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  • il y a 9 mois
Il a dédié sa vie à la musique et dirigé des orchestres dans le monde entier. Mais alors qu'il aurait pu se contenter d'une audience acquise à la musique classique il a été chercher tous les publics : en prison, dans les hôpitaux, ou dans le milieu ouvrier du Nord. Il a amené Bach, Mozart, Beethoven, Rameau, Couperin, Debussy aux oreilles des plus aisés comme à celles des plus démunis, persuadés que la beauté d'une composition touche de la même façon tous les coeurs. Quelles raisons l'ont poussé à se lancer dans cette quête ? La musique classique est-elle accessible à tous ? Et quel lien a-t-il noué avec le public du Nord, département dont il a dirigé le principal orchestre pendant près de 40 ans ? Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Jean-Claude Casadesus dans l'émission Un monde, un regard. Année de Production :

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Transcription
00:00Générique
00:01...
00:02Pour vous décrire le parcours et la vie de notre invité,
00:25je ne vous dresserai pas la liste interminable des théâtres et des opéras de ce monde
00:30où il a dirigé des orchestres.
00:32Je ne pourrai pas non plus énumérer tous les événements musicaux de premier ordre
00:36auxquels il a participé.
00:38Ce serait impossible et ce ne serait même pas rendre honneur à sa carrière,
00:42ni à son apport à l'univers de la musique classique et symphonique.
00:46Car alors qu'il aurait pu être un chef d'orchestre confortablement installé
00:50et même enfermé dans son monde que certains disent élitiste,
00:53alors qu'il aurait pu égoïstement savourer la musique des plus grands,
00:58lui a souhaité la partager, la partager avec tous.
01:01Des plus riches aux plus démunis, des plus connaisseurs aux moins initiés,
01:05prisonniers en maison d'arrêt, malades à l'hôpital, jeunes enfants, classe populaire.
01:10Il a essayé de toucher tout le monde avec Bach, Mozart, Beethoven, Rameau, Couprin, Debussy.
01:17La base de mon projet de politique artistique, dit-il,
01:20c'est la musique pour tous ceux qui n'y ont pas accès ?
01:23Projet politique, tiens, tiens, l'expression est intéressante.
01:27Se considère-t-il alors comme un chef d'orchestre engagé ?
01:30A-t-il l'impression d'avoir fait de la politique tout au long de sa carrière ?
01:33De la politique autrement, à la baguette, mais avec une baguette musicale ?
01:37Posons-lui toutes ces questions.
01:39Bienvenue dans Un Monde, Un Regard.
01:40Bienvenue à vous, Jean-Claude Casetsu.
01:42Merci d'avoir accepté notre invitation au Sénat.
01:44Lieu hautement politique, d'ailleurs.
01:46C'est fort de dire la base de mon projet politique artistique.
01:51Il y a eu un projet, il y a un projet artistique derrière votre carrière ?
01:55Un projet politique ?
01:56Qu'est-ce que ça veut dire politique ?
01:57C'est la vie dans la cité.
01:59Le terme grec, police.
02:02Donc, il faut avoir, je crois,
02:05moi très tôt, j'ai pris conscience de la chance que nous avions,
02:10nous les interprètes, nous les artistes,
02:12de côtoyer des chefs-d'œuvre.
02:14Et je me suis très tôt demandé
02:17quelle était la place, la nécessité, la fonction
02:19d'un artiste de notre société aujourd'hui.
02:23Mais même depuis tout petit.
02:25Parce que j'ai eu la chance
02:26que mon grand-père, qui était un grand musicien,
02:29Henri Casetsu,
02:30avec son ami Pierre Monteux,
02:32me mette un violon dans les mains
02:33quand j'avais 4 ans et demi, 5 ans.
02:35Et il a décrété que j'avais le sens du rythme
02:39et je serais sûrement chef d'orchestre.
02:40Alors, évidemment, ce rêve ne s'est réalisé
02:42qu'exactement 25 ans plus tard.
02:45Mais la beauté de cet univers de création,
02:52vous savez, moi j'ai eu la chance de vivre
02:55avec mes parents dans la musique des mots,
02:59puisque ma mère était sociétaire
03:00de la comédie française,
03:01mon père était comédien aussi,
03:04et avec la musique dans la beauté
03:07et dans la poésie des notes.
03:09Mais est-ce que ça vous va
03:10si on dit que vous êtes un chef d'orchestre engagé ?
03:12Est-ce que c'est une définition qui vous parle ?
03:15Alors, je suis engagé dans le désir
03:17de partager ce qui a fait mon humus
03:19et mon émotion.
03:21Très vite, je me suis demandé
03:22pourquoi est-ce que tant de gens disaient
03:25« Ah, la grande musique, ça n'est pas pour nous ».
03:28Je me suis juré, le jour où un chauffeur de taxi
03:30m'emmenait à l'Opéra de Paris, où je dirigeais,
03:34et me dit « Alors, qu'est-ce que vous faites dans la vie ? »
03:36Je dis « Je vais diriger à l'Opéra. »
03:38« Comment diriger ? »
03:39Je dis « Oui, je suis chef d'orchestre. »
03:40Il me fait « Oh, ça, ce n'est pas pour nous ».
03:42Je me suis juré que je ferais tout pour celle de Vienne.
