- il y a 3 mois
En France, victimes et auteurs d'infractions, de délits ou de crimes peuvent se rencontrer et dialoguer lors de dispositifs sécurisés et encadrés. Inscrite au Code pénal depuis 2014, cette "justice restaurative" est pensée comme un complément à la justice pénale et offre un espace sécurisé d'échanges. L'objectif est de permettre aux victimes de se reconstruire, et aux auteurs de prendre pleinement la responsabilité de leurs actes, afin de limiter le risque de récidive. Ce film suit l'un de ces dispositifs durant une année. Amélie, conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation, et Séverine, juriste dans une association de victimes, préparent Marthe, Aurélien, Sylvain et JF, incarcérés pour assassinat ou tentative d'assassinat sur conjoint. Elles suivent aussi Emeline, Evelyne et Marie, victimes de crimes similaires.
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00:00:00...
00:00:00Oui, bonjour, Amélie Boussot et Séverine Collado.
00:00:19Nous sommes animatrices en justice restaurative
00:00:22et nous allons mettre en place des rencontres détenues victimes.
00:00:26On voulait savoir si vous étiez intéressé pour participer à ces rencontres.
00:00:39Depuis 2014, les personnes victimes et les personnes auteurs
00:00:43ont le droit d'être informées de l'existence de mesures de justice restaurative.
00:00:49Est-ce que vous en avez été informé au cours de la procédure ?
00:00:52Non.
00:00:53D'accord. Donc vous n'en avez pas été informé par les policiers
00:00:57ou la gendarmerie, l'association d'aide aux victimes ?
00:01:00C'est possible.
00:01:05Nous vous appelons pour savoir si vous êtes intéressé par ce type de mesures.
00:01:10Oui, par rapport à l'agression géographique.
00:01:14Exactement, tout à fait.
00:01:15D'accord.
00:01:17Oui.
00:01:18La justice restaurative, aujourd'hui encore, elle fait peur.
00:01:41Quand on a commencé, quand on disait qu'on allait mettre en relation,
00:01:46en contact des personnes auteurs et des personnes victimes,
00:01:50on était pris pour des fous, en fait, en disant « ça ne va pas, c'est dangereux ».
00:01:53Merci d'être venu aujourd'hui.
00:02:22Vous aviez fait une demande à bénéficier d'une mesure de justice restaurative.
00:02:27C'est ça ?
00:02:27Oui, d'accord.
00:02:29Je te laisse te présenter.
00:02:30Alors, donc, Séverine Collado.
00:02:31Donc là, je suis juriste au sein de l'association des deux victimes,
00:02:34mais je suis ici en tant que personne formée spécialement à la justice restaurative.
00:02:39Ok.
00:02:40Et donc, je suis Amélie Bousso.
00:02:42Moi, je travaille au SPIP, au service pénitentiaire d'insertion et de probation.
00:02:46Mais je suis effectivement là aujourd'hui en tant qu'animatrice spécialement formée en justice restaurative.
00:02:50Entendu.
00:02:52Donc, pour expliquer le dispositif, en fait, donc là, on se voit en entretien préparatoire.
00:02:56C'est notre premier entretien préparatoire.
00:02:58Pour chaque participant, nous avons à minima trois entretiens préparatoires.
00:03:04D'accord ?
00:03:05Ça, c'est le protocole qui le prévoit.
00:03:07Ensuite, on commence les rencontres.
00:03:09Ok.
00:03:10C'est ok ?
00:03:10Oui, il n'y a pas de souci.
00:03:12Ça marche.
00:03:12Alors, qui êtes-vous ?
00:03:15Qui je suis ?
00:03:18Déjà, je m'appelle donc Aurélien.
00:03:20J'ai maintenant bientôt 38 ans, là, dans deux semaines.
00:03:24Ça va faire sept ans que je suis emprisonné.
00:03:28Là, je suis là maintenant pour couéber sur et entraîner la mort sans avoir l'intention de la donner.
00:03:33D'accord.
00:03:33Et est-ce que vous, du coup, vous voulez bien en vivre ce qu'il s'est passé ?
00:03:37Oui, ce qu'il s'est passé.
00:03:39Alors, c'était compliqué, déjà, dans ma vie personnelle, la vie du travail.
00:03:45Et à la fin, vous tombez, en fait, en dépression.
00:03:47Vous ne pouvez pas le montrer, en fait, au niveau de vos collègues, parce que c'est assez...
00:03:51Enfin, il faut être fort.
00:03:52Il ne faut aussi pas montrer aucune faiblesse.
00:03:55Et donc, je veux cacher constamment, en tout cas, ma tristesse au quotidien.
00:03:59Donc, voilà, j'ai un soir, je suis revenu avec mon arme de service.
00:04:06Je me suis alcoolisé, donc je rentrais, en fait, chez ma nouvelle compagne,
00:04:10parce que j'étais séparé de la mère de ma fille.
00:04:12Donc, j'ai essayé de refaire ma vie.
00:04:15Et il y a eu une discussion.
00:04:20Et il y a eu un événement qui a fait que j'ai pris l'arme,
00:04:22et puis qu'après, le coup est parti, en fait.
00:04:25D'accord.
00:04:26Oui, du jour au lendemain, en fait, en l'espace de deux secondes,
00:04:29en fait, votre vie bascule, en fait.
00:04:34Comment vous vous projetez, dans ces rencontres-là de justice restaurative ?
00:04:39C'est de comprendre déjà que, au point de vue déjà des victimes,
00:04:45parce que finalement, moi, c'est compliqué,
00:04:47parce que forcément, elle ne peut plus parler.
00:04:52Parce que là, je peux toujours bien dire mon point de vue, entre guillemets.
00:04:55En tout cas, moi, je prends totalement de mes responsabilités,
00:04:58il n'y a aucun souci.
00:05:00C'est aussi un fait de se racheter, aussi, entre guillemets,
00:05:02et puis de comprendre aussi pourquoi on en est arrivés là,
00:05:05et puis voilà, avoir un échange, en fait.
00:05:09D'accord.
00:05:09L'idée, c'est qu'on puisse connaître un petit peu votre histoire,
00:05:30et puis connaître également vos attentes.
00:05:32Donc, la phase d'entretien préparatoire,
00:05:35c'est la phase où, en fait, on va constituer le groupe.
00:05:38Qu'est-ce que vous avez envie de nous dire de vous ?
00:05:41De moi ?
00:05:42Pour qu'on puisse vous accompagner dans cette mesure.
00:05:45Qu'est-ce qui vous semble important qu'on connaisse ?
00:05:48Eh bien...
00:05:50J'ai été mise en détention pour tentative d'assassinat,
00:05:57donc sur mon ex-compagnon.
00:06:01Donc, j'ai fait usage d'une arme à feu, j'ai pris la fuite aussi.
00:06:04Mes motivations, c'était surtout...
00:06:07Je pensais que ma fille était en danger,
00:06:09et qu'il lui avait fait du mal.
00:06:10Donc, du coup, j'ai réagi de façon très excessive,
00:06:14et j'ai voulu le tuer.
00:06:18Après, j'ai fui, parce que du coup,
00:06:19l'adrénaline, les choses se sont pas du tout passées comme prévues,
00:06:25et voilà, donc je me suis retrouvée en détention.
00:06:28D'accord.
00:06:29C'est...
00:06:30Compliqué.
00:06:32C'est souvent, je me pose la question,
00:06:45pourquoi j'en suis arrivé là ?
00:06:48Parce que d'habitude, j'arrivais quand même à me contrôler à partir.
00:06:51On s'engueulait, je partais, tout ça.
00:06:54Mais là, pourquoi ?
00:06:56C'est quoi qui a déclenché ? Je sais pas.
00:06:58C'est...
00:06:59C'est grave, quand même.
00:07:00Là, c'est... Non, honnêtement...
00:07:04Et d'appeler en plus, le problème, c'est d'appeler des secours.
00:07:06J'ai paniqué, puis je suis parti.
00:07:08D'accord.
00:07:09Le problème est là.
00:07:11J'aurais dû rester sur les lieux,
00:07:12et...
00:07:13Il y a plein d'ici, honnêtement.
00:07:14C'est...
00:07:16Moi, de ma part, c'est lâche,
00:07:17et très lâche.
00:07:22On va accueillir toutes les paroles qui vont être dites,
00:07:29sans les juger.
00:07:32Je pense vraiment que cet accueil inconditionnel
00:07:34permet d'avoir un lieu de parole et d'écoute inédit,
00:07:38qu'on ne donne jamais.
00:07:41Il ne va pas y avoir d'injonction, en fait.
00:07:43De « tu dois penser ça, tu dois faire ça ».
00:07:46Juste, en fait, j'écoute.
