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  • il y a 5 semaines

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00:00Europe 1 Soir, 19h-21h, Pierre de Villeneuve.
00:05Avec Victor Hérault, bonsoir cher Victor, journaliste politique à valeurs actuelles, bonsoir Joseph Masses-Carrot, écrivain et essayiste.
00:12Je le rappelle, nous aurons pour inviter Jonathan Arfi, le président du CRIF, dans une dizaine de minutes sur Europe 1.
00:20D'abord, parlons des agriculteurs et de la crise agricole.
00:23Annie Gennevard, la ministre de l'Agriculteur, reprendra la parole d'ici quelques minutes, puisqu'elle est arrivée à Toulouse.
00:31Ce matin, sur France 2, elle a affirmé qu'elle ne fermait pas la porte à un dialogue avec les agriculteurs.
00:37Le dialogue est ouvert avec la profession.
00:40Notre responsabilité collective aux organisations syndicales, professionnelles, avec les vétérinaires, avec les scientifiques,
00:48c'est de dire, ensemble, déterminons comment on lutte au mieux contre...
00:51Mais faites-moi une réponse, Claire, est-ce que vous pourriez suspendre cette procédure ?
00:55La discussion est ouverte sur ce point.
00:57Et je ne veux pas vous donner de réponse catégorique aujourd'hui,
01:00parce que ce temps de dialogue, il est indispensable,
01:03et il faut pouvoir y associer les professionnels.
01:06Mon cher Joseph Masses-Carrot,
01:09quand un ministre ne sait pas qu'est-ce qu'il fait, il se tait, pour ne pas dire autre chose.
01:15Ou il crée une commission, ou il demande un rapport, c'est ce qu'il faut aussi.
01:20– Oui, ça c'est Mme Toraval.
01:22– Un classement vertical.
01:23– Mme Toraval disait, quand on ne sait pas quoi faire, on fait un beau veau.
01:26– Absolument, un beau veau, bah oui.
01:27– C'est le cas de le dire.
01:28– Les Français sont beau veau, oui.
01:31– Et Churchill disait, vous savez ce que disait Churchill ?
01:35Churchill disait, qu'est-ce qu'un dromadaire ?
01:37Un cheval dessiné par une commission.
01:39– Oh !
01:39– Extraordinaire !
01:40– Ça vous en dit ?
01:41– J'adore !
01:42– Bon, revenons à nos...
01:44– Moutons, bovins, bovins, bovins en l'occurrence !
01:46– Il ne suit pas, Victor Hérault !
01:48– C'est très sérieux en plus, les agriculteurs sont extrêmement touchés par cette histoire.
01:54– Je crois que la difficulté, c'est que, on a beau,
02:01les responsables politiques ont beau montrer une empathie, aujourd'hui,
02:07envers le monde agricole, d'ailleurs, ils passent leur temps à montrer une empathie
02:11envers un monde agricole qui est en train de mourir.
02:15Il y a, comment dire, la question qui est la question aujourd'hui,
02:21qui est vraiment une question existentielle, c'est,
02:23qu'est-ce que nous voulons faire de nos agriculteurs ?
02:26Là, on est vraiment à un point définitif,
02:29parce qu'il y a cette crise, qui est une crise réelle, on va en parler,
02:33il y a la question, bien sûr, du Mercosur, qui se rajoute,
02:37et à cela, à rajouter l'Ukraine.
02:40Parce que je rappelle quand même que l'Ukraine,
02:42sur la moitié des poulets qui sont consommés en France,
02:44une moitié vient d'Ukraine.
02:46Donc, tous ces éléments-là, évidemment, bien sûr,
02:48c'est, moi qui suis, à chaque fois que je dis, moi qui suis vieux,
02:51ben oui, moi qui suis vieux, j'ai le souvenir que le nombre de politiques
02:55qui disaient, c'est vrai que la France, on a des problèmes industriels,
02:58mais vous allez voir, avec l'industrie agroalimentaire,
03:01là, vous allez voir ce qu'on va voir.
03:03On va être les premiers au monde, on va être, etc.
03:05Et aujourd'hui, très franchement, l'industrie agroalimentaire,
03:09vous savez comme moi, qu'on importe énormément dans les produits agroalimentaires.
03:13Non, mais on a tué depuis une cinquantaine d'années nos agriculteurs.
03:17Depuis 50 ans, on les tue.
03:19C'est-à-dire que dans les années 50,
03:21il suffit de voir un peu de fiction,
03:23et heureusement qu'on a de la pellicule
03:25qui nous permet de voir ce que c'était qu'un agriculteur
03:27dans les années 50, dans les années 60,
03:29qui faisait vivre un village, une région,
03:32par son savoir-faire, par des bêtes
03:35qui n'étaient pas bourrées d'antibiotiques, etc.
