00:00Ce mercredi aurait dû être un jour de fête pour Xi'in avec l'ouverture de son premier vrai magasin au monde, en l'occurrence au BHV à Paris.
00:07Mais dans le même temps, le géant chinois du commerce en ligne est sous le feu des critiques en France.
00:11Comment des poupées pédopornographiques ont-elles pu se retrouver en vente sur son site ?
00:15Les patrons de l'entreprise vont devoir s'expliquer devant les députés dans deux semaines.
00:19Et c'est notre invité qui a envoyé la convocation. Bonjour Antoine Vermorel-Marques.
00:23Bonjour.
00:23Vous êtes député LR de la Loire.
00:25Vous êtes également le rapporteur de la mission parlementaire d'information sur les contrôles des produits importés en France.
00:31Alors cette mission, elle a commencé en juillet, donc bien avant cette nouvelle polémique.
00:36Et vous n'y allez pas de main morte, vous dénoncez carrément un scandale d'État à propos de Chine.
00:41En quoi c'est un scandale d'État ?
00:42C'est un scandale d'État parce que n'importe quel commerce, chez moi par exemple à Rouen ou à Paris,
00:46qui vendrait des poupées pédopornographiques, se verrait fermé dans la minute par le préfet, par un arrêté préfectoral.
00:52Et là, parce que c'est une plateforme en ligne, parce qu'elle se cache derrière ce qu'on appelle la notion de marketplace,
00:58en disant je ne suis pas responsable de ce que je vends, mais je fais des bénéfices quand même sur ce que je vends,
01:02eh bien on ne ferme pas la plateforme.
01:03Et donc c'est la raison pour laquelle nous on demande au gouvernement de prendre des mesures fortes,
01:07allant jusqu'à la suspension de la plateforme, comme on a pu le faire pour d'autres plateformes,
01:11comme Wish par exemple, il y a trois ans.
01:12Donc il y a clairement un manque de volonté politique selon vous ?
01:15Il y a un manque de volonté politique.
01:16Parce qu'on pourrait le faire, il y a les outils.
01:17Il y a les outils qui permettent de suspendre au moins temporairement, au moins temporairement en disant
01:22on a constaté sur cette plateforme la vente de poupées pour des pédos criminels quand même,
01:26avec des pédos criminels qui venaient sur la plateforme mettre des notes aux objets 3, 4, 5 étoiles
01:31en fonction de leurs désirs qui sont quand même complètement abjects.
01:36Et on devrait pouvoir, au-delà d'avoir vu qu'ils avaient retiré les articles,
01:40vérifier que les process internes de la plateforme permettent que ça ne se reproduise pas.
01:44Et pas simplement leur dire, surtout ne récidivez pas, sinon on sera fort avec vous.
01:49Et alors comment vous expliquez ce manque de volonté politique alors ?
01:51Moi je pense que l'arsenal législatif n'est pas suffisant,
01:54et c'est ce qu'on va montrer dans notre mission d'information et dans le rapport que j'en mettrai en décembre,
01:58qu'il faut que les responsabilités des plateformes soient renforcées.
02:01Et je pense aussi que l'on doit avoir une capacité pour l'État de suspendre temporairement les plateformes
02:08quand elles ne respectent pas nos normes.
02:09On ne peut pas venir en France, demander le marché français,
02:12mais ne pas respecter les règles françaises, ce n'est pas possible.
02:15Et donc c'est que quand on va en Chine, quand la France exporte en Chine,
02:18les Chinois vérifient que nos produits sont conformes à leurs règles.
02:20Et bien on doit pouvoir faire la même chose en France et en Europe.
02:22Donc ça veut dire que vous allez aussi demander des explications au gouvernement ou aux administrations concernées.
02:26Là vous avez convoqué les patrons de Chine, vous allez faire la même chose avec des ministres ?
02:30Oui, avec le président Romain Eskenazi de la mission,
02:32on a décidé d'auditionner soit Roland Escur, soit le nouveau ministre Papin,
02:36à la fin de nos auditions pour comprendre pourquoi le gouvernement,
02:39même si, je rappelle quand même pour la question des poupées pédopornographiques,
02:43que c'est la DGCCRF qui a bien fait son travail et qui a fait un signalement au procureur de la République,
02:47ce qui montre que nos services d'État peuvent porter les projets et surtout les oppositions à ces plateformes
02:53quand il y a une volonté politique, mais ça doit être renforcé.
02:55Alors il y a parfois des contradictions qu'on a du mal à comprendre.
02:57La Poste, une entreprise publique, vient de signer un partenariat avec une autre plateforme chinoise,
03:01dans l'occurrence Saint-Émou, pour distribuer les colis.
03:04C'est quoi exactement la logique ?
03:05Parce que d'un côté, il y a une loi qui a été votée à la quasi-unanimité au Sénat et à l'Assemblée,
03:09la loi contre l'ultra-fast fashion,
03:11et de l'autre, il y a une entreprise publique qui signe un accord avec ceux qui vendent cette fast fashion.
03:15On a du mal à suivre la logique.
03:17Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans les années 80,
03:19on a vécu la désindustrialisation du pays.
03:21Et aujourd'hui, tout le monde en parle comme si c'était une catastrophe.
