00:00Patrick Legrain qui nous attend en ligne, on a Noémie Allulia aussi qui est en studio.
00:04On va parler des agriculteurs parce que là justement on est en train de parler de ce deux poids de mesure.
00:09D'un côté ceux qui sont, nous disait un auditeur, une auditrice qui vende de la viande halal sans respecter des normes, etc.
00:15Et tout un peu parfois au bord de la route.
00:18Et puis de l'autre côté des agriculteurs qui sont en train de souffrir de normes et de grosses difficultés.
00:22Donc la colère des agriculteurs en avion ne retombe pas aujourd'hui à propos de la dermatose nodulaire bovine.
00:28Pourtant la ministre de l'agriculture s'est exprimée, elle a encore expliqué qu'il y aura des vaccinations massives.
00:36Mais elle ne démord pas sur le fait qu'il faut l'abattage systématique dès qu'il y a une bête qui est atteinte de la dermatose.
00:43Il faut abattre tout le troupeau.
00:45Alors on rappelle que les agriculteurs sont indemnisés à peu près de 2000, 3000, 2500 euros par tête.
00:51Et pour autant ça ne suffit pas, disent les agriculteurs, à remplacer deux générations parfois de sacrifices de travail pour pouvoir élever et pour avoir un troupeau.
01:01Donc les agriculteurs sont au colère et eux ce qu'ils proposent c'est d'avoir, si la bête est malade, on abat uniquement la bête malade mais pas tout le troupeau.
01:10Bonjour Patrick Legrin, vous êtes président de la coordination rurale des Hauts-de-France.
01:14Quel est votre état d'esprit ce matin par rapport à la ministre de l'Agriculture qui veut vraiment calmer les choses ?
01:20Bonjour, comme j'ai déjà dit, madame la ministre elle est bien gentille mais pour qu'on puisse discuter il faut déjà reconnaître quand on a fait une erreur.
01:30Et l'erreur a été faite depuis le mois de juin de garder la même stratégie.
01:35Alors un cas, deux cas c'est une chose, comme j'ai dit hier j'ai vu une préfète, quand vous avez un ou deux accidents à un stop, c'est tout, on ne change pas le stop.
01:45Quand on a, comme là aujourd'hui, 111 massacres, c'est-à-dire 111 accidents, je pense qu'il aurait été judicieux de revoir la copie depuis six mois.
01:54Et là, la décision qui est prise de vacciner, alors non seulement elle est tardive, mais en plus on n'a pas commandé les vaccins,
02:01mais en plus ça ne règle pas tout puisque sur l'abattage massif, beaucoup d'agriculteurs, quel que soit leur syndicat, n'accepteront pas.
02:10Par exemple, la Camargue, vous imaginez, c'est des taureaux qui valent plusieurs milliers d'euros, il est hors de question qu'ils acceptent cet abattage.
02:16Aujourd'hui, ce qui est dramatique, c'est qu'on a en fait une gestion de crise qui est purement économique.
02:22Je vais vous dire que vous avez une radio concurrente, puisque j'en avais parlé, qui l'a bien expliqué ce matin.
02:27C'est-à-dire que la raison est financière.
02:29S'il y a un million de bêtes à vendre, ça correspond à peu près à un milliard et demi.
02:33Il est hors de question qu'on passe à côté d'un milliard et demi.
02:36Donc, c'est de la gestion financière.
02:38Et cette gestion financière, elle n'est pas la coordination rurale, elle n'est pas la confédération paysanne,
02:42elle n'est pas chez l'agriculteur de la FNSEA ou GA de base, elle est chez les grands patrons.
02:47Donc, comme j'ai dit là sur un plateau, lorsque madame la ministre aura un accord avec monsieur Rousseau, madame Gennevard,
02:55on saura ce qu'ils ont décidé.
02:56Mais ça se joue, c'est toujours du business, c'est toujours du business.
02:59Et ce que vous dites, et ce que j'entends beaucoup sur le terrain aujourd'hui de la part des agriculteurs,
03:04ils se disent qu'on a vu arriver l'épidémie par l'Espagne, on a vu arriver à cette épidémie,
03:09et rien n'a été fait à l'époque.
03:11Ce que vous dites aussi, c'est qu'on aurait dû, dès l'époque, effectivement, commencer la vaccination massive.
03:14Parce que là, en fait, déjà, on veut une vaccination massive,
03:20il nous faut à peu près 7 à 12 mois pour avoir tous les vaccins, on en a perdu 5,
03:24et puis après, quand on nous dit que ça va bloquer, pendant 40 semaines, la vente des brutards,
03:28il faut être intelligent.
