00:12Ma musique c'est l'expression de mon identité et surtout de là où je viens et de la personne
00:18que je suis.
00:36Bienvenue dans Icos of Africa, les échos d'Afrique, une série originale d'Africa News Podcast qui vous fera voyager
00:43à travers le continent en musique sur les sons des guitares, des percussions, des chants ancestraux et des beats modernes
00:50qui composent les musiques africaines au pluriel.
00:52Je suis Pascale Kenya et j'explorerai dans chaque épisode divers univers musicaux, de la prose piquante du Zouglou à
01:00celle de Laïta, des sonorités du Makossa jusqu'au Lop Drums de l'Ama Piano en passant un moment avec
01:06un artiste.
01:18C'est l'artiste maorese Zili que je vous présente aujourd'hui.
01:23Autrice, compositrice et interprète, cette chanteuse à la voix singulière a grandi à Mayotte, une île située au beau milieu
01:30de l'océan Indien, au carrefour de plusieurs cultures qui fondent son identité.
01:39L'identité de Zili, elle l'incarne avec fierté dans ses paroles écrites et chantées en shimaoré et en kibushi,
01:46deux des langues parlées à Mayotte,
01:48mais aussi dans ses sonorités mixtes qui varient entre patrimoine musical maorese sur fond de tari, le tambour, et d
01:55'autres sonorités plus modernes comme l'ama piano.
01:58Zili m'accorde un moment précieux à quelques mois de son concert au Casino de Paris, où elle sera la
02:04première artiste maorese à se produire le 26 mai 2026.
02:22Ma mère, elle a beaucoup écouté ça et ça m'a bercée.
02:27Et là, tout de suite, c'est le premier souvenir musical qui me vient.
02:32Et puis les chants de Mbiwi, à Mayotte, pratiqués par des femmes qui résonnent.
02:39Ces deux bouts de bambou qui sont harmonisés par un groupe d'une dizaine de femmes et qui chantent en
02:48unisson.
03:01J'ai baigné dans la musique.
03:03J'ai eu une maman mélomane et une grand-mère qui étaient très ancrées sur la musique traditionnelle.
03:10Elle maîtrisait tous les genres musicales traditionnels de Mayotte et de Madagascar.
03:15Et j'ai eu cette chance d'avoir cette grand-mère qui m'apprenait des fois même des textes par
03:23cœur.
03:24Et qui m'a obligée à connaître et à maîtriser les différents arts musicals, danses, chants.
03:34En me demandant, ça c'est tel art, ça se pratique à tel moment.
03:41Et au début, je ne vous cache pas que je le prenais comme des fois des punitions.
03:46Parce que je ne comprenais pas trop à chaque fois quand elle me disait, viens répéter telle chanson.
03:52Et franchement, il a eu raison et je ne lui en remercierai jamais assez.
03:55Parce que c'est ce qui m'a forgée et c'est ce qui a fait la femme que je
04:00suis aujourd'hui.
04:12Et c'est avec son titre Coco, qui veut dire Mamie, qu'elle a choisi de rendre hommage à sa
04:17grand-mère, qui lui est à temps transmis.
04:37À chaque fois quand je pense à ma grand-mère, je me regarde, je me dis, j'aurais tellement aimé
04:43que tu sois là, Mamie.
04:44Et que tu vois la femme que je suis devenue, tout ce que tu me disais, tout ce que...
04:48Mais elle n'est pas là.
04:50Et j'ai voulu faire ce son.
04:52C'est un son qui me tenait à cœur depuis très très longtemps.
04:55Et c'est un son que tout le monde adore.
04:59Et moi, j'adore ce son.
05:01Il s'appelle Coco.
05:08Ses sources d'inspiration viennent donc de là.
05:11Elle s'est basée sur plusieurs musiques traditionnelles comme le Débat,
05:14cette musique exclusivement féminine et musulmane, ou le MBUI.