03:45J'ai eu la chance, à la fin des années 75,
03:49d'être sollicité par Michel Guy,
03:54qui était ministre de la Culture,
03:56et qui me dit « Voilà, j'ai quelque chose à vous proposer. »
03:59Bon, je vous dis tout de suite,
04:00c'est sans doute un cadeau empoisonné.
04:02Je dis « Ah, bon, ça commence bien. »
04:04Ça commence bien.
04:06Est-ce que vous accepteriez de terminer
04:07le contrat d'un orchestre
04:09qui est destiné à disparaître ?
04:11À disparaître ?
04:12Oui, le président Giscard d'Estaing,
04:13dans son immense humanisme,
04:15a décidé de recentraliser à Paris
04:17les orchestres de radio.
04:18Et donc, celui-là devait disparaître,
04:20il fallait terminer son contrat.
04:21Donc, je suis parti de rien pour cet orchestre
04:24où, avec en effet,
04:25tous les gens que j'ai pu rencontrer,
04:27leur volonté,
04:28les élus de la région,
04:29Pierre Moroix,
04:30dont on pourra dire un mot,
04:31on a pu sauver cet orchestre
04:33et après, on en reparlera.
04:34Ce n'est pas pour nous.
04:35Est-ce que toutes les oreilles,
04:37est-ce que tous les milieux,
04:38oui, sont sensibles à votre musique,
04:41à la musique classique ?
04:42Est-ce que les non-initiés
04:43peuvent être sensibles à la musique classique ?
04:45La musique, c'est la traduction
04:46la plus poétique de la vie.
04:48Elle traduissait les joies,
04:50les souffrances,
04:50les voluptés,
04:51l'abandon,
04:52le rêve,
04:53l'amour.
04:54Et il n'y a pas la subversion des mots.
04:57Et on y trouve,
04:58chacun y trouve,
04:59ce qu'il a de disponibilité personnelle,
05:01comme dans une auberge espagnole
05:02de la sensibilité.
05:04Et j'ai constaté à quel point,
05:06si vous voulez,
05:06des gens que j'ai réussi
05:08à amener au concert,
05:09et particulièrement dans toute cette région
05:11du Nord-Pas-de-Calais,
05:12qui est une seconde patrie,
05:14qui a été pendant 40 ans
05:15une seconde patrie,
05:17de voir à quel point
05:17le miracle de l'émotion
05:19pouvait,
05:20en redonnant aux gens
05:21le sens de leur dignité,
05:23les transcender.
05:24– Et quand vous dites ça,
05:25ça me fait penser aux images
05:26que j'ai revues en préparant
05:27cet entretien.
05:27Vous aviez donné un concert
05:29dans une maison d'arrêt
05:30pour femmes dans le Nord.
05:32Et à la fin de votre concert,
05:33il y a une de ces femmes
05:34qui vient vous voir,
05:35qui n'a pas pu s'empêcher
05:36de venir vous saluer
05:37à la fin du concert
05:37en vous disant
05:38« Merci, merci de m'avoir fait découvrir
05:40cette musique classique
05:40que je n'écoute pas d'habitude ».
05:42Ça a été des moments d'émotion forts,
05:44j'imagine, pour vous.
05:45– C'est toujours un grand moment d'émotion
05:47de voir luire dans l'œil de l'autre
05:49l'émotion que vous-même
05:50vous avez envie de partager.
05:52Que ce soit avec des gens très démunis
05:54ou avec des grands mélomanes,
05:56il y a un langage tellement universel
05:58dans la beauté de certaines harmonies,
06:01dans la vibration.
06:03Vous vous êtes arrêté tout à l'heure
06:04dans votre description à Debussy,
06:06mais il y a Stravinsky,
06:07il y a aussi les compositeurs contemporains,
06:10car chaque musique est le reflet de son époque.
06:12Et chaque jeune compositeur aujourd'hui,
06:15avec tous les matériaux du passé,
06:17peut aussi traduire sa propre sensibilité
06:19en fonction de son environnement.
06:20– Et ça va plus loin que l'émotion,
06:22votre transmission de la musique
06:23à d'autres mondes a même porté ses fruits.
06:25Un jour, c'est un jeune homme de 25 ans
06:27qui est venu vous dire
06:28« Je suis Mohamed, mon frère Areski
06:30a fait Subdeco,
06:31et moi j'ai fait Sciences Po,
06:32ENA, et je suis bras droit du préfet,
06:34et c'est à vous qu'on le doit. »
06:36Et vous dites d'ailleurs,
06:37alors un truc incroyable,
06:38il n'y a aucune délinquance
06:40dans les écoles de musique.
06:41– Alors ça, c'est une chose
06:42que je m'efforce de dire
06:43à tous les politiques que je rencontre.
06:45Parce que, je vais vous dire,
06:46alors ça, cet événement que vous relatez,
06:51ça m'est arrivé en effet chez le préfet
06:53pour une séance de vœux.
06:54Parce que nous étions jumelés
06:56dans les années 90-95
06:59avec une école qui devait fermer
07:01pour cause de délinquance,
07:03l'école Michelet de Roubaix.
07:06Je rencontre par hasard le directeur,
07:07qui était un type formidable.
07:09Les enfants avaient raté un bus
07:10pour aller à une manifestation,
07:12je l'ai fait rentrer dans l'orchestre.
07:14Ils m'interrogent sur mon métier
07:16alors qu'ils devaient interroger
07:17un journaliste sur leur métier.
07:21Et tout d'un coup,
07:23on s'est jumelés avec cette école.
