00:00La diversité c'est ça qui fait la couleur, mais tout à sachant que nous devons tous être ensemble, sans
00:08race, ça c'est le grand combat.
00:23Bienvenue dans Icos of Africa, les échos d'Afrique, une série originale d'Africa News Podcast qui vous fera voyager
00:30à travers le continent en musique, sur les sons des guitares, des percussions, des chants ancestraux et des beats modernes
00:37qui composent les musiques africaines au pluriel.
00:39Je suis Pascale Kenya et j'explorerai dans chaque épisode divers univers musicaux, de la prose piquante du Zouglou à
00:47celle de Laïta, des sonorités du Makossa jusqu'au Log Drums de Lama Piano, en passant un moment avec un
00:53artiste.
01:06L'artiste avec qui nous embarquons aujourd'hui, c'est Jean-Pierre Bokonji, alias Jupiter, né à Kinshasa, en République
01:13démocratique du Congo.
01:14Il est le chef d'orchestre et le chanteur principal du groupe Jupiter et Okwes.
01:20C'est en pleine tournée pour la sortie de leur quatrième album intitulé Écoya, que j'interview Jupiter.
01:26Enregistré à Mexico, le nouvel opus s'inscrit dans la continuité de l'album précédent, Nakozonga, et ses influences latines.
01:34Il reflète la rencontre de deux continents, deux terres qui ont beaucoup en commun.
01:38Chapeau de cow-boy noir enfoncé sur la tête, le rockeur congolais sexagénaire, au sourire Colgate, me raconte ce qu
01:46'il a trouvé en Amérique latine,
01:48un héritage africain, des sonorités similaires, mais également des sujets du quotidien semblable.
01:54Sous-titrage Société Radio-Canada
02:33A notre grande surprise, on nous racontait que la France, la Belgique, l'Angleterre, dans l'histoire.
02:41Mais l'Amérique latine, oui, on nous a appris à l'école, mais c'était un peu comme ça.
02:46C'est grâce à l'internet que nous avons découvert l'Amérique latine.
02:56L'Amérique latine, c'est quoi ? Ce sont nos ancêtres et notre culture, ça se trouve là-bas.
03:04Tout ce qui se passe là-bas, ça vient juste de nous.
03:07Parce que quand j'ai commencé à lui fréquenter, je me suis dit, je suis sur moi, quoi ?
03:11Quand j'ai dit, ah là, quelle histoire !
03:14Quand j'ai dit, ce sont nos ancêtres, ça dit, c'est notre musique.
03:17Pour nous, ça dit, on s'est dit, ah, ben voilà, des gens qui comprennent notre musique.
03:22Ce qu'eux, ils font et ce que nous faisons, c'est la même chose.
03:27Ça dit, pour moi, pour finaliser, je dirais, l'Amérique latine, c'est la continuité de l'Afrique.
03:41Jupiter s'intéresse au son au pluriel, depuis toujours.
03:45Fils de diplomate, né à Kinshasa au début des années 60, il grandit à Berlin-Est, en Allemagne,
03:52où il se familiarise avec le rock américain des années 70,
03:55mais également James Brown, les Jackson Five, Boné M et Claude François.
04:00Des sonorités distinctes qui se mélangent en lui et finissent par faire sens.
04:06Il monte un premier groupe à Berlin et à son retour à Kinshasa dans les années 80,
04:11il continue à expérimenter et à chercher son style musical qui voit progressivement le jour, le bofénia rock.
04:19En gros, le bofénia rock, c'est un savant mélange de tout ce qu'il connaît,
04:23agrémenté des rites et des rythmes transmis par sa grand-mère guérisseuse de l'ethnie et conga,
04:28des sons des villages congolais incarnés par plus de 450 ethnies
04:32et des sons qui animent la capitale Kinshasa au quotidien.
04:38Tant d'ingrédients qui lui permettent de préparer sa propre sauce,
04:42un clin d'œil au nom du groupe, Okwes, qui signifie la bouffe en langue kibouna.
04:48La musique, je ne sais pas si on peut parler de la musique, mais moi je parle plutôt de le
04:52son.
04:53Parce que la musique, après c'est tout, mais n'écoute pas les oiseaux là qui chantent.
04:57C'est le son. Et ce son là, on le trouve partout.
05:02Vous voyez, ça ne nous apprend rien. Tout vient de là.
05:24Il y a toujours évolution.
05:26Il y a toujours évolution.
05:28Si vous partez vraiment au fin fond, pas à Bogotá, pas à Mexique,
05:31mais je te dis, on fait fond là où il y a des petits...
05:33Là, tu te retrouves chez toi.
05:38Mais les jeunes gens qui se retrouvent à Bogotá, ils sont plus américains.
05:43Mais c'est ça, c'est notre combat.
05:45Notre combat, c'est de leur montrer qu'il faut rentrer à la source.
05:49Il y a encore des choses à faire.
05:51Si je t'explique, par exemple, mon pays, le Congo, a plus de 450 ethnies.
05:56Et chaque ethnie a un sous-ethnie.
05:58Et chaque ethnie a pratiquement 15 à 10 rythmes.
06:02Mais si on fait le calcul des milliers et des milliers de rythmes infinis, inépuisables,
06:07c'est ça qui se retrouve aussi de l'autre côté, l'Amérique latine.
06:10Mais il faut savoir, il faut seulement un leader pour transmettre et surtout donner la lumière.
06:30Pas étonnant qu'aujourd'hui, Jupiter attache une importance particulière à la transmission de ses savoirs.