05:17Il y a ajouté sa touche en les modernisant, en y ajoutant d'autres instruments comme le saxophone.
05:24Aujourd'hui, Zilli explore au gré de ses envies et de son inspiration.
05:27Dans chaque coin du monde, dans chaque ethnie, chaque région a sa manière de poser sa musique,
05:35sa manière de bercer son enfant.
05:37Parce que la musique commence par ça, par les berceuses.
05:43Je travaille beaucoup la musique maorée, surtout en chantant en shi maorée et en kibushi,
05:50qui sont les deux langues pratiquées à Mayotte, en plus du français.
05:55Et c'est vraiment un choix parce que la langue, elle commence à se perdre.
06:00En 2026, où tout le monde parle français, parce que les gens voyagent beaucoup anglais.
06:07Et j'ai fait ce choix de chanter en shi maorée pour vraiment conserver cette langue.
06:13Et surtout, c'est une belle langue qui mérite d'être découverte.
06:33La population maorée parle deux langues traditionnelles, en plus du français.
06:38Le shi maorée appartient à la grande famille Swaili d'Afrique de l'Est.
06:43Et le kibushi est un dialecte malgache.
06:46C'est le hasard de la vie qui ramène Zilli à la musique.
06:49Car pendant plus de 20 ans, elle accompagne les habitants de Mayotte
06:52à travers un fort engagement associatif et culturel.
06:55Mais en 2020, sa vie prend un autre tournant, comme celle de beaucoup d'autres.
07:03Alors moi, j'ai commencé à composer très, très jeune.
07:06Je composais une musique qui s'appelle Le Débat.
07:09Et donc, j'adorais ça.
07:11C'est une danse et un chant qui est pratiqué que par les femmes à Mayotte.
07:15J'ai composé avec des poésies arabes.
07:19Je prenais les livres et puis je composais avec mes mélodies, ma mayonnaise.
07:24Et j'ai ramené ça au Shoni parce que j'avais une association de danse,
07:30du coup de débat traditionnel.
07:31Après, j'avais complètement abandonné la musique.
07:34Et par rapport à ma vie ou chamboulement, mariage, vie de tout ce qu'on veut, professionnelle et tout ça.
07:44Et j'ai repris exactement la compo pendant le Covid
07:51où je me suis retrouvée à un moment donné très, très seule à la maison.
07:54Toute ma famille était à Métropole et moi, je suis restée à Mayotte.
07:58Et puis, j'ai commencé à lancer des lives où je chantais en a cappella
08:03pour vider un petit peu l'angoisse, le stress.
08:06Et je lançais des lives où je demandais aux gens de me donner des prénoms, leurs prénoms.
08:12Et j'en faisais des chansons.
08:14Et vraiment, c'est à partir de là où ma carrière, je dirais, a vraiment décollé.
08:19Parce que les gens ont commencé à me soutenir, à me dire, ah ouais, c'est génial.
08:23Je faisais des lives assez spécifiques sur des sujets précis,
08:27la violence faite aux femmes, sur des sujets assez tabous.
08:31Et c'est à partir de là où j'ai retrouvé cette âme artistique
08:35où j'avais vraiment envie de la composer et écrire tout ce qui me passait dans le cœur.
08:40et surtout écrire mon engagement et tout ce dont j'ai rêvé, petite.
08:48C'est un lieu qui me plaît.
08:50Le fait de me sentir bien et faire du bien aux autres, ça me reconforte.
08:56Je me dis, j'existe en fait.
08:58Je sers à quelque chose.
09:00J'ai commencé à reprendre confiance en moi, à mon art, à ma musique.
09:06Parce que c'est vrai que pour une femme qui a pratiqué le débat, par exemple,
09:09pendant des années, depuis toute jeune, depuis 7 ans,
09:12c'est normal de le pratiquer, c'est normal de le chanter.
09:15Et quand je me suis remis à chanter en a cappella les classiques,
09:19j'avais l'impression comme si les gens venaient de découvrir ces états.
