00:00Aujourd'hui on est à l'Olympia, c'est une prouesse, l'Olympia, une salle mythique.
00:17C'est impossible que tu écoutes la musique de l'orchestre à bavre assis jusqu'à la fin, c'est impossible.
00:22A moins que tu aies des problèmes avec tes pieds, sinon, derrière le troisième morceau, tout le monde est debout.
00:30Bienvenue dans Icos of Africa, les échos d'Afrique, une série originale d'Africa News Podcast
00:44qui vous fera voyager à travers le continent en musique, sur les sons des guitares, des percussions,
00:51des chants ancestraux et des beats modernes qui composent les musiques africaines au pluriel.
00:55Je suis Pascal Kenya et j'explorerai dans chaque épisode divers univers musicaux,
01:01de la prose piquante du Zouglou à celle de Laïta, des sonorités du Makossa jusqu'au Log Drums de la Ma Piano,
01:07en passant un moment avec un artiste.
01:13Le groupe mythique sénégalais, l'orchestra Baobab, revient en Europe pour une tournée qui célèbre ses 50 ans de carrière.
01:20Rien que ça, 50 ans, le temps que la vie fasse son oeuvre, entre succès et déception, puis renaissance et perte tragique.
01:28Aujourd'hui, certains membres fondateurs du groupe, les anciens, comme les appellent Abib Mbaï, leur manager,
01:34ont été rejoints au fil du temps par de jeunes musiciens tout aussi talentueux et surtout amoureux de la musique populaire sénégalaise des années 70.
01:42Dans cet épisode, nous rencontrons Mamadou Muntagakwate, Aka Taga, batteur de l'orchestre depuis 1974,
01:51et René Sowatché, Aka Bolero, guitariste du groupe depuis 10 ans, qui nous racontent tous les deux leur histoire avec l'orchestra Baobab.
01:59J'ai participé à tous les disques du Baobab, tous les concerts du Baobab.
02:07Aujourd'hui, je suis fier d'être avec mes fils, qui sont là, en train de relever le flambeau.
02:15Nous voulons la longévité de l'orchestre Baobab. Nous, on a su maintenir le Baobab jusqu'à l'âge de 50 ans.
02:25Alors, on voudrait bien que nos enfants-là puissent continuer jusqu'à 100 ans.
02:32Ah oui, parce que la différence d'âge est très grande. Eux, ils pourront nous relever.
02:39Je fais partie de la nouvelle génération. C'est un groupe que mes parents écoutaient déjà avant ma naissance.
02:47J'ai eu la chance, le privilège quand même de les rejoindre sur le chemin.
03:00L'orchestra Baobab a été fondée en 1970 par Oumar Baro Ndiaye, saxophoniste et premier chef d'orchestre du groupe.
03:09Qu'il compose lui-même en invitant des musiciens renommés du club populaire de Dakar, le Miami.
03:15On est à peu près 10 ans après l'indépendance.
03:18La capitale est une ville cosmopolite avec une vie nocturne très animée.
03:22Les élites politiques et économiques fréquentent les clubs comme le Miami.
03:26A cette époque, le président Léopold Sédar Senghor a à cœur de valoriser le patrimoine culturel de son pays
03:32en faisant découvrir toutes ses facettes aux dirigeants et autres hommes politiques en visite officielle dans la capitale sénégalaise.
03:40La réputation de l'orchestre les précède et ils sont rapidement invités à devenir le groupe président du club Baobab dont ils adopteront le nom.
03:48Ouvert par un proche parent du chef d'état, Adrien Senghor, le lieu devient le point de ralliement de ces élites
03:56qui viennent voir l'orchestre jouer son son, si unique, qui fusionne musique cubaine à la mode,
04:01importé dans le pays depuis les années 40, musique traditionnelle sénégalaise chantée en Wolof et Serer,
04:08mais aussi des chants de cryo sur un fond de musique jazz.
04:15C'est surtout l'influence du Festival Mondial des Arts Nègres en 1966.
04:25Ça a été organisé par le président Senghor.
04:27Alors, tout ce beau monde qui venait du monde entier, chacun avait amené sa culture.
04:36Alors nous aussi, on avait notre culture, mais bon, il fallait montrer ce qu'était le Sénégal.
04:44Alors, comme que nous, nous jouions avant la musique variété, on reprenait les morceaux cubains,
04:53on reprenait les morceaux congolais, on jouait du jazz et tout ça,
04:58on a dit pourquoi ne pas ne pas créer aussi quelque chose qui nous appartient.
