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00:01Pascal Confavreux, bonsoir. Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes le porte-parole du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
00:07Pour y voir plus clair sur la position française, est-ce que la France condamne ou pas l'intervention américaine menée au Venezuela ?
00:14Il y a eu une violation du droit international, le ministre Jean-Noël Barraud l'a dit très clairement.
00:19Mais je crois qu'il faut redonner le contexte de nos interventions politiques, de nos deux autorités, à la fois le ministre et le président Emmanuel Macron.
00:26Qu'est-ce qu'ils disent ? La première chose, c'est qu'il y avait un régime de Nicolas Maduro qui était en défaut de légitimité,
00:36puisque les élections de 2024 n'avaient pas été respectées, elles n'avaient même pas été publiées,
00:41qu'il avait eu des violations très graves des libertés fondamentales, qu'il n'y avait même pas de respect du droit fondamental vénézuélien.
00:49Donc on ne peut pas déplorer le départ de Maduro. Ça c'est le premier élément.
00:54Deuxièmement, c'est ensuite de prendre acte désormais de cette opération américaine,
01:00de prendre aussi en visibilité le fait qu'il y a une violation du droit international,
01:08que de plus en plus c'est la logique du plus fort qui gagne, avec derrière de vraies conséquences pour tous,
01:16et avec de vraies conséquences juridiques, d'autant plus qu'il s'agit de membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies,
01:22qui ont un rôle éminent dans la préservation de ce droit international.
01:26Et puis troisièmement, il y a le souhait d'avoir une transition désormais rapide, pacifique, inclusive,
01:33qui donne la parole aux Vénézuéliens qui doivent être le cœur de cette légitimité.
01:39Il y a eu un président élu en 2024, il doit jouer un rôle central dans cette transition,
01:44mais c'est là où désormais nous sommes.
01:47Mais le fait qu'un pays comme les Etats-Unis viole le droit international,
01:51il n'y a pas une ligne qui vient d'être franchie ?
01:54On s'est indigné d'Israël qui est intervenu à Gaza, de la Russie qui intervient en Ukraine.
02:02Les Etats-Unis, il y a beaucoup moins d'indignation de la part de la France.
02:05Comment on peut justifier ce deux pas de mesure ?
02:07On se prépare à cette logique du plus fort qui s'impose de plus en plus dans le monde.
02:15Donc on l'accepte alors ?
02:16On ne l'accepte pas, on ne s'y résout pas.
02:18Mais on s'y prépare parce qu'on aurait tort de ne pas le faire et d'entrer finalement dans une forme de naïveté.
02:24Et ce n'est pas du tout le cas.
02:25Une partie de cette réponse, elle est d'avoir une souveraineté économique,
02:30c'est la réindustrialisation que nous poussons dans le pays.
02:33Une autre partie de la réponse, c'est le réinvestissement dans notre politique de défense.
02:39Et c'est pour ça qu'il y a de la part du gouvernement une augmentation forte du budget de la défense pour l'an prochain si le budget est adopté.
02:47Et puis aussi un réarmement moral qui est de préparer les esprits au fait qu'il y a des puissances étrangères qui ne respectent pas le droit international.
02:55Donc c'est là où nous en sommes.
02:56Sauf que manifestement, les Français ne veulent pas contrarier les Américains.
02:59L'Espagne, elle n'a pas hésité à le faire puisque dans un communiqué rédigé avec le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique, l'Uruguay,
03:06elle dit rejeter toute tentative de contrôle des Américains sur le Venezuela,
03:10qu'il soit gouvernemental, d'administration ou d'appropriation des ressources.
03:16Est-ce que si elle vous avait proposé, est-ce que si elle avait proposé à la France de le signer, on l'aurait fait ?
03:20Nous venons de signer, et ça vient d'être publié il y a quelques minutes désormais, une réaction de 26 États membres.
03:27Il n'y a pas 27 parce que la Hongrie n'a pas souhaité co-signer, mais de 26 États membres qui déplorent notamment la violation du droit international.
03:38Et puis qui disent qu'effectivement, les États qui sont membres du Conseil de sécurité ont une responsabilité particulière dans son respect.
03:46Donc vous voyez, la réaction, elle est commune.
03:47Nous avons toujours poussé dans notre politique étrangère une réaction qui mobilise les États européens.
03:54Vous savez que le Président, depuis 2017, a cessé de pousser le concept d'autonomie stratégique,
04:00qui était de dire, voilà, les Européens, on ignore parfois la capacité, notre capacité de pouvoir peser sur la scène internationale,
04:06au niveau économique, mais aussi au niveau stratégique.