09:23Waouh, c'est magnifique, machin. Est-ce que tu peux nous en sortir?
09:26Est-ce que tu peux?
09:28Et c'est vraiment, je me suis dit, ok, là, il y a vraiment quelque chose à faire.
09:31Et je me suis posé, je me suis dit go.
09:46Enrichie par des apports est-africains, malgaches, arabo-musulmans et français,
09:51la culture mahoraise est à l'image de ces traditions musicales, plurielles et complexes.
10:03Ma musique, c'est l'expression de mon identité et surtout de là où je viens et de la personne
10:09que je suis.
10:10Parce que je suis une personne qui aime prendre des risques, qui aime découvrir.
10:16Je suis passionnée par mes origines, mes cultures, parce que je ne dirais pas ma culture, je dirais mes cultures.
10:25Et par tout ce qui m'entoure, tout ce que j'ai pu avoir autour de moi, là où j
10:32'ai grandi, les personnes que je rencontre.
10:34Je suis une passionnée de la vie, j'aime l'amour, j'aime le partage de l'amour, j'aime
10:39aimer.
10:41Et j'aurais aimé dire à tout le monde, je vous aime.
10:45Mais du coup, comme je ne peux pas le dire comme ça, je dis, allez, je le chante, mais d
10:51'une autre manière,
10:52en m'engageant sur des causes qui me tiennent beaucoup à cœur, où je chante la femme.
10:57Je chante aussi l'homme dans le sens où je lui dis de se réveiller, de prendre ses responsabilités d
11:04'homme,
11:04parce qu'il est l'heure de se réveiller.
11:06Mais je chante beaucoup cette femme aussi, Queen, qui survit constamment, qui se bat, qui combat.
11:13Cette femme qui est engagée à éduquer, à élever, à supporter, à transmettre.
11:19Cette femme qui a aussi sa place dans la musique, qui doit aussi être écoutée,
11:24parce que cette femme qui a une voix et qui n'est pas n'importe quelle voix.
11:29Une voix qui mérite tout simplement d'être écoutée.
11:51Face à la passion, existe une réalité.
11:54Si les artistes maorais sont talentueux et bien présents sur l'île, l'industrie musicale est très peu structurée.
12:01Zilli est à la fois son propre tourneur, sa propre programmatrice de spectacle,
12:05et elle fait très vite le choix de créer son propre label, Yaka Music, pour s'autoproduire.
12:10Elle trouve alors un modèle économique unique de création et de diffusion,
12:14où elle écrit et compose des titres personnalisables sur commande,
12:18ce qui lui permet de financer son projet musical.
12:25Le milieu musical à Mayotte n'est pas du tout encadré.
12:31Il n'y a quasiment rien pour ne pas dire il n'y a rien.
12:33Pour vous donner une idée, l'intermittent de spectacle n'existe pas.
12:38Nous n'avons pas le statut.
12:43Les artistes, la plupart, ne sont pas déclarés à la SACEM.
12:47Il y a un pôle SACEM qui est plus à la Réunion et qui vient de temps en temps,
12:53mais ce n'est pas tout le monde qui est au courant.
12:55Donc les artistes ne vivent pas du tout de leur musique.
12:57Ils sont juste passionnés.
12:58On n'a même pas de salle de spectacle.
13:01Pour les concerts, très souvent, c'est des petits plateaux.
13:06On appelle ça les AMJC.
13:07Moi, par exemple, quand j'ai voulu faire mes concerts,
13:10pour les premières que j'ai fait en 2022,
13:13je les ai organisées dans un terrain de foot.
13:28Moi, mon rêve, c'était vraiment de lancer ma carrière nationale,
13:32ma carrière musicale nationale, voire internationale.
13:34Et je me suis dit, pour pouvoir faire ça, il n'y a personne.
13:39Personne ne peut m'orienter à quoi que ce soit.
13:41J'ai dû moi-même me démerder avec des amis qui étaient déjà ici à Paris.