00:07:48Donc, Séverine, quand elle vous avait contactée,
00:07:55elle vous a expliqué qu'on allait mettre en place
00:07:58des rencontres condamnées victimes
00:08:01sur la typologie d'infraction dont vous avez été victime.
00:08:04C'est OK pour vous ?
00:08:05C'est OK pour moi.
00:08:06Vous aviez déjà entendu parler de la justice restaurative ?
00:08:08Non, non, non.
00:08:10Voilà, je voudrais le découvrir
00:08:13et voir si ça peut m'aider dans nos attentes
00:08:18et dans nos questions,
00:08:22nos incompréhensions, nos doutes.
00:08:27Est-ce que maintenant, vous souhaitez nous expliquer
00:08:29ce qui vous est arrivé
00:08:31pour qu'on puisse vous accompagner au milieu de cette démarche ?
00:08:34Eh bien, voilà, ma fille de 34 ans,
00:08:40qui venait d'avoir juste 34 ans,
00:08:42elle a toujours subi des violences conjugales
00:08:45par son ex-conjoint.
00:08:48Elle était sous l'emprise, de toute façon.
00:08:51Elle a eu un téléphone grave danger.
00:08:54Et donc, j'arrive...
00:08:57J'ai l'impression de revivre le moment
00:09:00et ça fait perdre le fil là.
00:09:04Et on allait pour se mettre à table.
00:09:08Ma place à table était dans le champ de division
00:09:11du portail, la gendarmerie.
00:09:15Et là, on a retrouvé votre fille
00:09:18morte à son thé au domicile.
00:09:27Qu'est-ce que vous attendez précisément
00:09:29de ce dispositif ?
00:09:30Nous, on a entendu que vous aviez besoin de réponses.
00:09:34Des réponses, très certainement,
00:09:36que vous en entendrez,
00:09:38mais pas précisément sur ce que vous avez vécu,
00:09:41puisque vous ne serez pas en face
00:09:43de l'auteur du décès de votre fille.
00:09:46C'est d'autres auteurs, d'autres victimes.
00:09:49Oui.
00:09:50Lui, je ne le crois pas.
00:09:52Je veux l'exemple d'un autre.
00:09:53On s'est séparés, remis,
00:10:08on s'en s'est séparés, remis.
00:10:09Enfin, c'était toujours catastrophique.
00:10:13Et puis, le jour où j'ai décidé
00:10:15que c'était vraiment fini, fini,
00:10:17il n'a pas accepté.
00:10:20C'était les tentatives de meurtre,
00:10:24mais c'était là où il a commencé
00:10:27à vouloir m'éliminer, me tuer.
00:10:29Les menaces.
00:10:30Les menaces, oui.
00:10:32Les insultes, les menaces,
00:10:33les insultes, les menaces.
00:10:34Et puis...
00:10:35Et jusqu'au jour où il est passé
00:10:40à l'acte, quoi.
00:10:43Je n'arrive plus à parler.
00:10:46J'avais ce couteau dans le dos
00:10:48qui restait des heures,
00:10:49mais moi, j'attendais de meurtre,
00:10:53parce que pour moi, j'allais...
00:10:55Je faisais l'hémorragie, quoi.
00:10:56Pour moi, c'était ça, quoi.
00:10:58Je ne sais pas, je ne voyais pas derrière.
00:11:01Mais bon.
00:11:03Donc, j'ai été...
00:11:05paraplégique,
00:11:07dans le premier temps.
00:11:11Donc, forcément,
00:11:12changement de vie totale.
00:11:13C'est ça.
00:25:43Après, libre à vous de le laisser ou pas, ça vous appartiendra.
00:25:48Mais sur le début, on va vous demander en tout cas de l'utiliser.
00:25:52Mesdames ?
00:25:54Alors, je m'appelle Béatrice, je suis bénévole, formée à vous accompagner,
00:26:00vous écouter dans cette démarche de justice restaurative.
00:26:05Nous, on intervient très peu, pratiquement pas,
00:26:07mais on est surtout là pour vous écouter et vous encourager.
00:26:11Merci, merci.
00:26:12Eh bien, moi, je suis Catherine, je suis là, donc, disponible,
00:26:17sans aucun jugement pour accompagner votre chemin par mon écoute.
00:26:26Moi, c'est Marthe, j'ai 26 ans et je suis en prison pour tentative d'assassinat
00:26:31sur mon ex-conjoint.
00:26:34J'ai pris 10 ans de prison et...
00:26:37Quoi dire d'autre ?
00:26:39Est-ce que tu sais ?
00:26:40J'ai une petite fille de maintenant 6 ans qui vit avec son père,
00:26:45donc la victime de la tentative d'assassinat.
00:26:50Et mes attentes sont vraiment de comprendre,
00:26:55enfin, d'essayer de me mettre à sa place
00:26:57et pour réparer aussi ce qui a été cassé.
00:26:59Merci, Marthe.
00:27:03Merci, Marthe.
00:27:08Alors, moi, je suis Marie.
00:27:10Ma fille a été victime de meurtre par son ex-conjoint.
00:27:16Excusez-moi, je perds mes mots.
00:27:21Je suis...
00:27:22C'est tout frais, elle est partie, ça fait un an et...
00:27:25On ne sait pas comment.
00:27:29Lui, il ne devait plus l'approcher, il était en mesure d'éloignement.
00:27:34Il s'est servi donc de l'enfant pour revenir vers elle.
00:27:38Ils ont dû se bagarrer.
00:27:43On a récupéré notre petit qui a 7 ans, qui est détruit.
00:27:47Voilà, pour l'instant, là.
00:27:50Je m'explique mal, je suis très angoissée.
00:27:53C'est bon.
00:27:53Je pense que vous avez compris.
00:27:56Et voilà.
00:27:58Merci, Marie.
00:27:59J'ai 50 ans.
00:28:03J'ai été condamné à 30 ans de reclusion criminelle
00:28:05pour meurtre sur ma femme.
00:28:09Et je fais partie de ce groupe
00:28:11pour avoir des réponses à mon passage à l'acte.
00:28:16Parce que pour moi, c'est encore flou pourquoi j'ai fait ça.
00:28:19Voilà.
00:28:22Je m'appelle Sylvain, je suis 50 ans.
00:28:24J'ai deux filles qui ont maintenant 18 et 14 ans.
00:28:30Ça fait un peu plus de 7 ans et demi que je suis incarcéré.
00:28:35Donc, j'ai été condamné à 18 ans de prison pour meurtre sur conjoint.
00:28:39Donc, j'ai tué ma femme.
00:28:41Moi, mes attentes sont surtout par rapport à mes filles.
00:28:44Parce que, justement, elles sont victimes de mon acte.
00:28:49Et à l'heure actuelle, il y en a une qui souhaite me voir
00:28:52et l'autre qui ne souhaite plus du tout me voir.
00:28:54Merci, Sylvain.
00:28:55Merci, Sylvain.
00:28:59Moi, je m'appelle Aurélien.
00:29:00J'ai 38 ans.
00:29:02J'ai été incarcéré il y a 31 ans.
00:29:05Et j'ai prouvé le besoin, justement,
00:29:07de prendre la justice restaurative
00:29:09pour expliquer toutes les causes
00:29:11jusqu'au passage à l'acte, en fait.
00:29:16Justement, pourquoi on en est arrivé là, en tout cas,
00:29:18enfin, pour ma part.
00:29:19Il faut savoir que j'étais quand même dépressif avant
00:29:22et en burn-out aussi avant.
00:29:25J'ai marqué à expliquer les causes,
00:29:27exprimer mon désarroi face aux victimes.
00:29:29Est-ce que ça correspond ?
00:29:30Oui, puis derrière l'auteur des faits,
00:29:32on est aussi des êtres humains et non pas des monstres,
00:29:34comme on pourrait aussi rapidement le résumer aussi.
00:29:38Merci.
00:29:40En maison d'arrêt, pour réfléchir
00:29:42à notre passage à l'acte,
00:29:45c'est compliqué.
00:29:45Parce qu'on est avec un détenu,
00:29:48on peut être jusqu'à quatre détenus dans la cellule.
00:29:51Donc, on ne peut pas réfléchir
00:29:52pourquoi on a fait ça.
00:29:55Et j'ai gâché quand même,
00:29:56il ne faut pas oublier,
00:29:57j'ai gâché deux familles.
00:29:58Deux familles que j'ai gâchées.
00:30:00Pour moi, c'est très dur.
00:30:01J'ai beaucoup de haine envers moi.
00:30:03Vraiment beaucoup.
00:30:04Et c'est pour ça que je suis là,
00:30:05pour chercher des réponses.
00:30:07Voilà.
00:30:07Est-ce qu'on peut t'aider à formuler
00:30:36une des attentes que tu nous avais posées
00:30:38en entretien préparatoire ?
00:30:40Et là, je vous avoue
00:30:40que je perds mes moyens, là.
