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00:00Et on passe à notre invité et culture de ce vendredi soir et on s'intéresse à une voix littéraire émergente venant de la République démocratique du Congo.
00:08A 26 ans, Steve Agandze signe son premier roman bouleversant Bahari Bora, inspiré de son vécu dans une région marquée par la guerre.
00:17Il y raconte l'histoire d'une adolescente enlevée par un groupe armé confronté à l'horreur mais aussi à un choix intime, gardé ou non un enfant conçu dans la violence.
00:25Un texte fort à la croisée du roman, du témoignage et du cri de résistance.
00:31Steve Agandze, bienvenue dans votre journal de l'Afrique.
00:33Merci.
00:34C'est un plaisir de vous recevoir.
00:36Alors dites-nous, pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire à travers le regard d'une jeune fille enlevée par un groupe armé alors qu'elle a 13 ans,
00:45avec un groupe de 47 autres enfants et qui va vivre 5 ans en captivité avant de s'enfuir ?
00:50Pourquoi le regard de cette jeune fille ?
00:52J'ai choisi ce regard-là parce que je me dis, dans ces situations, dans ces contextes, au Congo, ailleurs, que ce soit en Afghanistan, donc partout,
01:04des jeunes filles, comme Bahari Bora, représentent à la fois deux vulnérabilités.
01:09Savoir que c'est une enfant d'abord et c'est une fille.
01:12Donc c'est la proie idéale pour ces rebelles, pour ces terroristes, pour ces gens qui détruisent.
01:19Qu'est-ce qui vous vient ? On est frappé par le récit, le détail.
01:27On a même des pans entiers où on voit, nous qui relatons, malheureusement, ces faits d'actualité très souvent dans le journal de l'Afrique.
01:35Qu'est-ce qui vous vient de votre vécu personnel dans l'est du Congo ?
01:38Je rappelle que vous êtes né à Bukavu. Vous allez partir vivre à Kinshasa à l'arge de 12 ans après avoir traversé, justement, des années de guerre et d'insécurité dans l'est du pays.
01:47J'ai choisi cette forme-là, surtout, en rapportant beaucoup d'articles, parce que je voulais humaniser les chiffres.
01:58En lisant des journaux, en suivant peut-être les infos, très souvent, on oublie que derrière ces chiffres, ces données statistiques, il y a des vies qui sont effacées.
02:09On parle de plus de 11 millions de morts depuis que la guerre a commencé au Congo, et plus de 500 000 femmes qui ont perdu leur dignité dans l'écrit et dans le sang.
02:20Donc j'ai voulu simplement raconter leurs histoires avec beaucoup d'humanité, parce que mon écriture, l'essence même de ma plume, je me dis, c'est l'empathie.
02:30J'écris pour que chaque personne puisse avoir toujours la capacité de s'émettre, non pas dans la peau de l'autre, parce que la peau, c'est superficiel,
02:39mais dans la chair de l'autre. Donc en écrivant, moi aussi, je m'aimais dans la chair de mes personnages pour partager leur humanité, parce qu'au fond, je pense qu'on est tous pareils.
02:50Et c'est d'abord des récits féminins, beaucoup de femmes qui parlent dans ce livre. La voix féminine, qu'est-ce qui vous avoue, justement, particulièrement, qu'est-ce qui a été particulièrement difficile à restituer ?
03:05Quel a été le défi ?
03:07Le défi, je pense qu'il n'y a pas eu de défi, parce que je l'ai écrit d'abord, ce livre, avec une mission.
03:13Donc je voulais rendre hommage à la force des femmes que j'ai toujours admirées autour de moi dans ce cadre-là.
03:19En commençant par la force de ma mère qui m'a mise au monde, et la force de ma tante qui m'a élevé.
03:24Donc j'ai été portée par des femmes fortes, résilientes, pour être l'homme que je suis aujourd'hui.
03:32Donc c'est une forme d'hommage.
03:34Et parce que je suis une personne sensible et fière de ma sensibilité, j'ai cette capacité, comme je l'ai dit, de me glisser dans la chair des autres,
03:45de me mettre à leur place, et de réfléchir simplement sur ce qu'ils vivent, ou sur ce qu'ils vivent.
