- il y a 2 mois
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00:00Ici Gare Lozère, le réveil 100% local, ici Matin.
00:06Ardella, casse-toi, voilà le message que deux femmes ont déployé sur une banderole dimanche en marge de la venue du président du RN à Nîmes.
00:12La scène a été très commentée sur les réseaux sociaux, on a donc choisi d'en parler ce matin en direct, Quentin, avec votre invité.
00:17Oui, bonjour Maître Mera.
00:19Oui, bonjour.
00:19Abdel Ghani Mera, avocat de l'une de ces deux femmes qu'on a entendues tout à l'heure à 7h30 et qui ont passé la nuit de dimanche à lundi au Poste.
00:26Je voudrais qu'on s'intéresse donc non pas à la dimension politique mais à la dimension juridique de cette affaire pour faire de la pédagogie pour les auditeurs.
00:34Ce qui a pu surprendre, c'est qu'elle soit placée en garde à vue pour une banderole. Comment vous l'expliquez-vous ?
00:39Alors en réalité, elles n'ont pas été placées en garde à vue pour une banderole.
00:44C'est comme ça que les internautes ont pu percevoir.
00:46La qualification juridique, pour être plus juridique, qui a été retenue, était l'organisation d'une manifestation non déclarée.
00:53Et en fait, cette qualification a été bien choisie, puisqu'elle permettait la garde à vue, puisqu'elle permet de faire encourir à la personne 6 mois d'emprisonnement.
01:05Et c'est la condition sine qua non pour un placement en garde à vue.
01:07En France, on ne peut pas être placé en garde à vue pour quelque chose qui n'est pas puni d'emprisonnement.
01:12Par exemple, pour une contravention, ce n'est pas possible.
01:15Donc c'est le choix que je conteste, bien évidemment.
01:20Je vous expliquerai après pourquoi, si vous vous posez la question.
01:23En fait, on considère qu'elles ont organisé une manifestation qui n'a pas été déclarée en préfecture en mairie, comme la loi le prévoit trois jours avant.
01:30Alors il y avait une manifestation, mais elles n'étaient pas dans cette manifestation.
01:33Elles ne participent pas exactement.
01:35Parce qu'elles se sont, elles, introduites dans les arènes.
01:37Enfin introduites, c'est-à-dire qu'elles ont payé leur entrée et elles ont déployé cette banderole au premier étage, sous l'une des arches des arènes.
01:43Et c'est exactement ça.
01:44Est-ce que ça s'est interdit de s'introduire comme ça dans un lieu public pour y déployer une banderole ?
01:48Alors, l'introduction à partir du moment où ça quitte du ticket d'entrée, il n'y a pas de difficulté.
01:54L'affiche du message politique, en réalité, on irait plutôt sur le terrain de l'injure.
02:01Parce que quand on lit sur la banderole, d'ailleurs, si vous regardez, en tout cas j'ai vu les images,
02:07elles n'ont même pas eu le temps de déployer intégralement cette banderole qu'elles ont très rapidement interpellée.
02:14En réalité, c'est plutôt le message qui poserait difficulté,
02:17puisque je ne pense pas qu'en affichant par exemple le drapeau français à l'étage aux arènes, ça aurait posé difficulté.
02:24En réalité, ce qui pose difficulté dans le dossier, c'était le message qui était inscrit sur la banderole,
02:28à savoir Bardella, casse-toi avec ses flèches.
02:30C'est ça qui a posé difficulté et qui pourrait constituer une injure si le plaignant ou celui qui se sent visé par l'injure décide de porter plainte.
02:40Est-ce que le contexte aussi, la venue de Jordan Bardella, qui est l'un des favoris maintenant pour la prochaine présidentielle,
02:45fait que les magistrats et la police ont décidé d'être plutôt faire, notamment dans cette consigne,
02:50de placer des manifestants, on garde à vue en l'occurrence, ces deux femmes ?
02:54Même si la qualification pour moi, elle n'était pas justifiée juridiquement,
03:00en réalité à mon avis, il y avait un but pour celui qui était de mettre rapidement un terme à ce trouble.
03:05Les placer en garde à vue, c'était avoir la certitude qu'elles n'allaient pas revenir, à mon sens.
03:10J'essaye d'analyser un peu la situation.
03:13Donc si je vous suis, c'est aussi pour leur sécurité, la sécurité de ceux qui venaient pour Jordan Bardella ?
03:17Oui, c'est possible. Jordan Bardella, aujourd'hui, ce n'est pas n'importe qui.
03:20C'est quelqu'un qui est le président du Premier Parti de France, selon les sondages,
03:25et qui est très largement en tête, en tout cas, des volontés de vote qui seraient exprimées, en tout cas pour 2027.
03:32Plus de 1000 personnes rassemblées, ce n'est pas un petit événement.
