00:00RTL Soir avec Vincent Parizeau
00:04Invité d'RTL Soir, le maire de Marseille, Benoît Payan, bonsoir.
00:08Bonsoir.
00:09Merci d'être avec nous sur RTL, au moment où Marseille est sous le choc
00:13après le meurtre d'un frère, Damine Kessassi, militant écologiste de 22 ans,
00:20engagé dans la lutte contre le narco-banditisme, on en a parlé dans le journal.
00:24Mehdi Kessassi, 20 ans, son frère donc abattu du pare-balle, près du Dôme,
00:28la grande salle de concert marseillaise, le tireur passager arrière d'une moto
00:32a tiré froidement 4 balles, on rappelle que la victime était totalement inconnue
00:38des services de police et de justice, il voulait d'ailleurs devenir policier.
00:43C'est un choc pour la ville, aujourd'hui, Benoît Payan.
00:46C'est un choc pour toute la ville, c'est un choc pour l'homme que je suis
00:52qui connaît Amine Kessassi.
00:54Vous lui avez parlé ?
00:55Il y a Amine Kessassi, oui bien sûr, et je peux vous dire qu'au moment où on parle,
01:00et je crois que tous les auditeurs de RTL peuvent le comprendre,
01:03il est, comme vous pouvez l'imaginer, dévasté, il vient de perdre un deuxième frère.
01:07Et pour le maire que je suis, évidemment, je suis aussi un maire blessé, en colère, mais résolu.
01:16On attend les confirmations, les dernières confirmations de l'enquête du parquet
01:20qui vont nous dire si, oui ou non, il s'agit d'un assassinat d'intimidation,
01:26ce qui nous ferait passer dans une autre dimension.
01:29Le petit frère d'Amine était comme son frère engagé dans la lutte contre le narcotrafic.
01:35Amine avait choisi l'engagement politique et son frère l'engagement dans la police nationale.
01:39Il avait d'abord échoué son concours et il était en train de repasser son concours
01:43parce que pour lui, c'était le rêve de sa vie de devenir policier.
01:47Il a été fauché à 20 ans, en pleine vie.
01:51Et on rappelle qu'Amine Kessassi est engagé dans la lutte contre le narcotrafic,
01:56notamment depuis qu'en 2020, un autre de ses frères, Brahim,
02:02qui était lui impliqué dans le narcotrafic, avait été tué, assassiné
02:07et son corps avait été retrouvé carbonisé dans une voiture.
02:12Il y a un contexte, évidemment, autour de cet assassinat.
02:15Il y a le livre d'Amine qui venait de sortir,
02:19« Vivre et mourir en terre de narcotrafic ».
02:21Et puis, il y a le procès des assassins présumés, justement, de Brahim,
02:24son autre frère qu'on vient d'évoquer.
02:27Procès attendu en 2026.
02:29Ça peut être lié, selon vous ?
02:31Moi, je ne peux pas m'exprimer à l'heure actuelle sur ce que dira l'enquête
02:35et si c'est lié ou si ça n'est pas lié.
02:38En tout cas, il est très clair que si le procureur de la République,
02:41et je veux vraiment réaffirmer qu'on a, en la matière,
02:45un des meilleurs procureurs de France,
02:46établi le caractère de l'assassinat d'intimidation pour faire taire.
02:51Parce qu'en fait, si on a assassiné le petit frère d'Amine
02:55pour lui faire peur ou pour le faire taire,
02:57on est évidemment face à des questions qui sont complètement différentes
03:01de ce qu'on a connu ou de ce qu'on connaît à Marseille.
03:04On passerait dans une phase qu'on n'a pas connue depuis l'assassinat du juge Michel.
03:08C'est-à-dire tuer quelqu'un pour faire peur, pour faire taire,
03:12pour nous faire peur, pour nous faire taire,
03:15à nous qui nous battons au quotidien et qui dénonçons cette pieuvre,
03:19cette mafia qu'il faut éradiquer.
03:21Et donc, non, nous disons à Marseille,
03:24non seulement que nous n'avons pas peur, mais que nous ne taierons pas.
03:26Et que la bataille qui est menée contre eux,
03:28elle doit continuer et qu'elle doit s'amplifier.
03:30Donc vous dites mafia, sans prendre reproche,
03:33envoyer un message avec des assassinats,
03:36ça fait partie des méthodes mafieuses.
03:39C'est clairement des méthodes mafieuses,
03:41c'est des méthodes de narcotrafiquants.
03:43Mais au-delà de ça, vous savez,
03:45je suis maire d'une ville qui a connu,
03:47pendant plus d'une décennie,
03:51entre 20 et 25 assassinats par an liés au trafic de stupéfiants.
03:55On a connu un pic en 2023 avec plus de 50 assassinats.
03:59Et puis, évidemment, dès 2022,
04:02tous les moyens ont été mis à partir d'une implication nationale
04:06en police judiciaire, avec des magistrats,
04:09en police scientifique, en police financière.
04:11Et on a vu des résultats.
04:12C'est-à-dire qu'on est passé de 53 à 23 en 2024.
04:178 cette année, on met sous écrou,
04:20on enferme des narcotrafiquants,
04:22on élucide de plus en plus de crimes.
04:25Donc, on voit que porter des coups à cette organisation,
04:28ça a du sens.
04:29Et donc, on voit bien que là, si c'était le cas,
04:31et encore une fois, moi, je veux garder le conditionnel
04:34parce que c'est au procureur de s'exprimer sur cette question,
04:36si elle intimide comme ça, en assassinant,
04:40si elle veut faire taire cette pieuvre en assassinant,
04:43alors elle est passée dans une autre dimension.