00:30:43Tu nous avais exprimé
00:30:45le fait que tu es là
00:30:46pour que ça ne se reproduise pas.
00:30:48Voilà, pour protéger
00:30:49d'autres éventuelles victimes.
00:30:52On est moi-même
00:30:54et ma famille détruits.
00:30:57Perdre un enfant,
00:30:58c'est perdre une partie de soi-même.
00:31:02Ce qui m'a aidée à avancer,
00:31:04c'est mon petit-fils.
00:31:06Parce que j'ai eu, moi aussi,
00:31:08des idées noires.
00:31:10J'ai réagi par rapport à lui.
00:31:13Voilà.
00:31:14C'est normal.
00:31:16C'est précis.
00:31:27Cette nuit-là, j'ai décidé
00:31:29d'aller récupérer mes affaires.
00:31:32Et à partir du moment
00:31:33où il m'a ouvert la baie vitrée,
00:31:34je n'ai aucun souvenir.
00:31:36Aucun.
00:31:38J'avais des hématomes
00:31:39de 15 centimètres sur le torse,
00:31:41des marques de strangulation.
00:31:42Quatre bosses à l'arrière du crâne,
00:31:44une sur le front.
00:31:46Des hématomes plein le corps.
00:31:48Il n'a jamais su reconnaître ses faits.
00:31:51Donc, je ne sais toujours pas
00:31:53à l'heure d'aujourd'hui
00:31:54ce qui m'est réellement arrivé.
00:31:55Ce qu'il faut savoir,
00:31:56c'est que moi, derrière,
00:31:57je n'ai eu aucun suivi.
00:31:59Donc, si je voulais me faire aider,
00:32:01il fallait que je me débrouille.
00:32:03On ne peut pas se reconstruire
00:32:05avec des riens.
00:32:06Parce que les gens,
00:32:07ils ne comprennent pas, en fait.
00:32:08On se retrouve un peu prisonnière
00:32:10avec nos pathologies,
00:32:11avec notre problème.
00:32:12Parce qu'il n'y a personne en face, quoi.
00:32:15C'est le néant, un peu.
00:32:16C'est le vide, quoi.
00:32:17Et après, tu te dis,
00:32:19je ne dis rien, quoi.
00:32:22Moi, tu gardes pour toi.
00:32:23Voilà.
00:32:23Est-ce que tu veux parler aux gens ?
00:32:25Parce qu'ils n'ont pas de réponse.
00:32:27Je ne les incrimine pas.
00:32:28C'est parce que peut-être
00:32:29qu'ils n'y arrivent pas,
00:32:30ils ne comprennent pas.
00:32:31Enfin, je ne sais pas.
00:32:31Il y a multiples raisons à tout ça.
00:32:34Au bout d'un moment,
00:32:34les gens, au lieu de t'aider,
00:32:37ils t'enfoncent.
00:32:40Vous voulez arrêter ?
00:32:41C'est fatigant ?
00:32:42Pas du tout.
00:32:43Non, c'est qu'on a un temps à respecter.
00:32:45On a un temps à respecter.
00:32:46Je reprendrai la semaine prochaine.
00:32:48Pardon, peut-être que...
00:32:50Non, non, non.
00:32:51Est-ce que ça convient pour tout le monde ?
00:32:54Oui.
00:32:55Oui.
00:32:56Si vous voulez vous dire au revoir.
00:32:57À la semaine prochaine.
00:32:59À la semaine prochaine, Marie.
00:33:01À la semaine prochaine.
00:33:02Allez, on peut revoir.
00:33:06Moi, j'ai quand même le sentiment
00:33:07que pour la justice restaurative,
00:33:10c'est un combat.
00:33:11Parce que ce n'est pas
00:33:12le mode de règlement
00:33:14des conflits habituels.
00:33:15parce que ça prend
00:33:16beaucoup de temps,
00:33:17beaucoup d'énergie.
00:33:31Je ne sais pas
00:33:32dans quelle société
00:33:33on rentre demain
00:33:34ou après-demain.
00:33:36Pouvoir convaincre
00:33:36que le seul fait
00:33:38de faire confiance
00:33:39à l'autre,
00:33:41ça fera partie
00:33:41de la résolution
00:33:42de leurs problèmes.
00:33:44En fait, c'est simple.
00:33:44Le mode opératoire,
00:33:45c'est le dialogue.
00:33:58Bonjour, mesdames.
00:33:58Qu'est-ce que c'est
00:34:01que nous a fait ?
00:34:02Des amoussins au filet.
00:34:03Non, parce que
00:34:03moi, j'ai levé,
00:34:04là, j'ai levé.
00:34:07Qu'est-ce qui veut commencer ?
00:34:08Il y a le petit bâton de parole.
00:34:09Vous vous rappelez ?
00:34:10J'ai apporté une petite photo
00:34:12pour se rendre compte
00:34:14quand on...
00:34:15Des fois,
00:34:16on n'imagine pas.
00:34:17Voilà.
00:34:18Donc, je suis partie
00:34:19chercher les secours.
00:34:20Alors, ça, c'est la photo.
00:34:22Donc, quand on est finale, quoi.
00:34:25Oui, quand même.
00:34:25Donc, là, j'avais le couteau
00:34:27toujours dans le dos
00:34:28qui n'a pas bougé
00:34:29d'un millimètre.
00:34:30Sinon, je crois que là...
00:34:31Tu as eu beaucoup de courage
00:34:32et de force, je pense.
00:34:35Donc, je suis restée la nuit
00:34:36avec le couteau dans le dos,
00:34:38toute seule là-dedans
00:34:39et sans pouvoir bouger, quoi.
00:34:41Le verdict a fait que...
00:34:44Il a eu 12 ans
00:34:45et ils ont enlevé
00:34:47les remises de peine.
00:34:48Donc, ça a fait 8.
00:34:50Je veux bien alléger,
00:34:51mais à un moment donné,
00:34:52ça s'allège peut-être, lui.
00:34:55Mais moi, ça alourdit
00:34:56la victime, à vrai dire.
00:34:58Et du coup, elle m'a dit
00:34:59« Il est dehors. »
00:35:01Ah, c'est pas possible.
00:35:02Ah, c'est pas possible.
00:35:04Je suis restée une semaine couchée
00:35:06tellement ça m'a terrassée.
00:35:08C'est vrai qu'on a du mal, quand même.
00:35:10Bon, vous êtes à votre place,
00:35:11nous, on est à l'autre.
00:35:12Oui, c'est normal.
00:35:12Mais on a du mal à...
00:35:14Enfin, moi, quelque part,
00:35:15j'ai du mal.
00:35:16Voilà, il y a une peine.
00:35:18On respecte la peine.
00:35:19Déjà, avant quoi que ce soit,
00:35:21déjà, on diminue la peine.
00:35:22Enfin, bref, je n'ai pas accepté
00:35:24qu'il soit dehors.
00:35:26Je n'ai pas accepté.
00:35:27Je n'ai pas accepté, déjà,
00:35:29parce que ce n'est pas
00:35:30ce qui avait été dit.
00:35:31Et puis après,
00:35:32je n'étais pas protégé.
00:35:33Parce que maintenant,
00:35:34c'est moi qui prends sa place.
00:35:35C'est moi qui suis en prison, là.
00:35:37Chez moi.
00:35:37Mais je suis en prison,
00:35:38parce que je n'ose plus sortir.
00:35:40Je me barricade de partout.
00:35:41Enfin, ça y est,
00:35:42c'est la psychose.
00:35:43La juge m'a dit, en fait,
00:35:50que j'étais un monstre.
00:35:53Elle n'a pas tard.
00:35:54Sur ça, elle n'a pas tard.
00:35:56Je suis vraiment un monstre.
00:35:57J'ai tué ma femme.
00:35:58Je suis vraiment un monstre.
00:35:59Le procureur demandait 20 ans.
00:36:02Et en fait,
00:36:03j'ai pris 10 ans en plus.
00:36:05C'est les jurés
00:36:06qui m'ont mis 10 ans de plus.
00:36:09Je lui ai dit, honnêtement,
00:36:11moi, 30 ans,
00:36:12de toute façon,
00:36:12je les mérite.
00:36:13C'est pour cela,
00:36:14de toute façon,
00:36:14que je ne fais pas d'aménagement.
00:36:16Je ne fais rien du tout.
00:36:18Moi, je vais,
00:36:18au bout de ma peine,
00:36:19je vais faire ma peine complète.
00:36:22Je ne m'en prends qu'à moi-même.
00:36:24Voilà.
00:36:27C'est vrai que pour faire
00:36:30un peu une comparaison
00:36:31avec ton histoire
00:36:32et puis un peu la mienne,
00:36:34c'est que lui,
00:36:34il était complètement dans le déni.
