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  • il y a 7 mois
Télématin reçoit Karine Dijoud, professeure de lettres classiques et autrice.

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Transcription
00:00Alors, avant, quand on discute ensemble, j'imagine que vous avez un repas prévu ce midi, vous qui nous regardez aussi.
00:06Et parfois, on se retrouve entre plusieurs générations, on n'arrive pas forcément, ou peut-être pas à se comprendre du tout.
00:13Et pour nous éclairer ce matin sur ce sujet passionnant, nous avons donc notre invitée.
00:16Bonjour, Karine Dijoux. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:19Vous êtes une amoureuse de la langue française, professeure de lettres classiques dans un collège
00:23et une référence aujourd'hui sur les réseaux sociaux avec votre compte Instagram, les parenthèses élémentaires.
00:30Karine, quand on réunit toutes ces générations autour de la même table, est-ce qu'on arrive finalement à se comprendre ?
00:36Oui, on parle tous la langue française, mais chacun a son langage.
00:41On s'approprie les mots à sa manière.
00:42Donc, les jeunes vont avoir un langage qui leur est propre, les personnes plus âgées aussi.
00:47Mais au moment où on est en train de se réunir face à face, eh bien, on s'adapte à son interlocuteur.
00:52Alors, on va prendre un exemple concret.
00:54Si le docteur Kierzek, par exemple, parle avec quelqu'un de plus jeune, ce qui peut arriver,
00:59quel genre de mots il va pouvoir entendre et qu'il pourrait peut-être poser question ?
01:04Et est-ce que je vais comprendre ?
01:05Voilà.
01:05Grâce à vous, oui.
01:07Avoir le seum, c'est encore très à la mode.
01:10Alors, avoir le seum, qu'est-ce que ça veut dire ?
01:12Ça veut dire être un peu dégoûté, être honteux.
01:16Oui, c'est ça.
01:17Dégouté et honteux, c'est parfait.
01:18Ce sont des très bons synonymes et c'est toujours à la mode.
01:20Ce qui marche bien aussi, c'est dinguerie.
01:22Dire, c'est une dinguerie, alors ça, ils adorent.
01:24Je le dis aussi, c'est une dinguerie.
01:26C'est pour ça, il y a des mots qui reviennent.
01:27C'est comme daron.
01:28C'est un mot très ancien qui revient vraiment à la mode et qui est encore tout à fait d'actualité.
01:33Ce n'est pas du tout.
01:33Alors, vous qui vous enseignez depuis 25 ans maintenant, est-ce que vous voyez la langue française s'appauvrir d'une certaine manière ?
01:40Ou pas du tout ?
01:41Ce n'est pas du tout cela.
01:42Je trouve qu'elle s'enrichit énormément de tous les apports et de toutes les nouveautés qu'on peut lui inculquer.
01:49Elle n'est pas du tout en danger, contrairement à ce qu'on peut entendre parfois.
01:52J'aime beaucoup reprendre les mots d'Alain Rey, l'éminent linguiste et celui qui nous a créé le très beau dictionnaire, le Robert.
02:00Et Alain Rey expliquait ça.
02:02Il disait, certes, l'anglais est très dominant, mais le français est en grande partie, comment dire, à alimenter aussi la langue anglaise.
02:09Donc, il ne faut pas être inquiet.
02:11En revanche, du point de vue de l'orthographe, là, évidemment, je constate une chute du niveau de l'orthographe.
02:15C'est indéniable.
02:16À cause de quoi ? Le téléphone portable ? Les réseaux sociaux ?
02:19Il y a la baisse de la lecture.
02:21Parce que quand on lit un livre, on photographie les mots.
02:24Même si on ne les connaît pas, on a, en quelque sorte, dans son cerveau, l'orthographe correcte du mot.
02:29Et ça, malheureusement, la baisse du niveau de la lecture, ça a des grosses répercussions.
02:33Et bien sûr, le temps qu'on consacre sur les réseaux, il n'est pas consacré à autre chose.
02:36Oui, donc, c'est-à-dire qu'on va prendre le téléphone aujourd'hui aussi, on va utiliser des emojis, on va faire des vocaux.
02:42Enfin, c'est toute cette nouvelle technologie qui nous desserre aussi, en quelque sorte.
