- il y a 10 mois
Mouvements politiques et islamisme : M. Olivier Roy, professeur au Robert Schumann Centre for Advanced Studies de l'European University Institute de Florence
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00:30...
00:01:00...
00:01:30...
00:02:00...
00:02:02...
00:02:04...
00:02:06...
00:02:08...
00:02:12...
00:02:14...
00:02:16...
00:02:18...
00:02:20...
00:02:22...
00:02:24...
00:02:26...
00:02:28...
00:02:30...
00:02:32...
00:02:34...
00:02:36...
00:02:38...
00:02:44...
00:02:46...
00:02:48...
00:02:50...
00:02:52...
00:02:54...
00:02:58...
00:03:00...
00:03:02...
00:03:04...
00:03:06...
00:03:08...
00:03:10...
00:03:12...
00:03:14...
00:03:16...
00:03:18...
00:03:20...
00:03:24...
00:03:26...
00:03:28...
00:03:30...
00:03:32...
00:03:34...
00:03:38...
00:03:40...
00:03:42...
00:03:44...
00:03:46...
00:03:48...
00:03:52...
00:03:54...
00:03:56...
00:03:58...
00:04:00...
00:04:10...
00:04:12...
00:04:14...
00:04:16...
00:04:18...
00:04:20...
00:04:28...
00:04:30...
00:04:32...
00:10:04...
00:10:06...
00:10:14...
00:10:16...
00:10:18...
00:11:50...
00:11:52...
00:11:54...
00:11:56...
00:11:58...
00:12:00...
00:17:32...
00:17:48...
00:17:50...
00:17:52...
00:17:54...
00:17:57...
00:17:58...
00:18:00pour ces deux systèmes idéologiques occidentaux, le communisme et le fascisme.
00:18:06Cette matrice de départ est très importante.
00:18:09Alors, ils construisent un parti, mais un parti qui est à la fois un parti de type léniniste
00:18:14et en même temps une confrérie religieuse.
00:18:17C'est-à-dire que les membres du parti, les frères musulmans, doivent subir une initiation
00:18:23et doivent être des gens qui soient profondément religieux eux-mêmes.
00:18:27Il ne suffit pas de prendre sa carte.
00:18:30Alors, dans les années 30 aussi, on est dans la nostalgie du califat qui a été aboli par Atatürk en 1924.
00:18:39Il n'y a plus de califat.
00:18:40Même s'il était purement symbolique, ça laisse un trou, ça laisse un vide.
00:18:44Donc, l'objectif, disons très lointain, c'est le califat.
00:18:48Mais l'objectif à moyen terme, le véritable objectif, c'est l'État national.
00:18:53Tous les mouvements frères musulmans s'inscrivent dans un État nation.
00:18:57L'Égypte, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Turquie, l'Iran, etc.
00:19:04Et le Pakistan sera un peu un produit dérivé, si je peux dire, de cette idéologie-là.
00:19:10Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
00:19:13À l'époque, on ne parle pas du tout de révolution islamique.
00:19:17Les frères musulmans jouent à deux niveaux.
00:19:19Ils jouent le jeu.
00:19:20C'est-à-dire que quand il y a des élections, ils se présentent aux élections.
00:19:22Mais en même temps, ils sont d'une certaine intransigeance, bien entendu.
00:19:27Ils veulent le pouvoir.
00:19:29Donc, on a un conflit.
00:19:30Bon, Nasser les met en prison.
00:19:33On trafait à l'Assad les massacres, etc.
00:19:36Il y a vraiment un conflit de pouvoir entre les frères musulmans
00:19:40et les régimes nationalistes arabes, de type plutôt socialiste, dans les années 60.
00:19:46C'est le conflit.
00:19:47De ce conflit, les frères musulmans sortent vaincus.
00:19:49Ils ont perdu partout.
00:19:52Ils ont été quasiment éliminés en Syrie.
00:19:54Et en Syrie, ils ne jouent plus aucun rôle.
00:19:57Alors, ils vont se réinsérer, disons, dans une stratégie
00:20:03beaucoup plus politique, au sens banal du terme,
00:20:06beaucoup plus électorale.
00:20:08Ils vont se présenter aux élections.
00:20:10Et ils vont partir à la conquête de la société civile,
00:20:13mais pas du tout sur les bases de la charia,
00:20:16pas sur la base du prosélytisme.
00:20:17Ce ne sont pas des partis prosélytes, ce sont des partis élitistes.
00:20:21On vise les cadres, on vise les ingénieurs, les avocats, etc.
00:20:26Et ils essaient d'avoir donc une influence sur la société.
00:20:29Ils bâtissent, par exemple, des réseaux humanitaires, des hôpitaux, etc.
00:20:36Ils vont essayer de créer des syndicats,
00:20:39des associations de femmes, des associations d'étudiants, etc.
00:20:42Donc, en ce sens-là, ils sont profondément modernes.
00:20:44Qu'est-ce qui se passe ? Il va se passer deux choses.
00:20:50Il va se passer l'immigration et il va se passer le printemps arabe.
00:20:54Alors, je fais un petit détour par le printemps arabe.
00:20:56Pendant les années 70, 80, 90, quand il y avait une contestation dans les pays musulmans,
00:21:03c'était au nom de l'islam.
00:21:04L'islam était le drapeau de la contestation.
00:21:06Et avec le printemps arabe, en 2011, d'un seul coup, l'islam disparaît de la contestation.
00:21:10Les jeunes ne demandent pas de charia, ne demandent pas d'islam, etc.
00:21:13Et les frères musulmans se trouvent complètement à port à faux.
00:21:16Alors, d'un côté, c'est les seuls partis d'opposition structurelle,
00:21:19donc ils gagnent les élections en Égypte et en Tunisie.
00:21:23Mais ils ont très bien compris qu'ils ne peuvent pas créer comme ça un État islamique.
00:21:27Ils jouent le jeu de la démocratie, mais ils sont très mal outillés pour ça.
00:21:31Et ça se passe mal.
00:21:33Donc, le coup d'État de Sissi en Égypte.
00:21:36Et puis, Narda, en Tunisie, perd les élections et quitte le pouvoir.
00:21:40Ils n'ont pas du tout essayé de s'imposer.
00:21:42En Algérie, le parti du chef Narnou joue la carte du régime,
00:21:48et donc à ses petits strapontins au Parlement.
00:21:51Et au Maroc, le PJD joue également la carte de la monarchie.
00:21:55Ils ont le gouvernement pendant quelques années, ça ne marche pas bien.
00:22:01Ils se retirent, ils ont perdu, etc.
00:22:03Donc, on a une banalisation des frères musulmans dans l'ensemble du territoire musulman,
00:22:08des territoires des pays arabes, etc.
00:22:10Et parallèlement à ça, à partir des années 80, on a des frères musulmans qui arrivent en Europe.
00:22:18Ils n'arrivent pas avec l'immigration ouvrière.
00:22:20Ils arrivent avec plutôt une immigration intellectuelle, des étudiants, des réfugiés politiques, etc.
00:22:24Donc, tout de suite, et ça c'est important, en France en particulier,
00:22:30on a une déconnexion totale entre les membres des frères musulmans
00:22:34et l'immigration ouvrière, qui est essentiellement maghrébine,
00:22:38et, disons, socialement, plutôt de classe populaire.
00:22:43Et la connexion ne prend pas.
00:22:45Les frères musulmans ne cherchent pas du tout à conquérir les banlieues.
00:22:49Ça, c'est un mythe.
00:22:50Leur objectif, c'est les élites.
00:22:53Ils recrutent chez des ingénieurs, des avocats, etc.
00:22:57C'est ça, leur milieu.
00:22:59Au début, en Occident, en France comme ailleurs,
00:23:02ils se voient plutôt comme une espèce de diaspora.
00:23:05Ils regardent du côté de la Palestine, du côté de l'Égypte, du côté du Liban, etc.
00:23:10Et puis, petit à petit, ils se rendent compte que, bon,
00:23:13les frères musulmans égyptiens, syriens, etc.,
00:23:16ils n'en ont rien à faire de la diaspora.
00:23:18Alors, les frères musulmans européens, français en particulier,
00:23:23vont à ce moment-là se concentrer sur l'islam en Europe.
00:23:27Et à la fin des années 90, ils créent une association,
00:23:32la Association musulman d'Europe,
00:23:35qui va introduire un concept complètement nouveau dans le monde musulman,
00:23:43qui est celui du fictre de la minorité.
00:23:46C'est-à-dire l'idée que, quand on est musulman minorité,
00:23:51eh bien, il faut se créer un droit, une interprétation de la sharia différente,
00:23:55parce que l'application de la sharia n'est pas possible et ne fonctionne pas.
00:23:59Et ça, ça va les couper du reste du Moyen-Orient.
00:24:01Donc, ils vont se lancer dans une politique de défense de la minorité musulmane,
00:24:08non pas sur la base de la sharia, ou de moins en moins sur la base de la sharia,
00:24:11mais sur celle de l'identité.
00:24:14Et en faisant ça, ils vont se couler dans un paradigme
00:24:18qui est très à la mode, disons, en Europe, dans les années 90,
00:24:22qui est celui du multiculturalisme.
00:24:24Et ça, c'est très important.
00:24:26Les frères musulmans ne se lancent pas dans le prosélytisme musulman,
00:24:31ils ne convertissent pas.
00:24:32Vous ne trouverez pratiquement pas de converti chez les frères musulmans,
00:24:35contrairement aux salafis, contrairement aux djihadistes.
00:24:37Chez les frères musulmans, on se méfie même des convertis, disons-le, entre nous.
00:24:42Et ils vont, disons, moderniser, adapter leur discours au multiculturalisme ambiant.
00:24:52Donc, ils se présentent comme défenseurs de la minorité musulmane.
00:24:56Mais ils savent bien que cette minorité musulmane n'est pas nécessairement pratiquante,
00:25:00bon, du moins croyante, etc.
00:25:02Donc, ils vont jouer sur l'identitarisme beaucoup plus que sur la foi.
00:25:07Alors, leurs interlocuteurs, ils vont chercher à être des interlocuteurs des institutions.
00:25:16Ils vont d'emblée aller à Bruxelles, se présenter dans les commissions,
00:25:20faire des propositions.