00:36:37Complètement dans le déni,
00:36:38par contre,
00:36:39que toi,
00:36:39tu assumes pleinement
00:36:41tes actes.
00:36:44Voilà,
00:36:44c'est ça la différence.
00:36:45Et puis ta peine,
00:36:46et puis,
00:36:47à la limite,
00:36:48même si tu pouvais en rajouter,
00:36:49tu en rajouterais peut-être.
00:36:51Pour peut-être
00:36:53te déculpabiliser.
00:36:54Enfin, je ne sais pas.
00:36:54Et après,
00:36:55il y a plein de choses.
00:37:00Alors,
00:37:01ça fait une semaine
00:37:01que je me demande
00:37:02comment je vais pouvoir raconter.
00:37:03Donc,
00:37:04comme je vous ai expliqué,
00:37:04moi,
00:37:05je suis été incarcérée
00:37:05pour tentative d'assassinat
00:37:07sur mon ex-compagnon.
00:37:09Il faut savoir déjà
00:37:10que j'ai eu un peu
00:37:11une enfance.
00:37:12Alors,
00:37:12je ne cherche pas du tout
00:37:13d'excuses.
00:37:14Sachez-le,
00:37:15j'apporte un peu
00:37:16des explications
00:37:17à le pourquoi
00:37:18on en vient
00:37:19à l'extrême.
00:37:21On était séparés
00:37:22depuis six mois
00:37:23et il m'a regardée
00:37:25dans les yeux
00:37:26et il s'est mis à rigoler
00:37:27et il m'a dit
00:37:28mais de toute façon,
00:37:28tu n'as pas compris,
00:37:29je te prendrai ta fille
00:37:30et tu ne la verras plus jamais.
00:37:33Et le fait
00:37:34qu'on joue
00:37:35avec mes sentiments
00:37:36envers ma fille,
00:37:36c'est ça
00:37:37qui m'a fait péter le plomb.
00:37:39Est-ce que
00:37:40ce qu'il t'a fait vivre
00:37:41a été pris
00:37:42en considération ?
00:37:44Alors,
00:37:45oui.
00:37:46Et c'est,
00:37:47on va dire,
00:37:47en quelque sorte,
00:37:48c'est ça qui m'a permis
00:37:49d'être moins en colère
00:37:49aujourd'hui.
00:37:50Mais ils ont bien dit
00:37:51que tout ce qui avait été
00:37:52mis en place,
00:37:53les pressions,
00:37:54le chantage,
00:37:56comment dire,
00:37:58vraiment tout
00:37:59pouvait aussi
00:38:01avoir eu un impact.
00:38:02Ça a joué un rôle.
00:38:03Oui.
00:38:03Donc,
00:38:05tu veux raconter
00:38:06ton histoire ?
00:38:07Pas encore.
00:38:08Pas encore,
00:38:09tu veux ?
00:38:09Parce que
00:38:10pas encore prêt.
00:38:13Est-ce que ça vaut
00:38:14pas si on fait la pause ?
00:38:15Oui.
00:38:16Ah ouais ?
00:38:18Regarde,
00:38:19il est sur la fenêtre.
00:38:21C'est une façon ?
00:38:22Non,
00:38:22c'est une vraie.
00:38:23Je me suis dit
00:38:23que c'est une vraie.
00:38:24C'est vraiment
00:38:25sur la fenêtre.
00:38:26C'est pas bon.
00:38:27C'est pas bon.
00:38:29Eh,
00:38:30ça va Blanchet ?
00:38:31On dirait comme ça,
00:38:32mais ça fait 7 ans et demi
00:38:33que j'ai pas touché à ma normale.
00:38:35Elle est belle.
00:38:38Moi,
00:38:39en fait,
00:38:39je vois jusque là,
00:38:40moi.
00:38:41De ma cellule,
00:38:41je vois jusque...
00:38:43Oh !
00:38:43Ah ouais ?
00:38:43Ouais,
00:38:44le fond,
00:38:44tout le fond.
00:38:46Qu'est-ce que je donne là,
00:38:46moi ?
00:38:47Il a déjà la chance.
00:38:52C'est que côté de la cour,
00:38:55c'est bon.
00:38:56Bon.
00:39:02Alors moi,
00:39:03j'ai une question,
00:39:03par contre,
00:39:04je m'excuse de la poser.
00:39:06C'est à toi,
00:39:06Emelie.
00:39:08En fait,
00:39:09j'ai pas compris
00:39:10ton affaire.
00:39:11Je vais te répondre sincèrement,
00:39:14parce que moi,
00:39:15c'est tellement...
00:39:16Pour moi,
00:39:16c'est flou,
00:39:17il y a des choses
00:39:17qui sont floues dedans.
00:39:18Ouais.
00:39:19Tu te rappelles de plus rien ?
00:39:20Non,
00:39:21à partir du moment...
00:39:22Alors comme je dis,
00:39:22il y a juste un flash
00:39:23que je me rappelle,
00:39:25mais non.
00:39:26Non, non.
00:39:27D'accord.
00:39:27Non.
00:39:29Je voulais revenir
00:39:31à quelque chose d'important,
00:39:32que ce soit pour nous quatre.
00:39:35Quand on a été jugé,
00:39:36en général,
00:39:37en tout cas,
00:39:37pendant le procès,
00:39:39ce qui est assez frustrant,
00:39:41c'est que pendant trois jours,
00:39:42en tout cas pour ma part,
00:39:43c'est que...
00:39:44Moi,
00:39:44je m'en suis pris plein de la gueule,
00:39:45c'est sûr,
00:39:46mais ça résume pas,
00:39:47en fait,
00:39:48ma personne littérielle,
00:39:49en fait.
00:39:50Bah oui,
00:39:50moi aussi,
00:39:51c'était comme ça.
00:39:52Et c'est terrible,
00:39:53ça,
00:39:53en fait.
00:39:53Le procès,
00:39:54ça a duré deux jours,
00:39:55ça a duré 15h et 16h,
00:39:57le lendemain,
00:39:58je ne sais pas,
00:39:58mais c'était interminable,
00:40:00c'est une horreur.
00:40:01Moi,
00:40:01j'ai stressé,
00:40:03je me suis remis à fumer,
00:40:05enfin,
00:40:05j'ai fait des conneries
00:40:06jusqu'au procès,
00:40:07j'étais déstabilisée totale.
00:40:09Et là,
00:40:10on te sort tout un plan
00:40:11de ce que tu es,
00:40:13ce que tu as fait,
00:40:13pas fait,
00:40:14et puis tu as tout le monde
00:40:15qui écoute,
00:40:16et puis qui te juge,
00:40:17oh là là,
00:40:18quelle horreur.
00:40:20Ça,
00:40:21ça a été un traumatisme,
00:40:22c'était plus,
00:40:22je crois,
00:40:23que la pathologie,
00:40:25en fait,
00:40:25tu vois,
00:40:26de ce que j'ai subi.
00:40:28C'était,
00:40:28pour moi,
00:40:29ce qui m'a beaucoup...
00:40:30Oui,
00:40:31c'est dévalorisé,
00:40:32mis en stress,
00:40:34et puis,
00:40:35et à gérer,
00:40:36c'était le procès.
00:40:37C'était une horreur.
00:40:39Au jugement,
00:40:39ça a quand même été presque...
00:40:43Limite,
00:40:43à un moment donné,
00:40:44je me suis demandé,
00:40:44c'était pas mon jugement à moi,
00:40:45mais quand j'entends
00:40:46que limite,
00:40:47c'était moi,
00:40:48la folle hystérique
00:40:49qui a demandé,
00:40:51à qui me frappe
00:40:51pendant des rapports sexuels,
00:40:53je t'assure que,
00:40:54même en tant que victime,
00:40:55à ce moment-là,
00:40:55c'est humiliant.
00:40:58Je ne sais plus
00:40:58si c'est à lui,
00:40:59vraiment,
00:40:59où j'en veux,
00:41:00ou à la justice.
00:41:01Oui,
00:41:01bah oui.
00:41:02Parce que nous,
00:41:02on se sent victime.
00:41:05Bah oui.
00:41:06Non,
00:41:06pas victime,
00:41:07coupable.
00:41:08Oui.
00:41:08Au jour d'aujourd'hui.
00:41:10Et c'est vous qui ne vivez pas.
00:41:11Voilà.
00:41:12Il faut savoir,
00:41:13il y a des avocats,
00:41:14comme ils sont
00:41:15très médiatisés,
00:41:16ils ont...
00:41:18c'est ce qu'on va essayer
00:41:19d'aller sur un avocat
00:41:20sur Paris
00:41:21qui est grande gueule,
00:41:22excusez-moi.
00:41:23Parce que malheureusement,
00:41:24il y a des avocats qui...
00:41:25Mais je n'ai pas les moyens.