02:48Du point de vue des emojis, ce que j'ai remarqué, c'est que ça sert à ponctuer.
02:51D'ailleurs, même nous, je pense, au lieu de mettre un point, on va mettre un petit emoji à la fin.
02:55En plus, il faut faire attention parce qu'il y en a certains qui sont considérés comme passifs-agressifs et qui peuvent desservir nos propos.
03:00Donc, il y a aussi tout un langage à adopter. Et à cause de ça, j'ai de nombreuses copies où il n'y a plus de ponctuation.
03:08Et il y a des emojis à la place ?
03:09Non, il n'y a rien.
03:12Moi, je mets trois petits points partout.
03:13Non, il n'y a même pas ça. C'est vraiment une suite de mots sans majuscules, sans points, sans virgules, sans rien.
03:18C'est vrai que les points dans les messages peuvent être perçus comme secs aujourd'hui.
03:21Un message qui termine par un point peut être vu comme quelqu'un d'énervé.
03:25Oui, c'est vrai. On dit que c'est générationnel, que les boomers, pour citer ce terme un peu fourre-tout, mais qu'on comprend,
03:32quand on écrit merci, point, on sent un côté un peu sec.
03:35Alors que si on fait merci, même avec un point d'exclamation ou avec un emoji, tout de suite, ce n'est pas perçu de la même chose.
03:39Je n'ai toujours un emoji. Je ne suis pas un boomer.
03:43Il est à la page. Le docteur, il faut parler aussi des messages vocaux parce que ça aussi, on imagine que ça a un impact.
03:48C'est insupportable.
03:49Oui, on prend l'habitude de parler beaucoup plus que d'écrire, peut-être.
03:52Et ce qui est fou, c'est même quand on voit dans la rue à quel point on a changé déjà.
03:56On est un peu tous des zombies sur nos téléphones, mais il y a aussi le fait de tenir son téléphone à l'horizontale.
04:01Je trouve ça très fascinant. Moi, j'ai mis du temps avant de comprendre pourquoi tout le monde était comme ça avec le téléphone à l'horizontale.
04:06Voilà, exactement comme ça.
04:07Parce qu'on écoute en fait les messages.
04:08On écoute le vocal.
04:10Et ça, ça fait changer d'attitude et ça fait aussi changer dans sa manière d'écrire parce qu'à cause de ça, il y a le vocal qui retranscrit et on ne fait plus l'effort d'écrire correctement.
04:19Je suis anglaise, ça s'entend. J'ai un petit accent et vous en avez parlé tout à l'heure, mais la langue anglaise, j'ai l'impression que ça se glisse beaucoup plus dans la langue française.
04:31Au quotidien, j'entends des mots qui ressortent très, très souvent. Est-ce que c'est inquiétant aussi ?
04:36Non, ce n'est pas inquiétant, mais c'est vrai que c'est dommage. Je trouve que quand on peut éviter un anglicisme, ce serait bien de le faire. Par exemple, je repense aux mots des jeunes, il y a le mot « banger ».
04:46On dit ça, un banger, une masterclass. Tout ça, c'est de l'anglais. Donc, c'est amusant.
04:50On explique, on explique un banger.
04:51Un banger, alors comment ? C'est vraiment…
04:53C'est incontournable, quelque chose de génial.
04:56Il est vraiment à la page, Baptiste, quand même.
04:58Je suis très jeune, ça se voit.
05:01Et masterclass ?
05:02Et masterclass, quand on dit, par exemple, un humoriste qui a fait une masterclass, c'est ce qu'il y a de mieux, aussi.
05:09Ok. Donc ça, c'est des mots que vous utilisez souvent, docteur, j'imagine. Masterclass, banger ?
05:14Masterclass, c'est passer dans le langage business.
05:16Tiens, business, c'est un mot anglais aussi.
05:19C'est vrai que banger, je ne connaissais absolument pas.
05:21Mais c'est bien quand il y a des vieux mots qui ressortent.
05:23C'est bien quand on mixe de l'anglais avec du français et ça devient un néologisme.
05:26Ça, c'est intéressant. Si c'est juste pour prendre des mots anglais, les Canadiens n'aiment pas ça.
05:30Les Québécois, pardon.
05:31Alors, on a entendu certaines problématiques.
05:34Par exemple, on ne lit pas assez, par exemple, aujourd'hui.
