00:01Marseille se lève d'un seul bloc.
00:03Le 12 novembre dernier, l'assassinat d'un jeune homme de 20 ans par deux hommes en moto en plein jour,
00:08ici sur un rond-point de la ville, a révélé une menace grandissante en France,
00:12celle du narcotrafic et de son ultra-violence.
00:15Car la victime, Mehdi Kessassi, est nul autre que le frère Damien Kessassi,
00:19un militant engagé contre cette réalité qui a fait des centaines de victimes ces dernières années dans le pays.
00:24Il y a donc des milliers de personnes qui se rassemblent aujourd'hui, ici à Marseille mais aussi dans d'autres villes,
00:29pour se dresser contre cette violence.
00:34Je suis révoltée par ce qui se passe. Je suis chagrinée parce que je suis maman.
00:37Il serait pu arriver à mon enfant aussi.
00:39On a voulu montrer à la famille qu'on est là, qu'on soutient.
00:44Moi aussi je suis quand même assez ému en tant que papa.
00:48On est là aussi pour dire que c'est eux qui doivent avoir peur en fait, de nous, parce que maintenant on se soulève.
00:55Mehdi, c'était donc un jeune de 20 ans qui préparait le concours de gardien de la paix,
00:58il n'avait aucun lien avec le narcotrafic, si ce n'est le combat mené par son frère Amin.
01:03Ce jeune originaire des quartiers nord de Marseille s'est d'abord fait connaître en lançant une association écologiste Conscience,
01:09alors qu'il était adolescent, avant de se concentrer sur les ravages du trafic de drogue.
01:13Il faut savoir que le narcotrafic a enlevé la vie d'un autre de ses frères, Brahim, assassiné en 2020 dans un règlement de compte.
01:19Après la mort de Mehdi, la justice parle d'un crime d'avertissement. Amin, lui, va beaucoup plus loin.
01:25Il ne s'agit pas de crime d'avertissement parce qu'un avertissement, on peut y remédier après, on peut faire quelque chose.
01:30Aujourd'hui, le sang a coulé. J'ai enterré mon frère hier et il ne s'agit pas d'un crime d'avertissement, il s'agit d'un crime.
01:37Un crime politique, un crime de lâches qui ont assassiné un jeune innocent.
01:52Mon cœur est déchiré. Je suis inconsolable. Aucune mère ne veut voir ses enfants mourir avant elle.
02:07Vous avez grandi ici. C'était comme ça ou pas ?
02:09Non, ça ne l'était pas. J'ai 56 ans. Et à l'époque des années 80, il y avait des Arsène Lupin qui braquaient les banques.
02:18Mais la population n'était pas ciblée. Et ça peut arriver à n'importe qui.
02:24Il y a une balle perdue. On va travailler. Un enfant près de l'école avec sa maman.
02:29Voilà. Et moi, j'ai un sentiment de colère et il faut que ça cesse.
02:34On a pensé que les truands se tuaient entre eux. Mais si on ne les arrête pas, ça se répand sur nous, sur nos sociétés, sur nos enfants.
02:45Ces dernières années, le trafic de drogue a explosé en France. Sur les six premiers mois de 2025, on a saisi plus de 37 tonnes de cocaïne.
02:52C'est une augmentation de 45 % par rapport à la même période l'année précédente.
02:56Et le contrôle de ces marchés amène une violence jamais vue.
02:59L'État considère le narcotrafic comme une menace équivalente à celle du terrorisme.
03:03En 2024, il y a eu 110 morts et 341 blessés, sans compter les dizaines de tentatives d'assassinats.
03:10Ici à Marseille, les autorités font valoir les succès de la lutte anti-drogue.
03:13Le nombre de morts a diminué de moitié l'année dernière. Mais la menace reste bien présente.
03:18Comment on en est arrivé là, selon vous ?
03:26Je pense que c'est l'abandon complet des quartiers.
03:29En fait, les pouvoirs publics et les services publics ont déserté les quartiers,
03:33laissent les gens complètement désemparés. Il n'y a aucune politique sociale réelle qui est mise en place.
03:38Est-ce que vous sentez que les jeunes dans votre collège sont attirés par ces milieux ?
03:42Les gens sont quand même très vite attirés par ça. C'est déjà très banalisé, déjà même au collège.
03:47Je pense que c'est de plus en plus des jeunes qui doivent aussi gagner de l'argent pour aider leur famille.
03:53Du coup, c'est plus facile de tomber dans la délinquance quand on est un jeune qui n'a juste pas les moyens.
03:59Après, il y a aussi une bataille culturelle. C'est un imaginaire.
04:04Les jeunes sont attirés par ça. L'argent facile, les copines, tout ça.
04:10Il faut leur dire que ce n'est pas vrai. Ce n'est pas réel tout ça.
04:14J'adresse un message. Occupez-vous des quartiers populaires.
04:18Ne délaissez pas les jeunes, les quartiers populaires. Assez de les oublier, assez de les négliger.
04:25C'est des humains, c'est nos enfants, c'est la nouvelle génération. On doit s'en occuper.
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