04:44Mais ça n'est pas qu'à nous qu'elle essaie de faire peur.
04:47C'est aussi l'état de droit qui est testé.
04:49Et si c'était le cas, évidemment, la réponse,
04:51elle devrait être, pour moi, d'une fermeté absolue.
04:54Ça veut dire qu'il faut que l'État réagisse ?
04:56Il faut que l'État réagisse.
04:58Vous dites, en 2022, tous les moyens ont été mis en œuvre.
05:01On peut encore faire plus ?
05:02Vous demandez plus, aujourd'hui ?
05:03On doit toujours...
05:04Non, mais on peut, évidemment, toujours faire plus.
05:06Ce que je peux vous dire, c'est que
05:07voir ma ville passer de 53 assassinats à 8 cette année,
05:13voir le taux d'élucidation augmenter,
05:16voir le nombre de personnes emprisonnées augmenter,
05:20c'est des résultats qui sont encourageants.
05:22Pourquoi ?
05:22Parce qu'il y a une mise en synergie des moyens,
05:25parce qu'il y a un travail avec Interpol.
05:26Il faut imaginer une chose pour que les auditeurs de RTL comprennent.
05:30Les chefs de cette organisation ne sont pas là.
05:33Ils ne sont pas à Marseille.
05:34Ils sont à l'étranger, ils sont cachés.
05:36Certains sont en prison.
05:37Donc, on a affaire à un système
05:40où des gens ont énormément d'argent
05:41et ils n'ont aucune limite.
05:43Eux, ce qui les intéresse, c'est l'argent, l'or et le sang.
05:47C'est tout.
05:48Et donc, ils sont prêts à tout
05:49pour pouvoir ramasser des sommes considérables d'argent.
05:52La vie n'a aucun prix pour ce genre.
05:54On sait, Benoît Payan, qu'en Italie,
05:56l'État a réussi à vaincre la mafia
05:59grâce à un système de repentis,
06:02des lois spéciales qui ont été votées.
06:04Est-ce que ça vous paraît envisageable,
06:05en France, pour lutter contre, justement,
06:08ces gros...
06:09Oui, ça fait partie de l'arsenal judiciaire.
06:11En France, ça s'appelle des collaborateurs de justice.
06:14Et donc, il faut utiliser tous les moyens
06:16qui permettent, évidemment,
06:18de remonter une organisation aussi tentaculaire
06:21qui n'est plus...
06:22Alors, en Italie, il y avait évidemment
06:24des connexions à l'étranger,
06:25mais prenant l'exemple de la mafia sicilienne,
06:28ils étaient en Sicile.
06:29Là, ils ne sont plus là.
06:30Quand on arrête des gens à Marseille,
06:33on arrête des lieutenants.
06:34Les très grosses arrestations,
06:36on les a faites à l'étranger.
06:36Elles ont été faites par la police judiciaire
06:38à qui je veux rendre hommage.
06:39Elles ont été faites à l'étranger,
06:41sur d'autres continents.
06:43Et donc, nos contacts Interpol,
06:44nos contacts diplomatiques,
06:46les collaborations avec les polices...
06:48Donc, vous imaginez, c'est fastidieux.
06:50C'est compliqué, mais il ne faut jamais,
06:52jamais, jamais lâcher.
06:53Vous en avez parlé au ministre de l'Intérieur ?
06:57Oui, il est parfaitement conscient de tout ça,
06:59mais il est le ministre de l'Intérieur.
07:01D'abord, il a été préfet de police de Marseille.
07:03Et donc, Laurent Nunez,
07:04c'est quelqu'un qui connaît parfaitement Marseille.
07:07Et donc, il est comme moi.
07:08D'abord, il attend évidemment les résultats de l'enquête.
07:11C'est pour ça que je vous dis qu'on doit rester prudent,
07:14même si aujourd'hui, le procureur de la République
07:16a mis sur la table cette hypothèse
07:17de cet assassinat d'intimidation,
07:20d'avertissement,
07:22comme étant extrêmement crédible.
07:23Je pense que plus on va avancer vers l'enquête,
07:26dans l'enquête,
07:27plus ça va s'éclaircir.
07:28Moi, ce que je souhaite,
07:30au moment où je vous parle,
07:31c'est le travail des forces de police.
07:33Et le ministre de l'Intérieur est concentré là-dessus,
07:36tout à fait conscient des problématiques.
07:38Il faut maintenant interpeller les assassins.
07:41Et tout est mis en place pour interpeller les assassins
07:43et ensuite chercher les commanditaires.
07:45Une dernière question, Benoît Payan.
07:47Amine Kessassi et ses proches vont bénéficier
07:50d'une protection encore plus renforcée qu'elle ne l'était ?
07:53Alors, ça, encore une fois,
07:54ce n'est pas à moi de le dire.
07:55Je sais qu'il bénéficie d'une protection,
07:58particulièrement Amine,
07:59mais la famille bénéficie d'une protection
08:01et la police fait en sorte
08:04qu'il soit le plus et le mieux protégé possible.
08:08Merci beaucoup, Benoît Payan,
08:10maire de Marseille,
08:11d'avoir réagi ce soir sur RTL.
08:12Merci.
08:13Merci à vous.
08:14Il est 18h46,
08:15on va marquer une petite pause
08:16et ensuite aborder les deux tentations
08:19qu'on vous propose pour ce week-end
08:20avec tout d'abord du rugby breton.
08:23Si, si, vous allez voir, ça existe.
08:26Et puis, une véritable fête de la gastronomie
08:28à Poitiers, un mois et demi avant les fêtes,
08:30on ne va pas se priver.
08:31A tout de suite.
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