00:25:22Et partout, ils sont demandeurs de dialogue avec les autorités,
00:25:26que ce soit le préfet, que ce soit les partis politiques, etc.
00:25:30Ils organisent des colloques, etc.
00:25:33Et là, ils sont très différents des salafis.
00:25:35Les salafis n'ont rien à faire du politique.
00:25:38Les salafis ne cherchent pas à dialoguer avec les autorités.
00:25:41Les salafis cherchent à organiser des communautés de foi,
00:25:45de musulmans pratiquants,
00:25:48qui s'isolent, disons, du reste de la société,
00:25:52mais pas seulement de la société non musulmane,
00:25:56mais aussi de la société des mauvais musulmans, des non pratiquants,
00:25:59enfin, des mauvais pratiquants, disons.
00:26:01Et les salafis essaient d'organiser, si vous voulez,
00:26:04la mise en place de communautés de saints,
00:26:08comme diraient les protestants,
00:26:09de communautés de croyants,
00:26:12de bons et de purs croyants,
00:26:15qui ne veulent pas se compromettre
00:26:17avec non seulement la croyance,
00:26:19mais aussi la mauvaise croyance, la tièdeur.
00:26:22Donc, ils sont sur deux stratégies complètement différentes.
00:26:25Les salafis ressemblent beaucoup plus aux évangéliques protestants.
00:26:28La communauté des saints
00:26:31qu'aux alliances politiques
00:26:35que cherchent à mettre en place les frères musulmans.
00:26:40Alors, il faut voir que les frères musulmans, par exemple,
00:26:41n'ont jamais cherché à mettre en place un parti islamiste en Europe.
00:26:44Ça ne les intéresse pas.
00:26:45Ce n'est pas qu'ils ne peuvent pas,
00:26:46c'est que ça ne les intéresse pas.
00:26:49Ils ne sont pas prosélites,
00:26:50au sens où ils ne vont pas convertir les gens,
00:26:52ils ne font pas de porte-à-porte, etc.
00:26:56Et ils visent essentiellement la jeunesse,
00:27:00la jeunesse étudiante en particulier.
00:27:03Les frères musulmans ne sont pas des acteurs de banlieue.
00:27:07Ce n'est pas là qu'ils sont.
00:27:09Ils vont essayer d'être…
00:27:11Ils visent plus les classes moyennes,
00:27:13les centres urbains,
00:27:15les institutions.
00:27:17Ils sont à la fois dans un rapport de revendication
00:27:23et de dialogue avec les institutions.
00:27:25Donc, ils se cherchent des alliés.
00:27:27Ils cherchent d'alliances.
00:27:29Et alors là, ils ont deux choix.
00:27:31Un, un choix possible,
00:27:34c'est ce qu'on pourrait appeler les coalitions des valeurs.
00:27:36Parce que les frères musulmans,
00:27:37comme tous les musulmans croyants et pratiquants,
00:27:41sont plutôt conservateurs.
00:27:42Et parfois, c'est le moins qu'on puisse dire.
00:27:44Bon.
00:27:45Donc, s'ils se cherchent des gens qui partagent les mêmes valeurs,
00:27:48soit la famille, la femme, etc.,
00:27:51ils les trouvent plutôt dans la droite chrétienne,
00:27:54chez les chrétiens traditionnalistes,
00:27:56la Manif pour tous, par exemple.
00:27:58Le problème, c'est que la Manif pour tous
00:28:00et la droite chrétienne traditionnaliste et catholique en particulier
00:28:03est aussi identitaire.
00:28:05C'est-à-dire qu'ils pensent que l'Europe n'est pas un lieu pour les musulmans.
00:28:09Donc, ils vont pas réussir.
00:28:11Ils ont essayé.
00:28:11Mais ils n'arrivent pas à créer une alliance.
00:28:14Je ne dirais pas alliance, le mot est trop fort.
00:28:16Mais disons un rapprochement, une coalition des valeurs
00:28:19avec la droite chrétienne.
00:28:20Par contre, sur le thème de la coalition des minorités,
00:28:23une alliance des minorités,
00:28:25là, ils ont dans l'extrême-gauche,
00:28:27au sens très large du mot extrême-gauche,
00:28:30ils ont des gens avec qui ça peut prendre,
00:28:34avec qui ils s'entendent sur la défense des minorités.
00:28:37Le problème, c'est que cette gauche extrême-gauche
00:28:40qui défend les minorités
00:28:41n'est pas du tout sur le même positionnement
00:28:43qu'en toute question des valeurs.
00:28:44Bon, par exemple, pour l'extrême-gauche,
00:28:47bon, LGBT, c'est aussi une identité des minorités
00:28:52qui doivent être défendues.
00:28:54Donc, ils mettent un peu sur le même plan
00:28:55les musulmans avec LGBT.
00:28:59Ce qui paraît parfois un peu contradictoire,
00:29:03mais bon, c'est ce qu'on voit aujourd'hui
00:29:05chez beaucoup de jeunes en particulier,
00:29:09pour qui tout ça, c'est une défense des minorités,
00:29:12des minorités brimées.
00:29:17Bon, avec tout le discours postcolonial
00:29:19qui, là aussi, colle avec la perspective
00:29:24des frères musulmans.
00:29:26Donc, là, il y a une alliance, une coalition,
00:29:29une coalition objective.
00:29:31Mais en même temps, elle est sur un malentendu profond.
00:29:35Pour l'extrême-gauche, la religion,
00:29:39ça n'existe pas vraiment.
00:29:40La religion, c'est un symptôme.
00:29:41La religion, c'est une identité.
00:29:46Comme le dit mon collègue François Burga,
00:29:50c'est le parler musulman.
00:29:53Voilà, on a un langage de la contestation
00:29:55qui utilise des termes religieux,
00:29:58mais qui, dans le fond, exprime la révolte
00:30:00et pas du tout la foi.
00:30:03Et là-dessus, je suis en total désaccord,
00:30:04parce que je pense que, précisément,
00:30:07dans ces, disons, chez les frères musulmans,
00:30:11chez les célafis, la foi est centrale.
00:30:13C'est-à-dire, ce sont des gens qui croient.
00:30:15Ce sont des religieux.
00:30:17Comme la plupart des gens qui vont à la manif pour tous,
00:30:19par exemple, comme la droite catholique
00:30:21qui réclame le retour de la messe en latin.
00:30:25Ce sont des croyants.
00:30:26Et là, il y a un malentendu complet.
00:30:30Mais comme on a affaire à des minorités
00:30:32qui sont, justement, qui se sentent brimées,
00:30:36la contradiction n'apparaît pas du tout ici.
00:30:40Alors, ça n'apparaît pas comme une contradiction.
00:30:42Je vous donne un exemple, par exemple, le burkini,
00:30:45le port du burkini dans les piscines.
00:30:47Ça n'a rien à voir avec la charia.
00:30:51Pour la charia, le simple fait
00:30:53qu'une jeune musulmane aille dans une piscine,
00:30:55même si elle y vente chador,
00:30:57c'est un scandale.
00:30:58C'est absolument impensable
00:31:00parce qu'elle va voir des hommes en petite tenue, etc.
00:31:02Donc, l'affaire est réglée
00:31:04pour les salafis, pour les fondamentalistes.
00:31:08Je ne vois pas en quoi la burkini sera un signe de foi.
00:31:10Par contre, c'est un signe identitaire.
00:31:12On veut inscrire son identité,
00:31:17dans l'espace public et de loisir,
00:31:19dans l'espace de la société française contemporaine.
00:31:23Là, je vais peut-être faire une parenthèse
00:31:24si vous m'autorisez.
00:31:26Si je parle trop, vous me le dites.
00:31:28Non, c'est tout à fait passionnant.
00:31:31Continuez, monsieur.
00:31:32Je vous en prie, nous vous écoutons.
00:31:33Alors, la question du halal,
00:31:34elle est très intéressante là-dessus
00:31:36parce que le halal fait partie de la pratique musulmane,
00:31:40comme le khachère fait partie de la pratique juive.
00:31:47Ça va de soi.
00:31:49Même si on peut définir le khachère comme le halal
00:31:52de manière un peu variée
00:31:53et surtout le pratiquer de manière plus ou moins stricte,
00:31:57ça, c'est une autre question.
00:32:00La différence entre halal et khachère,
00:32:05ce n'est pas du tout que le halal serait plus rigoureux que le khachère.
00:32:08C'est exactement le contraire.
00:32:10Le khachère est beaucoup plus contraignant.
00:32:14Quand vous êtes en cuisine,
00:32:16c'est beaucoup plus facile de faire du halal
00:32:18que du khachère, expérience personnelle.
00:32:22On ne peut pas faire du khachère
00:32:23si on n'est pas dans une cuisine entièrement khachère.
00:32:25Mais les juifs croyants et pratiquants
00:32:28ont des siècles de pratiques là-dessus.
00:32:31Donc, ils ont eu des siècles d'adaptation,
00:32:33de construction, de compromis, etc.,
00:32:37qui permettent à une famille de juifs conservateurs,
00:32:40traditionnels, évidemment,
00:32:42de vivre dans la société française
00:32:45en suivant le khachère.
00:32:48Pour les musulmans, c'est beaucoup plus brutal.
00:32:49C'est-à-dire que tout s'est fait dans les années 60-70-80.
00:32:55On arrive d'un seul coup dans une société
00:32:57où il n'y a aucune évidence culturelle du halal.
00:33:02Bon, en Égypte, vous ne demanderez jamais,
00:33:05ou au Maroc, à un boucher si sa viande est halal.
00:33:09Elle est supposée l'être.
00:33:10Et puis, voilà, point.
00:33:11On ne va pas s'interroger là-dessus.
00:33:13Vous arrivez à Paris, qu'est-ce qu'on fait ?
00:33:16Alors, soit on laisse tomber le halal,
00:33:18soit on va dans des boucheries spécialisées halal,
00:33:21soit on se fait son halal soi-même.
00:33:22Donc, on est dans une espèce de bricolage
00:33:26où on se débrouille plus ou moins.
00:33:30Mais bon, ça se fait selon des manières extrêmement variées.
00:33:34Pourquoi est-ce qu'on parle du halal maintenant ?