03:39à cause des normes sanitaires qui sont là et qui s'entassent.
03:44Attendez, je termine.
03:45Ensuite, vous avez la politique agricole commune,
03:48puisqu'il a, dans le machin qu'a été l'Europe,
03:51il a fallu aussi s'adapter aux autres pays,
03:54et faire en sorte que les anges,
03:56une sorte d'équité entre les différents pays.
03:58Donc ça, ça a commencé à tuer les agriculteurs aussi.
04:00Et ensuite, on a, effectivement,
04:02vous avez le Mercosur,
04:03vous avez tout à fait raison d'en parler,
04:04parce qu'on est en...
04:05Et à la fin,
04:07vous avez parlé de la grande distribution,
04:09et à la fin, l'agriculteur que je disais,
04:11que je citais des années 50,
04:13c'est plus du tout le même aujourd'hui.
04:15Il y a son petit-fils,
04:16et il y en a un sur deux,
04:18un qui se suicide tous les deux jours.
04:20Voilà.
04:21Bon.
04:21Les psérotonines de Houellebecq,
04:23c'est exactement ce qu'il raconte.
04:24Voilà.
04:26Ce qui aurait dû nous alerter, je pense,
04:28c'est quand on a commencé en France,
04:30il y a à peu près une dizaine d'années,
04:31à voir des photos,
04:33des festivals d'art,
04:35des films,
04:36en noir et blanc.
04:37Rappelez-vous,
04:39nous comptant le monde agricole.
04:41Là, à partir du moment
04:42où on vous décrit
04:44une partie de la société française
04:45en noir et blanc,
04:46avec des talents artistiques indéniables,
04:49ça veut dire qu'ils sont moribonds.
04:51C'est ça.
04:52C'est moribond.
04:52C'est ça.
04:53Et là, il y a évidemment,
04:55bien sûr,
04:56un énorme problème.
04:57Il y a un problème,
04:59d'abord, il y a un problème,
05:00pardonnez-moi,
05:01Annie Gennevard descend
05:03et est à Toulouse,
05:04c'est très bien,
05:04il y a quand même un problème
05:05de communication,
05:06on ne va pas tourner autour du pot.
05:08C'est-à-dire que,
05:09je pense que,
05:10le contact avec les agriculteurs,
05:14avec les éleveurs,
05:15pour être encore plus précis,
05:16aurait dû être pris tout de suite.
05:17Parce que,
05:18ce qui est intéressant,
05:18vous voyez,
05:19c'est qu'on dit,
05:20oui, c'est la coordination rurale,
05:21oui, c'est un énorme d'agités,
05:23mais les fédérations départementales,
05:25les FDSA,
05:27FDSEA, pardon,
05:29contestent aujourd'hui
05:30la FNSEA.
05:33Donc,
05:33c'est dire qu'il y a
05:34un véritable problème.
05:36C'est-à-dire que,
05:37moi, je veux bien
05:38qu'il y ait une expertise
05:39et que tous les experts
05:40en expertologie
05:41se relaient pour nous expliquer.
05:42Alors maintenant,
05:43moi, je me garderais bien ça,
05:45mais vous avez des spécialistes
05:46dans tout maintenant,
05:46il y a des spécialistes
05:47sur le virus.
05:49On va voir ce que va dire
05:50Mme Gennevard d'ici
05:51quelques minutes.
05:52En attendant,
05:53Victor Hérault,
05:54vous savez,
05:55j'ai même presque
05:55de la sympathie pour Mme Gennevard
05:57parce que je pense
05:57qu'elle voudrait bien faire,
05:58mais simplement,
05:59elle n'a pas les cartes.
06:00You don't have the cards.
06:01Elle peut rien faire.
06:06Je mets de côté
06:07la personne
06:09de Mme Gennevard,
06:10je n'ai rien contre elle personnellement.
06:11En revanche,
06:12que ce gouvernement,
06:13elle y compris,
06:14puisqu'elle est au front
06:15sur cette question-là,
06:16soit encore dans la réaction
06:17et n'ait pas anticipé
06:18ce qui allait se passer,
06:20ça me sidère.
06:21On a l'impression,
06:22ils réagissent
06:22comme si c'était
06:23la toute première crise.
06:24Comme s'il n'y avait pas eu
06:25les gilets jaunes,
06:25comme s'il n'y avait pas eu
06:26les agriculteurs des gens
06:27en 2024,
06:27comme s'il n'y avait pas eu
06:28le Covid.