07:25Et en effet, il y avait des jeunes chiens sauvages
07:28qui faisaient des bêtises.
07:33Et avec affection, mais avec fermeté,
07:36je leur ai dit, attention,
07:37si vous faites les crétins,
07:39vous allez aller dehors.
07:40On a créé un lien formidable,
07:41je vous l'ai fait courte
07:42parce que ça a duré des années.
07:44Et je rencontre chez ce préfet
07:45un grand jeune homme qui vient me dire
07:47je suis Mohamed, mon frère Areski.
07:49Comme vous l'avez dit,
07:50un fessuble de co.
07:51Moi, j'ai fait Sciences Po,
07:52je suis le bras d'eau du préfet.
07:54Et en effet, vous nous avez donné
07:55une ligne de conduite
07:56et vous avez fait découvrir
07:57la beauté absolument irremplaçable
08:02de ce que représente l'émotion de la musique.
08:06Incroyable.
08:06Pendant votre carrière,
08:07vous n'avez cessé de naviguer
08:08entre différents mondes.
08:09Je vous cite,
08:10en tant que percussionniste
08:11et chef d'orchestre,
08:12j'ai eu la chance de rencontrer
08:13les plus grands artistes de jazz,
08:15de la variété,
08:15de la musique classique.
08:16J'ai participé à presque
08:18tous les enregistrements
08:19de Jacques Brel,
08:19de Charles Aznavour,
08:20d'Edith Piaf,
08:21à la première télévision
08:22de Johnny Hallyday
08:23et au seul enregistrement
08:25que Franck Sinatra a réalisé en France.
08:27Vous avez même enregistré
08:28pour Sheila, je crois.
08:29L'école est finie.
08:31C'est une partie de votre carrière
08:32qu'on ne connaît pas forcément.
08:33Dans lequel de ces milieux
08:35vous avez pris le plus de plaisir ?
08:37Plutôt la variété
08:37ou plutôt le classique ?
08:38Ou les deux ?
08:39Écoutez, j'ai eu la chance
08:40que mon univers soit nourri
08:42par tous les styles.
08:44Qu'est-ce que c'est pour un artiste ?
08:46Le style, c'est l'identification.
08:49Donc, il faut se plonger
08:50quand il s'agit de jazz.
08:52On est un bon jazzman
08:53que quand on fait beaucoup,
08:54beaucoup,
08:55on se plonge totalement dedans.
08:56Il ne s'agit pas
08:57d'être bon partout.
08:58Mais on peut comprendre
08:59le style de ce qui vous est demandé.
09:02Et dans cette époque magique,
09:04vous avez cité
09:05des grands artistes de variété,
09:08il y avait des grands arrangeurs,
09:09il y avait des grands orchestres
09:11et des musiciens dits classiques
09:13parce que j'ai eu une formation
09:14au conservatoire.
09:16Mais quand j'avais 14 ans,
09:17j'avais un orchestre de jazz
09:18comme pianiste
09:19et je séchais un peu mes cours
09:20pour aller à droite et à gauche
09:22faire des bœufs et jouer.
09:25Et après, j'ai joué de l'orgue
09:27et après, j'ai été percussionniste
09:29professionnel.
09:30Et ça m'a ouvert des portes inouïes
09:32qui m'ont conduit,
09:33dans mon métier de chef d'orchestre,
09:35à aborder également
09:36beaucoup, beaucoup de styles.
09:39Et surtout, j'ai rencontré
09:41des grands artistes
09:42qui ont contribué
09:43à ma formation.
09:44Et puis, il y a eu le Nord,
09:46j'y reviens,
09:46vous l'avez un petit peu évoqué,
09:47votre terre d'adoption,
09:48là où vous avez vécu
09:49peut-être la plus grande aventure
09:50de votre vie.
09:51Vous parlez même d'une épopée.
09:52Vous avez fondé
09:53l'Orchestre national de Lille.
09:55Vous l'avez dirigé
09:55pendant 40 ans.
09:56La musique classique
09:57était donc sur le point
09:58de déserter ce territoire
09:59sur décision politique
10:01et vous l'avez sauvée.
10:02Certains disent que vous êtes
10:03l'âme musicale du Nord.
10:06Ça vous va comme...
10:07Écoutez, ça va me donner
10:08les larmes aux yeux, ça.
10:09C'est où cette histoire
10:10d'amour avec le Nord ?
10:13C'est une région
10:14qui a beaucoup donné
10:14à la France.
10:16C'est une région fraternelle
10:17qui a beaucoup souffert.
10:19Terre d'invasion.
10:20Qui n'a pas eu le temps
10:21de se pencher
10:22sur ce qu'on appelle
10:23la culture,
10:24la grande culture.
10:25Mais qui a une dose
10:28de fraternité et d'amour
10:29que j'ai rarement rencontré ailleurs.
10:32Et c'est vrai que moi
10:34qui suis un...
10:34Je le dis souvent en boutade,
10:36je suis un russo-catalan
10:37né à Montmartre.
10:38Dans le Nord de Paris,
10:40eh bien, le Nord de la France,
10:42lorsque je l'ai rencontré,
10:43a éveillé ma conscience politique
10:45au sens de qu'est-ce que c'est
10:46que la vie dans la cité.
10:48Je me suis dit,
10:49ces gens ont le droit
10:51d'avoir accès
10:53à tout ce qui est plus beau
10:54et tout ce qui nourrit
10:56la part d'humanité
10:57qui est en chacun de nous
10:59et qu'on exalte souvent
11:00pas assez.