03:29Si on démarre la vaccination pour le sud-ouest, qui est fort impacté,
03:33dans 30 ou 40 semaines, ils pourront vendre les brutards,
03:37parce que ça, c'est pareil, la dogmatisme des 40 semaines,
03:40c'est aussi un dogmatisme de bureaucrate en France ou à Bruxelles.
03:44Rappelez-nous la règle des 40 semaines, c'est-à-dire qu'une fois que vous êtes vacciné,
03:47vous ne pouvez pas vendre, c'est ça ?
03:48Il a été décidé par des gens bien pensants que, pendant 40 semaines,
03:53nous ne pouvons plus vendre les bêtes qui ont été vaccinées.
03:56Par contre, la bête qui vient du Mercosur, puisque c'est la discussion de fin de semaine,
04:00la bête qui vient du Mercosur, et elle qui est piquée aux hormones, là, on peut la manger.
04:04Ce que je ne comprends pas, c'est effectivement le fait qu'on a envie de faire
04:10comme si on dissocie cette histoire du Mercosur, alors que les deux sont intimement liés.
04:14Merci beaucoup, Patrick Legras, pour votre regard,
04:17président de la Coordination Rurale des Hauts-de-France,
04:20et d'avoir un peu pu expliquer, un peu à l'antenne d'Europe 1 en direct,
04:24à 12h25 sur Europe 1, votre regard.
04:26Merci beaucoup, Patrick Legras.
04:28Noémie Alulia, vous êtes en studio avec nous, vous êtes journaliste,
04:31vous avez signé une double page dans le journal du dimanche à propos des agriculteurs.
04:36Aujourd'hui, on est quand même mardi, quelques jours après déjà votre signature et votre enquête.
04:44Quel regard portez-vous sur la situation ?
04:46Manifestement, les choses n'ont fait que s'empirer,
04:49mais effectivement, c'était prévisible,
04:51parce que les agriculteurs, les éleveurs,
04:53effectivement, ils demandent depuis déjà un certain temps la vaccination,
04:56ils le demandent depuis longtemps.
04:57Et donc, ils ont le sentiment, en tout cas, la coordination rurale,
05:03au moins, ça fait déjà un certain temps qu'ils disent,
05:07ils alertent les autorités en disant, il faut prendre le taureau par les cornes,
05:09il ne faut pas attendre que l'épidémie, que le virus se développe,
05:12parce que sinon, ce sera trop tardif.
05:15Mais ce qui est intéressant, dans ce qu'on entendait juste avant,
05:18et plus globalement dans les discours des éleveurs,
05:20c'est qu'ils ont l'impression de ne pas être entendus et de ne pas être compris.
05:24Ils ont l'impression de parler dans le vide.
05:25Il y a le sentiment de subir une sorte de mépris social,
05:30et c'est ce qui...
05:31Mais moi, ce qu'il n'y a pas, c'est que ça, je comprends bien,
05:35qu'on puisse avoir ce décalage vendredi, samedi,
05:38on est mardi, on a toujours l'impression que ce sont deux mondes
05:42qui ne s'entendent pas du tout,
05:44et qui ne se comprennent pas.
05:46Parce que je pense qu'il y a un problème fondamental,
05:47le monde urbain ne comprend pas le monde paysan,
05:50il n'a aucune idée.
05:51Il ne veut pas comprendre.
05:53On marque une pause, Némi, à lui,
05:55à vous qui avez signé cette enquête de deux pages,
05:58dans le journal du dimanche,
05:59aux côtés des agriculteurs,
06:00et pour bien comprendre, on marque une pause.
06:04Europe 1
06:0511h30, 13h,
06:08Christine Kelly.
06:08Oui, oui, on va faire le jeu de Noël tout à l'heure.
06:14Dans un instant, on aura des chiffres exclusifs
06:17avec le Centre Européen pour le droit et la justice
06:20sur les actes antichrétiens en Europe,
06:23et on va faire un petit jeu de Noël dans un instant avec vous.
06:26Mais on veut terminer sur ce sujet, sur les agriculteurs,
06:28avec vous, Noémie Alulia, vous êtes journaliste,
06:31vous êtes dans le studio d'Europe 1,
06:33vous avez donc enquêté, fait deux pages sur les problèmes des agriculteurs.
06:36Aujourd'hui, là, depuis ce matin, il y a eu la réunion
06:39avec le Premier ministre à Matignon,
06:41ce matin, à propos des agriculteurs,
06:44la réunion est terminée, rien n'avance concrètement.
06:47Quel regard portez-vous ?
06:48C'était la question que je vous posais,
06:50sur la situation à l'heure qu'il est.
06:51Est-ce que vous pensez qu'ils vont finir par s'entendre ?
06:54Pas tout de suite.