03:53En face de ces femmes-là, il y a beaucoup d'hommes, beaucoup de violences masculines que vous mettez en exergue aussi.
03:59Qu'est-ce que vous avez envie de dire, vous, en tant que jeune homme, vous avez 26 ans, de dire à ces hommes-là, justement, dans l'Est du Congo,
04:07mais bien ailleurs, d'ailleurs, ce n'est pas l'unique endroit où malheureusement les hommes font du mal aux femmes.
04:12Qu'est-ce que vous avez envie de dire, vous, en tant qu'homme ?
04:15C'est-à-dire qu'il faut regarder ce qui se passe, en parler, et toujours se mettre à la place des autres.
04:25Comme vous l'avez dit, partout dans le monde, les jeunes filles doivent craindre, non pas seulement les rebelles, dans le cas du Congo,
04:34mais aussi, ça peut être un voisin qui a toujours eu des yeux sur la voisine, et parce que la guerre éclate,
04:41ils profitent de cette situation pour commettre des méfaits, parce qu'en marchant à côté du diable,
04:48on finit par adopter ces manières de penser.
04:51Et donc, la guerre dit depuis tellement longtemps au Congo que la violence devient peut-être un langage.
04:59Donc, la littérature ouvre un espace de dialogue où chaque personne veut lire et partager l'humanité et la paix.
05:06– Parlons littérature. Votre style, il est très singulier, entre poésie, réalisme brut et documents inspirés des rapports d'ONG.
05:14Comment avez-vous trouvé ce ton, ce mélange entre fiction et témoignage presque journalistique ?
05:20– Le travail éditorial aussi, beaucoup.
05:26Donc, mon éditrice m'a dit, on parle du Congo, le Congo est une histoire à part entière.
05:32Donc, même si on fait un roman, il serait essentiel de rapporter des faits, de rapporter les chiffres.
05:38Dans des ONG, je pense à Human Rights Watch, à d'autres, même RFI, Dao Tuele,
05:45et d'autres personnes qui travaillent au Congo.
05:49Je pense aussi au docteur Moukouégué.
05:50– Absolument.
05:51– Je pense à en lisant les romans, vous voyez.
05:52– Bien sûr, ce docteur Farid, justement.
05:54– Le docteur Farid, oui.
05:55– Mais parce que j'ai écrit pour connecter les mondes,
05:59pensant que la littérature est une porte carrément qui ouvre sur les mondes au pluriel.
06:04Je me suis dit, c'est essentiel peut-être d'inclure d'autres personnes, d'autres nations.
06:11Donc, le docteur Farid est égyptien, il y a Sophia qui est belge.
06:14Parce que c'est le même monde, nous vivons dans le même monde,
06:19et le malheur n'est pas propre au Congo.
06:23– Votre héroïne qui s'appelle Bahari Bora signifie « bel océan tranquille »,
06:30un contraste avec la violence subie, indicible parfois.
06:36Est-ce que c'était important pour vous de symboliser ce mélange
06:38entre l'espoir et la paix dans le chaos ?
06:41– Oui, c'était important parce qu'en écrivant même,
06:44j'ai commencé par le nom du personnage principal.
06:47C'est une forme d'allégorie sur le Congo,
06:50qui est un pays paradisiaque, très beau, très riche, vu de l'extérieur.
06:56Mais dès qu'on atterrit, on découvre autre chose, tout comme sa vie.
07:00Et je pense aussi que c'était important,
07:02parce que le nom est la seule chose qui nous précède dans ce monde.
07:05je suis venu, on m'a appelé Steve, je ne savais pas,
07:08on m'a appelé Steve Agandze, donc c'est important aussi.
07:12– En tout cas, on retient Steve Agandze, Bahari Bora,
07:16merci beaucoup, c'est la fin de ce journal, merci à tous.
07:19Restez avec nous car l'actualité continue sur France 24.
07:21Merci.
07:21– Sous-titrage FR –
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