11:01Donc, j'ai pris mon bâton de pèlerin
11:05avec mes musiciens.
11:06Nous avons essaimé la région.
11:09Nous n'avions pas de salle de concert
11:10en 1976.
11:11Donc, la première grande tournée,
11:13ça a été une tournée sous chapiteau.
11:15Et on était comme des battleurs,
11:17comme Jean Villard,
11:17qui a parcouru la France
11:20avec sa troupe,
11:21ou Molière, bien avant nous.
11:23Et on a commencé à,
11:24si vous voulez,
11:24semer des graines
11:25qui ont mûri,
11:26qui ont poussé
11:27et qui ont fait que,
11:29aujourd'hui,
11:30il y a, en plus des harmonies
11:32et des fanfares
11:33qui ont nourri le Nord,
11:34qui ont, au niveau de la musique
11:35symphonique,
11:37qui ont fait, si j'ose dire,
11:38des miracles.
11:39On va rester dans le Nord
11:39avec le document
11:40que j'ai à vous proposer.
11:42C'est une archive.
11:43Ça fait partie des rituels
11:43de cette émission.
11:44Une archive transmise
11:45par nos partenaires,
11:46les Archives nationales.
11:48Ce document date de 2004.
11:49C'est une affiche
11:50qui annonce l'implantation
11:52d'une extension du Louvre
11:53à Lens,
11:54ville minière du Nord.
11:55L'idée avait germé
11:56dans la tête de Jean-Pierre Raffarin,
11:57Premier ministre à l'époque.
11:59Et le 29 novembre 2004,
12:00il annonce que Lens
12:01est retenue
12:01comme site d'accueil
12:03du nouveau Louvre.
12:04Ce choix voulait là aussi
12:05marquer la reconnaissance
12:06de la nation
12:07pour un territoire meurtri,
12:08vous l'avez dit,
12:09par la guerre
12:09et par l'exploitation du charbon.
12:11Est-ce que vous diriez
12:12que le projet d'émancipation
12:14par la culture
12:14a fonctionné
12:15et fonctionne dans le Nord ?
12:17Je crois que ça a fait
12:18des grands pas.
12:20J'ose dire,
12:20avec toute la modestie,
12:22que j'espère vous comprendrez,
12:24mais que nous avons été
12:25un peu le fer de lance
12:26de ce rôle nouveau
12:28qui a été,
12:29à travers Pierre Moroy,
12:31à travers Daniel Percheron,
12:32aujourd'hui avec Xavier Bertrand,
12:34la culture a été
12:35un de leurs objectifs principaux.
12:38Le Louvre-Lens
12:38a été dans la continuité
12:41de ce partage
12:43des chefs-d'œuvre
12:44et de la beauté
12:45auxquelles notre peuple a droit.
12:48Et c'est vrai que l'orchestre,
12:49ayant au départ
12:50proposer de la musique
12:52sous tous ses styles,
12:54toutes ses formes
12:55à tous les publics,
12:56a aussi, je crois,
12:57contribué à créer
12:58ce désir de culture
13:00dans ce pays
13:01qui avait tant donné
13:02et qui n'avait pas
13:03encore suffisamment reçu.
13:05– Mais est-ce que vous diriez
13:06que ça apaise les colères
13:09et les votes de colères,
13:11pour être clair,
13:12puisqu'on sait que dans le Nord,
13:13effectivement,
13:13il y a des votes extrêmes
13:15qui sont très bons ?
13:15– Il n'y a pas que dans le Nord.
13:17– Pas que dans le Nord,
13:17vous avez bien raison.
13:18– Les Français sont avant tout
13:19des votants extrêmes,
13:21si j'ose dire.
13:22Et bon,
13:23ils préservent
13:24autant qu'ils peuvent
13:26les avantages
13:27qu'ils ont pu conquérir,
13:28mais la vie évolue,
13:29la vie change
13:30et on est obligé
13:31de s'adapter.
13:32L'intelligence,
13:33c'est l'adaptation
13:33et de comprendre
13:34où on va
13:35et d'où on vient.
13:37– Et ce qui a été fondamental
13:38dans cette idylle
13:38avec les gens du Nord,
13:39c'est aussi votre amitié
13:40avec Pierre Moroy.
13:41Vous l'avez dit d'un mot
13:42en début d'entretien,
13:43maire de Lille
13:44pendant près de 30 ans,
13:45député du Nord
13:46pendant 20 ans,
13:46Premier ministre
13:47et sénateur.
13:48Il avait le même projet
13:49politique que vous ?
13:51– Alors,
13:51Pierre Moroy avait
13:52une grande intelligence
13:53visionnaire
13:53et il écoutait
13:54les gens qui éventuellement
13:55pouvaient nourrir
13:56un domaine
13:58qu'il connaissait peu.
13:59Ce n'était pas quelqu'un
14:00à la base,
14:02je ne veux pas dire culturelle,
14:03mais enfin,
14:04il connaissait peu la musique.
14:06Mais c'est vrai
14:06que ce que je lui ai proposé,
14:07et j'ai eu la chance
14:08qu'il m'entende,
14:09qu'il m'écoute,
14:10avec son intelligence,
14:12la conduit
14:14à soutenir
14:15le projet
14:16qui pour moi était
14:17il faut rendre
14:19à des gens
14:19la dignité
14:20auquel ils ont droit
14:21par le partage
14:22de l'émotion
14:23que nous pouvons
14:24leur donner
14:25grâce à des fonds publics.