00:41:28Non,
00:41:28ben non.
00:41:28On va rester des petites gens
00:41:32avec ce qu'on va nous mettre...
00:41:35Hein ?
00:41:35C'est...
00:41:36Comment ça a été pour vous,
00:41:41déjà, là,
00:41:41globalement ?
00:41:42On a, à mon sens,
00:41:44un point sur lequel
00:41:46il va falloir qu'on soit vigilants,
00:41:47c'est qu'ils se retrouvent tous
00:41:48dans le fait que la justice
00:41:50les a malmenés
00:41:51et qu'ils ne sont pas contents
00:41:52de la justice
00:41:52et qu'ils sont en colère
00:41:53contre la justice.
00:41:54C'est ça.
00:41:55Même ce qu'a dit Marie,
00:41:56elle est avant tout
00:41:57en colère contre la justice
00:41:58et ça les fédère,
00:42:00pour le coup.
00:42:01C'est ça.
00:42:01Et nous,
00:42:02on n'a pas envie...
00:42:03Là,
00:42:04c'est un vrai gros point commun,
00:42:06pour le coup,
00:42:06avec toutes les sessions
00:42:07que j'ai vécues.
00:42:08Ah ben oui.
00:42:09Parce qu'on le sait,
00:42:10en plus.
00:42:10Et d'une certaine manière,
00:42:11parce que je me dis aussi,
00:42:13il y a la nécessité
00:42:16d'une justice pénale
00:42:17pour sanctionner,
00:42:18protéger,
00:42:19etc.
00:42:20Mais néanmoins,
00:42:21il y a aussi
00:42:22un côté réparateur
00:42:23dans la justice restaurative
00:42:25des répercussions négatives
00:42:27du système judiciaire.
00:42:28Eh ben,
00:42:28c'est une part importante
00:42:30des échanges des personnes.
00:42:32Bien sûr.
00:42:32Vraiment.
00:42:33Et je pense que ça changera
00:42:35le jour où
00:42:36on change de stade aussi
00:42:39de la justice restaurative
00:42:40ne vient pas comme
00:42:41la dernière route du carence.
00:42:44Oui,
00:42:45mais je pense
00:42:46qu'on ne l'a jamais eu
00:42:47aussi fort.
00:42:53est-ce que tout le monde
00:43:09est très prête
00:43:10à commencer ?
00:43:11Vous voyez ?
00:43:12Oui.
00:43:14Du coup,
00:43:14j'avais demandé
00:43:16s'il était autorisé
00:43:17que je ramène
00:43:18quelques photos,
00:43:20si ça peut éventuellement
00:43:22t'apporter un peu plus
00:43:23de réponses.
00:43:27Celui-là,
00:43:28et je pense que ça a été
00:43:29le bleu
00:43:30qui m'est resté
00:43:30le plus longtemps,
00:43:33sur tout
00:43:33le bas de la cheville.
00:43:37C'est des cicatrices
00:43:39qu'il y a des griffures ?
00:43:41C'est des coups.
00:43:42En fait,
00:43:43il y a eu plusieurs coups,
00:43:43donc chaque hématome
00:43:45a une couleur
00:43:45différente.
00:43:48Et là,
00:43:48donc,
00:43:49mon torse.
00:43:52Là,
00:43:52on commence à voir
00:43:53un peu les marques
00:43:53des doigts.
00:43:56Là,
00:43:56c'est
00:43:56tout le haut du torse
00:43:58et puis pas la gorge,
00:44:00de toute façon.
00:44:02Donc là,
00:44:03c'est carrément
00:44:03de l'acharmement.
00:44:04C'est...
00:44:05Je pense que oui,
00:44:11pour moi,
00:44:11ça avait peut-être
00:44:12plus de sens
00:44:13de montrer
00:44:14que ça soit peut-être
00:44:15un peu mieux compris.
00:44:17Les photos
00:44:18d'Emeline,
00:44:20je ne les ai pas
00:44:21parce que
00:44:23elle,
00:44:24elle a perdu la vie
00:44:25et
00:44:26on ne l'a pas vue.
00:44:29Ma fille,
00:44:29c'était peut-être
00:44:30la suite.
00:44:31Et ça s'est arrêté
00:44:32au bon moment
00:44:33pour Emeline.
00:44:34Heureusement.
00:44:34Ça tire un peu
00:44:35du miracle quand même
00:44:36que je ne veux pas dire.
00:44:38Ben oui.
00:44:42Je voulais aussi
00:44:43parler de quelque chose
00:44:46qui est important pour moi.
00:44:47Parfois,
00:44:48il y a des victimes
00:44:48qui ne se déclarent pas,
00:44:52qui ne vont pas
00:44:52porter plainte
00:44:53ou qui ne vont pas...
00:44:55qui ont peut-être
00:44:56honte ou autre
00:44:57et qui finissent
00:44:59par être auteurs
00:45:00parce que justement,
00:45:01à un moment donné,
00:45:01ils n'en peuvent plus.
00:45:03Et du coup,
00:45:03je rebondis sur ça.
00:45:05Je me suis vue
00:45:06à ta place.
00:45:07Il y a un moment donné
00:45:08où j'en ai tellement eu marre,
00:45:11aussi bien de la justice,
00:45:12de ce qui passait,
00:45:13etc.,
00:45:13que je me suis vue,
00:45:14à un moment donné,
00:45:16dire au commissariat,
00:45:17moi,
00:45:17il se met devant
00:45:17de ma voiture,
00:45:18je lui roule dessus.
00:45:19Il y a des fois,
00:45:21oui,
00:45:21on est en tant que victime
00:45:22et après,
00:45:22on se retrouve en hauteur
00:45:24parce qu'à un moment donné,
00:45:26ça déraille là-dedans.
00:45:27Parce qu'on n'est pas écoutés,
00:45:28parce qu'à un moment donné,
00:45:30on n'est pas protégés aussi.
00:45:32Il y a un petit garçon
00:45:32de 7 ans
00:45:33qui vit avec nous,
00:45:35qui va,
00:45:36qui a les mieux
00:45:37et qui,
00:45:39cette semaine,
00:45:40va pas très bien
00:45:41parce que c'est ça.
00:45:44Il a déjà
00:45:44la colère
00:45:45et la violence en lui.
00:45:47C'est plus ça
00:45:48qui m'affole.
00:45:52Mais c'est bien aussi
00:45:52qu'il puisse l'exprimer.
00:45:54Oui,
00:45:55mais il l'a en lui.
00:45:56Il a la vengeance en lui.
00:45:58Je ne voudrais pas
00:45:59qu'il ait de vengeance.
00:46:00Il a vu vraiment
00:46:01de ses propres yeux
00:46:02la scène ?
00:46:02Oui.
00:46:03Vraiment ?
00:46:03Oui, oui.
00:46:05Et c'est lui
00:46:05qui a été appelé
00:46:06les secours,
00:46:07qui a été alerté
00:46:09la voisine.
00:46:17Je vais essayer
00:46:17de raconter
00:46:18un peu quand même
00:46:19l'histoire.
00:46:22J'ai eu une enfance
00:46:22assez perturbée
00:46:23parce que moi,
00:46:24j'avais une mère alcoolique.
00:46:25Mon père,
00:46:26qui n'était pas souvent là,
00:46:28les sentiments,
00:46:29l'amour et tout,
00:46:30je n'en avais pas eu
00:46:30beaucoup ni quoi que ce soit.
00:46:32Avec ma femme,
00:46:32j'avais vraiment découvert
00:46:33que c'était
00:46:34qu'être amoureux.
00:46:35On a vécu
00:46:36plus de 18 ans ensemble.
00:46:38Du jour au lendemain,
00:46:39ma femme vient me voir,
00:46:40j'étais sur le canapé
00:46:41du salon,
00:46:42et elle me dit
00:46:42je veux qu'on divorce.
00:46:47Ça a été
00:46:47comme si mon univers
00:46:50s'écroulait,
00:46:51parce que j'avais toujours
00:46:53vécu pour le travail
00:46:54et puis pour ma famille.
00:46:56J'ai eu ce sentiment
00:46:57d'appartenance,
00:46:59moi, justement.
00:47:01J'avais l'impression
00:47:01d'appartenir
00:47:02à ma femme aussi.
00:47:04Et inversement,
00:47:06j'avais l'impression aussi
00:47:06qu'elle m'appartenait aussi.
00:47:08en un mois,
00:47:10j'ai perdu 15 kilos,
00:47:13je n'arrivais plus
00:47:13à travailler,
00:47:15je me suis mis
00:47:15à l'espionner,
00:47:16ma femme.
00:47:17Je suis informaticien,
00:47:19donc j'ai installé
00:47:19des logiciels
00:47:20sur son téléphone
00:47:21pour scruter
00:47:22tous ses messages,
00:47:24pour scruter
00:47:24sa position GPS.