05:04Bon, comme qu'il y avait des griots chanteurs qui étaient là, on a eu la chance de rencontrer un certain Laimboub.
05:09Laimboub, il avait un talent terrible.
05:14Je crois que c'est lui qui a sorti même cette Tissile-là,
05:17parce qu'à travers ses chansons, on a su jouer cette musique-là qui appartient au Baobab.
05:25Le morceau d'El Ouag Nidjaï, c'est un chef-d'oeuvre.
05:30C'est un morceau vraiment standard.
05:32On a su créer notre propre style de musique.
05:52Le charme, c'était que nous aussi, dans notre environnement, on se complétait.
05:57Chacun amenait quelque chose.
06:02On n'imposait rien à personne, bien qu'Atiso, c'est lui qui a arrangé les morceaux,
06:06mais on n'imposait personne à faire ceci ou cela.
06:10Tu viens, tu amènes ce que tu sens.
06:13Comme que le Baobab est un esprit.
06:15Donc quand tu viens, tout de suite, si tu es un très bon musicien, là tu t'adaptes.
06:20Donc la beauté, c'était que nous, on a intégré les griots.
06:26Ils sont venus, ils ont adhéré, ils ont accompli ce qu'on voulait faire.
06:31Donc je rends hommage aujourd'hui à Tissot, Issa Sisoko,
06:36Balassidibé, Rue du Gomis, Charly Nidjaï, Sidatli.
06:41Bon, c'était en 70.
06:54Bon, moi j'ai pris le train en marche en 1974.
06:59Parce que parmi ces anciens-là, il y avait un certain Moussakan qui jouait les Kongas.
07:04Lui, il l'avait quitté parce qu'il était allé en Europe avec un autre groupe qui s'appelait le Black Soul.
07:08C'est là qu'on m'a appelé que je suis venu.
07:11Alors quand je suis venu, je me suis adapté.
07:15J'étais un très jeune, moi et John Seck, on s'est adapté.
07:17Dès qu'on est venu, on a épousé l'esprit du Boabab et tout de suite, on s'adapte, John et moi.
07:24Alors on a fait 5,33 tours, 5 disques, alors vraiment qui ont fait exploser Dakar.
07:34Vraiment, c'était quelque chose de très beau.
07:37On a vécu d'agréable moments ensemble.
07:40On a joué partout dans la sous-région, partout au Sénégal.
07:47Et en 1978, hop, on trouve un contrat qui nous amène ici à Paris.
07:52Ça nous a permis de faire deux disques.
07:55Le Boabab à Paris, c'était en 1978.
07:58Alors ce sont ces deux disques-là qui se sont éparpillés dans le monde entier.
08:02Et c'est ce qui a fait qu'on était déjà connus avant qu'on ne revienne en Europe en 2001.
08:09Le succès du groupe de Dakar s'étend à toutes les villes du Sénégal, puis jusqu'à Paris.
08:31Cette popularité dure jusqu'à la fermeture du club Baobab en 79, puis est peu à peu balayée par l'arrivée du mouvement de Balax,
08:39dont You Sundour est l'une des têtes d'affiches.
08:42Les divergences d'opinion sur pour ou contre suivre ce nouveau mouvement tendent les relations entre les membres du groupe,
08:48qui finissent par se séparer en 1987, après avoir enregistré une quinzaine d'albums.
08:54Il y a eu un moment où tous ces anciens-là sont partis.
09:08Vraiment, quoi.
09:10Ils n'étaient plus là, donc il fallait élever le Boabab.
09:13Le Boabab était complètement à terre.
09:16Mais 14 ans plus tard, en 2001, le directeur du label World Circuit Records, à l'origine du groupe cubain Buena Vista Social Club, Nick Gold,
09:26souhaite réunir de nouveau les talentueux musiciens de l'orchestra Baobab et réédite l'album Pirate's Choice, paru en 82.
09:34Après des diffusions sur les radios internationales qui leur valent un retour sur les scènes européennes,
09:38ils sortent leur premier album, depuis leur retour, coproduit par nul autre que Yusundur en 2002, Specialist in All Styles.
09:49Bolero.
09:49Wilfried, le saxophoniste actuel de l'orchestra Baobab, m'a appelé pour me dire, voilà, viens au studio tout de suite,
09:56parce qu'il y a un groupe qui enregistre un album et on a besoin d'un guitariste qui joue la musique de la vieille école.