00:33:36Pourquoi d'un seul coup, ça devient un sujet extrêmement important ?
00:33:41Et là, je crois que ce n'est pas du tout
00:33:42parce qu'il y a une stratégie des frères musulmans
00:33:45d'imposer le halal.
00:33:46Je ne vois pas très bien comment on peut avoir une stratégie
00:33:49d'imposer une norme culinaire.
00:33:52C'est parce qu'on a un changement sociologique en profondeur.
00:33:55Et c'est ça, la vraie question.
00:33:57Les salafistes, ils sont plutôt dans les banlieues.
00:33:59Ils ont plutôt affaire à des gens
00:34:01qui ne sont pas vraiment intégrés
00:34:03ou qui sont, disons, intégrés en bas de l'échelle sociale,
00:34:06dans des métiers peu valorisés, etc.
00:34:10Donc là, on peut faire un halal,
00:34:15avoir son restaurant ethnique, etc.
00:34:19Ce n'est pas un problème.
00:34:20Mais maintenant, on a un phénomène qui est important
00:34:23et qui, à mon avis, c'est au cœur du problème.
00:34:25On a la sortie des ghettos.
00:34:27On a l'arrivée maintenant d'une classe moyenne
00:34:30et supérieure d'origine musulmane.
00:34:32Et c'est nouveau.
00:34:33C'est nouveau.
00:34:35Et il y a très peu d'études sociologiques là-dessus
00:34:38parce que cette nouvelle classe,
00:34:40elle n'a pas envie qu'on parle d'elle.
00:34:42Elle n'est pas revendicatrice en soi.
00:34:46Mais maintenant, c'est très facile.
00:34:48Vous regardez les noms des docteurs dans les hôpitaux.
00:34:51Vous regardez la liste des avocats.
00:34:53Vous regardez dans les institutions financières
00:34:56les collègues financiers.
00:34:59Vous regardez les ingénieurs, etc.
00:35:02Bon, la percée, maintenant,
00:35:04on a des classes moyennes et supérieures d'origine musulmane.
00:35:07Je dis d'origine musulmane
00:35:08parce que ça ne préjuge en rien
00:35:10de leur pratique,
00:35:12de leur conception de l'islam et de ça.
00:35:13On n'en sait rien.
00:35:16Mais le paysage est complètement changé.
00:35:18Et ces gens-là,
00:35:19ils ne restent pas dans les quartiers.
00:35:22On les voit au centre-ville.
00:35:24Moi, j'habite, quand je suis en France,
00:35:25j'habite à Drôme.
00:35:26Et le changement est extraordinaire.
00:35:27On a une gentrification,
00:35:29mais qui se passe par l'arrivée
00:35:30de classes moyennes d'origine immigrée.
00:35:32Pas seulement musulmane, d'ailleurs.
00:35:33Ça peut être aussi des gens africains
00:35:37d'origine chrétienne, etc.
00:35:38Ce n'est pas une question uniquement musulmane,
00:35:41de loin.
00:35:42Ce changement est très important.
00:35:43On y reviendra tout à l'heure
00:35:44en parlant des mairies.
00:35:47Et ces gens-là ont des demandes.
00:35:49Ils ont des demandes de consommation.
00:35:51Point.
00:35:52Donc, ils en ont marre d'aller…
00:35:56Ils ne veulent plus aller au halal du coin,
00:36:00au kebab du coin,
00:36:02prendre un sandwich grec,
00:36:03comme on le dit par euphémisme.
00:36:06Le couscous, ça ne les intéresse plus.
00:36:08Parce que c'est trop marqué ethniquement,
00:36:10trop marqué socialement.
00:36:12Ils veulent du halal moderne,
00:36:16contemporain et français.
00:36:18Donc, on voit des restaurants,
00:36:19maintenant, s'ouvrir de halal,
00:36:21bœuf bourguignon halal, etc.
00:36:23Et c'est ça qui fait scandale.
00:36:26C'est-à-dire qu'on n'a rien contre
00:36:27le couscous marocain supposé halal,
00:36:30mais quand on voit des chefs
00:36:35ouvrir des restaurants halal français,
00:36:40c'est ça qui fait scandale.
00:36:41Alors, paradoxalement,
00:36:42ça devrait au contraire
00:36:43être un élément plutôt positif.
00:36:46Et là, il n'y a pas de stratégie derrière,
00:36:49parce que l'économie,
00:36:50ce n'est pas de la stratégie.
00:36:50Si vous ouvrez un restaurant halal,
00:36:54c'est parce qu'il y a une demande.
00:36:55Voilà.
00:36:56Et cette demande,
00:36:57elle ne vient pas des 400 ou des 1000
00:36:59frères musulmans répertoriés
00:37:00par le rapport sur les frères musulmans.
00:37:03Elle vient de classes moyennes,
00:37:05des gens qui veulent aller en famille
00:37:06ou entre collègues
00:37:08dans un restaurant halal.
00:37:10On a le même phénomène aussi
00:37:12chez les Juifs,
00:37:14mais pas tellement en France,
00:37:15mais aux États-Unis,
00:37:15où vous avez des restaurants cachers
00:37:17tout à fait modernes
00:37:19et où on peut y aller
00:37:20sans se renier
00:37:23ou sans se mettre
00:37:25dans un ghetto.
00:37:28Donc, c'est ça qui se passe en ce moment.
00:37:30Et on est dans une société
00:37:31qui a beaucoup de mal
00:37:32à comprendre ça.
00:37:34C'est pour ça qu'en France,
00:37:35la tension est beaucoup plus forte
00:37:37que dans d'autres pays.
00:37:41partout,
00:37:43il y a une méfiance
00:37:47par rapport à l'islam
00:37:48en Angleterre,
00:37:50en Allemagne,
00:37:51en Hollande,
00:37:52etc.
00:37:53Mais c'est renforcé en France
00:37:55par une méfiance,
00:37:56la méfiance française
00:37:57en faire le religieux.
00:37:59Et je dirais le religieux
00:38:00en général.
00:38:02Vous voyez toutes les histoires
00:38:03sur les croix,
00:38:04sur les films,
00:38:05sur les annonces
00:38:06qu'on voit à propos
00:38:07du catholicisme.
00:38:09Les autorités catholiques
00:38:11se plaignent
00:38:12de politiques
00:38:16ou de contraintes
00:38:18qui sont, dans le fond,
00:38:19anti-religieuses.
00:38:20Et ils ont raison.
00:38:22La laïcité française,
00:38:24en gros,
00:38:25c'est de pousser
00:38:26le religieux
00:38:27dans le privé,
00:38:28d'empêcher le religieux
00:38:31d'avoir de la visibilité
00:38:35dans l'espace public,
00:38:36sauf pour ce qui est
00:38:37des monuments historiques,
00:38:38c'est-à-dire en fait
00:38:39de muséifier le religieux.
00:38:41On a beaucoup de mal
00:38:42à accepter le religieux
00:38:43vivant.
00:38:44Ça, c'est le gros problème
00:38:46de la France
00:38:49d'aujourd'hui.
00:38:52Et ça va de pair
00:38:55avec un paradoxe absolu.
00:38:57C'est que depuis 35 ans,
00:39:00maintenant,
00:39:01depuis JOX,
00:39:03ministre de l'Intérieur,
00:39:05en 1988-89,
00:39:07l'État français,
00:39:09parce que tous les gouvernements
00:39:10ont fait ça,
00:39:11donc ce n'est pas une question
00:39:12de droite-gauche,
00:39:12etc.,
00:39:13l'État français
00:39:14cherche à créer
00:39:15une église musulmane,
00:39:19si je veux dire,
00:39:20cherche à créer,
00:39:21à organiser l'islam de France.
00:39:23Et c'est une totale contradiction,
00:39:25puisque depuis la loi de 1905,
00:39:27normalement,
00:39:28on a une séparation complète.
00:39:29pour des raisons d'ordre public
00:39:32qui peuvent se comprendre.
00:39:33Je ne critique pas du tout
00:39:34ce souci de l'ordre public.
00:39:37On veut organiser l'islam,
00:39:39mais du coup,
00:39:40il faut faire des choix.
00:39:41Et qu'est-ce qu'on fait
00:39:42comme choix ?
00:39:43Sur quelle base
00:39:43on fait les choix ?
00:39:45Et on n'y arrive pas.
00:39:46La question,
00:39:48tout le monde est d'accord
00:39:49pour dire que la question
00:39:50de la formation des imams
00:39:51est essentielle.
00:39:52Bon.
00:39:53Mais on les forme où ?
00:39:54Par qui ?
00:39:55Comment ?
00:39:56Et on hésite
00:39:57entre différents modèles
00:39:59qui sont plus ou moins
00:40:00contradictoires.
00:40:01La dominante,
00:40:03c'est l'islam consulaire,
00:40:05qui a été condamnée
00:40:07par le président récemment.
00:40:09Mais à part quelques visas refusées,
00:40:12on est dans une structure
00:40:13largement d'islam consulaire.
00:40:15On a trois pays
00:40:16qui mettent le paquet
00:40:19sur l'islam consulaire.
00:40:20Le Maroc,
00:40:21la Turquie
00:40:22et l'Algérie.
00:40:23Bon.
00:40:23L'Algérie,
00:40:24en plus,
00:40:24il y a la Grande Mosquée.
00:40:27Et ces pays-là
00:40:28ne poussent pas
00:40:29à un islam particulier.
00:40:31Ce n'est pas l'idéologie
00:40:32qui les intéresse,
00:40:32ce n'est pas telle école, ça.
00:40:34Ils ont un islam
00:40:35d'influence.
00:40:36Voilà.
00:40:36C'est du soft power.
00:40:39Ceux qui gèrent le mieux,
00:40:40ça,
00:40:41c'est les Marocains.
00:40:42Ils ont remarquables appareils
00:40:44diplomatiques,
00:40:45religieux aussi.
00:40:47Pas seulement par rapport
00:40:48à la France,
00:40:49mais par rapport à l'Afrique.
00:40:51Ils ont des associations,
00:40:52des lieux de formation.
00:40:53et ils forment des imams
00:40:55tout à fait modérés,
00:40:56qui ne posent aucun problème
00:40:58de sécurité,
00:40:59d'ordre public,
00:41:00etc.
