00:007h45, l'invité d'ici matin, Soazic Pelé, des cabinets de médecins fermés aujourd'hui et pour dix jours
00:05appelés à faire grève par tous leurs syndicats. Pour quelles raisons justement on voit ça avec notre invité ?
00:09Bonjour Gaëlle Lunardi. Bonjour.
00:11Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, présidente du syndicat MG France en Isère.
00:16Votre syndicat appelle donc à la grève à partir d'aujourd'hui.
00:20Grève qui s'annonce particulièrement suivie ?
00:23Oui tout à fait, effectivement, parce qu'en fait ce qu'on voit c'est que vraiment le gouvernement et les parlementaires
00:29ont réussi un strike cette année. Ils ont réussi à braquer toute la médecine libérale, c'est-à-dire les médecins qui exercent hors de l'hôpital.
00:36En fait on a tous des raisons qui sont parfois un petit peu différentes de faire grève, mais en fait le point commun
00:40c'est que vraiment on a une rupture de confiance entre les médecins libéraux, leur tutelle qui est la Caisse Nationale d'Assurance Maladie
00:48et puis les politiques. Et du coup il y a une très forte mobilisation, que ce soit de la part des médecins généralistes, des spécialistes et aussi des internes.
00:56Grève qui s'annonce déjà pour dix jours, pourquoi annoncer une durée de grève aussi longue dès le début ?
01:02Ah oui, c'est vrai que ça peut surprendre et c'est pas facile à tenir, mais c'est pour vraiment marquer les esprits,
01:07pour alerter vraiment sur cette politique de santé qui devient de plus en plus autoritaire avec des injonctions, des obligations, des contraintes
01:15et c'est plus dans un esprit de construction et de dialogue. Donc c'est vraiment ce signal que les médecins libéraux veulent envoyer à leur tutelle
01:22avec du coup cette mobilisation forte.
01:24On entendait d'ailleurs dans le reportage, dans un reportage qu'on a passé ce matin, un cabinet à Vars
01:30où les cinq médecins font grève pendant dix jours.
01:34Compliqué effectivement à tenir du côté des médecins, compliqué aussi un petit peu à gérer du côté des patients.
01:40Alors vous, comment vous allez gérer ?
01:42Ou qui ça ? Moi au cabinet ?
01:44Oui, par exemple.
01:45Du coup, nous, en fait le mot d'ordre c'est bloquer les agendas, fermer vraiment le plus que vous pouvez, faites ce que vous pouvez.
01:52On ne veut pas mettre en danger les patients, mais on veut quand même vraiment envoyer un signal.
01:55Donc je pense qu'en pratique, il faut quand même contacter son médecin et voir ce qui est possible
02:00et vous avez effectivement possibilité d'avoir un accès aux soins vraiment dégradé sur ces dix jours
02:05en sachant que la garde sera assurée parce que quand on fait garde, on est forcément requis
02:10quand on fait grève, ça c'est en cours.
02:12Donc il y aura de toute façon un service minimum, mais l'accès aux soins sera vraiment dégradé sur ces dix jours.
02:16Mais moi je voudrais revenir du coup sur ce qui pousse les généralistes finalement à faire cette grève de dix jours.
02:23C'est ce qu'on appelle la mise sous objectif de nos prescriptions.
02:28Alors ça c'est dans le budget 2026 ?
02:30Non, c'est dans le projet de loi contre la fraude.
02:33Une des mesures du gouvernement, donc de limiter le nombre d'arrêts de travail par médecin.
02:38Voilà, enfin c'est pas tout à fait ça, c'est assez technique, mais en gros la mise sous objectif,
02:43c'est obliger un médecin qui est jugé surprescripteur par l'assurance maladie
02:47à réduire de 20 à 30% le nombre de ses journées d'arrêt de travail.
02:51D'accord ? Et s'il ne le fait pas, il a des pénalités financières.