03:35Alors même s'il vit en tant qu'écrivain, il précise bien, il a bien précisé qu'il ne souhaitait pas de questions politiques,
03:41ni sur les municipales, il est venu en tant qu'écrivain, mais il a tout de même rassemblé 1000 personnes,
03:46et forcément, ce n'est pas n'importe qui. Donc peut-être que le dispositif de sécurité, ce qui est normal,
03:53a été différent pour la personnalité qu'il incarne.
03:56Oui, alors on parle de la garde à vue, la décision de placer deux personnes en garde à vue,
04:00et puis il y a aussi la durée de la garde à vue. Elle a duré 21 heures.
04:03Est-ce que 21 heures, c'est beaucoup dans une affaire comme celle-ci, ou est-ce que c'est plutôt classique ?
04:07Moi, à mon sens, la garde à vue n'était pas justifiée, pas parce que je suis l'avocat d'une des deux personnes
04:14qui a été mise en cause, mais tout simplement parce qu'il n'y a rien aujourd'hui qui a démontré
04:18qu'elles ont organisé une manifestation. Et puis le texte parle de l'organisation d'une manifestation
04:22sur la voie publique. La voie publique, c'est les voies de circulation, la chaussée.
04:27Aujourd'hui, on est dans une arène, on est dans un monument.
04:30Pour moi, ça n'incarne pas, en tout cas la voie publique, c'est peut-être l'espace public,
04:34mais ce n'est pas la voie publique. Et surtout, la difficulté, c'est qu'aujourd'hui,
04:39quand on regarde les faits qui leur pourraient être reprochés, c'est plutôt de l'injure.
04:43Et qu'elles avaient aussi le visage dissimulé.
04:45Le visage dissimulé en France, c'est interdit. Sauf, bien évidemment,
04:51lorsqu'on porte un casque de moto et autres circonstances particulières,
04:54mais aujourd'hui, on est sur une amende à 35 euros. Alors quand on fait le lien avec la manifestation,
04:59c'est différent. C'est pour éviter le phénomène, vous savez, des casseurs
05:03qui viennent s'agréger à une manifestation pour dégrader...
05:06Les Black Blocs, exactement. Mais sinon, si on n'est pas dans le cadre d'une manifestation
05:10qu'on a organisée, pour moi, c'est une amende de 35 euros.
05:14Et puis, elles ont expliqué, en tout cas, l'une d'elles a expliqué qu'il y avait 1000 personnes.
05:19Donc, elles savaient très bien qu'elles allaient être filmées,
05:20que leur visage aurait été relayé, diffusé sur les réseaux sociaux,
05:24chose qu'elles ne voulaient pas. Et c'est plus aussi pour, en tout cas,
05:27se préserver, qu'elles ont décidé de porter ces cagoules.
05:31J'ai une dernière question, Maître Mera.
05:34On a eu deux versions. On a eu la version de votre cliente qui disait
05:37que l'affaire était classée sans suite. Et puis, la procureure de Nîmes
05:39qui a dit que l'affaire était entre les mains, désormais, du parquet
05:42qui allait décider des suites de la procédure. On en est où, donc, très concrètement ?
05:45Bon, point juridique simple pour nos auditeurs,
05:49le classement sans suite ne met pas un terme définitif aux poursuites.
05:52Voilà. Donc, ce n'est pas parce qu'on sort libre de garde à vue
05:55qu'on va échapper à toute poursuite devant une juridiction.
05:59Moi, aujourd'hui, je vous dis honnêtement, je n'ai aucune information
06:02quant à l'éventuelle poursuite que pourrait, en tout cas, décider le parquet de Nîmes.
06:07Si, à ma cliente, on lui a dit qu'en sortant que l'affaire était classée,
06:10c'était peut-être une information vraie, mais en tout cas,
06:14ce n'est pas une information définitive.
06:15Donc, aujourd'hui, qu'elles soient libres et qu'elles pu reprendre le boulot,
06:20en tout cas, ce n'est pas quelque chose qui leur permettrait d'éviter,
06:23avec certitude, à 100%, une poursuite devant une juridiction pénale nîmoise.
06:27Bon, on ne peut pas préjuger de l'avenir, mais au vu de ce qui s'est passé,
06:31il n'y a pas eu de...
06:31Non, c'était pacifique. Elles ont pris leur distance.
06:35C'était plus un message adressé à Jordan Bardella
06:37qu'elles invitaient, en réalité, à faire la promotion de son ouvrage
06:41ailleurs qu'à Nîmes ou dans le Gard.
06:42Mais il n'y avait pas de volonté, en tout cas, de violence ni d'autre chose de ce genre.
06:46En tout cas, maintenant, c'est le parquet qui est en charge de la procédure.
06:49Je vous remercie beaucoup, Maître Abdelgami Merad,
06:51d'avoir fait de la pédagogie ce matin.
06:53C'est très appréciable pour nos auditeurs.
06:55Merci à vous. Je rappelle que vous êtes l'avocat
06:57de l'une des deux manifestantes interpellées
06:59en marge de l'avenue de Jordan Bardella.
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