00:47:26J'allais partout
00:47:27où elle allait,
00:47:27quoi.
00:47:28Et je ne me reconnaissais pas.
00:47:30Et ce matin-là,
00:47:32on s'est mis
00:47:32à se battre.
00:47:34Tout m'échappait,
00:47:35tout était
00:47:36complètement flou
00:47:37et tout.
00:47:38Et là,
00:47:38je me suis rendu compte
00:47:39qu'elle ne respirait plus.
00:47:42Donc,
00:47:42j'ai prodigué
00:47:43les premiers secours,
00:47:44j'ai appelé
00:47:44les pompiers
00:47:45et tout ça.
00:47:47Est-ce que,
00:47:48justement,
00:47:48ce n'est pas
00:47:48ce besoin de contrôle
00:47:50qui,
00:47:51de mon ressenti,
00:47:52j'ai l'impression
00:47:52que tu as toujours
00:47:53peut-être eu
00:47:54qui t'a mené
00:47:55à ce jour-là ?
00:47:58Justement,
00:47:58c'est ce qui s'est passé.
00:48:00Et je l'ai compris,
00:48:01c'est que pendant
00:48:01tout ce mois
00:48:02où moi,
00:48:03je n'étais pas
00:48:04dans mon état normal
00:48:04ou quoi que ce soit,
00:48:06j'ai fait vivre
00:48:06un enfer à ma femme.
00:48:08parce qu'elle
00:48:10se sentait épiée,
00:48:12elle se sentait
00:48:13suivie.
00:48:14– Oui,
00:48:14ce mois-là
00:48:15où,
00:48:15comme tu dis,
00:48:16tu l'espionnais et tout,
00:48:17tu avais l'impression
00:48:18de gérer
00:48:19la situation.
00:48:20– Oui.
00:48:20– Ok.
00:48:25– Oui,
00:48:25c'est ce sentiment
00:48:26de ne plus gérer
00:48:26du tout.
00:48:27– Ah oui.
00:48:30Presque les deux
00:48:30premières années
00:48:31de l'incarcération,
00:48:33je n'ai presque
00:48:34aucun souvenir.
00:48:36Moi,
00:48:36j'avais toujours
00:48:36l'impression
00:48:37que ma femme
00:48:38était encore vivante,
00:48:39comme si rien
00:48:40ne s'était passé.
00:48:41Je n'ai toujours
00:48:42pas fait le deuil
00:48:43de ma femme,
00:48:43je porte toujours
00:48:44pour mon alliance.
00:48:47C'est bizarre,
00:48:51mais moi,
00:48:52je me sens
00:48:53toujours marié.
00:48:54Moi,
00:48:54j'ai peur
00:48:55de la sortie
00:48:56parce que
00:48:57c'est là
00:48:57que je vais
00:48:59me rendre compte
00:49:00qu'en fait,
00:49:01il n'y a plus rien.
00:49:02Sur mes deux filles,
00:49:03il y en a une
00:49:03qui veut me voir,
00:49:05mais c'est compliqué.
00:49:06La plus jeune
00:49:07ne veut plus du tout
00:49:09me voir
00:49:09ni quoi que ce soit.
00:49:09moi,
00:49:11j'ai peur
00:49:12de la sortie.
00:49:20Et le fait
00:49:20de ta peur
00:49:21de sortie,
00:49:22c'est-ce que
00:49:22c'est le fait
00:49:22aussi de te retrouver
00:49:23face à la réalité
00:49:24et tout seul ?
00:49:25Tout seul,
00:49:26oui.
00:49:27En fait,
00:49:28c'est...
00:49:28Parce que là,
00:49:29tu es entouré
00:49:30au quotidien.
00:49:31Oui,
00:49:31on est super
00:49:32bien gardé.
00:49:35C'est dans une bulle.
00:49:36Oui, oui.
00:49:36Tu n'as pas
00:49:37de décision à prendre.
00:49:38Voilà.
00:49:38On est maternés
00:49:39en plus à peu près.
00:49:41C'est comme si,
00:49:41en fait,
00:49:42pour ma part,
00:49:43en tout cas,
00:49:44ma vie,
00:49:44elle était mise en pause.
00:49:46En gros,
00:49:46j'ai encore 31 ans
00:49:47dans ma tête.
00:49:49J'en ai 38,
00:49:50mais c'est comme si,
00:49:51d'un coup,
00:49:51c'était une pause
00:49:52dans ma vie
00:49:52et comme si je remettais
00:49:54en lecture.
00:49:55Mais en fait,
00:49:55non,
00:49:55il y a eu du temps
00:49:56qui a passé.
00:49:56Il y a beaucoup
00:49:57de changements
00:49:57laissés à l'extérieur.
00:49:58Il faut s'habituer
00:49:58à tout ça,
00:49:59mais en fait,
00:49:59c'est la peur de tout,
00:50:00de s'adapter à ça.
00:50:02Tu sais,
00:50:02en tant que...
00:50:03Moi,
00:50:03j'ai vu ma fille
00:50:04à la morgue.
00:50:06Je l'ai accompagnée.
00:50:10Mais tu sais,
00:50:11il s'est passé
00:50:11un an et demi
00:50:12et pour moi,
00:50:14elle n'est toujours
00:50:14pas là-bas.
00:50:16Elle n'est toujours
00:50:17pas accompagnée.
00:50:18Je vais sur sa tombe
00:50:20et quand il y a eu un an,
00:50:23j'ai fait une plaque
00:50:24avec mes mots à moi,
00:50:27mon texte à moi,
00:50:28pour m'être sur sa tombe,
00:50:29pour me prouver,
00:50:31prendre conscience
00:50:32qu'elle était là
00:50:33pour que je lise
00:50:34ce message
00:50:35que j'ai moi-même
00:50:36lancé.
00:50:40Et tu sais,
00:50:41elle n'est toujours
00:50:42pas là-bas pour moi.
00:50:43Pour moi,
00:50:44je suis encore
00:50:45dans le déni.
00:50:46Je ne sais pas même.
00:50:47Je ne sais pas.
00:50:57Ça, le gâteau,
00:50:58c'est bon ?
00:50:59C'est encore toi, là ?
00:51:00Oui.
00:51:00Mais tu t'en fais
00:51:02tous les jours ?
00:51:03Oui, j'en fais
00:51:05toutes les semaines.
00:51:05Elle est chaude, non, là ?
00:51:07Oui, moi, elle est chaude,
00:51:08mais je pense que...
00:51:08Je vais encore attendre.
00:51:10Alors ?
00:51:10Il est bien, comme tout cas ?
00:51:11Il est vraiment bien,
00:51:12en plus.
00:51:12Je ne sais pas si c'est toi
00:51:13qui a souligné
00:51:13quelques trucs.
00:51:15Ah oui, certainement.
00:51:16J'avais commencé à lire,
00:51:17je crois.
00:51:17Oui, ben oui.
00:51:18J'ai vu que tu avais commencé.
00:51:19J'ai tout regardé.
00:51:21J'ai adoré.
00:51:22Vraiment, il est très, très bien.
00:51:23Il t'apprend plein de choses.
00:51:24Ah oui, je la connais.
00:51:25Tu la connais ?
00:51:26Oui.
00:51:26Et tu aimes bien ?
00:51:27Ça va, bon,
00:51:28c'est pas que mon truc,
00:51:29le truc des défunts.
00:51:30Oui, toi, t'as vu.
00:51:31J'ai pas fait.
00:51:33Ouais, c'est pas pas ça ?
00:51:34Ouais, c'est vrai.
00:51:39Moi, c'est vraiment triste à dire,
00:51:44mais je suis contente
00:51:45d'être venue en prison.
00:51:48Je crois que ça m'a vraiment sauvée
00:51:49parce que j'avais déjà eu
00:51:50un parcours très compliqué
00:51:53et je pense que sans ça,
00:51:55je me serais vraiment perdue.
00:52:00J'ai toujours grandi dans la colère,
00:52:02donc ça permet de survivre.
00:52:05C'est pour ça,
00:52:06fais attention à ton petit-fils.
00:52:07Parce que ce qu'il a vécu,
00:52:08c'est vraiment dramatique.
00:52:09C'est pour ça que...
00:52:10C'est ce qui me fait peur, justement.
00:52:13Moi, personnellement,
00:52:14mon histoire a fait
00:52:15que j'ai grandi grâce...
00:52:16Enfin, j'ai survécu
00:52:17grâce à la colère
00:52:18et la vengeance,
00:52:20mais c'est destructeur aussi,
00:52:21au final.
00:52:21Parce qu'il a toujours vécu
00:52:22là-dedans, en fait.
00:52:23Bah oui.
00:52:24Mais il faut des professionnels
00:52:26quand même derrière.