03:23Et c'est une catastrophe.
03:25Et aujourd'hui, on est en train de vivre la décommercialisation du pays,
03:27avec la fermeture de nos boutiques en centre-ville,
03:30la fermeture aussi de grands magasins.
03:32Tout ça parce qu'on importe non plus maintenant des conteneurs,
03:35mais des petits colis.
03:36Et donc, le colis que vous achetez sur Internet,
03:38avant, il était mis en paquet chez vous,
03:40maintenant, il part directement de Chine et il arrive directement chez nous.
03:43Et on vit cette décommercialisation.
03:45Donc, pour vous, il ne devrait pas y avoir d'accord, comme vient de le faire la Poste ?
03:48La Poste, en tout cas, ce que l'on demande,
03:51notamment dans la note que je remets aujourd'hui au plan,
03:54c'est que la Chine ne bénéficie plus de tarifs postaux privilégiés.
03:59Parce qu'aujourd'hui, ce qu'on ne sait pas,
04:00c'est que la Chine est toujours considérée comme un pays en voie de développement.
04:02Donc, en clair, le timbre pour envoyer de la Chine vers la France
04:05est moins cher que le timbre de la France vers la Chine.
04:07Donc, on subventionne avec nos impôts
04:10la capacité d'importer des petits colis chinois ou asiatiques.
04:13Et ça, c'est complètement inadmissible.
04:15Il faut qu'on arrive à mettre fin aussi à ça,
04:17de façon à ce qu'on puisse non seulement plus être naïf,
04:19mais en plus ne plus subventionner les importations
04:21quand on a une balance commerciale aussi négative que celle de notre pays.
04:24Mais est-ce que Chine, là, ce n'est pas le bouc émissaire en ce moment
04:26parce que les déboires du petit commerce
04:27et notamment du prêt-à-porter français,
04:29ils ne datent pas de Chine,
04:29ils ont commencé bien avant son arrivée.
04:32Il y a déjà des années.
04:33Ce n'est pas une question de bouc émissaire
04:34parce qu'ils ont quand même été condamnés par la CNIL
04:36pour mauvaise gestion des données personnelles de leurs clients,
04:40condamnés par la DGCCRF pour pratiques frauduleuses,
04:44montrées du doigt par l'OCDE.
04:45Donc, si vous voulez, il y a quand même un nombre de...
04:47Et là, maintenant, les poupées pédopornographiques.
04:49Donc, il y a quand même un nombre de condamnations
04:50qui font que cette plateforme ne respecte pas dans l'ensemble
04:53les normes que l'on impose
04:55à nos propres entreprises françaises et européennes.
04:57Et c'est pour cela que vous convoquez donc les dirigeants de Chine.
04:59Ce sera normalement le 18 novembre, je dis bien normalement,
05:02parce qu'est-ce qu'ils vous ont déjà répondu ?
05:03Ils vont venir ou pas ?
05:03Ils ne nous ont pas encore répondu.
05:04Ils peuvent refuser.
05:05On attend leur réponse.
05:07Ce serait quand même très étonnant de leur part
05:08de vouloir s'implanter en France
05:09mais de ne pas être capable de répondre aux parlementaires français
05:11qui les interrogent.
05:12Et que voulez-vous savoir ?
05:13Qu'est-ce que vous allez leur demander ?
05:14Moi, je vais leur demander trois choses.
05:16La première, c'est combien de bénéfices
05:17ils se sont faits avec ces poupées pédopornographiques ?
05:20Parce qu'aujourd'hui, ils disent on les a retirés.
05:21Mais enfin, ils les ont quand même vendus.
05:22Et ils se sont faits du bénéfice sur le dos de nos enfants.
05:24La deuxième, c'est est-ce qu'ils sont capables
05:26de sortir la liste exhaustive
05:27de tous les clients qui ont acheté ces poupées
05:29et les transmettre sans délai à la justice,
05:31sans attendre que la justice les demande ?
05:33Et la troisième, c'est quels sont les processus
05:35qu'ils ont mis en place
05:36pour que ça ne se reproduise plus ?
05:37Parce qu'aujourd'hui, ils ont une catégorie
05:39sur leur plateforme
05:39ce qu'ils appellent le bien-être sexuel.
05:42Le bien-être sexuel, entre guillemets,
05:44qu'ils ont juste suspendu.
05:46Mais est-ce que dans une semaine,
05:48deux semaines, trois semaines,
05:49ils rouvrent la capacité ?
05:50Parce qu'en fait, ce qui les intéresse,
05:52et on le voit, y compris avec le BHV,
05:55et on le voyait hier avec Christophe Castaner,
05:57c'est de se faire de l'argent,
05:58peu importe ce qu'ils vendent.
05:59Merci beaucoup Antoine Vermorel-Marquez,
06:01député LR de la Loire,
06:02et donc deux dates à retenir,
06:03un 18 novembre pour cette convocation
06:05des dirigeants de Chine
06:06devant votre mission parlementaire
06:08d'information sur les contrôles
06:10des produits importés en France,
06:11émission qui rendra son rapport
06:12le 9 décembre.
06:13C'est bien ça ?
06:14C'est ça.
06:14Je vous souhaite une bonne journée.
06:15Merci à vous.
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