05:37Comment faire pour résoudre ?
05:40Vous travaillez dans un collège, un REP+, c'est bien ça aussi.
05:45Pourquoi ce choix ?
05:46Et qu'est-ce que vous faites ?
05:47Réseau d'éducation prioritaire.
05:48Exactement.
05:49Qu'est-ce que vous faites pour encourager ces jeunes, aujourd'hui, de lire plus, par exemple ?
05:53J'ai une méthode qui fonctionne très bien.
05:55Et je vais la transmettre aujourd'hui.
05:57C'est un inspecteur qui avait donné ce conseil il y a 20 ans.
05:59Et j'applique ça tous les jours.
06:01Je lis un inkipit, c'est-à-dire le début d'un texte.
06:04Soit un texte de littérature jeunesse,
06:06soit un texte qui a obtenu le prix Goncourt, le féminat, peu importe.
06:10Et je commence tous mes cours comme ça en lisant.
06:12Et les élèves n'ont qu'à écouter.
06:14Je lis une page que je leur offre.
06:16Et ensuite, ils me résument et ils me disent qu'ils ont retenu.
06:18Et après, je vous assure qu'à chaque fois,
06:20j'ai des élèves qui veulent m'emprunter le livre,
06:22qui disent « Madame, je peux vous emprunter ça et continuer à le lire chez moi ».
06:25Ça marche très bien.
06:26Et pourtant, j'ai des élèves en grande difficulté scolaire.
06:28Vous vous sentez très utile, j'imagine ?
06:30Oui, c'est ça.
06:30Vous faites un teasing, en fait, c'est ça ?
06:32Oui, c'est ça.
06:33Pardon, j'employais un exercice.
06:34Oui, mais je me disais que c'est un choix aussi quand on travaille en Rêve Plus.
06:38Vous auriez pu aller ailleurs, mais c'est un vrai choix pour vous.
06:42Qu'est-ce que ça vous enrichit, j'imagine ?
06:46Oui, je me sens utile, vous l'avez dit.
06:48Je rentre chez moi, je sais que j'ai transmis quelque chose.
06:51On m'a proposé, moi j'enseigne aussi le latin et le grec.
06:54Je n'ai jamais pu l'enseigner, mais je distille de l'étymologie.
06:57Et je voulais absolument rester dans le public avec des élèves qui ont besoin de moi,
07:01qui n'ont pas de cours particuliers à côté, et je sens que j'arrive à leur transmettre
07:05toute ma verve et mon enthousiasme.
07:07Il faut dire un mot sur les réseaux sociaux que vous utilisez aussi,
07:09puisque vous êtes très présente.
07:10Ça aussi, c'est une manière aussi de s'adresser aux jeunes, j'imagine ?
07:13Oui, ça, ça marche très bien.
07:14Alors, ils sont très fiers.
07:16Et pour la petite anecdote, j'étais venue sur ce plateau il y a deux ans,
07:19au moment de l'inauguration de la Cité internationale de la langue française.
07:22Et là, j'ai eu une réunion parent-prof il y a deux semaines.
07:24Et j'ai une maman qui me dit, écoutez, il y a deux ans, je vous vois à la télé.
07:28Et mon fils dit, c'est ma prof de latin.
07:30Et elle dit, non, ce n'est pas possible, c'est les parenthèses élémentaires.
07:32Et là, elle a vu que la prof de latin de son fils, c'était les parenthèses élémentaires.
07:36Donc, il y a quelque chose d'intergénérationnel.
07:38Et ça plaît aux élèves qui sont fiers de voir leur prof sur les réseaux.
07:41Et ça plaît aux parents, parce que j'ai des méthodes différentes, mais qui fonctionnent.
07:44Voilà, et ils vont être encore fiers, une fois de plus, de vous revoir.
07:48Merci beaucoup, Karine Dijoux, d'avoir été notre invitée pour prolonger la conversation à la maison.
07:54Vous publiez un almanac intitulé
07:57Les quatre saisons, une année de langue française, un livre dans lequel on picore comme ça
08:01pour redécouvrir les mots, la langue et le plaisir de bien s'exprimer.
08:05Merci beaucoup, Karine Dijoux, d'avoir été avec nous ce matin.
08:08Merci beaucoup.
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