04:09Et une des parties, du coup, de nos réponses, c'est de passer par là.
04:13C'est vraiment ce qui vient d'être fait il y a quelques minutes.
04:15Au niveau économique et stratégique, justement, le fait que les États-Unis expriment ouvertement leur intention d'exploiter le pétrole vénézuélien.
04:21Ça vous choque ?
04:22C'est effectivement leur déclaration.
04:26Notre position, elle est claire.
04:28C'est quand même que ce soit les Vénézuéliens, in fine, qui décident.
04:31Là, nous sommes en ce moment dans les réactions, disons, du Président Trump à ce stade.
04:38Et vous savez qu'un des éléments qu'ils mettent en avant, c'est beaucoup la lutte contre le narco-trafic,
04:45et aussi le sujet sur le sujet pétrolier.
04:47Nous, nous jouerons le rôle qui est le nôtre dans la région et qui n'est pas mince,
04:51parce que, déjà, nous avons 800 000 Français qui sont dans la zone Caraïbe et Guyane.
04:59Par ailleurs, nous avons des échanges très nourris avec l'ensemble des partenaires localement.
05:03Le Président de la République s'est entretenu avec Javier Mileï, il s'est entretenu avec Madame Machado,
05:09il s'est entretenu aussi, il a eu des échanges avec le Président Lula.
05:14Et par ailleurs, enfin, nous avons évidemment un rôle en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies.
05:18Ce sujet sera évoqué demain, lundi, au Conseil de sécurité des Nations Unies,
05:23et la France s'exprimera à cette occasion.
05:24Toujours au sujet de l'exploitation des ambitions américaines concernant les ressources,
05:28je fais une parenthèse sur ce qui se passe en ce moment à propos du Groenland.
05:32Aujourd'hui, lors de son entretien avec The Atlantic,
05:35Donald Trump a déclaré que les États-Unis pourraient intervenir ailleurs,
05:38et il dit notamment, nous avons absolument besoin du Groenland,
05:42qui, on le rappelle, est une île qui fait partie du Danemark, membre de l'OTAN.
05:45Est-ce que vous appelez ce soir Donald Trump à mettre fin à ses menaces,
05:48comme l'a fait, il y a quelques instants aussi, la Première Ministre du Danemark ?
05:52Nous sommes en pleine, comment dire, solidarité avec le Danemark,
05:57qui est un État européen, membre de l'OTAN, membre de l'Union Européenne avec nous.
06:01Le Président s'est rendu au Groenland avec la Première Ministre danoise.
06:08Le ministre Jean-Noël Barros y était également rendu.
06:11Et c'est un sujet de préoccupation pour vous ?
06:12Ce qui est sûr, c'est qu'il ne doit pas y avoir de modification des frontières
06:16par la force ou par la menace de l'usage de la force.
06:19Mais ce qui vient de se passer au Venezuela n'augure rien de bon.
06:23C'est ce que je vous disais juste avant.
06:24Donc c'est évidemment un sujet sur lequel nous avons été,
06:29dès le départ, en solidarité avec nos partenaires danois.
06:33Je reviens sur le Venezuela au sujet de la gouvernance.
06:36Emmanuel Macron a exprimé le souhait que ce soit le candidat malheureux
06:39de la présidentielle de 2024, le candidat de l'opposition, Edmundo González-Rotia,
06:43qui assure la transition.
06:45Pour l'instant, ça n'en prend pas du tout le chemin, non ?
06:48Je crois que la situation sur place, elle est encore très volatile.
06:51Elle est peu claire pour les commentateurs ou même localement pour les parties prenantes.
07:00Ce qui nous semble extrêmement, ce qui doit être central,
07:04c'est la souveraineté des Vénézuéliens.
07:07Vous savez, il y avait 7 millions d'exilés vénézuéliens en dehors des frontières.
07:13Ils auront sûrement leur mot à dire ou leur souhait de revenir.
07:16Il y a ensuite la nécessité d'avoir des libérations des opposants politiques
07:21qui sont en prison depuis des années.
07:24Et le fait d'avoir une transition qui soit inclusive, pacifique, au mieux.
07:31Donc c'est vraiment ça ce qui nous pousse.
07:35Par ailleurs, effectivement, il y a eu un président élu en 2024
07:37dont les élections n'ont pas été respectées.
07:41et doit jouer un rôle central dans la future transition.
07:44Gauthier, est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose ?