00:52:26Ah oui, oui.
00:52:27Attention, c'est simple.
00:52:28Il faut...
00:52:29À ce niveau-là,
00:52:30c'est compliqué aussi.
00:52:31Dans ce milieu-là aussi,
00:52:33on manque d'effectifs.
00:52:34Bon, c'est pour ça
00:52:36que j'écoute beaucoup
00:52:37quand Marie expose
00:52:39sur son petit-fils
00:52:40et tout ça.
00:52:41Parce que justement,
00:52:41c'est mon cas.
00:52:42Moi, mes deux filles
00:52:44sont placées
00:52:44chez mes sexes beaux-parents.
00:52:47Donc, ils en ont la garde
00:52:49et tout.
00:52:50Mais voilà.
00:52:52Moi, c'est sûr que...
00:52:56Je ne pourrais jamais...
00:52:58Même la plus jeune
00:52:59qui dit qu'elle ne veut plus me voir,
00:53:01moi, je ne pourrais jamais
00:53:02m'y faire.
00:53:04C'est ma fille,
00:53:05quoi qu'il arrive, quoi.
00:53:07Quand je leur écris,
00:53:08j'écris aux deux.
00:53:09Je n'écris pas qu'à celle
00:53:10qui veut me voir.
00:53:12J'écris à mes deux filles.
00:53:13J'ai deux filles.
00:53:14Je n'ai pas perdu une fille
00:53:16parce que j'ai perdu ma femme, quoi.
00:53:18Je ne sais pas trop
00:53:19comment formuler,
00:53:20mais tu as dit
00:53:20que ce n'est pas
00:53:21parce que je n'ai plus ma femme
00:53:22que j'ai perdu mes filles.
00:53:25Mais dans le cas
00:53:26où ta fille, éventuellement,
00:53:27ne voudra vraiment plus
00:53:28jamais te parler,
00:53:30peut-être que dans sa tête,
00:53:31elle, à ce moment-là,
00:53:33dans le cas où elle a perdu sa mère,
00:53:34elle a peut-être perdu son père,
00:53:36aussi, à ce moment-là.
00:53:38Alors, je ne sais pas
00:53:40si ma formulation est correcte
00:53:41et je n'ai pas l'intention
00:53:43du tout de te blesser.
00:53:44Non, non, c'est bon.
00:53:44Mais c'est surtout
00:53:45que tu te fasses peut-être
00:53:46cette idée que,
00:53:48pour toi, oui,
00:53:48c'est tes enfants,
00:53:49bien évidemment,
00:53:50que ce sera tous tes enfants,
00:53:51mais que pour elle,
00:53:52dans sa tête,
00:53:53au moment où elle a perdu sa mère,
00:53:54elle a perdu son père.
00:53:55Oui, oui.
00:53:55Non, mais de toute façon,
00:53:56j'accepte,
00:53:59quoi qu'il arrive,
00:54:00sa décision, quoi.
00:54:01Ça fait des années, là,
00:54:03qu'elle a émis ce souhait,
00:54:04et tout, quoi.
00:54:05Ben oui.
00:54:08Est-ce que ça vous passe
00:54:09si on se dit au revoir
00:54:10pour aujourd'hui ?
00:54:12OK, ça marche.
00:54:13C'est un petit sac de pommes.
00:54:38Mais ça, c'est pour donner,
00:54:40après ?
00:54:40Oui, c'est pour donner.
00:54:45Ça a été ta semaine ?
00:54:48Oh oui.
00:54:48Oui.
00:54:49Ah oui.
00:54:50Le petit, ça va ?
00:54:51Mieux, cette semaine.
00:54:53Ah ben, c'est bien.
00:54:54Il voit quelqu'un, non ?
00:54:55Toujours pas.
00:54:56Il faut l'emmener.
00:54:57Ah ben oui,
00:54:57mais il n'y a personne.
00:55:00Il y a toujours la chèvre,
00:55:01en tout cas.
00:55:02Oui.
00:55:03Fidèle au poste.
00:55:03Oui, oui.
00:55:04Elle vient à son rendez-vous.
00:55:08Ce que vous avez partagé
00:55:09avec nous la semaine dernière
00:55:11m'a aidé.
00:55:13Ben, étonnamment,
00:55:19malgré que j'ai pris la parole
00:55:22et tout la semaine dernière,
00:55:22j'ai passé une super semaine.
00:55:24Alors, est-ce que ça m'a
00:55:25justement libéré d'un poids
00:55:27ou quoi que ce soit ?
00:55:28Je ne sais pas.
00:55:29C'est bien.
00:55:29Voilà.
00:55:33Ben, moi, c'est le contraire.
00:55:36Moi, j'ai fait trois nuits blanches.
00:55:39Et puis, toutes les images
00:55:40qui remontent.
00:55:40Bon, là, j'ai vu avec ma psychologue,
00:55:43bon, c'est un passage.
00:55:45Et puis, sinon,
00:55:46aujourd'hui, tout va bien
00:55:47puisque je suis parmi vous.
00:55:47Tout va bien.
00:55:50Je voulais juste te dire que
00:55:52il faut que tu arrêtes
00:55:54de te flageoler autant.
00:55:57Malheureusement,
00:55:57tu ne reviendras pas
00:55:58sur ce qui s'est passé.
00:56:01Il va falloir juste
00:56:02apprendre à accepter
00:56:03et vivre avec,
00:56:04mais ça ne sert à rien
00:56:07de te porter
00:56:07autant de colère
00:56:10envers toi.
00:56:11Vraiment.
00:56:14Merci.
00:56:15De rien.
00:56:19Non, moi, j'ai une question
00:56:20un peu étrange,
00:56:21mais je ne sais pas.
00:56:22Enfin, vous me direz.
00:56:23Ouais.
00:56:24Est-ce que,
00:56:25avec ce qui vous est arrivé,
00:56:26vous avez peur, après,
00:56:27de rencontrer du monde,
00:56:28rencontrer quelqu'un,
00:56:30peu importe,
00:56:30amitié ou autre,
00:56:32est-ce que vous avez maintenant
00:56:33cette espèce de...
00:56:34Comment dire ?
00:56:35d'appréhension ?
00:56:36Ouais.
00:56:37Pour ma part,
00:56:40effectivement,
00:56:40ça a été très compliqué
00:56:41de rencontrer quelqu'un.
00:56:44J'ai refait ma vie
00:56:45à l'heure d'aujourd'hui,
00:56:46mais ça m'a rendue
00:56:48très craintif,
00:56:51très impulsif.
00:56:52Et des gestes,
00:56:54des gestes bêtes
00:56:55qui peuvent me faire sortir
00:56:57de mes gonds.
00:56:58Quand je vois que j'arrive
00:56:59à un stade
00:56:59où je peux exploser,
00:57:02je m'acharne sur le ménage.
00:57:04Oui.
00:57:04Voilà.
00:57:05Je vais laver dix fois
00:57:06au même endroit,
00:57:07mais je vais laver.
00:57:08Quand c'est comme ça,
00:57:09viens chez moi.
00:57:09Il n'y a pas de souci.
00:57:13Pour moi, en fait,
00:57:15ce qui est relation sentimentale,
00:57:17ça ne m'intéresse plus,
00:57:19en fait.
00:57:20Tu ne peux pas te reconstruire
00:57:21totalement en essayant
00:57:23d'oublier, malheureusement.
00:57:24À oublier, tu ne peux pas.
00:57:25Ouais, on ne peut pas.
00:57:26C'est impossible.
00:57:26Non, après, tu vis avec.
00:57:27J'ai essayé d'avoir
00:57:30d'autres relations après ça
00:57:32et puis ça ne tombe à rien.
00:57:33C'est rien.
00:57:36Je n'ai pas envie, quoi.
00:57:37En fait, je n'ai pas envie
00:57:38de m'investir.
00:57:39Renouer avec des sentiments,
00:57:41des machins, non.
00:57:42C'est derrière moi.
00:57:44Après, il faut renaître, quoi.
00:57:46Enfin, voilà,
00:57:47il faut encore avoir
00:57:47un peu d'étincelle.
00:57:49C'est ça qu'il faut.
00:57:50La seule chose que je peux dire,
00:57:52c'est question de se reconstruire
00:57:54après un drame comme on a fait.
00:57:56c'est compliqué.
00:57:58Moi, refaire ma vie avec quelqu'un,
00:58:00je ne pourrais pas refaire ma vie
00:58:01avec quelqu'un.
00:58:02Déjà, avant de refaire sa vie,
00:58:04il va déjà falloir faire son deuil.
00:58:07Vu mon acte que j'ai fait,
00:58:08ce n'est pas ma priorité.
00:58:09Ben oui.
00:58:10Non.
00:58:11Je pourrais...
00:58:12Personnellement, déjà,
00:58:13je ne pourrais même pas.