13:46Et puis, au fil du temps, créer mon label de musique.
13:52Là où j'étais stratège, j'ai lancé le concept où je faisais des chansons personnalisées.
13:58En fait, j'appelais les gens à me donner leur prénom, j'en faisais des chansons.
14:02Ou des fois, dans des mariages, je prenais les noms des mariés,
14:05j'en faisais des chansons en live, je jouais en live.
14:08Il y a eu une grosse demande.
14:09Et je me suis dit, pourquoi pas structurer ça ?
14:12Et j'ai sauté sur l'occasion.
14:14C'est ce qui me permet, du coup, de lancer ma carrière,
14:17de pouvoir financer mes clips, mes tenues.
14:22C'est très difficile, parce que c'est vrai qu'on travaille pour un projet,
14:26mais on prend l'argent de ce projet pour investir sur d'autres.
14:29Après, je dirais, je suis une femme.
14:32Donc, en tant que femme, on arrive à faire 10 000 choses à la fois.
14:36Donc voilà, c'est comme ça que j'arrive à me débrouiller, mais c'est de la débrouille.
14:47...
14:57De Rabat au Maroc, à Noisy Bay, à Madagascar, en passant par Zanzibar en Tanzanie,
15:02et tempéré en Finlande, Zili poursuit son objectif de faire briller sa musique et ses cultures
15:07au-delà des frontières de son île.
15:09La scène est le moment pour elle de se dépasser et de véritablement connecter avec son public.
15:16...
15:28J'adore la scène.
15:32J'adore la scène.
15:33En général, les gens qui me voient sur scène pour la première fois,
15:36ils sortent de là, ils me disent tout simplement, vous êtes une bête de scène.
15:41Beaucoup de personnes me comparent à Tina Turner.
15:45Parce que c'est vrai que quand je suis sur scène, je ne suis pas moi-même.
15:49Je suis une autre personne.
15:50Et je me défoule, je m'éclate.
15:52C'est là où je vide toute ma, tout mon stress, toute la pression que j'ai eue pendant des
15:56mois de travail.
15:57C'est là où je lâche tout.
15:59Et je prends la scène, je prends tout le public, je prends tout l'amour.
16:04Le 22 mai, au Casino de Paris, j'ai trop hâte.
16:10Parce que c'est vrai que c'est un autre public que je ne connais pas.
16:13Et je suis très curieuse de savoir qu'est-ce qu'ils vont...
16:18Qu'est-ce que les gens vont penser de Zili, de la dame qu'on a vue, qu'on a
16:23entendue.
16:23OK, mais qu'est-ce qu'elle va donner sur scène ?
16:26Je suis très curieuse.
16:33En tant que passionnée de musique, Zili écoute et s'inspire de tout ce qui se fait.
16:38Aujourd'hui, elle avance comme une guerrière pour faire rayonner la musique de ses ancêtres,
16:42de son peuple et de son île, pour la faire écouter au plus grand nombre.
16:47On me dit très souvent, Zili, mais le problème avec toi, c'est que tu nous perds.
16:52On ne sait pas trop où est-ce qu'on va du Mgojo.
16:55Mgojo, c'est la musique traditionnelle de Mayotte.
16:59Et puis, est-ce que c'est quoi ?
17:01Tu nous sors de là, ma piano, mais il faut que tu te cases.
17:05Mais c'est ça, le problème.
17:07Je n'arrive pas à me caser, sinon s'il y a des personnes qui voudront m'aider à me
17:10caser, go !
17:11Mais je n'arriverai pas !
17:29C'est la fin de cet épisode d'Ecos of Africa, les échos d'Afrique, une série originale d'Africa
17:35News Podcast.
17:36Merci à Guillaume Carole au montage.
17:38Pour réécouter cet épisode, rendez-vous sur africanews.com et sur votre chaîne de podcast préférée.
17:45C'était Pascal Kenya et je vous retrouve dans un prochain épisode.
17:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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