10:03Alors comme moi, c'était tout mon parcours, c'est d'écouter les anciens morceaux, la rumba congolaise, les pépés calés, les bantous de la capitale.
10:14Moi, c'était, voilà, ma sélection de musique.
10:17Donc, dès que je suis arrivé, il y avait le producteur qui était là, Nick Gold, le chef d'orchestre, Tiano Kuaté.
10:22Dès le premier morceau, quand j'ai joué, le producteur a fait comme ça et paf, c'est fini.
10:27C'est l'entrée, c'est le ticket d'entrée dans l'orchestra Baobab.
10:31Et eux, heureusement qu'ils aiment cette musique ancienne-là, parce que la rumba, la pachanga, les boleros, tout ça,
10:42il y a même notre guitariste, René, bolero, il s'appelle, il s'appelle bolero.
10:51Bolero, c'est une musique très ancienne.
10:53Alors, nous leur inculquons cette musique ancienne-là, et vraiment, ça leur plaît énormément, parce que, vraiment,
11:04ils aiment jouer cette musique-là, et puis, ils apportent aussi leur touche, ce qui est moderne en eux, quoi.
11:13Parce que le Baobab, c'est un esprit.
11:15Il y en a qui sont passés, mais ils n'ont pas compris.
11:19Mais eux, ils sont là, ils incarnent ceux qui étaient là.
11:22On préserve rigoureusement l'identité de la musique d'orchestre Baobab,
11:41tout en mettant un peu la touche actuelle, parce qu'on remarque de jour en jour
11:45que le grand public, la jeunesse, tout le monde s'intéresse à la musique de l'orchestre Baobab.
11:51Donc, aussi, on essaye de faire un bêtissage entre la nouvelle génération et l'ancienne génération,
11:57tout en gardant l'originalité de la musique de l'orchestre Baobab.
12:04Le son de l'orchestre Baobab est une fusion de plusieurs musiques et héritages.
12:09Et dans cette harmonie, les derniers membres arrivés injectent également leurs touches personnelles et leurs influences.
12:14Un travail de longue haleine pour ces musiciens éparpillés au quotidien dans leurs pays respectifs,
12:20du Togo au Bénin, en passant par la Casamance.
12:23Pour retrouver cette unité au moment des tournées, ils prennent le temps de travailler cet ensemble
12:27grâce notamment à des résidences artistiques.
12:30Ça a été le cas pendant cet entretien à l'Odéon de Tremblay,
12:33qui les a accueillis pour une résidence de plusieurs jours, avant leur passage à l'Olympia, à Paris.
12:37Ce n'est pas le travail, c'est justement l'objet de notre rendez-vous aujourd'hui à l'Odéon.
12:49On fait une résidence.
12:50C'est de travailler ensemble, s'écouter, partager des connaissances ensemble.
12:55Parce que l'Orchestra Baobob, il n'y a pas de « ouais, celui-ci, il est plus grand, il est plus âgé », non.
13:01On s'écoute tous, on partage tout ensemble équitablement et voilà, on se comprend, on travaille beaucoup
13:07et c'est ça qui fait la force des créations.
13:09Il y a beaucoup de rythmes africains qui se ressemblent, mais peut-être qui se jouent de manière différente,
13:21par exemple le mbala au Bénin, qui se jouent dans une région, le nord, du adjoukounatitengo,
13:28qui s'appelle le tekeh, qui s'appelle le tekeh.
13:32Et puis quand tu l'entends directement, tu entends le mbala directement dans cette musique-là, dans ce rythme-là.
13:38Donc l'Afrique incarne beaucoup de rythmes qui se ressemblent partout, voilà, donc ça a créé une facilité de travail ensemble.
13:52Après 50 ans, l'Orchestra Baobob a déjà vécu deux vies.
13:55La deuxième, il l'incarne en ce moment avec un objectif clair, passer le flambeau aux nouvelles générations d'artistes
14:02dans un respect intégral des fondations, des racines du Baobob.
14:06Une recette évidente pour assurer la longévité du groupe.
14:16C'est la fin de cet épisode d'Echos of Africa, Les Echos d'Afrique, une série originale d'Africa News Podcast.
14:23Merci à Guillaume Carole au montage.
14:26Pour réécouter cet épisode, rendez-vous sur africanews.com et sur votre chaîne de podcast préférée.
14:31C'était Pascal Kenya et je vous retrouve dans un prochain épisode.
14:35Merci à vous.
14:40Merci à vous.
14:41Merci à vous.
14:41Merci à vous.