00:58:15Non, puis se reconstruire,
00:58:16ce n'est pas forcément
00:58:17retrouver quelqu'un.
00:58:18Voilà.
00:58:19De toute façon...
00:58:20Si, je vais me reconstruire,
00:58:21question comment auprès de ma famille,
00:58:23mon travail, tout ça.
00:58:24Il y a eu moult...
00:58:25Oui, on retrouve un appartement,
00:58:26tout ça.
00:58:26Ben voilà.
00:58:27Mais question de me remettre
00:58:28avec quelqu'un,
00:58:29non, ce n'est pas possible.
00:58:30Ben non.
00:58:31Non.
00:58:32Non.
00:58:33En fait, on a un peu...
00:58:34En tant qu'auteur et victime,
00:58:37on a les mêmes choses,
00:58:38mais en fait,
00:58:40c'est un peu les mêmes choses.
00:58:41Quand on passe par des épreuves
00:58:42comme ça,
00:58:43on se rend compte que c'est...
00:58:45Bon, c'est vrai que ça tient
00:58:46un peu de choses.
00:58:47Bon, on est quand même là.
00:58:49Maintenant, aujourd'hui,
00:58:49notre position,
00:58:50c'est de guérir.
00:58:52Voilà, guérir
00:58:52et aussi guérir les autres
00:58:54si on peut.
00:58:56Merci à toutes et tous.
00:58:58Merci.
00:59:02Vous allez vous revoir
00:59:03dans deux mois exactement
00:59:05pour pouvoir témoigner
00:59:07de ce que ces rencontres
00:59:08vous ont apporté,
00:59:10comment vous avez continué
00:59:11votre cheminement.
00:59:13C'est vraiment là,
00:59:14pour le coup,
00:59:14la rencontre-bilan.
00:59:16Ça va manquer un peu.
00:59:17Oui, c'est vrai.
00:59:19Ça va être tué.
00:59:19C'est vrai.
00:59:20C'est vrai.
00:59:20C'est vrai.
00:59:38Bonjour !
00:59:40Bonjour !
00:59:42Bonjour !
00:59:48Mon truc, il est trop mignon !
00:59:52Comment vous faisiez ça ?
00:59:54Non mais, non mais, sauf que moi, elle était rouge.
00:59:56Oh, ben moi, je me souviens plus si elle était rouge.
00:59:58Ok, est-ce que c'est bon pour tout le monde ?
01:00:02Est-ce qu'on peut commencer ?
01:00:04Ouais, ok.
01:00:06Quand je suis arrivée là, c'était pour aussi avoir des réponses à des questions.
01:00:10J'en ai eu, quelques-unes.
01:00:12J'aimerais avoir en face de moi
01:00:16quelqu'un comme vous
01:00:18pour accepter, moi, aller de l'avant.
01:00:21Ce que vous m'avez apporté m'a quand même aidée.
01:00:25Et c'est ce qui me fait aller de l'avant aujourd'hui,
01:00:28sur plusieurs points.
01:00:32De toute façon, on voit la différence.
01:00:34Le premier jour où tu es venue et aujourd'hui.
01:00:36Oui, merci.
01:00:38Mais d'autres me l'ont dit.
01:00:40Ils m'ont demandé si j'avais changé de psy.
01:00:42T'as dit que c'est la justice restaurative.
01:00:46C'est la justice restaurative.
01:00:48C'est bien.
01:00:52Bon, je vais prendre la parole.
01:00:54Toutes les deux semaines, je vois la médiatrice familiale.
01:00:58Je lui ai parlé de la justice restaurative.
01:01:00Elle m'a dit que ça vous a changé radicalement.
01:01:04Vous étiez vraiment bloqué,
01:01:06quelqu'un qui ne parle pas tant que ça.
01:01:10Parce que moi, j'avais des problèmes pour exprimer mes sentiments,
01:01:14des émotions.
01:01:16Et donc, du coup, là, c'est comme s'il y avait eu un petit déclic
01:01:20ou quoi que ce soit.
01:01:22Moi, je trouvais que la détention me faisait oublier un peu même
01:01:26pourquoi j'étais en détention.
01:01:28J'ai des choses que j'avais oubliées sur même mon passage à l'acte.
01:01:32qui, justement, cet état de colère que j'ai pu avoir au moment de l'acte,
01:01:40il était présent, mais je ne le ressentais pas.
01:01:42C'est vrai que parler et en parler ou quoi que ce soit,
01:01:47m'a vraiment changé.
01:01:49J'espère que, vu qu'on s'arrête aujourd'hui,
01:01:54que je vais continuer à m'ouvrir.
01:01:57De toute façon, la médiatrice familiale m'a dit que normalement,
01:02:01elle prévoyait une entrevue avec ma fille.
01:02:05Donc, déjà, une bonne nouvelle, quoi.
01:02:08Oui, c'est bien.
01:02:09C'est bien que ça a été positif, quoi, pour toi, en fait.
01:02:13Après, pour moi aussi, ça m'a permis aussi d'évoquer pas mal
01:02:18de remises en question encore au niveau de ma psychologue.
01:02:21Des sujets que j'ai pu, en fait, évoquer,
01:02:24que je n'avais pas pensé auparavant,
01:02:26sur mon comportement, sur la façon de faire, etc.
01:02:30Il faut savoir aussi, à un moment donné, dire stop et s'en aller
01:02:33avant qu'il soit trop tard.
01:02:34Et ça, c'est pas évident.
01:02:36Voilà.
01:02:38Bon, alors, moi, j'étais prêt à vraiment me tout recevoir.
01:02:46Vraiment, même, on va pas dire des insultes, mais...
01:02:50Voilà.
01:02:51Voilà.
01:02:52Mais en fait, j'ai pas reçu de haine de vous, ni rien.
01:02:56Au contraire.
01:02:57Il y a des personnes qui m'ont ouvert, on va dire,
01:02:59qui m'ont élargi vraiment l'environnement pour moi.
01:03:03Et là, mon parcours, il a fait...
01:03:06Oui, pareil.
01:03:07Un grand bon.
01:03:08Mais un grand, grand bon, là.
01:03:09Donc là, la porte, c'est vraiment ouverte.
01:03:12Mais grâce à vous.
01:03:13Honnêtement, grâce à vous.
01:03:15Je vous en remercie vraiment du fond du cœur.
01:03:18Parce que j'arrivais pas à trouver mes réponses.
01:03:22Oui.
01:03:23Mais c'est en voyant comment des photos qui m'ont...
01:03:27Tout fait ressortir.
01:03:29Et là, en fait, j'ai dit, ah ouais, OK.
01:03:32T'as fait ça, t'as fait ça, t'as fait ça, en fait.
01:03:35Il y a des choses qui sont revenues en moi.
01:03:38En fait, j'ai trouvé mes réponses, tu seul.
01:03:41Mais...
01:03:42Tu seul, mais grâce à vous.
01:03:44C'est quand même grâce à vous.
01:03:45Honnêtement.
01:03:46Moi, ce qui m'a aidée tout ce long,
01:03:51et puis du fait qu'on a eu deux mois
01:03:53pour réfléchir un peu à toute la situation...
01:03:57Avec le recul, j'ai pris conscience que...
01:04:00Je lui ai laissé encore une emprise sur moi.
01:04:03Il n'y a que lui qui sait ce qui s'est passé cette nuit-là.
01:04:06Maintenant, j'ai passé l'étape de...
01:04:09Je le sais pas, je le saurais certainement jamais.
01:04:11C'est pas grave.
01:04:12Des fois, ça sert à rien de savoir.
01:04:14De toute façon, ton corps, il a reflété un peu ce qui s'est passé.
01:04:17Quand on a vu les photos, moi, c'est quelque chose que j'oublie pas.
01:04:20C'est vrai qu'au début, je m'imaginais tellement de scénarios.
01:04:23Oui.
01:04:24Donc, c'est vrai que je pense que,
01:04:26grâce à l'étape de la justice restaurative
01:04:28et tous les échanges qu'on a eus,
01:04:30j'ai réussi à me libérer moi-même de l'emprise que je lui ai laissé encore.
01:04:35Mais au final, il a plus d'emprise, il a plus rien.
01:04:39Voilà.
01:04:42C'est là qu'on a du mal à se rendre compte qu'on peut changer à ce point-là.
01:04:46C'est très bizarre.
01:04:50Merci beaucoup pour la confiance que vous nous avez accordée.
01:04:53Merci de nous avoir permis de pouvoir mettre en place cette rencontre.
01:04:59Merci à vous.
01:05:00Merci à vous.
01:05:01Merci.
01:05:02Merci beaucoup.
01:05:03Merci à vous.
01:05:33Merci à vous.
01:05:34Merci à vous.
01:06:03Merci à vous.
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