00:41:01Mais ça reste un islam consulaire,
00:41:03un islam marocain.
00:41:05Les Turcs,
00:41:05c'est un peu plus compliqué
00:41:06parce que,
00:41:07les Turcs,
00:41:08les Algériens,
00:41:08c'est un peu plus compliqué
00:41:09parce que les relations
00:41:11d'État à État
00:41:12sont un peu plus
00:41:14conflictuelles,
00:41:15souvent.
00:41:16ce qui veut dire
00:41:19qu'il peut y avoir
00:41:21effectivement
00:41:22l'utilisation
00:41:23des réseaux
00:41:23pour faire pression.
00:41:27Tout ça,
00:41:28c'est un problème.
00:41:29L'idée
00:41:29de développer
00:41:30un islam français
00:41:31est évidemment très bonne.
00:41:33Mais qu'est-ce qu'on fait ?
00:41:34Et toutes les tentatives
00:41:35ont échoué,
00:41:36toujours pour la même raison.
00:41:38La loi de 1905
00:41:38ne le permet pas.
00:41:40Il y a eu un cas
00:41:41où ça aurait pu
00:41:44aboutir à quelque chose.
00:41:45C'est en 1999
00:41:46quand le doyen
00:41:49de la faculté protestante
00:41:52de Strasbourg
00:41:53a proposé
00:41:55d'ouvrir
00:41:56une filière
00:41:57de théologie islamique
00:41:58dans le cadre
00:41:59de la faculté
00:42:00et le projet
00:42:01était torpillé
00:42:02par une alliance
00:42:03entre notre
00:42:04premier ministre
00:42:05de l'époque,
00:42:05M. Lionel Jospin,
00:42:07et le cardinal
00:42:07Lustiger.
00:42:08Chacun évidemment
00:42:09pour des raisons
00:42:10différentes.
00:42:11Le cardinal
00:42:12voulait garder
00:42:13l'exclusivité chrétienne,
00:42:17aucune petite
00:42:17tolérance
00:42:18pour le judaïsme.
00:42:20Et M. Jospin
00:42:23était
00:42:23toujours, je suppose,
00:42:25un laïc profond.
00:42:27Mais du coup,
00:42:28ça ne marche pas.
00:42:30Et là,
00:42:32on va même...
00:42:32On essaie
00:42:33de fermer
00:42:34le centre
00:42:35de formation
00:42:35des imams
00:42:36des frères musulmans.
00:42:40Au moins,
00:42:41ils avaient une formation,
00:42:42au moins,
00:42:42on les connaissait,
00:42:43au moins,
00:42:43bon.
00:42:45Mais de toute façon,
00:42:47il y a un autre problème.
00:42:48Très simple.
00:42:49Personne ne veut
00:42:50devenir imam.
00:42:52L'islam
00:42:52a exactement
00:42:53la crise
00:42:53de recrutement
00:42:54qu'a le catholicisme.
00:42:56imam,
00:42:57ce n'est pas
00:42:57une position
00:42:58en France
00:42:58valorisée,
00:43:00ce n'est pas payé.
00:43:02Donc,
00:43:02on a,
00:43:03comme imams,
00:43:04qui sont très souvent
00:43:04autoproclamés,
00:43:06on a soit
00:43:07des autoproclamés,
00:43:08soit des gens
00:43:08nommés par l'étranger,
00:43:10qui sont mal intégrés
00:43:12et qui n'ont pas
00:43:13le prestige
00:43:14qu'on leur attribue,
00:43:15à part quelques personnages
00:43:16charismatiques
00:43:16ici et là.
00:43:17La question
00:43:19du séparatisme,
00:43:23ce n'est pas tellement...
00:43:24Enfin,
00:43:24les salafis
00:43:25sont séparatistes
00:43:26par définition,
00:43:27mais ce n'est pas eux
00:43:28qui tiennent les quartiers.
00:43:29Ce n'est pas eux
00:43:30qui tiennent...
00:43:31Donc,
00:43:31on est
00:43:32dans une vision
00:43:35où
00:43:35on regarde
00:43:36ce qui se passe
00:43:37chez les jeunes
00:43:38d'origine immigrée
00:43:38à travers
00:43:40le prisme
00:43:40de l'islam,
00:43:41de l'islamisme,
00:43:42de la revendication,
00:43:43de la radicalisation
00:43:44islamique.
00:43:45Il y a des phénomènes
00:43:46qui existent,
00:43:46je vais dire ça.
00:43:48Mais on ne voit pas
00:43:48que ça se passe
00:43:49de manière
00:43:50beaucoup plus complexe
00:43:51et là,
00:43:52je reviens
00:43:53sur la question
00:43:54des mairies.
00:43:58Je ne veux pas citer
00:43:59Dreux particulièrement
00:44:00parce que
00:44:01Dreux est trop souvent
00:44:03pris comme
00:44:06mauvais exemple
00:44:07depuis 1983
00:44:09pour d'autres raisons.
00:44:12Mais c'est très intéressant
00:44:13l'évolution de la ville.
00:44:15Mais si on regarde
00:44:16toutes les villes,
00:44:18par exemple
00:44:18la région parisienne,
00:44:19on pourrait peut-être
00:44:19voir du côté
00:44:20de Lyon,
00:44:21etc.
00:44:22Dans toutes les villes,
00:44:23disons,
00:44:23entre 10 000
00:44:24et 80 000 habitants,
00:44:28vous avez
00:44:28une très forte population
00:44:29de gens
00:44:30d'origine immigrée.
00:44:32Je ne dis pas
00:44:32qu'ils sont musulmans,
00:44:33je n'en sais rien.
00:44:35Et ces gens-là
00:44:36ne vivent pas
00:44:37en communauté.
00:44:38Il n'y a pas
00:44:38de communauté musulmane
00:44:39en France.
00:44:40Il y a des musulmans
00:44:41dont le problème
00:44:42est justement
00:44:43qu'ils sont
00:44:43extrêmement divisés.
00:44:44s'il y avait
00:44:45une communauté musulmane
00:44:47en France,
00:44:47on s'en serait aperçu.
00:44:48On aurait l'équivalent
00:44:49du CRIF
00:44:49et on négocierait
00:44:51politiquement
00:44:51avec un leadership
00:44:54reconnu.
00:44:55Il n'y en a pas
00:44:56et il n'y en aura pas.
00:44:57Donc,
00:44:57ce n'est pas la peine.
00:44:59Mais tout maire
00:45:00doit effectivement
00:45:01intégrer
00:45:03cette catégorie
00:45:05d'électeurs.
00:45:06Bien sûr,
00:45:06les élections
00:45:07se jouent souvent
00:45:08à quelques...
00:45:09vous connaissez
00:45:10de ça mieux que moi,
00:45:11mais se jouent souvent
00:45:12à quelques pourcents.
00:45:14Donc,
00:45:14bien entendu,
00:45:15dans une ville
00:45:16dont 20 à 30 %
00:45:17de la population
00:45:17est d'origine immigrée,
00:45:19vous devez forcément
00:45:20avoir des soutiens
00:45:21dans cette population-là.
00:45:22Bon,
00:45:23si c'était une population
00:45:23d'origine arménienne,
00:45:25ça serait exactement
00:45:26un problème.
00:45:26C'est un vieux problème,
00:45:27on connaît ça
00:45:28depuis la création
00:45:30de la démocratie
00:45:32municipale.
00:45:34C'est évident.
00:45:36Et là,
00:45:36vous avez
00:45:37ce que j'ai appelé
00:45:38des relations claniques.
00:45:41Il ne faut pas
00:45:41prendre le terme
00:45:42au sens ethnologique,
00:45:44ça n'a pas de sens.
00:45:45Mais il y a des réseaux,
00:45:47il y a des personnalités,
00:45:49il y a des notables,
00:45:50il y a des gens
00:45:53qui veulent percer,
00:45:55qui veulent se faire élire,
00:45:57évidemment.
00:45:58Donc là,
00:45:59on a toute une politique
00:46:01municipale
00:46:02de concession,
00:46:03des deux côtés,
00:46:06d'ailleurs,
00:46:06des deux côtés.
00:46:09Mais ce n'est jamais
00:46:10les musulmans
00:46:10et les autres.
00:46:12Quand vous regardez
00:46:13du côté qu'on appelle
00:46:14musulmans,
00:46:15vous avez les Marocains,
00:46:17par exemple,
00:46:17les Harkis,
00:46:18les Algériens,
00:46:19les Turcs,
00:46:20et chacune de ces groupes
00:46:22est aussi divisée,
00:46:23bien sûr.
00:46:25Et puis,
00:46:26vous avez des leaders
00:46:27autoproclamés,
00:46:29ou plus exactement,
00:46:30qui cherchent
00:46:30à se faire reconnaître
00:46:31par la municipalité,
00:46:34en apportant éventuellement
00:46:34des voix,
00:46:35avec une demande
00:46:36ensuite de postes.
00:46:38Mais je ne dis pas ça
00:46:39au sens où ça serait
00:46:41des mafias,
00:46:42etc.
00:46:43Je veux dire,
00:46:44quand vous avez
00:46:44une coalition municipale,
00:46:46forcément,
00:46:48le maire doit distribuer
00:46:50les postes d'adjoints,
00:46:53etc.
00:46:54Ce sont des enjeux
00:46:55de visibilité,
00:46:57et puis,
00:46:58en dernier lieu,
00:46:59aussi des enjeux économiques.
00:47:02Or,
00:47:02tout ça,
00:47:03c'est interprété
00:47:03de l'extérieur
00:47:04comme politique
00:47:06d'islamisation.
00:47:07Mais de l'intérieur,
00:47:07c'est beaucoup plus compliqué
00:47:08que ça.
00:47:09Beaucoup plus compliqué
00:47:09que ça.
00:47:12Voilà.
00:47:14Bon,
00:47:14on pourrait…
00:47:17Oui,
00:47:18le dernier point,
00:47:21bon,
00:47:21lutter contre l'islamisme.
00:47:24Bon,
00:47:25évidemment,
00:47:25enfin,
00:47:26si c'est une idéologie
00:47:28politique de prise
00:47:29du pouvoir d'État,
00:47:30bon,
00:47:30bien entendu.