06:28C'est les mêmes débats,
06:30c'est les mêmes questions,
06:31c'est les mêmes reproches
06:31de déconnexion,
06:32c'est les mêmes reproches
06:33de consignes tombées du haut
06:34avec le soutien policier
06:36contre des citoyens
06:37qui ne comprennent pas
06:37pourquoi on leur impose
06:38ces mesures-là.
06:39C'est la même absence d'écoute.
06:41Et là,
06:42le dialogue est ouvert,
06:43nous dit-elle.
06:43Il aurait fallu l'ouvrir
06:44dès le départ.
06:45Et il y a ce truc cynique
06:46dont parlait Joseph,
06:47c'est qu'au début,
06:48on laisse filer.
06:49On attend de voir
06:50si ça va s'éteindre.
06:52Vous voyez,
06:52ça c'est quand même...
06:54Et le monde agricole
06:56est une poudrière,
06:56on ne le découvre pas à l'instant.
06:58On savait que ça allait
06:59s'enflammer d'un coup.
07:00Pourquoi ont-ils attendu
07:01avant d'apporter des réponses
07:02ou au moins un peu de dialogue
07:03entre le monde médical
07:04et les vétérinaires
07:05d'un côté
07:06et les agriculteurs de l'autre ?
07:08Pierre a raison.
07:09On laisse filer
07:09et en même temps,
07:11on envoie la charge de Lourdes
07:13répressive.
07:14Et on dit que c'est l'ultra-gauche.
07:15Et on dit que c'est l'ultra-gauche.
07:17Et malheureusement,
07:18on s'aperçoit
07:18que ce n'est pas l'ultra-gauche.
07:19Il y a de l'ultra-gauche,
07:20mais il n'y a pas que de l'ultra-gauche.
07:22Je l'ai rappelé,
07:23les fédérations départementales
07:23sont vent debout
07:24contre cette réforme.
07:26Il y a vraiment quelque chose
07:28d'inquiétant
07:29dans ce traitement.
07:32En fait,
07:33Victor Hugo disait
07:34pourquoi s'interroger
07:36très légitimement,
07:38parce que moi je pense
07:38que fondamentalement,
07:39pour une grande partie
07:40des responsables politiques,
07:42les agriculteurs
07:44sont une variable d'ajustement.
07:46Et que finalement,
07:47lorsqu'on prend par exemple
07:48lorsqu'on prend
07:50les nombres de vaches,
07:51en fait,
07:52dans leur tableau XL,
07:54les vaches,
07:55c'est comme une croix.
07:56Sauf qu'une vache,
07:57ce n'est pas une croix.
07:58Alors je ne vais pas revenir
07:58à toutes les analyses
07:59brillantes et littéraires
08:02formidables
08:02d'un auteur trop tôt disparu
08:04qui était Benoît Duterte
08:05sur les vaches.
08:06Il a écrit des pages
08:07absolument admirables.
08:08Moi qui suis normand,
08:09pour moi,
08:09une vache,
08:10pardonnez-moi,
08:10ce n'est pas une croix.
08:12Ce n'est pas une croix
08:13dans un tableau.
08:13Ce n'est pas vrai.
08:14C'est un animal
08:15qui est un animal sensible.
08:17Quand on dit éleveur,
08:18c'est-à-dire que
08:19les agriculteurs
08:20accompagnent ces animaux.
08:22Et ça,
08:22c'est très très mal compris.
08:23Ne pas comprendre ça.
08:24C'est très très mal compris
08:25par une classe politique
08:26de l'échiquier politique
08:28qui disent
08:30Ben non,
08:30puisqu'ils tuent les vaches,
08:31ils ne peuvent pas avoir
08:32un affect.
08:32Mais ça,
08:33il faut avoir
08:34mis les pieds,
08:34pardonnez-moi,
08:35je reprends votre pardonnez-moi
08:36parce qu'il est très sympathique,
08:38dans les pelouses
08:41du pays d'Auge
08:41pour voir
08:42à quel point
08:43Ou ce pays de Coe.
08:45Ou pays de Coe,
08:46si vous voulez,
08:46à quel point
08:48la vache est là
08:50et elle fait partie
08:51en fait
08:51d'un écosystème,
08:54de l'écosystème
08:54de la vie
08:55du paysan
08:56qui l'élève.
08:57Mais là où je ne comprends pas.
08:58Quand vous dites
08:58que c'est un animal,
08:59c'est un animal sensible.
09:02C'est un animal
09:02qui perçoit.
09:03Parfois même,
09:04il perçoit
09:04qu'il perçoit,
09:05dirait Lammitz.
09:06Donc,
09:06c'est vraiment
09:07un animal.
09:08d'ailleurs,
09:11la meilleure preuve,
09:12c'est qu'ils parlaient
09:13d'abattage
09:14et maintenant,
09:15d'une manière sémantique,
09:16ils glissent,
09:17ils sont en train de parler
09:17de dépeuplement.