02:54Sous-entendu, docteur vous faites mal votre métier, c'est pas normal que vous prescriviez autant d'arrêts,
02:58il faut baisser et si vous ne baissez pas, on vous implique une pénalité.
03:01Cette pénalité pour un généraliste c'est plusieurs mois de salaire quand même,
03:04plusieurs mois de revenus.
03:05Alors, les arrêts de travail effectivement, c'est un gros coût pour le budget de la Sécu,
03:10c'est légitime de s'intéresser au sujet.
03:12Mais nous on pense qu'il faut vraiment s'intéresser à la cause,
03:15c'est-à-dire pourquoi il y a des arrêts longs et pas juste taper sur le prescripteur,
03:19parce que c'est trop facile.
03:20On le rappelle tout le temps, l'arrêt de travail c'est un soin,
03:23c'est pas un acte de confort, c'est pas de la complaisance.
03:25Et en fait maintenant, les arrêts de travail ils sont longs,
03:28parce que les délais sont longs pour accéder à l'imagerie, pour accéder aux spécialistes,
03:32et ils sont longs aussi parce que ça vous aura pas échappé.
03:35On a une problématique de santé mentale dans ce pays,
03:37on a une problématique de souffrance morale au travail, ça explose,
03:41et pour ces patients-là, les remettre sur pied, ça va prendre du temps.
03:44Donc les arrêts sont longs.
03:45Et est-ce que vous savez s'il y a des médecins en Isère qui sont jugés trop prescripteurs ?
03:51Eh bien oui, il y en a plein.
03:53En fait l'Isère fait partie des plus gros départements où il y a le plus de médecins mis sous objectif,
04:00et moi je les ai accompagnés, ces médecins à titre syndical,
04:03et je peux vous dire, c'est pas des fraudeurs,
04:05c'est pas des médecins qui font des arrêts de complaisance,
04:07c'est des médecins engagés, qui exercent souvent seuls dans des quartiers défavorisés, ruraux,
04:12il n'y a plus qu'eux.
04:13Ils font pas mal, ils font tout seuls.
04:16C'est ça la différence.
04:16Il y a aussi la problématique du nombre de patients maintenant suivis par les médecins,
04:21c'est très compliqué d'avoir un médecin, il y en a moins, c'est compliqué d'être suivi,
04:26effectivement peut-être que les médecins ont beaucoup de patients aussi à suivre.
04:30Oui, mais ça, ça va s'améliorer petit à petit, mais la jeunesse elle arrive,
04:34moi je voudrais aussi parler de la quatrième année, de médecine générale,
04:38parce que du coup c'est aussi un des motifs de revendication,
04:41les jeunes arrivent, il faut absolument veiller à ce qu'ils aient envie de s'installer.
04:45Et ça, ça peut les freiner.
04:46Clairement, c'est un démotivateur énorme.
04:48En fait, nos jeunes là, ils voient nous les aînés se débattre avec plus de contraintes,
04:54plus d'injonctions, plus d'obligations budgétaires, de reporting, etc.
04:58Ils disent mais moi j'ai pas envie de faire ça.
05:00Donc la relève arrive, ils sont là, et en fait on va les dégoûter à l'avance.
05:05Et juste pour la quatrième année, la situation actuellement de médecine générale,
05:09la quatrième année de médecine générale, c'est bloqué.
05:12Et c'est dommage parce que ces jeunes, ils vont finir à l'hôpital,
05:14alors que je vous rappelle que c'est ceux-là que le gouvernement annonce depuis des mois,
05:18pour dire les docteurs juniors arrivent, ils vont vous soigner, ils vont vous aider.
05:22Le problème c'est que là, les conditions ne sont pas réunies pour qu'ils passent en ville,
05:26et ils risquent fort de terminer à l'hôpital.
05:27Et c'est aussi pour eux, et pour ça, qu'on fait grève.
05:30Merci beaucoup Gaëlle Nulnardi d'avoir été en direct dans ce studio
05:33pour nous l'expliquer, présidente du syndicat.
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