14:27– Et la fonction
14:27de chef d'orchestre
14:28dans tout cela,
14:28est-ce qu'elle a justement
14:29une fonction fédératrice ?
14:31Est-ce que vous avez
14:31l'impression
14:32quand vous êtes face
14:32à vos musiciens
14:33que vous dirigez un pays,
14:36mais enfin,
14:36que vous êtes face
14:37à une mini-société
14:38représentative de la France
14:40et que vous devez
14:40tous les unir,
14:42tous les rassembler ?
14:42– Vous avez parfaitement raison,
14:45un orchestre,
14:45un microcosme,
14:47vous avez tout,
14:48la droite,
14:48le centre,
14:49la gauche,
14:50ceux qui aiment le chef,
14:51ceux qui n'aiment pas la musique,
14:52ceux qui n'aiment pas le chef,
14:54ceux qui n'aiment pas
14:55le morceau
14:56qu'on leur demande,
14:57et vous devez
14:57fédérer tout ça
14:58avec une partition
15:00qui ressemble,
15:01et je n'en ai pas
15:02à vous montrer,
15:03mais qui ressemble
15:04un peu au tableau de bord
15:05d'un Boeing 707,
15:07et vous devez,
15:08vous avez flûte,
15:09au bois,
15:09clarinette,
15:09basson,
15:10corps,
15:10trompette,
15:10trombone,
15:11percussion,
15:11harpe,
15:12violon 1,
15:12violon 2,
15:13alto,
15:13violon 6,
15:13contrebasse,
15:14et vous devez mettre
15:15tout ça à l'unisson,
15:17vous devez fédérer
15:18et vous devez leur faire oublier
15:20le fait qu'il y en a qui trouvent
15:21que la salade coûte trop cher,
15:22qu'il y en a un autre
15:23qui lui a piqué sa femme,
15:24qu'ils vivent pendant 20 ans
15:25dans le même endroit
15:26et qu'on travaille tous
15:28en serviteur de la musique.
15:30Donc,
15:30ce n'est pas simple.
15:31Moins vous parlez,
15:32mieux ça vaut,
15:34il faut montrer
15:35le bras et le domestique
15:36de la pensée,
15:37la pensée se travaille
15:38pendant des heures
15:39à la table,
15:40vous devez chanter
15:41ce que vous avez
15:42et penser que vous êtes
15:43comme Gepetto
15:44qui va animer Pinocchio,
15:46le chef d'œuvre immobile.
15:48Et vous dites d'ailleurs
15:48qu'un chef d'orchestre,
15:49c'est comme un ministre,
15:50ça doit être un serviteur.
15:52C'est quoi un mauvais
15:53chef d'orchestre alors ?
15:54C'est quelqu'un
15:55qui ne permet pas
15:56aux musiciens
15:56de faire leur métier
15:57le mieux possible.
15:59C'est quelqu'un
16:00qui ne comprend pas
16:00que la psychologie
16:01et la part d'humanité
16:02passent par l'humilité,
16:04la modestie,
16:05le doute,
16:07mais en même temps,
16:08l'exigence
16:08part pour soi-même
16:10et que les musiciens
16:11ressentent que vous
16:12avez vraiment travaillé
16:14ce que vous leur demandez.
16:15C'est fou,
16:15vous les dirigez
16:16mais vous êtes quand même
16:17à leur service
16:18et vous vous effacez aussi
16:19derrière eux.
16:19C'est un équilibre
16:20à trouver.
16:22Ce n'est pas simple.
16:23Je peux vous dire
16:23qu'il y a très peu de gens
16:24qui savent comment ça fonctionne,
16:26puisque vous avez la gentillesse
16:27de me donner quelques minutes
16:28pour en parler.
16:29Vous travaillez pendant
16:30des dizaines,
16:31voire des centaines d'heures
16:32à votre table,
16:33vous forgez une conception,
16:34il n'y a aucune possible
16:36interprétation
16:37sans conception
16:38qui doit être
16:39la base absolue
16:40du service
16:41que l'on doit
16:41à la pensée du compositeur.
16:44Faire ce qui est écrit,
16:45c'est déjà très difficile
16:47parce que ceux
16:48qui vous disent
16:48« Ah oui,
16:49mais moi je le fais comme ça
16:50parce que je le sens comme ça,
16:52d'accord,
16:52mais légitimez-moi
16:53la raison pour laquelle
16:54vous ne faites pas
16:55ce qui est écrit. »
16:56Alors on peut très bien
16:57se promener
16:59dans une œuvre
17:00mais il faut qu'il y ait
17:01une logique
17:01qui corresponde
17:03à la pensée
17:04du compositeur.
17:05C'est passionnant.
17:06Nos téléspectateurs
17:07le savent peut-être
17:07mais la musique
17:08est ancrée dans votre ADN.
17:10Vous êtes le descendant
17:11d'une lignée
17:11de grands musiciens,
17:12de grands artistes,
17:13lignée que vous prolongez
17:14avec vos enfants
17:15et petits-enfants
17:15qui eux-mêmes
17:16pour la plupart
17:17sont artistes
17:18et certains
17:18se sont même déjà fait
17:19un prénom
17:20et un nom
17:21dans le métier.
17:22Certains connaîtront
17:23effectivement votre maman,
17:25Gisèle Casatzu,
17:26sociétaire de la comédie française.