00:47:31Mais c'est comme autrefois
00:47:32on parlait de lutter
00:47:33contre le communisme.
00:47:34Bon,
00:47:34c'est quoi le communisme ?
00:47:36Vous avez des gens
00:47:36qui appelaient à voter
00:47:38contre François Mitterrand
00:47:39au nom de la lutte
00:47:40contre le marxisme.
00:47:41Donc,
00:47:42aujourd'hui,
00:47:42on a l'utilisation
00:47:43de ces étiquettes
00:47:44communisme,
00:47:45marxisme,
00:47:46islamisme,
00:47:48etc.,
00:47:48pour disqualifier
00:47:49des gens
00:47:53qui ont des trajectoires
00:47:54compréhensibles
00:47:56et pas nécessairement
00:47:57répréhensibles.
00:47:59On a le droit
00:48:00de faire la politique,
00:48:01on a le droit
00:48:01de vouloir être
00:48:02Jean-Homère,
00:48:03on a le droit
00:48:03d'être maire,
00:48:04etc.
00:48:05Donc,
00:48:05le problème,
00:48:05c'est qu'on jette
00:48:06la suspicion maintenant
00:48:07sur toutes les personnes
00:48:08en haut d'origine musulmane,
00:48:10sauf ceux qui font
00:48:11un…
00:48:12qui…
00:48:15qui font une espèce
00:48:17d'apostasie,
00:48:18qu'ils ont à se dédouaner,
00:48:21dire qu'ils sont contre,
00:48:23etc.
00:48:23Alors,
00:48:23qu'on soit contre
00:48:24l'islamisme
00:48:25comme idéologie politique,
00:48:26contre le djihadisme,
00:48:27évidemment,
00:48:28ça,
00:48:28ça va de soi.
00:48:29Mais on a le droit
00:48:30d'être croyant.
00:48:31Et ça,
00:48:32on a une difficulté
00:48:33en France
00:48:34à admettre
00:48:35que
00:48:36un homme politique,
00:48:39etc.,
00:48:39puisse être
00:48:41croyant.
00:48:42Donc,
00:48:42le problème
00:48:43qu'a la République,
00:48:44c'est le religieux.
00:48:45C'est cette difficulté
00:48:46que la République
00:48:47à s'ouvrir
00:48:47aux religieux.
00:48:49Et là,
00:48:50je vous parle
00:48:50de l'islam
00:48:51parce que c'est le sujet,
00:48:52mais il y a un grand malaise
00:48:53sur les catholiques aussi.
00:48:54C'est clair.
00:48:58Le protestantisme évangélique
00:49:00fait une percée
00:49:01en France.
00:49:02Alors,
00:49:02ils sont très discrets
00:49:03et ils ne rejoignent pas
00:49:04du tout,
00:49:05disons,
00:49:08les milieux
00:49:09identitaires chrétiens.
00:49:11Point de raison très simple,
00:49:12c'est qu'ils recrutent
00:49:13très largement
00:49:14dans des milieux
00:49:14issus de l'immigration.
00:49:16Donc,
00:49:17ils ont un discours
00:49:17qui est à la fois
00:49:18très conservateur
00:49:20sur le plan des valeurs,
00:49:21bien entendu,
00:49:22mais en même temps,
00:49:24ils sont ouverts
00:49:24sur l'immigration
00:49:25parce que c'est
00:49:26leur lieu de recrutement
00:49:27essentiel.
00:49:29Donc,
00:49:29on n'est pas du tout
00:49:31sur des polarités
00:49:33claires et nettes.
00:49:34On est dans un jeu,
00:49:36on a une France
00:49:37qui se transforme complètement.
00:49:38et ça,
00:49:39c'est évident.
00:49:41Et l'islam
00:49:41fait partie
00:49:42de ces transformations.
00:49:45Voilà,
00:49:45je vais m'arrêter là
00:49:45parce que
00:49:46je pense que...
00:49:48Écoutez,
00:49:49merci,
00:49:50M. Roy,
00:49:51pour ce propos
00:49:52liminaire
00:49:53qui était fourni
00:49:54mais qui était
00:49:55également très nourri
00:49:56et qui,
00:49:57effectivement,
00:49:59éclaire
00:49:59les travaux
00:50:00de notre commission.
00:50:02J'aurais une question
00:50:03avant de laisser ensuite
00:50:04la parole
00:50:04au rapporteur
00:50:05et à mes collègues.
00:50:06vous indiquez
00:50:08que l'entrée
00:50:10entre guillemets
00:50:10des frères musulmans
00:50:12sur le territoire
00:50:13européen
00:50:14date du début
00:50:15des années 80
00:50:16après donc
00:50:18une phase
00:50:18qui avait été
00:50:19dans les pays arabes
00:50:20entre les années 30
00:50:21et les années 70.
00:50:24Est-ce que vous avez
00:50:25un éclairage
00:50:25sur l'écho
00:50:27qu'a cette entrée
00:50:28du frérisme
00:50:30sur le territoire
00:50:32européen
00:50:32et plus particulièrement
00:50:33en France
00:50:33par rapport
00:50:34au paysage politique,
00:50:36par rapport
00:50:36aux mouvements politiques
00:50:37puisque notre commission
00:50:37d'enquête
00:50:38elle est bien
00:50:38sur cette réflexion
00:50:39bien ciblée
00:50:40des mouvements politiques.
00:50:42Vous avez eu
00:50:42effectivement une analyse
00:50:43qui était très intéressante
00:50:44par rapport
00:50:44à des mouvements
00:50:46sociaux,
00:50:49par rapport
00:50:49aux minorités
00:50:50sociologiquement
00:50:52mais d'un point de vue
00:50:53politique,
00:50:55est-ce que
00:50:56vous avez pu
00:50:57observer
00:50:58des accointances,
00:51:01des échos
00:51:01qui étaient soit
00:51:02avec la droite
00:51:02soit avec la gauche
00:51:03ou avec des courants
00:51:05de pensée
00:51:05dans notre pays
00:51:08sur cette arrivée
00:51:09des frères musulmans
00:51:10dans nos territoires ?
00:51:12Non, parce qu'au début
00:51:15la vie politique
00:51:17européenne
00:51:18ne les intéressait pas
00:51:18c'est-à-dire
00:51:19qu'ils se vivaient
00:51:20comme en soutien
00:51:21des frères musulmans
00:51:24des pays arabes
00:51:25ils étaient un peu
00:51:26la diaspora
00:51:27qui soutenait
00:51:27les autres
00:51:28donc ils ne cherchaient
00:51:29pas du tout
00:51:30le conflit
00:51:30évidemment
00:51:31avec les gouvernements
00:51:31européens
00:51:32mais ils ne cherchaient
00:51:32pas non plus
00:51:33à avoir
00:51:34un jeu d'influence
00:51:36la question de l'influence
00:51:38s'est posée
00:51:39ils ont changé
00:51:40de stratégie
00:51:41à la fin des années 90
00:51:42c'est-à-dire
00:51:43quand ils ont
00:51:44dans le fond
00:51:45rompu
00:51:46mais pas rompu
00:51:47quand ils se sont séparés
00:51:50des partis
00:51:52frères musulmans
00:51:53du Moyen-Orient
00:51:55qui ne s'intéressaient
00:51:56pas à eux
00:51:56tout simplement
00:51:57ou qui les voyaient
00:51:58comme des soutiens
00:52:00mais qui ne s'intéressaient
00:52:01pas du tout
00:52:02à la manière
00:52:03dont ils voyaient
00:52:03les choses
00:52:03et là
00:52:04à ce moment-là
00:52:05ils se sont
00:52:05ils ont développé
00:52:07une politique d'influence
00:52:08mais leur politique d'influence
00:52:10a été essentiellement
00:52:10au niveau des institutions
00:52:12et en particulier
00:52:13au niveau de l'Europe
00:52:14c'était ça
00:52:15leur objectif
00:52:18l'Union Européenne
00:52:19c'est se faire reconnaître
00:52:22donc c'était
00:52:23obtenir des concessions
00:52:26sur la visibilité
00:52:27de l'islam
00:52:28encore une fois
00:52:30ils se sont positionnés
00:52:32comme défenseurs
00:52:33d'une minorité
00:52:34et ils ont trouvé
00:52:36comme je disais
00:52:36un écho
00:52:37chez les militants
00:52:38multiculturalistes
00:52:39mais il y a
00:52:39à ma connaissance
00:52:40il n'y a jamais eu
00:52:41de sommet
00:52:42entre un parti politique
00:52:43français
00:52:44et les chefs
00:52:45des frères musulmans
00:52:46pour élaborer
00:52:46une stratégie commune
00:52:47d'autant plus
00:52:49que comme je le dis
00:52:50c'est que leur alliance
00:52:51enfin leur alliance
00:52:51leur jonction
00:52:54est très largement
00:52:55basée sur des malentendus
00:52:56en particulier
00:52:58sur l'ignorance
00:52:59de la religion
00:53:00tout simplement
00:53:02la laïcité
00:53:03des partis
00:53:03des mouvements
00:53:05de gauche
00:53:05de même
00:53:08sur les gens
00:53:09de droite
00:53:09qui ont pu
00:53:10avoir des relations
00:53:12avec les frères musulmans
00:53:13c'est au niveau local
00:53:13les vraies alliances
00:53:16quand il y en a
00:53:16se font au niveau local
00:53:17au niveau municipal
00:53:19je remercie pour la réponse
00:53:23mais je la complète aussi
00:53:24là vous
00:53:25vous avez effectivement
00:53:26une réponse
00:53:27qui part
00:53:28de ce qui se passe
00:53:29du côté
00:53:30des frères musulmans
00:53:31si on se met
00:53:33du côté
00:53:33des formations politiques
00:53:36en France
00:53:37qui ont pu
00:53:38voir arriver
00:53:39effectivement
00:53:40ces mouvements
00:53:42est-ce qu'il y a eu
00:53:44alors je suis tout à fait
00:53:45d'accord
00:53:45avec vous
00:53:47pour dire
00:53:47il n'y a pas eu
00:53:47d'accord
00:53:48bon
00:53:49on est une forme
00:53:49d'alliance