06:37Avec son projet Planète Jupiter, il accompagne de jeunes musiciens congolais
06:41pour peaufiner leur art en puisant dans les musiques traditionnelles de leur pays.
07:01Je ne dirais pas vraiment échange de transmission.
07:04Pourquoi ? Parce que ces jeunes gens sont venus me voir, me dire vieux.
07:09Parce qu'avec mon ciel, moi j'ai imposé un nouveau ciel à Kinshasa.
07:11Parce que Kinshasa c'est la rumba, mais moi je suis sorti de l'ordinaire.
07:16J'ai créé mon propre génération.
07:18Ma propre génération, parce que je ne suis pas français, tu comprends ?
07:21Bon, ces gens-là sont venus me dire,
07:23mais vieux, vous les aînés, vous ne voulez pas nous aider, vous voulez que vous gardez ?
07:27Moi je dis, mais non !
07:29Étant donné que moi, on m'a transmis ce pouvoir par mes ancêtres,
07:31parce que ma grande-mère était guérée, c'est eux, elle m'amène une très longue histoire.
07:35Je dis, non, comme vous aînés, moi je vais transmettre.
07:37C'est-à-dire, je prends des gens qui ont déjà leur groupe, ils viennent, moi je commence à coacher.
07:42C'est comme si tu te trouvais de l'ordre.
07:45Pour que cette groupe prenne de valeur, il faut les nettoyer.
07:48C'est ce que je fais, nettoyer, pour, à la longue,
07:51qu'ils fassent ce qu'on appelle ma relève, et me représenter plus tard.
08:08Ce rapport à la génération suivante vient peut-être de son combat, à lui, pour devenir un musicien reconnu.
08:14En 2007, il est le personnage principal du documentaire Jupiter Dance,
08:19tourné à Kinshasa par l'artiste Yarol Pupo et Florent Delatulaye,
08:24qui le suivent dans ce parcours.
08:25Avec Yarol Pupo, Jupiter enregistre alors quelques titres,
08:30et quelques années plus tard, il fait la rencontre de Damone Albarn,
08:34membre du groupe Blur,
08:37et cofondateur du groupe Gorillaz,
08:42qui lance le projet Africa Express à Kinshasa,
08:46mais aussi de Robert Del Naja,
08:48aka 3D, cofondateur du groupe Massive Attack,
08:51qui remixe le titre Congo, composé par Jupiter.
09:03Jupiter et Oquest sont invités sur l'album de Damone Albarn,
09:07Kinshasa 1-2,
09:08puis sur la tournée européenne Africa Express.
09:11La suite s'écrit toute seule, concert après concert à travers le monde,
09:15entre festivals internationaux, scènes parisiennes et premières parties du groupe Blur,
09:20des dates qui ont permis à Jupiter et Oquest de consolider leur présence scénique indéniable,
09:25déjà à l'époque.
09:35Ce que je ressens en discutant avec Jupiter,
09:38c'est que c'est un optimiste qui questionne son monde.
09:41Ce qui motive encore le groupe Jupiter et Oquest aujourd'hui,
09:45et ce qui les a inspirés dans la conception de l'album Ekoia,
09:49apparaît sur les douze titres de l'album.
09:50Jupiter aborde en huit langues différentes des problématiques universelles
09:55telles que la surexploitation des terres à travers le monde,
09:58pas seulement en République démocratique du Congo,
10:00et les conséquences sur les populations,
10:03la nature, avec la déforestation et le réchauffement climatique.
10:07Des questions importantes que Jupiter aborde toujours avec optimisme.
10:12Ekoia, qui signifie « ça viendra », symbolise l'espoir,
10:16l'espoir que chaque homme finisse par trouver en lui-même
10:19la force de faire mieux pour le monde qui l'entoure.
10:41Tout passé, c'est-à-dire tous les conflits du monde
10:45que nous voyons actuellement, c'est la bataille de la terre.
10:49Les gens se battent pour la terre.
10:51Dans mon pays, c'est la terre.
10:53Si vous partez même en Palestine, Gaza, Israël, c'est la terre.
10:57Trompe, l'actuel président américain l'a dit,
11:00qu'il va prendre le Canada, c'est la terre.
11:03L'Ukraine, c'est la terre.
11:06Mais je me demande, est-ce que le jour où on va mourir,
11:09est-ce que nous allons apporter une partie de la terre dans nos tomes,
11:13ou c'est la terre qui va tous nous bouffer ?
11:15Ça, c'est les journées du sort, quoi.
11:39Des influences multiples nées d'une curiosité sans fin de Jupiter
11:43qui a fait de chaque étape de sa vie une expérimentation musicale.
11:47Lui et ses coéquipiers kinois sont parvenus depuis leur premier album sorti en 2013
11:53à briller sur les scènes internationales avec un son unique
11:57à la croisée des chemins entre funk, rock, apropop, soukousse et musique traditionnelle congolaise.
12:04Plus que jamais, l'artiste nous fait comprendre que la musique et le son sont universels,
12:10qu'ils se mélangent pour créer de nouvelles sonorités,
12:13des métissages uniques qui évoluent au fil des rencontres
12:16et qui nous atteignent à des endroits différents.
12:26C'est la fin de cet épisode d'Ecos of Africa.
12:30Les échos d'Afrique, une série originale d'Africa News Podcast.
12:34Merci à Jean-Christophe Marco au mixage
12:36et pour écouter cet épisode, rendez-vous sur africanews.com
12:40et sur votre plateforme de podcast préférée.
12:43C'était Pascal Kenya et je vous retrouve dans un prochain épisode.
12:51Sous-titrage Société Radio-Canada