07:46Oui, il y a une expression, un terme très intéressant que vous venez de prononcer.
07:49C'est la souveraineté des Vénézuéliens et pas forcément du Venezuela.
07:53C'est-à-dire qu'en Europe, on voit qu'il y a un certain nombre de chefs d'État,
07:56au gouvernement, comme en France, comme en Allemagne, comme au Royaume-Uni,
07:59qui ont quand même insisté sur une chose qu'ils ne sont pas très nombreux à défendre.
08:04C'est la réalité de ce qu'ont vécu les Vénézuéliens.
08:07Alors, bien sûr, on va nous dire, le droit international, c'est capital.
08:12Oui, c'est capital.
08:13Mais alors, à ce moment-là, il fallait, et peut-être que là, on a pêché par naïveté,
08:17il fallait le défendre aussi de manière très stricte en Géorgie, en 2008,
08:22quand Poutine a raflé 20% du territoire géorgien.
08:25Donc là, est-ce que c'est juste une petite question ?
08:27Vous n'avez pas l'impression qu'on court après le temps ?
08:29Qu'on essaye de rattraper, justement, les dommages de notre naïveté ?
08:33Ce n'est pas que la naïveté française, d'ailleurs.
08:34Ce n'est pas qu'une naïveté, c'est au contraire d'avoir une politique qui défend au mieux nos intérêts,
08:44les intérêts des Français, et qui soit cohérente à travers tout le monde.
08:48Donc c'est pour ça que je ne veux pas du tout, dans votre sens, de poids de mesure.
08:52On a une volonté, en tant que membre permanente du Conseil des Sécurités des Nations Unies,
08:56de faire respecter ce droit international, dont nous avons une responsabilité particulière,
09:01qui est que nous en sommes co-auteurs il y a 80 ans.
09:03Nous en sommes les appliquants, disons, aussi.
09:08Un des exemples, par exemple, c'est les frappes en Syrie, il y a à peu plus de 24 heures,
09:13qui sont des frappes dans un pays étranger, la Syrie, mais qui sont complètement légales,
09:17parce qu'elles sont dans le cadre de l'opération contre Daesh.
09:21Et pourquoi nous les avons faites ? Pour éviter une résurgence, disons, de poche de Daesh.
09:26Donc c'est vraiment ça qui nous anime, c'est-à-dire une volonté de prendre l'ensemble de nos capacités économiques,
09:37militaires, diplomatiques, politiques, dans le respect du droit international.
09:43On en vient à la Syrie. La France a mené hier une intervention militaire conjointement avec le Royaume-Uni.
09:49Ce sont des positions de l'organisation de l'État islamique qui ont été visées pour empêcher la résurgence de Daesh,
09:55selon les mots employés par Paris.
09:57Le Royaume-Uni lui précise que les frappes ont visé une installation qui stockait très probablement des armes
10:01et des explosifs dans le centre du pays.
10:04Est-ce que ces frappes, elles sont amenées à se multiplier en 2026 ?
10:07L'organisation de l'État islamique représente toujours une menace dans la région ?
10:10Ça représente une menace qui est non négligeable, que nous prenons très au sérieux,
10:13puisque les Françaises et les Français ont eu dans leur chair cette menace.
10:18Nous avons beaucoup, dans nos interactions avec les autorités de transition en Syrie,
10:24mis ce point dans nos échanges, qui était de leur engagement, également de leur part, à lutter contre Daesh.
10:30Elles ont rejoint la coalition il y a quelques mois et elles se sont engagées là-dedans.
10:34Elles étaient d'ailleurs au courant de ces frappes.
10:38Et je crois que c'est un élément qui est important, effectivement.
10:42Je ne peux pas vous dire si ça va se multiplier ou pas.
10:44Ce qui est important, c'est qu'on puisse bloquer toute résurgence.
10:47Il y a d'autres pays dans lesquels on peut redouter une résurgence de l'organisation de l'État islamique ?
10:52Cet État islamique, il est malheureusement en capacité de pouvoir être en résurgence dans d'autres endroits.
10:58La menace terroriste, elle est forte à travers le monde.
11:02Et en tout cas, une des priorités de la diplomatie et de notre réseau diplomatique,
11:10c'est de pouvoir effectivement empêcher cette résurgence.
11:12Pourquoi ? Pour protéger les Français.
11:13Mais en fait, derrière les Français aussi, les Européens et ceux qui en sont victimes.
11:18C'est-à-dire, en fait aussi souvent, les populations locales.
11:20C'est-à-dire, en fait, des enfants d' Islam.
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