17:27Elle est montée sur scène
17:28jusqu'au bout
17:29et alors qu'elle était
17:30d'une famille
17:30de grands musiciens,
17:31elle n'était pas très partante
17:32pour que vous en fassiez
17:33une carrière.
17:34Vous dites
17:34« Mes parents étaient réticents
17:35à l'idée que je fasse
17:36de la musique. »
17:37Ça paraît surprenant.
17:38Alors je vais vous dire
17:38une chose.
17:39J'avais envisagé,
17:40je voulais faire Sciences Po
17:41parce que je voulais
17:41dans une musée
17:45reporter sur les grands shows
17:47du monde.
17:49Et puis,
17:49j'ai joué de la musique
17:51à 14 ans, 15 ans.
17:53J'ai joué de l'orgue
17:53qui a été pour moi…
17:55J'improvisais.
17:56J'improvisais pendant des heures
17:58grâce à un curé
17:59qui m'avait confié
18:00son orgue à Villiers-le-Bel
18:02et tout d'un coup,
18:03j'étais envahi
18:05par la volupté
18:06du son qu'on pouvait créer
18:08et donc ça a été ma voie.
18:10Mais en même temps,
18:12être artiste,
18:14je veux dire,
18:14chacun sait que ça ne nourrit
18:16pas forcément son homme.
18:18Mes parents…
18:18Donc j'étais voué
18:19à faire des études supérieures
18:20que je n'ai pas faites
18:21parce que c'était toujours
18:23« va jusqu'au bac
18:23et après on verra
18:24ce que j'ai fait ».
18:25Mais je suis rentré
18:28très vite au conservatoire
18:29et j'ai essayé
18:30de prouver à mes parents
18:31qui étaient inquiets
18:33à juste titre
18:34pour le fait
18:35que je gagne
18:35vraiment ma vie un jour
18:36et que j'ai un métier
18:39que je pouvais gagner
18:40ma vie avec la musique.
18:42D'ailleurs,
18:42ça n'a pas empêché ma mère,
18:43mes parents n'avaient pas
18:44beaucoup d'argent
18:44dès qu'à l'âge de 19 ans
18:46je commençais à faire
18:47un peu de métier
18:48il m'a dit
18:49« il faut que tu participes
18:49naturellement
18:50au frais de la maison »
18:51ce qu'on ne fait plus
18:52aujourd'hui.
18:53Mais c'était normal.
18:56Et donc,
18:56j'ai essayé de leur prouver
18:57que leur anxiété,
18:59j'allais en effet
19:00la contrarier
19:01par non pas une réussite
19:03mais en tout cas…
19:05Vous savez,
19:06j'ai commencé à travailler
19:06très tôt.
19:07Moi,
19:07je déchargeais des camions
19:08au Halle,
19:08je déchargeais des camions
19:09pour gagner un peu d'argent
19:11à 16 ans et demi,
19:1117 ans,
19:1218 ans et après
19:13je vendais des montres
19:14autour de Paris
19:15et donc je sais ce que c'est
19:17que les portes
19:17qu'on vous claquonnait
19:18quand vous présentez
19:19un écran
19:20et voilà,
19:21très tôt j'ai été
19:22entraîné ça
19:23puis plus tard après
19:2428 mois de service militaire
19:25dans des périodes difficiles
19:27donc ça vous tanne le cuir
19:30si j'ose dire
19:31et ça exerce votre volonté.
19:34Il y a aussi une forme
19:35de déterminisme
19:36chez les casas-dessus
19:37qui remonte encore plus loin
19:38jusqu'à votre arrière-grand-père
19:39Luis d'origine catalane
19:41qui avait décidé
19:42que 14 enfants,
19:45ces 14 enfants
19:45feraient de la musique
19:46et je crois qu'il n'y est pas
19:47allé de main morte
19:48pour leur apprendre la musique.
19:50Vous nous racontez,
19:51moi j'ai l'information
19:51mais racontez-la
19:52parce que quand je l'ai lu
19:53j'étais surprise.
19:54Écoutez,
19:55il était expert comptable
19:56et donc il jouait
19:57un peu de violon
19:58et de la guitare
19:59et alors il allait
20:00pour s'épanouir
20:03dans son métier
20:04jouer dans les boîtes
20:05le soir en Catalogne
20:06du côté de Figueras
20:07et après à Paris.
20:09Alors en fait,
20:09il avait eu
20:10un grand nombre d'enfants
20:11comme vous le dites
20:12et il voulait
20:13que tous ces enfants
20:13soient musiciens.
20:14Alors il rentrait le soir,
20:15il les réveillait
20:16et il leur dit
20:16allez,
20:17qu'est-ce que c'est que cette note ?
20:18Alors le petit fait
20:19quoi, quoi ?
20:20Qu'est-ce que c'est que cette note ?
20:21C'est pas un si bémol ?
20:22Non, ça l'a.
20:23Alors il leur donnait une tape
20:24et il leur a donné l'oreille absolue
20:25je suppose comme ça.
20:27Ils sont tous devenus musiciens
20:28à tel point que mon grand-père
20:30a écrit beaucoup de musique
20:31souvent d'ailleurs
20:32en prenant le pseudonyme
20:34de Handel
20:35si j'ose dire
20:36et un de ses frères
20:37a écrit le dernier concerto
20:38pour violon
20:39de Mozart
20:40entre guillemets
20:41qui était le concerto
20:42Adelaide.
