c'est pas fait, au risque quand même que ça soit considéré comme une défaite de la France.
17:17Renaud, oui ?
17:18Non, c'est vraiment le problème, c'est-à-dire que le gouvernement s'est enfermé dans une impasse sur ce traité signé entre l'Union européenne et le Mercosur,
17:24et on voit toujours pas le plan B. Le mur, on le voit, le mur c'est vendredi, puis Ursula von der Leyen va aller signer en début de semaine au Parago, etc.
17:32Le mur est là. Or, à aucun moment, le gouvernement n'a semblé envisager un plan B, en quelque sorte.
17:40Et y compris, personne au gouvernement, et dans la majorité, enfin la majorité, il existe plus ou moins, plutôt moins que plus,
17:46mais ne défend ce traité, c'est-à-dire ne défend ce traité pour ce qui est des autres produits ou services,
17:55produits ou services déjà, des produits industriels ou services qui eux vont bénéficier, les autres secteurs qui vont bénéficier du Mercosur,
18:02et puis aussi, vous avez raison, d'un certain nombre de filières agricoles, le vin, le fromage, etc., qui vont en profiter.
18:08Et donc aujourd'hui, on voit mal comment est-ce que samedi ou mardi prochain, le gouvernement ou le chef de l'État va dire
18:14et finalement, il n'est pas si mal, ce traité. Personne ne le croira à ce moment-là.
18:17Donc l'effet politique risque d'être désastreux, bien au-delà d'ailleurs des agriculteurs,
18:21c'est-à-dire y compris au sein de l'opinion ou avec un certain nombre de responsables politiques qui vont se jeter sur ce sujet,
18:26pour surligner un échec qui, sur le fond, est assez faux, en fait, parce que ce traité, il est très bon pour la France,
18:32pour l'économie française en général, et pour l'économie européenne en général, comme le fut le CETA,
18:37le fameux traité tant décrié, signé avec le Canada.
18:40Ça rappelle un peu ces débats, et aujourd'hui, on compte la différence d'exportation française.
18:45Vers le Canada, que d'importation canadienne, alors qu'on avait dit qu'on serait submergé, écrasé par la viande bovine.
18:51Et ce qui n'est pas vrai, il faut regarder le contenu, mais c'est vrai que la différence avec le CETA,
18:55c'est qu'il était très soutenu par le gouvernement français, les agriculteurs étaient absolument vent debout,
19:00en disant qu'on va avoir déferlé de la viande nourrie aux OGM canadienne sur l'Europe,
19:07et en fait, ce qui arrive est encore peu important, mais il y a cette peur,
19:11et le gouvernement joue son va-tout en se disant, je soutiens les agriculteurs pour calmer la colère en interne,
19:17mais c'est vrai que comment il va sauver la face dans quelques jours, ça va être très compliqué.
19:21Et en plus, on n'entend pas, comme le gouvernement soutient le combat des syndicats agricoles,
19:26on n'entend pas les filières agricoles ou autres françaises, qui eux pourraient bénéficier de cet accord-là.
19:33Donc ça s'auto-entretient, et c'est vrai que là, retomber sur ses pieds politiquement,
19:38et acter en fait une défaite, ça va être assez compliqué pour le gouvernement.
19:43Paradoxalement, plus le gouvernement se montre faible d'une certaine façon,
19:46c'est parce qu'il est faible aussi, qu'il s'aligne avec les agriculteurs,
19:49plus le rapport de force lui est défavorable avec les agriculteurs.
19:53On a l'impression que ça n'appelait rien, au contraire.
19:56Il faut dire que les agriculteurs sont assez bien organisés en termes de politique.
19:59Toutes les filières bénéficiaires, et c'est vrai que c'est très bénéficiaire pour les vins et spiritueux,
20:04dont on sait à quel point ils sont importants en France.
20:07Vous ne les entendez pas, parce qu'il y a une sorte de gentleman agreement entre filières
20:10pour dire que, de toute façon, quand une filière proteste,
20:13les autres, soit protestent avec, soit au mieux, se taisent.
20:17Donc on entend toujours les mécontents, on entend toujours les victimes d'un éventuel accord,
20:21on n'entend jamais, on n'entend jamais les satisfaits,
20:24et c'est vrai qu'à la fin, il y a une défaite politique, et vous avez raison,
20:26la faiblesse du gouvernement, qui a d'autres choses à mener,
20:30on pense évidemment au budget, la faiblesse du gouvernement n'aide pas,
20:35et puis c'est vrai qu'il y a des...
20:36Enfin, la France ne peut pas être gagnée sur tous les dossiers en même temps à Bruxelles.
20:40Là, Emmanuel Macron a plutôt bien mené son combat sur l'Ukraine,
20:45il l'a moins bien mené sur le Mercosur,
20:49même si la France a obtenu des choses,
20:51a obtenu des clauses de sauvegarde importantes.
20:54Et il y a un ultime argument pour l'instant que l'exécutif n'utilise pas,
20:57pour justifier justement la conclusion de cet accord entre l'Union Européenne et le Mercosur,
21:00c'est Donald Trump.
21:01Il s'appelait visée américaine sur l'Amérique latine,
21:05la guerre commerciale d'une part, mais aussi on le voit,
21:06y compris cette fameuse doctrine Monroe qui l'a ressuscité,
21:08raison de plus pour les Européens et pour les Français,
21:11de défendre un traité de libre-échange avec l'Amérique latine,
21:14pour en faire des partenaires beaucoup plus fructueux,
21:16au regard de la politique américaine.
21:18Pour l'instant, sur le plan géopolitique,
21:19on n'entend pas du tout l'exécutif utiliser cet argument-là,
21:21il va être très difficile pour lui de faire un tête-à-queue.
21:24Ce que font nos partenaires à l'inverse.
21:26Bien sûr.
21:26Pour éviter que ça devienne un précaré exclusif pour les Etats-Unis.
21:30Merci les informés.
21:33Merci Renaud.
21:34Merci à vous.
21:34On se retrouve demain.
21:35Et puis merci donc Gilles Bornstein.
21:38Je rappelle votre interview tous les matins sur France 2,
21:41les cas de vérité.
21:42Merci beaucoup Stéphanie Despierre, journaliste politique à LCP.
21:46Et les informés sont de retour ce soir à 20h avec Victor Matel.
21:51Merci à vous.
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