00:53:50entre des partis politiques
00:53:51et des mouvements
00:53:52islamistes
00:53:52mais est-ce que
00:53:54voilà
00:53:54quel a pu être
00:53:55le comportement
00:53:56l'attitude
00:53:58des formations politiques
00:54:00par rapport
00:54:00à cette
00:54:01cette présence
00:54:03dans les territoires
00:54:05est-ce que ça a été
00:54:06pris en compte
00:54:06selon vous
00:54:07est-ce que ça a été
00:54:08intégré
00:54:08d'un point de vue
00:54:10électoral
00:54:11et plus largement
00:54:12aussi d'un point de vue
00:54:12politique
00:54:12bon
00:54:14alors si
00:54:15on veut dire
00:54:15donner les noms
00:54:17LFI
00:54:18voient
00:54:19dans les gens
00:54:20d'origine musulmane
00:54:21un réservoir de voix
00:54:22ça c'est clair
00:54:23c'est très clair
00:54:24mais
00:54:25ils connaissent
00:54:28les conditions sociologiques
00:54:31de
00:54:31de ces lieux
00:54:34de ces circonscriptions
00:54:36ils savent très bien
00:54:37que ce n'est pas
00:54:37les frères musulmans
00:54:37qui vont délivrer
00:54:38les voix
00:54:39parce que les frères musulmans
00:54:40sont pas
00:54:41localement
00:54:43ils ont très peu de poids
00:54:44ils ont très peu de poids
00:54:45localement
00:54:45localement
00:54:46on a affaire
00:54:47au niveau local
00:54:49les imams
00:54:50bon bah vous avez
00:54:50chaque imam
00:54:51travaille pour lui
00:54:52en gros
00:54:53chaque imam
00:54:55est un petit entrepreneur
00:54:56après vous avez
00:54:58des réseaux
00:54:59ce que j'appelle
00:54:59clanique
00:55:00vous avez
00:55:00des
00:55:01des leaders locaux
00:55:04vous avez
00:55:04aussi
00:55:06les relations
00:55:07de solidarité nationale
00:55:10ça c'est marocain
00:55:11algérien
00:55:12etc etc
00:55:13et là
00:55:14les frères musulmans
00:55:15tant que tels
00:55:16ne sont pas
00:55:16des porteurs de voix
00:55:17voilà
00:55:17vous pouvez pas négocier
00:55:19avec un frère musulman
00:55:20qui vous dira
00:55:20moi je t'amène
00:55:21400 voix
00:55:21à tel endroit
00:55:22c'est pas comme ça
00:55:22que ça marche
00:55:23parce que les frères musulmans
00:55:24sont pas
00:55:25encore une fois
00:55:27c'est un parti élitiste
00:55:28c'est un mouvement élitiste
00:55:29ils sont pas vraiment
00:55:31dans
00:55:34en profondeur
00:55:35dans les banlieues
00:55:36alors ils peuvent fournir
00:55:36des cadres
00:55:37bien sûr
00:55:38ils ont des cadres
00:55:39mais
00:55:40et là
00:55:40on a une relation
00:55:41beaucoup plus complexe
00:55:42et ça moi je le vois
00:55:43sur le terrain local
00:55:44les voix musulmanes
00:55:47intéressent beaucoup
00:55:48les partis
00:55:48mais
00:55:49les partis
00:55:51n'ont pas vraiment envie
00:55:52de voir des militants
00:55:54de seconde
00:55:55ou troisième génération
00:55:56demander des postes
00:55:58éligibles
00:55:59et là
00:56:00il y a chaque fois
00:56:00si vous voulez
00:56:02le plafond de verre
00:56:02il existe dans les partis
00:56:04et même dans les partis
00:56:05d'extrême gauche
00:56:06très heureusement
00:56:09vous verrez souvent
00:56:09que le candidat
00:56:11dans un endroit
00:56:12qui est manifestement
00:56:13dans ma ville
00:56:16ça n'est jamais
00:56:17un musulman
00:56:18qui est
00:56:19le tête de liste
00:56:21de l'FI
00:56:21jamais
00:56:22on les prend
00:56:25pour coller les affiches
00:56:26pour amener les voix
00:56:27mais quand il s'agit
00:56:28d'être dans les postes
00:56:29éligibles
00:56:29là
00:56:30on garde
00:56:32les militants
00:56:33traditionnels
00:56:34on récompense
00:56:34le militant
00:56:35traditionnel
00:56:35de ses 12 ou 20 ans
00:56:36de militantisme
00:56:37merci pour votre
00:56:40donc il y a des tentations
00:56:41oui
00:56:41mais ça se heurte
00:56:43à un fonctionnement
00:56:44des partis
00:56:45qui n'est pas idéologique
00:56:46là
00:56:46qui est carriériste
00:56:47disons
00:56:48d'accord
00:56:49merci pour votre réponse
00:56:51je laisse la parole
00:56:52au rapporteur
00:56:53pour ces questions
00:56:53merci beaucoup
00:56:57monsieur Roy
00:56:57pour votre propos
00:56:58liminaire
00:56:59tout à fait passionnant
00:57:00ça me rappelait
00:57:01pour une partie
00:57:02les propos
00:57:03du président
00:57:04Sarkozy
00:57:05qui voulait mettre en place
00:57:06un islam
00:57:07de France
00:57:08et non pas un islam
00:57:09en France
00:57:09et qu'on voit
00:57:10qu'on essaye
00:57:10d'organiser
00:57:11le culte musulman
00:57:13on se rend très vite compte
00:57:13que ça se heurte
00:57:15évidemment
00:57:15à nos gros principes
00:57:16républicains
00:57:17au fait que l'état
00:57:18n'a pas intervenir
00:57:18là dedans
00:57:19notamment
00:57:19du fait de la loi
00:57:20de 1905
00:57:21et c'est un vrai débat
00:57:22néanmoins
00:57:23la commission
00:57:25qui nous réunit
00:57:26porte sur les liens
00:57:27éventuellement existants
00:57:29entre les partis
00:57:29politiques
00:57:30et les mouvances
00:57:31islamistes
00:57:32et ou terroristes
00:57:34nous avons auditionné
00:57:36plusieurs auteurs
00:57:37plusieurs de vos collègues
00:57:38aussi
00:57:39préalablement
00:57:40je pense à Omar Youssef
00:57:41Souleiman
00:57:42à Nora Bussini
00:57:43à Emmanuel Razavis
00:57:45qui sont issus
00:57:47de pays
00:57:49comme la Syrie
00:57:50et l'Iran
00:57:50et qui alertent
00:57:53sur les ingrédients
00:57:55qui voient
00:57:57venir en France
00:57:58qu'ils ont connus
00:57:59dans leur pays d'origine
00:58:00et qui ont amené
00:58:02les islamistes
00:58:03au pouvoir
00:58:04il les voit
00:58:05notamment
00:58:06à travers
00:58:06les manifestations
00:58:08récentes
00:58:09qui ont été
00:58:10quand même
00:58:10assez nombreuses
00:58:11pour défendre
00:58:12la cause
00:58:13palestinienne
00:58:14avec la présence
00:58:16dans ces manifestations
00:58:17de différentes associations
00:58:19comme Urgence Palestine
00:58:20Perspective Musulmane
00:58:22ou Sémidoun
00:58:23qui sont
00:58:23cette association
00:58:24est d'ailleurs interdite
00:58:25dans plusieurs pays
00:58:27comme le Pays-Bas
00:58:27ou l'Allemagne
00:58:29ou encore
00:58:29les Etats-Unis
00:58:30et ces manifestations
00:58:33auxquelles ont participé
00:58:34des acteurs publics
00:58:37importants
00:58:38notamment
00:58:38des parlementaires
00:58:40d'extrême-gauche
00:58:41et ils y voient là
00:58:42des connivences
00:58:42dangereuses
00:58:43qui pourraient
00:58:45entraîner la France
00:58:46vers une islamisation
00:58:47et vers ce qui s'est passé
00:58:49en Iran
00:58:50ou en Syrie
00:58:50voilà un petit peu
00:58:52leur constat
00:58:53eux
00:58:53ils tirent la sonnette
00:58:54d'alarme
00:58:54par rapport à ça
00:58:55est-ce que vous partagez
00:58:56vous
00:58:57leur constat
00:58:58ou est-ce que vous
00:58:59considérez finalement
00:59:00la présence d'élus
00:59:01dans le cadre
00:59:02de ces manifestations
00:59:03pour défendre
00:59:04la cause
00:59:04palestinienne
00:59:05comme
00:59:06une présence
00:59:08par pur électoralisme
00:59:09pour aller récupérer
00:59:10un électorat musulman
00:59:11non
00:59:13c'est une présence
00:59:14de conviction
00:59:15mais de conviction
00:59:16par rapport à la Palestine
00:59:17pas par rapport à l'islam
00:59:18bon
00:59:19vous avez
00:59:19une mobilisation
00:59:20pro-palestinienne
00:59:21en France
00:59:22et en Europe
00:59:22je suis en Italie
00:59:23c'est encore plus
00:59:23fort qu'en France
00:59:26ça n'est pas
00:59:27ça n'a rien à voir
00:59:28avec l'islamisation
00:59:29alors on peut se poser
00:59:31la question
00:59:32savoir pourquoi
00:59:32la cause palestinienne
00:59:34mobilise autant
00:59:35alors qu'il y a
00:59:35d'autres guerres
00:59:37dans le monde
00:59:40mais ça
00:59:41c'est
00:59:41la cause palestinienne
00:59:43mobilisée autant
00:59:45dans les années 70
00:59:46alors qu'à l'époque
00:59:46c'était
00:59:47l'OLP
00:59:48c'était
00:59:48une cause
00:59:49plutôt marxiste
00:59:50léniniste
00:59:51marxiste
00:59:51extrême gauche
00:59:52et ça
00:59:53et c'est pas une cause
00:59:54spécialement islamiste
00:59:55maintenant
00:59:56on peut soutenir
00:59:58la cause palestinienne
00:59:59sans défendre
01:00:01le Hamas
01:00:02il n'y a pas de
01:00:02bon il y en a
01:00:03qui font les deux
01:00:04on est d'accord