06:55Tant que leurs revendications ne seront pas respectées ou entendues,
06:58ils vont continuer à durcir le ton, c'est ce qu'ils disent,
07:01et je pense que c'est ce qui va se passer.
07:03Vous savez, il y a quelques minutes,
07:04on parlait justement de cette méconnaissance du monde paysan,
07:06de la part du monde urbain,
07:08mais je vais vous donner un exemple précis.
07:09Quand on dit, on parlait tout à l'heure du fait, par exemple,
07:12de rembourser une vache,
07:13mais on nie aussi le lien affectif qu'il y a entre l'éleveur et sa vache.
07:18Et ça, c'est quelque chose que le monde urbain ne comprend pas.
07:21Je vais vous dire, moi-même, avant d'y aller,
07:22je me disais, attendez, un éleveur,
07:24il sait très bien que de toute façon,
07:25ces vaches vont à l'abattoir,
07:26elles vont terminer, excusez-moi, en steak haché,
07:29et donc, il n'y a pas de lien qui s'unit.
07:30C'est l'image qu'on se fait quand on est à l'extérieur.
07:34Et lorsque je suis partie voir ces personnes,
07:36je me suis rendue compte de la façon dont elles protégeaient leurs bêtes,
07:39de la façon qu'elles se lèvent pour elles à 4h du matin
07:42pour leur donner à manger.
07:43Elles font en sorte qu'elles aient besoin de rien.
07:45Elles se lèvent la nuit,
07:46les éleveurs, ils se lèvent la nuit pour eux,
07:48pour faire en sorte qu'ils ne souffrent pas.
07:50Lorsqu'ils ont mal, ils les soignent.
07:52Lorsqu'ils sont blessés, ils s'occupent d'eux.
07:54Il y a un lien très fort qui unit ces éleveurs à leurs bêtes.
07:56Vous dites, Mia Lulia, journaliste, que vous avez fait une enquête dans le JDD,
08:01que même effectivement, quand vous expliquez ça,
08:04on comprend aussi que même lorsqu'on les a indemnés,
08:06ça ne remplace pas ce lien.
08:07Exactement.
08:08Ça explique très bien le fait que finalement,
08:11par cette méconnaissance,
08:12les propositions qui sont mises sur la table
08:14ne sont pas à la hauteur de ce qui est réclamé aujourd'hui par les éleveurs.
08:17Éric Tegner.
08:17Oui, dans cette très bonne enquête,
08:19on découvre aussi que renouveler un cheptel,
08:21c'est très compliqué.
08:22Donc c'est aussi potentiellement l'effondrement de notre filière
08:24qui est en train de se profiler.
08:26Et également, il y a une question génétique.
08:27C'est-à-dire qu'il y a des agriculteurs,
08:29ça fait des années qu'ils travaillent pour faire un certain type de vache, etc.
08:34Ce n'est pas de l'argent qui remplace ce type de choses.
08:36Et c'est très difficile.
08:36Les éleveurs m'expliquaient que c'était très difficile
08:38de pouvoir acheter des bêtes en bonne santé.
08:40En plus, c'était des vaches laitières dans le dos,
08:42parce que vous savez, on fait le comté.
08:43Et donc, retrouver exactement les bonnes bêtes,
08:46ça met énormément de temps.
08:47Il y a le fond, c'est vrai,
08:51mais vraiment, on peut se mettre d'accord sur la forme.
08:54Après que les vétérinaires ne soient pas d'accord,
08:57c'est une chose.
08:58Mais les paysans ont été traités d'une façon abjecte
09:02et désastreuse ces jours derniers.
09:03Moi, je crois qu'il faut quand même le retenir.
09:05C'est que ce n'est pas la première fois.
09:06Le problème, c'est qu'une fois...
09:08Sur fond de Mercosur.
09:09Sur fond de Mercosur.
09:10Alors, on va en reparler encore pendant la semaine
09:12sur le Mercosur.
09:13Néhémie et Lulia, vous allez certainement revenir
09:15parce qu'on va en parler sur fond de Mercosur.
09:17Et on fait comme si on ne voit pas qu'il y a le Mercosur.
09:20On fait comme si...
09:20J'aime bien parce que...
09:21Attendez, là, on va commencer à me chauffer.
09:23Non, mais parce que le Mercosur,
09:24il y a seulement la Hongrie et la Pologne
09:25qui ne veulent pas le Mercosur comme nous.
09:27Est-ce que vous pensez sincèrement
09:28qu'Emmanuel Macron va s'entendre avec la Hongrie et la Pologne
09:35On parlera du Mercosur demain.
09:38Merci beaucoup.
09:38On passe au jeu.
09:40Merci beaucoup Noémie et Lulia.
09:41Merci Chrétien, merci à tous.
09:42On vous remercie tellement pendant la semaine.