20:42Mais la musique
20:43est si exigeante
20:43qu'il faut forcément souffrir
20:45pour l'apprendre
20:46et bien la transmettre.
20:48Vous savez,
20:48tout,
20:49je crois que
20:50tout accomplissement
20:51passe par des efforts
20:54qui sont quelquefois douloureux
20:55et je crois que
20:56plus on traverse
20:57de difficultés
20:58plus
20:59quand on nourrit une passion
21:00et bien si on est digne
21:02de cette passion
21:03et bien
21:04vous savez,
21:05je crois que
21:05c'est ce que je me suis efforcé
21:08de transmettre aux enfants.
21:10Je m'occupais de 15 000 enfants
21:11quand j'étais à la tête
21:12de mon orchestre
21:13avec toute mon équipe
21:14que je salue au passage.
21:16les enfants disaient
21:17on veut faire de la musique
21:18etc.
21:19Et j'ai essayé
21:21de leur donner l'idée
21:21que pour l'accomplissement
21:23du désir
21:24seule la rigueur y parvient
21:25mais que la rigueur
21:26devient volupté
21:27pour l'accomplissement
21:28du désir.
21:29Et c'est le travail
21:30qui débouche
21:32sur une forme
21:32de transcendance
21:33et c'est pour ça
21:35qu'il n'y a aucune délinquance
21:36dans les écoles de musique
21:37et que c'est une forme
21:39de vie.
21:39Et la première ligne
21:40qu'il y a
21:41dans un livre
21:42de Stolfège
21:42qui s'appelle
21:43Le Lavignac
21:44qu'on nous enseigne
21:46en tout cas
21:46dans mon temps
21:47au conservatoire
21:48la musique
21:49c'est le respect
21:50des valeurs.
21:51Et je crois
21:51qu'aujourd'hui
21:52le mot respect
21:53doit prendre
21:54une signification
21:55justement
21:56du respect
21:57qu'on doit au respect
21:58et qui malheureusement
21:59n'existe pas suffisamment.
22:00À la lueur de celui
22:01que vous êtes aujourd'hui
22:02quel conseil donneriez-vous
22:03au petit garçon
22:04que vous étiez ?
22:04Qu'est-ce que vous lui diriez
22:05avant qu'il ne se lance
22:06dans la vie ?
22:06D'abord je l'écouterais.
22:08Je voudrais savoir
22:08ce qu'il a envie de faire
22:09qu'est-ce qui l'intéresse.
22:11Essayer d'éveiller
22:12sa curiosité
22:12essayer de l'emmener au musée
22:14essayer de l'emmener au concert.
22:16Très tôt
22:16il faut emmener les enfants
22:17à écouter de la musique
22:18et puis ils ont envie
22:19de jouer,
22:19de taper,
22:20de chanter
22:21et il faut les laisser
22:22exprimer
22:23ce qu'ils ont de créativité.
22:26L'écouter,
22:26c'est joli.
22:27Il faut enseigner
22:28la liberté
22:28et la rigueur.
22:30J'ai des photos.
22:30La liberté n'étant
22:31que le fruit
22:32de la rigueur maîtrisée.
22:36J'ai des photos
22:37à vous proposer
22:38Jean-Claude Casatsu.
22:39Ça fait partie
22:40des rituels
22:40de cette émission.
22:41La première photo
22:42que je voudrais vous présenter
22:43c'est celle-ci.
22:44Il s'agit de Marine Alsop.
22:46Elle est chef d'orchestre
22:47américaine.
22:48Elle a récemment poussé
22:49un coup de gueule
22:49dans un entretien
22:50au Times.
22:51Elle dit que
22:51la parité est au point mort
22:53parmi les chefs d'orchestre
22:54parce qu'il y subsiste,
22:55dit-elle,
22:56et je la cite,
22:57des opinions
22:57archaïques
22:58et démodées.
23:00Des jeunes disent encore
23:01que les femmes
23:01ne savent pas diriger
23:02ces révoltants,
23:03dénonce-t-elle.
23:04Qu'est-ce que vous en pensez ?
23:04Je pense qu'elle a raison.
23:06Ça ne veut rien dire,
23:06les femmes.
23:07C'est idiot.
23:08C'est comme de dire
23:09les Français,
23:10les machins.
23:10Vous avez des gens
23:11formidables,
23:11vous avez des gens
23:12qui sont des délinquants.
23:14Moi, j'ai été
23:14un des premiers,
23:15je crois même dire,
23:16un des premiers
23:16à engager des femmes
23:17à diriger.
23:19Mais de la même façon
23:21qu'il n'y a pas beaucoup
23:21de grands chefs d'orchestre,
23:23il ne faut pas s'étonner
23:24qu'il n'y ait pas encore
23:25aujourd'hui
23:25d'autres interprètes
23:27féminines
23:28qui soient transcendantes.
23:30C'est sur pièce
23:31qu'on juge les gens.
23:32Il faut donner la chance
23:34aux gens
23:34qui ont un curriculum vitae
23:36d'études,
23:37etc.
23:37Mais ce sont des faux débats,
23:39ça.
23:39Je veux dire,
23:39ce qui compte,
23:40c'est la qualité.
23:41Moi, vous savez,
23:43j'ai toujours milité
23:44toute ma vie
23:44pour qu'il y ait
23:46un respect mutuel
23:47entre les gens différents.
