00:00Et mon oeil sur l'actualité ce matin concerne évidemment cette colère agricole qui gronde et qui était si évidente.
00:06Il est toujours tristement amusant quand même de constater à quelle vitesse certaines professions disparaissent du radar politique.
00:12Jusqu'au jour où elle tape du poing sur la table, les agriculteurs font partie de celle-ci.
00:17Il y a deux ans à peine, rappelez-vous, on leur promettait « Mons et Merveilles », debout sur une botte de paille, sous les flashs et les slogans d'un jeune Premier ministre.
00:24Depuis, peu de choses ont changé, ou pour être plus précis, leur situation n'a fait que s'endurcir.
00:30À six jours d'une grande manifestation agricole prévue initialement à Bruxelles, où sont attendus des centaines de tracteurs et plusieurs milliers de manifestants venus de 25 pays de l'Union Européenne,
00:39la colère est profonde chez les paysans français et tous les ingrédients sont réunis pour qu'elle explose à nouveau.
00:45Les excès de normes, les trahisons, le manque des coups de chronique, les revenus en baisse, les fins de mois qui arrivent parfois dès le 10 du mois.
00:52Ce nouvel accès de colère est presque mécanique en réalité.
00:56Il existe aujourd'hui une défiance massive des agriculteurs vis-à-vis des pouvoirs publics françaises,
01:01comme des autorités européennes accusées de n'avoir ni vision claire, ni stratégie, ni vision pure et sain pour l'avenir de l'agriculture.
01:10La DNC, la fameuse dermatose contagieuse, n'est en réalité qu'une goutte d'eau de plus dans un vase déjà plein à ras-le-bord.
01:18Après les nouvelles taxes, le mécanisme d'ajustement de carbone aux frontières, par exemple prévu au 1er janvier,
01:23et l'adoption du Mercosur dont on parle si souvent sur cette antenne.
01:26Mais il faut être précis et surtout honnête.
01:28Ici, il ne s'agit pas de s'improviser épidémiologie sur les réseaux sociaux,
01:31ni de transformer une crise sanitaire animale en slogan militant pour spécialistes de la récupération des colères.
01:36Le sujet est trop grave pour cela.
01:38Aujourd'hui, il est impossible de distinguer, rappelons les faits, un animal sain, d'un animal porteur de virus sans symptômes.
01:43La vaccination en pleine poussée épidémique ne permet toujours pas d'éminer le virus sauvage.
01:48Elle nécessite environ trois semaines pour offrir une protection complète,
01:51un délai donc souvent incompatible avec la vitesse de propagation de la maladie.
01:55Les pays, par exemple, qui ont évité autour de nous l'abattage total lors des épisodes précédents,
02:00l'ont payé très cher, un chiffre.
02:02Entre 2006 et 2023, les données de l'Organisation mondiale de la santé animale
02:05montrent une récurrence inquiétante des foyers, jusqu'à 232 par an.
02:10D'ailleurs, si on observe en France les premières levées des restrictions en Savoie, dans l'Inde ou dans le Rhône,
02:16ça illustre parfaitement l'efficacité d'une stratégie très dure, insupportable, mais rigoureuse.
02:23Rappeler cela n'est pas, en revanche, incompatible avec les nécessités de comprendre la profondeur du choc
02:28et de la crise que traversent actuellement les agriculteurs.
02:31Il faut entendre que cela représente, pour lui, perdre des bêtes, qu'il élève parfois depuis des années,
02:35qu'il connaît, qu'il soigne, qu'il aime, voire s'effondrer.
02:38En quelques heures, le travail de toute une vie, de toute une décennie.
02:42Et ensuite, être traité comme un casseur, accueilli par des gaz lacrymogènes
02:46et un déploiement massif de forces de l'ordre,
02:48alors que la plupart des agriculteurs venaient simplement soutenir un ami
02:51au moment plus brutal de son existence professionnelle.
02:54La colère paysanne n'est ni un caprice, ni un folklore.
02:57C'est le cri d'un monde qu'on presse, qu'on réglemente, qu'on culpabilise
03:00et désormais qu'on maltraite et qu'on oublie trop souvent d'écouter.
03:03Et comme toujours avec les agriculteurs, quand la colère monte, ce n'est jamais sans raison.
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