01:00:04qui défendent le Hamas
01:00:05et la cause palestinienne
01:00:07mais donc
01:00:07je vois pas en quoi
01:00:08des manifestations
01:00:09pro-palestiniennes
01:00:11serait le prodrome
01:00:12à l'islamisation
01:00:13de la France
01:00:13ça me paraît
01:00:14complètement
01:00:14fantasmagorique
01:00:15surtout quand on parle
01:00:16de l'Iran
01:00:17alors l'Iran
01:00:18je connais bien
01:00:18je parle persan
01:00:19j'ai beaucoup été
01:00:20en Iran
01:00:21les Iraniens
01:00:22n'ont jamais été
01:00:23intéressés par
01:00:23l'islamisation
01:00:24de la France
01:00:24c'est pas leur problème
01:00:25ils ont une stratégie
01:00:27d'influence
01:00:28qui est beaucoup
01:00:29plus traditionnelle
01:00:30si je peux dire
01:00:31placer des agents
01:00:33éventuellement
01:00:34ils ont utilisé
01:00:34le terrorisme
01:00:35ça c'est clair
01:00:36mais ils n'ont
01:00:39jamais
01:00:39les Iraniens
01:00:40par exemple
01:00:40n'ont jamais fait
01:00:41de propagande
01:00:44dans les banlieues
01:00:44ça ne les intéresse pas
01:00:45ils ont
01:00:46même jusqu'à dire
01:00:47qu'ils ont plutôt
01:00:48un mépris profond
01:00:49pour ces banlieues là
01:00:53donc
01:00:54s'il y a des stratégies
01:00:57d'islamisation
01:00:58parce que
01:00:59je doute
01:01:00enfin
01:01:00ça dépend
01:01:02ce qu'on appelle
01:01:02l'islamisation
01:01:03mais bon
01:01:03ça ne passe pas
01:01:04par les manifestations
01:01:05pro-Gaza
01:01:06ça c'est clair
01:01:07merci
01:01:11alors qu'il y ait
01:01:12d'autres motivations
01:01:13pour faire des manifestations
01:01:14pro-Gaza
01:01:15ça c'est possible
01:01:16là je ne réponds
01:01:17que sur la question
01:01:17de l'islamisation
01:01:18merci beaucoup
01:01:21donc vous parlez
01:01:22de l'Iran
01:01:22donc
01:01:24ces auteurs
01:01:25ont mis aussi
01:01:26pas mal en avant
01:01:26une présence
01:01:28iranienne
01:01:29notamment dans
01:01:30nos universités
01:01:31où il y aurait
01:01:32certains étudiants
01:01:33iraniens
01:01:34qui viendraient
01:01:34en France
01:01:35pour propager
01:01:37une certaine
01:01:38idéologie
01:01:39islamiste
01:01:40pour le coup
01:01:40des étudiants
01:01:42qu'on retrouve
01:01:43aussi
01:01:44dans ces manifestations
01:01:45quelque part
01:01:46qu'est-ce que
01:01:47vous en pensez
01:01:48est-ce que vous pensez
01:01:48que l'Iran
01:01:50a vraiment
01:01:50une volonté
01:01:51d'ingérence
01:01:51dans nos universités
01:01:53françaises
01:01:53non
01:01:55enfin
01:01:56pas au sens
01:01:56politique
01:01:57et religieux
01:01:57par contre
01:01:58donc les Iraniens
01:01:59aient envoyé
01:01:59des étudiants
01:02:00dans des centres
01:02:02dans des institutions
01:02:03de physique nucléaire
01:02:04par exemple
01:02:05des choses comme ça
01:02:05oui
01:02:05ça on le sait
01:02:06c'est ça
01:02:08qui intéresse
01:02:08l'Iran
01:02:09c'est
01:02:10l'infiltration
01:02:11dans les secteurs
01:02:14du nucléaire
01:02:15de la défense
01:02:17des trucs là
01:02:17c'est assez
01:02:18traditionnel
01:02:19l'islamisation
01:02:20des étudiants
01:02:21de France
01:02:21ils n'ont rien à faire
01:02:22ce qui les intéressait
01:02:24c'est d'avoir
01:02:25des relais
01:02:28politiques
01:02:29disons
01:02:32des hommes politiques
01:02:33ils ont échoué
01:02:35ça n'a jamais
01:02:36l'Iran n'a jamais
01:02:39réussi à avoir
01:02:39le type d'influence
01:02:40que la Russie
01:02:41par exemple
01:02:42a pu
01:02:43ou la Syrie
01:02:44la Syrie
01:02:45a joué
01:02:48un jeu
01:02:49d'influence
01:02:50en particulier
01:02:51entre autres
01:02:52chez les députés
01:02:52les Iraniens
01:02:55ont essayé
01:02:56mais n'ont jamais
01:02:56réussi
01:02:57de ce côté là
01:02:58et les Iraniens
01:03:02ne s'entendent pas
01:03:02du tout
01:03:02qu'elles sont musulmans
01:03:03depuis 80
01:03:06depuis que les frères
01:03:07musulmans
01:03:07se sont mis
01:03:08du côté
01:03:08de Saddam Hussein
01:03:09les relations
01:03:11n'ont jamais
01:03:12été bonnes
01:03:12entre Iraniens
01:03:13et frères musulmans
01:03:14Merci M. Roy
01:03:17Vous avez décrit
01:03:18dans vos travaux
01:03:19la concurrence
01:03:20entre salafistes
01:03:21et frères musulmans
01:03:22au Moyen-Orient
01:03:23les premiers
01:03:24poussant les seconds
01:03:24à la surenchère
01:03:25dans l'islamisation
01:03:26observez-vous
01:03:27un phénomène
01:03:28similaire en France
01:03:29traduisant par
01:03:30la radicalisation
01:03:31des mouvements
01:03:31salafistes
01:03:32ou fréristes
01:03:32Alors
01:03:36ils sont en concurrence
01:03:37d'influence
01:03:39mais
01:03:40en France
01:03:42ils ne sont pas
01:03:42dans la surenchère
01:03:43parce qu'ils ne sont
01:03:43pas dans le même
01:03:44milieu
01:03:44en Égypte
01:03:46oui
01:03:46parce qu'il y a
01:03:47avec les élections
01:03:48en Égypte
01:03:49en Tunisie
01:03:50quand les salafis
01:03:52ont décidé
01:03:52en Égypte
01:03:53d'aller aux élections
01:03:56oui
01:03:56alors là
01:03:56il y a eu
01:03:57une vraie concurrence
01:04:00et
01:04:00les salafis
01:04:01ont poussé
01:04:02les frères musulmans
01:04:03à
01:04:04soutenir
01:04:05la charia
01:04:06ce qu'ils ne voulaient
01:04:07pas vraiment faire
01:04:08ce qui leur a fait perdre
01:04:08leurs électeurs modérés
01:04:09et au dernier moment
01:04:10les salafis
01:04:11sont passés
01:04:11c'est du côté du Maréchal Sisi
01:04:13bon
01:04:13donc on voit que
01:04:13c'est pas une question
01:04:15purement idéologique
01:04:16en France
01:04:17non d'abord
01:04:18les salafis
01:04:19ça veut pas dire grand chose
01:04:20on a des imams salafis
01:04:22le salafis
01:04:24c'est des petites mosquées
01:04:25c'est des petits entrepreneurs
01:04:27idéologiques
01:04:28qui travaillent
01:04:30qui travaillent dans leur quartier
01:04:31qui travaillent dans leur
01:04:32dans le milieu où ils sont
01:04:35et qui n'ont pas de visée nationale
01:04:37ça n'intéresse pas
01:04:37parce que pour eux
01:04:38le jeu politique français
01:04:40c'est haram
01:04:40c'est un bon musulman
01:04:42il ne doit pas y participer
01:04:43donc ils sont dans
01:04:45deux espaces différents
01:04:46je dirais
01:04:47en France
01:04:49et d'autre part
01:04:50on a une crise du salafisme
01:04:51d'abord parce que
01:04:52comme tous ces systèmes
01:04:53qui sont
01:04:54strictement
01:04:55d'orthopraxie
01:04:57où il faut
01:04:57que toute sa vie entière
01:04:59soit dominée
01:05:00la vie quotidienne
01:05:01par des pratiques
01:05:02normatives
01:05:03etc
01:05:03ça tient quelques années
01:05:05mais
01:05:06bon
01:05:07on voit très très bien
01:05:09comment le passage
01:05:10aux salafis
01:05:11chez beaucoup de jeunes
01:05:11est une période
01:05:13et puis qu'après
01:05:13bon
01:05:14ils abandonnent
01:05:15plus ou moins
01:05:16et puis aussi
01:05:17on a le changement
01:05:17de l'Arabie Soudite
01:05:18c'est à dire que
01:05:20les lieux
01:05:21de
01:05:22formation
01:05:24et de
01:05:25publication
01:05:26etc
01:05:26Mohamed Ben Salman
01:05:30a coupé les livres
01:05:31ça c'est pas du
01:05:32baratin
01:05:32on le voit très très bien
01:05:34sur les terrains
01:05:36maintenant
01:05:38c'est très difficile
01:05:40pour un jeune
01:05:40d'obtenir une bourse
01:05:42et d'aller faire
01:05:43trois ans d'études
01:05:43de salafisme
01:05:44tout frais payé
01:05:45à Médine
01:05:46ou à l'Amec
01:05:47donc maintenant
01:05:49pour être salafiste
01:05:50il faut
01:05:51pour rester salafiste
01:05:52il faut accepter
01:05:53de rester un peu
01:05:53dans la pauvreté
01:05:54ça n'est plus
01:05:54un moyen
01:05:56je dirais
01:05:56de promotion
01:05:57ça n'est plus
01:05:58une carrière
01:05:58d'être salafiste
01:05:59et encore une fois
01:06:02il y a
01:06:03un salafiste
01:06:04qui se
01:06:05mord un peu
01:06:06la queue
01:06:06beaucoup de jeunes
01:06:09en sort
01:06:09c'est un lieu
01:06:10de passage
01:06:10je dirais
01:06:11le salafisme
01:06:11entre parenthèses
01:06:12pour beaucoup
01:06:13d'intellectuels
01:06:13les frères musulmans
01:06:14sont aussi
01:06:15un lieu de passage
01:06:15comme autrefois
01:06:18on faisait
01:06:18un petit passage
01:06:19chez les gauchistes
01:06:20ou au parti communiste