23:50En effet,
23:50un travail égal
23:51correspond de salaire égal
23:52ce qui existe
23:53dans la musique.
23:54Dans un orchestre,
23:55ce n'est pas parce qu'une femme
23:55joue du violon
23:56qu'elle sera moins bien
23:57rémunérée
23:57qu'un violoniste homme.
24:00Mais on rentre sur concours
24:01très exigeant
24:02et nous,
24:03chefs d'orchestre,
24:04chaque fois qu'on monte
24:05au pupitre,
24:05on passe un concours.
24:07On montre ce qu'on sait faire
24:09vis-à-vis de l'œuvre.
24:10Donc,
24:11il faut se méfier
24:12des jugements hâtifs.
24:13Une deuxième photo,
24:15il s'agit de Laaf Chani
24:16qui est chef d'orchestre israélien.
24:18Il se trouve que le festival
24:19de Flandre en Belgique
24:20a annulé son concert
24:21en septembre 2025
24:22au motif qu'il n'aurait pas
24:23suffisamment condamné publiquement
24:25la politique de son gouvernement
24:26à Gaza.
24:27Est-ce que vous avez entendu
24:28parler de ce boycott
24:29et qu'est-ce que vous en avez pensé ?
24:30Moi, je trouve ça invraisemblable
24:31qu'on mélange,
24:32je veux dire,
24:33je suis désolé,
24:33on n'a pas,
24:34c'est comme quand il y a eu
24:35cette histoire épouvantable
24:37entre la guerre
24:37entre la Russie et l'Ukraine
24:39et quand tout d'un coup,
24:39il ne fallait plus jouer
24:40de Prokofiev
24:41ni de Tchaïkovski
24:42et qu'il fallait essayer de,
24:44ça c'est vraiment,
24:45je trouve ça,
24:45on mélange tout,
24:46c'est invraisemblable.
24:47Vous êtes pour l'inclusion en fait,
24:49ça va à l'inverse
24:49de vos valeurs.
24:50Ah, mais ça complètement,
24:51vraiment.
24:52Une dernière photo,
24:54et là il s'agit,
24:55alors là aussi on est
24:55dans le mélange des genres,
24:56vous allez me dire
24:57ce que vous en pensez,
24:58là je m'adresse
24:58aux percussionnistes
24:59que vous êtes
25:00et anciens commandants
25:01des musiques
25:01de l'armée de terre aussi,
25:02il s'agit d'Aïana Kamoura
25:04qui avait joué
25:05avec la garde républicaine
25:06lors de la cérémonie
25:07d'ouverture
25:08des Jeux Olympiques
25:09de Paris 2024.
25:11Certains ont été choqués
25:12par le mélange des genres
25:13entre cette chanteuse
25:14d'Afrobeat
25:15avec la garde républicaine.
25:17Est-ce que vous,
25:18vous avez été heurté,
25:19choqué ?
25:19Bon, pas du tout.
25:20Alors j'ai trouvé
25:20cette cérémonie formidable,
25:22j'ai trouvé que c'était
25:23extrêmement vivant.
25:24Bon, il y a eu deux ou trois
25:25peut-être des maladresses,
25:26mais bon,
25:27c'est pas très grave.
25:28C'est tellement,
25:29c'était planétaire,
25:30ça a eu un retentissement mondial
25:32et mon Dieu,
25:34écoutez,
25:35je crois que de la richesse
25:36vient et de la diversité
25:38viennent les qualités
25:40quelquefois.
25:41Puis le goût,
25:41le goût,
25:42mon Dieu,
25:43c'est une chose
25:43qui se partage.
25:46Ou pas.
25:46Ou pas,
25:47mais on n'a pas tous
25:48le même goût,
25:49c'est tout.
25:49On n'a pas tous
25:50la même sensualité,
25:51on n'a pas tous
25:52la même communication,
25:55c'est la richesse
25:56de la nature humaine.
25:58J'ai une dernière question
25:59qui est en lien
25:59avec le décor
26:01qui nous entoure
26:02sur ce plateau,
26:02Jean-Claude Casas-dessus.
26:04Nous sommes entourés
26:04de quatre statues
26:05qui représentent
26:06chacune une vertu.
26:08Il y a la sagesse,
26:09il y a la prudence,
26:11il y a la justice
26:12et il y a l'éloquence.
26:14Est-ce qu'il y a
26:14une de ces vertus
26:15dont vous avez envie
26:16de parler aujourd'hui
26:17avec nous ?
26:18Une de ces vertus
26:19qui vous parle ?
26:19La justice.
26:20La justice.
26:21Je suis,
26:22un bon sagittaire
26:23qui se respecte,
26:24formidablement attentif
26:26à ce qui me paraît
26:28juste ou injuste.
26:29Merci infiniment,
26:30en tout cas,
26:30Jean-Claude Casas-dessus,
26:31d'avoir été avec nous
26:31dans ce bel entretien.
26:33Je n'ai même pas eu le temps
26:33de vous dire tout l'amour
26:34que j'ai pour mes enfants.
26:35Eh bien,
26:36c'était bien alors.
26:37Merci en tout cas
26:39d'avoir été avec nous
26:40dans ce rendez-vous.
26:40Merci à vous
26:41de l'avoir suivi
26:41comme chaque semaine.
26:42Émission à retrouver
26:43en replay
26:43sur notre plateforme
26:44publicsénat.fr
26:46ainsi qu'en podcast.
26:47À très vite.
26:47Merci.
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