00:00Dans le rapport sur l'exécution des lois de finances 2024,
00:05Don Gabon Mediatime a obtenu copie.
00:07Le gendarme des finances publiques pointe de graves incohérences
00:10dans les chiffres officiels relatifs à la dette publique.
00:13Selon la Cour qui s'appuie sur les données issues de la balance générale des comptes,
00:17l'encours global de la dette s'élèverait à 7 824,36 milliards de francs CFA au 31 décembre 2024,
00:24alors que le compte général de l'État n'en reconnaît que 7 133,16 milliards.
00:29Une différence abyssale de 691,2 milliards de francs CFA.
00:34Tout de même, ce trou comptable soulève une question brûlante.
00:37Le gouvernement aurait-il volontairement minoré une partie de la dette publique
00:40pour masquer l'ampleur du déséquilibre budgétaire du pays ?
00:44La Cour des comptes observe non seulement une persistance chronique des déficits de trésorerie,
00:48mais aussi une explosion des restes à payer qui culmine à 1 5,61 milliards de francs CFA.
00:53Malgré ces signaux d'alerte répétés, les autorités financières semblent s'être enfermées
00:57dans une politique de maquillage des comptes, au détriment de la transparence budgétaire.
01:02Si les chiffres de la Cour reposent sur la balance générale des comptes de l'État,
01:05ceux du CGE publiés par la Direction générale de l'économie et de la politique fiscale
01:10paraissent artificiellement ajustés pour présenter une situation soutenable.
01:14Ce double discours comptable révélateur d'un culte de la dissimulation héritée de l'ancien système
01:19contribue à la fragilisation de la crédibilité du pays auprès des bailleurs de fonds
01:23et compromet les efforts de redressement amorcés par le ministre d'État Henri-Claude Oïma.
01:28La confusion atteint son comble lorsque l'on écoute les déclarations publiques
01:31de l'ancien ministre du Budget et des comptes publics, Charles Lomba.
01:35Le 18 avril 2025, sur le plateau de TV5 Monde, il affirmait sans détour
01:39que le stock de la dette du Gabon s'élevait à 7 208 milliards de francs CFA au 31 décembre 2024,
01:45allant jusqu'à prétendre que la dette avait baissé de 260 milliards.
01:49Or, cette affirmation est frontalement contrédite par le rapport de la Cour des comptes
01:53qui établit une hausse nette de 734 milliards de francs CFA sur la même période.
01:58Entre 7 800 milliards de francs CFA selon la Cour, 7 133 milliards selon la DGPF
02:04et 7 208 milliards selon l'ancien ministre des comptes publics,
02:07le gouvernement a entretenu une cacophonie financière symptomatique d'une gestion budgétaire opaque.
02:12Ce brouillage, s'il est avéré pour alimenter la thèse d'une volonté de maintenir artificiellement
02:17le ratio dette PIB en dessous du seuil de 70% imposé par la CEMAC
02:22afin de préserver les apparences de conformité.
02:25Le rapport souligne d'ailleurs une baisse du ratio à 56,3% du PIB
02:29alors qu'une réévaluation réaliste l'aurait probablement rapproché, dangereusement,
02:33du seuil de convergence communautaire.
02:35L'écart de 691 milliards ne relève donc pas d'une simple erreur comptable,
02:39il traduit une manipulation politique des chiffres
02:41pour sauver la façade d'un équilibre budgétaire illusoire.
02:44Au-delà de la querelle des chiffres, c'est toute la culture de la dissimulation de l'ancien régime
02:48qui refait surface.
02:50Pendant des années, la politique budgétaire du pays a reposé sur un double langage,
02:54un discours de rigueur et de stabilité destiné aux partenaires internationaux
02:58qui cachent une réalité de désordre financier.
03:00Le rapport de la Cour des comptes, pour la première fois, met noir sur blanc,
03:04ce que beaucoup soupçonnaient, l'existence de mécanismes d'occultation des engagements de l'État.
03:08En l'absence de transparence, perdure dans l'opinion l'idée selon laquelle
03:11les comptes publics servent toujours d'outils politiques, voire de paravent,
03:15à des pratiques douteuses, notamment dans le financement des projets dits prioritaires
03:19dont les retombées restent peu satisfaisantes pour les populations.
03:23Cette opacité structurelle a eu des conséquences lourdes
03:25puisqu'elle a miné la confiance des investisseurs,
03:28retardé le décaissement des bailleurs et creusé le fossé
03:31entre le discours officiel et la réalité vécue par les Gabonais.
03:35La Cour, dans ses recommandations, invite l'administration à expliquer
03:38la persistance du déficit et la multiplication des restes à payer.
03:41Face à ce rapport qui épingle la gestion financière du pays,
03:44la Ve République doit désormais rompre avec les pratiques du passé.
03:48Il doit s'agir d'instituer un véritable contrat de transparence
03:50entre l'État et les populations.
03:53Cela suppose une publication systématique des données sur la dette,
03:56une publication des audits, une publication systématique
03:59des rapports d'exécution budgétaire et un contrôle parlementaire renforcé.
04:02Les 691 milliards disparus dans la nature ne sont pas qu'une anomalie statistique.
04:07Il symbolise l'ombre d'un système où le mensonge budgétaire
04:10a longtemps remplacé la rigueur comptable.
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