00:00La grande matinale sur France Inter
00:04Il est là, Patrick Cohen, l'édito politique.
00:08Ce matin, Patrick, vous vous interrogez sur l'étrange débat budgétaire.
00:13Étrange, bizarre, baroque, fantasque.
00:15Ces huit jours de débats sur la partie recette du budget de l'État n'ont ressemblé à rien de connu,
00:19ni sur le plan fiscal, avec l'inventivité sans borne qui a permis de créer un impôt sur la fortune improductive,
00:25ni sur le plan politique, avec le vote de cet impôt par une majorité extravagante alliant socialiste, bayrouiste et le péniste,
00:33ni sur le plan de la procédure parlementaire, puisque personne ne sait si ces dizaines d'heures de débats auront servi à quelque chose,
00:40car pour l'instant, tout est virtuel.
00:42Le plus probable aujourd'hui étant que la plupart des dispositions votées par l'Assemblée ne figureront pas dans la loi.
00:47Parce qu'il n'y a pas de majorité pour les voter.
00:49Ou faute de temps pour aller au bout de la discussion.
00:51L'expérimentation du parlementarisme budgétaire absolument inédite sous cette République,
00:57et dont on a chanté ici les vertus, comporte deux inconvénients de taille.
01:01Elle est aussi illisible qu'irritante.
01:04Illisible pour la plupart des citoyens désireux de savoir comment ils seront gouvernés,
01:08quel est le cap et quel est le chemin, ce que plus personne n'est capable de prédire.
01:11La France avance dans le brouillard, irritant pour tous les partis,
01:15puisque ce budget ne plaît à personne.
01:18C'est même le seul constat qui met tout le monde d'accord.
01:19Mais c'est la logique du compromis, non ?
01:21Oui, oui, c'est le principe.
01:22Le compromis est par nature politiquement douloureux parce qu'il oblige à des renoncements
01:27et qu'il ouvre des procès en trahison.
01:29Le plus violent est celui que les insoumis intentent aux socialistes,
01:32accusés d'avoir opéré un changement d'alliance au profit des macronistes.
01:37Jean-Luc Mélenchon dans une interview à Mediapart rejetant Olivier Faure dans le camp des libéraux
01:41et rappelant la ligne d'intransigeance de son mouvement.
01:44Nous ne sommes pas à l'Assemblée pour nous entendre.
01:47C'est ainsi qu'en commission des affaires sociales, les députés LFI qui défendent
01:51l'abrogation immédiate de la réforme des retraites ont voté contre sa suspension
01:55en même temps que les LR et Horizon qui militent pour son maintien.
02:00Encore une coalition extravagante.
02:01Et dans cette confusion politique, vous nous dites que ce sont les socialistes qui ont fait le plus de chemin.
02:07Et Jean-Luc Mélenchon a raison sur ce point.
02:09A l'automne dernier encore, au moment où Michel Barnier était nommé,
02:11toute la gauche, PS compris, avait la prétention de pouvoir gouverner seule
02:16et promettait la censure automatique à tout gouvernement qui ne serait pas dirigé par le nouveau Front Populaire.
02:21Un an après, ayant quitté la posture du tout-orien, le PS et ses 69 députés,
02:2612% seulement des élus de l'Assemblée, peuvent revendiquer la suspension de la retraite à 64 ans,
02:32l'abandon de l'année blanche avec gel des pensions et des minima sociaux,
02:35le retour d'un impôt sur la fortune, des marqueurs de gauche et des gains politiques
02:40qui, à eux seuls, même sans taxe Zuckman, pourraient justifier une abstention et un engagement de non-censure,
02:46mais qui seront toujours jugés insuffisants par la gauche anti-compromis,
02:50puisqu'on vous dit que quoi qu'il arrive, ce budget ne plaira à personne.
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