09:20Victor,
09:20héros et pas Hugo.
09:22Quand vous dites Victor Hugo,
09:23vous avez dit Victor Hugo,
09:25on ne savait pas trop.
09:25Non, ce n'est pas Hugo.
09:26Et alors lui,
09:26il a levé la tête
09:27en se disant
09:28d'outre-tombe.
09:29On parle de moi.
09:31Non, mais
09:31les contemplations,
09:34Notre-Dame de Paris.
09:34Je contente tout cela
09:35avec un peu d'espoir.
09:37Mais Joseph va vous essayer
09:37d'expliquer à un ministre
09:38qu'il ne peut pas comprendre
09:39intrinsèquement.
09:40Il ne l'a jamais vécu,
09:41il n'a jamais vécu
09:42auprès d'une vache.
09:43Il ne peut pas comprendre cela.
09:43En revanche,
09:44le politique comprend très bien
09:46le risque qu'il y a
09:47lorsqu'il y a un soulèvement.
09:48Il y a des soulèvements
09:48qui sont moins graves
09:49que d'autres pour le politique.
09:50Le soulèvement agricole
09:52est toujours grave.
09:53Il bénéficie souvent,
09:55voire toujours,
09:55d'un grand soutien
09:57de la population.
09:58À l'approche de Noël,
09:59de la rentrée
10:00de janvier,
10:01de février,
10:02du salon de l'agriculture
10:02qui s'approche,
10:03je pense que même cyniquement,
10:05dès le départ,
10:05le politique aurait dû se dire
10:06attention,
10:07là il se passe quelque chose,
10:07il va y avoir quelque chose,
10:09on a déjà vécu ça en 2024,
10:10ça ne gérerait pas à recommencer.
10:11Et pourtant,
10:12comme toujours,
10:13ils ont attendu.
10:14Ils ont attendu,
10:14ils ont recommencé,
10:15c'est la même méthode,
10:16c'est la définition du fou,
10:17répéter la même chose
10:18en attendant un résultat différent.
10:20C'est exactement ce qui s'est passé.
10:21Et on pose toujours
10:21la question aux différents
10:24ministres de l'agriculture
10:25en disant
10:26mais est-ce que vous pensez
10:27qu'il y aura des agriculteurs
10:29avec des vaches
10:30au salon de l'agriculture prochain ?
10:31Parce que c'est vrai,
10:32c'est dans pas longtemps.
10:33Je l'espère.
10:35Bah ouais, t'espères.
10:36Nous aussi on espère,
10:37mais on aimerait avoir
10:38des agriculteurs épanouis.
10:39On l'espoir au moins,
10:40c'est déjà ça.
10:40Et pas un qui se tire une balle
10:42dans la tête
10:42tous les deux jours.
10:44Enfin, je veux dire...
10:45La France est un pays agricole.
10:49C'est dans notre ADN.
10:51C'est quelque chose
10:52qui appartient au cours
10:53le plus intérieur
10:54de notre histoire
10:54et de notre identité.
10:56Et combien il y a
10:56de visiteurs
10:57au salon de l'agriculture
10:58à chaque fois ?
10:59On bat les records chaque année.
11:00Les Français aiment
11:01leurs agriculteurs.
11:02Chaque fois plus.
11:03Et il y a un paradoxe inouï
11:05en fait dans cette histoire.
11:07Je tiens, pardonnez-moi aussi,
11:08à parler de la profession...
11:09Vous pardonnez aussi.
11:10Tout le monde se pardonne.
11:12C'est de grandes miséricordes
11:13ce soir.
11:13Mais Noël approche.
11:15Je tiens à parler aussi
11:16de la profession des vétérinaires
11:18parce qu'il ne faut pas
11:18mettre en opposition
11:19en réalité
11:19les vétérinaires,
11:20le corps médical d'un côté
11:21et les agriculteurs de l'autre.
11:23Même s'il y a friction aujourd'hui,
11:25le vétérinaire voit
11:26de son point de vue
11:27statistique et médical.
11:29L'agriculteur voit
11:30du point de vue
11:30de la chair de sa bête,
11:31donc de sa propre chair
11:32et de sa propre survie.
11:33Le politique est là
11:34pour faire l'intermédiaire
11:35entre les deux,
11:36pour faire dialoguer
11:36ces deux camps-là.
11:3719h28,
11:38merci Victor et Joseph.
11:40On revient dans un instant
11:41notre invité,
11:42le président du CRIF
11:43sur Europe 1,
11:44Jonathan Arfi,
11:45pour parler de l'attentat
11:46de Sydney.
11:47A tout de suite sur Europe 1.
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