01:06:23dans les années 50
01:06:24maintenant
01:06:25on a ce phénomène
01:06:26qui touche aussi
01:06:27salafistes
01:06:28et frères musulmans
01:06:29mais encore une fois
01:06:30les salafis
01:06:31ne sont pas
01:06:31dans une stratégie
01:06:32nationale
01:06:34ça ne les intéresse pas
01:06:36ils sont
01:06:36séparatistes
01:06:38ils sont
01:06:38dans la constitution
01:06:39de
01:06:40des endroits
01:06:42où on peut vivre
01:06:42entre salafis
01:06:43alors justement
01:06:47pour parler
01:06:48des élections locales
01:06:49et notamment
01:06:49des élections municipales
01:06:51s'agissant
01:06:53du clientélisme
01:06:54vous avez déclaré
01:06:55cette année
01:06:55qu'il y avait bien
01:06:56je vous cite
01:06:56un clientélisme électoral
01:06:57qui se développe
01:06:58dans les villes
01:06:59à forte population musulmane
01:07:01mais les acteurs
01:07:01ne sont pas
01:07:02frères musulmans
01:07:03vous considérez ainsi
01:07:04qu'il s'agit
01:07:05d'un clientélisme
01:07:06clanique
01:07:06et non religieux
01:07:07pourriez-vous revenir
01:07:08sur cette analyse
01:07:09ce clientélisme
01:07:10vous semble-t-il
01:07:11de nature
01:07:12à favoriser
01:07:12l'influence
01:07:13islamiste
01:07:14notamment
01:07:14donc à l'occasion
01:07:15des futures
01:07:16élections municipales
01:07:17de 2026
01:07:17pas l'influence
01:07:20islamiste
01:07:21au sens idéologique
01:07:22puisque encore une fois
01:07:23pour moi
01:07:23c'est pas ça
01:07:24la stratégie
01:07:25des frères musulmans
01:07:27mais
01:07:27qu'est-ce qui se passe
01:07:29au niveau local
01:07:30et bien
01:07:31on fait des petits compromis
01:07:32je veux dire
01:07:33bon
01:07:33combien de fois
01:07:36j'ai vu
01:07:36des parlementaires
01:07:38dénoncer
01:07:39l'islamisation
01:07:41de la France
01:07:41quand ils sont
01:07:42au palais
01:07:42bourbons
01:07:43et quand ils
01:07:44reviennent
01:07:44dans leur ville
01:07:45ils donnent
01:07:46un coup de main
01:07:46à la mosquée
01:07:47du coin
01:07:47ce que j'approuve
01:07:49d'ailleurs
01:07:50parce que
01:07:51les musulmans
01:07:53sont des citoyens
01:07:53comme les autres
01:07:54et il y a une demande
01:07:56de religieux
01:07:58il y a une demande
01:07:59de pouvoir pratiquer
01:08:00sa religion
01:08:01alors évidemment
01:08:02dans un état laïque
01:08:02ça pose des
01:08:03mais sur la question
01:08:05des menus
01:08:05dans les écoles
01:08:06les compromis
01:08:07par exemple
01:08:08sont pas de menus
01:08:09halal
01:08:09mais bon
01:08:10on va faire
01:08:10un menu
01:08:10végétarien
01:08:11en s'alliant
01:08:13cette fois
01:08:13avec les végans
01:08:14et les autres
01:08:15donc vous avez
01:08:17toute une pratique
01:08:18comme ça
01:08:18locale
01:08:19des maires
01:08:20où ils font
01:08:20leur boulot
01:08:21c'est à dire
01:08:22dans le fond
01:08:22faire en sorte
01:08:23que les citoyens
01:08:25soient contents
01:08:26là je vous renvoie
01:08:27aux travaux
01:08:27de Arnaud Lacheret
01:08:29qui était élu
01:08:31les républicains
01:08:32dans la banlieue
01:08:33de Lyon
01:08:35et qui fait
01:08:36des analyses
01:08:37très intelligentes
01:08:37sur la gestion
01:08:40de cette demande
01:08:40du religieux
01:08:41par des musulmans
01:08:44croyants
01:08:44et pratiquants
01:08:45merci
01:08:50comment les pouvoirs
01:08:52publics peuvent-ils
01:08:52lutter efficacement
01:08:53selon vous
01:08:54contre l'islamisme
01:08:55tout en préservant
01:08:56toute confusion
01:08:57avec l'islam
01:08:58et toute stigmatisation
01:08:59des musulmans
01:09:00avez-vous connaissance
01:09:02d'exemples étrangers
01:09:03de lutte efficace
01:09:04contre la diffusion
01:09:04de cette idéologie
01:09:05mise en oeuvre
01:09:06dans des pays proches
01:09:07de la France
01:09:08notamment ?
01:09:10comme je dis
01:09:11depuis le début
01:09:11l'islamisme
01:09:12comme idéologie politique
01:09:13ne fonctionne pas
01:09:14en Europe
01:09:15alors évidemment
01:09:16c'est un peu délicat
01:09:18de chercher
01:09:21comment lutter contre
01:09:22les
01:09:23les pratiques
01:09:25les
01:09:26stratégies
01:09:27c'est un grand terme
01:09:28mais enfin
01:09:29les objectifs
01:09:30des
01:09:31groupes
01:09:32comme les frères musulmans
01:09:32ne sont pas
01:09:33les objectifs
01:09:34d'islamisation
01:09:34de l'État
01:09:35la prise du pouvoir
01:09:36etc.
01:09:37ils sont
01:09:37des stratégies
01:09:39d'affirmer
01:09:40un multiculturalisme
01:09:44de se présenter
01:09:45comme
01:09:45de transformer
01:09:47en gros
01:09:48les musulmans
01:09:49minorité
01:09:50ethnique
01:09:51qui seraient
01:09:52reconnus
01:09:52par l'État
01:09:53bon
01:09:53alors
01:09:54à ce moment-là
01:09:55il faut
01:09:56effectivement
01:09:57s'opposer
01:09:57au multiculturalisme
01:09:58c'est-à-dire
01:10:00à une identité
01:10:02collective
01:10:02mais en même temps
01:10:03si on veut
01:10:04s'y opposer
01:10:05efficacement
01:10:05il faut
01:10:07ouvrir l'espace
01:10:10à la pratique
01:10:11religieuse
01:10:11individuelle
01:10:12voilà
01:10:12c'est-à-dire
01:10:13pour contrer
01:10:15la politisation
01:10:17d'une religion
01:10:18il ne faut pas
01:10:19attaquer
01:10:20la religion
01:10:20ce qu'on fait
01:10:21de fait
01:10:21sans le dire
01:10:22bien sûr
01:10:23il faut au contraire
01:10:25trouver un dialogue
01:10:26avec les religieux
01:10:28des gens
01:10:28qui sont religieux
01:10:29sur une base
01:10:30strictement religieuse
01:10:31bon
01:10:32si on stigmatise
01:10:34tout ce qui est
01:10:35mis en avant
01:10:36d'une pratique
01:10:38ou d'un signe
01:10:38religieux
01:10:39on va évidemment
01:10:40soit exclure
01:10:41soit radicaliser
01:10:42donc la question
01:10:45c'est l'intégration
01:10:46des pratiques
01:10:49d'une nouvelle religion
01:10:50en Europe
01:10:50dans le cadre national
01:10:52et après
01:10:54le voile
01:10:55pose pas du tout
01:10:56les mêmes problèmes
01:10:57en Angleterre
01:10:57qu'en France
01:10:58avant en Angleterre
01:11:00vous avez des policières
01:11:00voilées
01:11:01en France
01:11:01on n'imagine pas
01:11:02un instant
01:11:02qu'il pourrait y avoir
01:11:04une policière voilée
01:11:05mais c'est
01:11:07pas seulement
01:11:08de l'islamophobie
01:11:09en France
01:11:10c'est la religiophobie
01:11:11en 1950
01:11:14vous aviez des députés
01:11:16en soutane
01:11:16le chat de Wankir
01:11:18et tout
01:11:18maintenant
01:11:19ça serait amusant
01:11:21de voir si un député
01:11:22se présentait en soutane
01:11:24ce qui se passerait
01:11:25merci monsieur Roy
01:11:31merci monsieur le rapporteur
01:11:32je vais laisser
01:11:33la parole
01:11:34à notre collègue
01:11:35Caroline Diedon
01:11:36pour une question
01:11:36oui je vous remercie
01:11:39merci monsieur Roy
01:11:40pour toutes
01:11:41ces explications
01:11:42j'ai une question
01:11:43très simple
01:11:44un peu à côté
01:11:44je voulais savoir
01:11:46dans le cadre
01:11:47de votre enseignement
01:11:50et dans vos suivis
01:11:51de recherche
01:11:52est-ce que vous vous heurtez
01:11:54à des difficultés
01:11:55particulières
01:11:56du fait du
01:11:56du sujet
01:11:58qui est le vôtre
01:12:00donc cette étude
01:12:01de cette idéologie
01:12:03islamiste
01:12:04comme certains
01:12:05de vos confrères
01:12:06ont pu nous le signaler
01:12:07que ce soit
01:12:08Florence Bergeau-Blacler
01:12:10ou même
01:12:11Gilles Tepel
01:12:11dans un autre
01:12:12dans un autre endroit
01:12:15voilà
01:12:16est-ce que vous avez
01:12:17des difficultés particulières
01:12:18ou est-ce que des étudiants
01:12:19qui voudraient
01:12:20éventuellement étudier
01:12:21avec vous
01:12:21se heurte
01:12:22à des difficultés
01:12:24tant en termes
01:12:24de crédit de recherche
01:12:25qu'en termes
01:12:26de menaces éventuelles
01:12:27je dirais
01:12:31ni l'un ni l'autre
01:12:32mais
01:12:32bon
01:12:33j'étais professeur
01:12:34de lycée
01:12:35pendant 8 ans
01:12:36et j'ai lu
01:12:39bon
01:12:39il y a longtemps
01:12:41aucun
01:12:43il y avait des tensions
01:12:44bien entendu
01:12:45j'étais professeur
01:12:46de philosophie
01:12:47bon
01:12:47et donc
01:12:47j'organisais des débats
01:12:48je crois que c'est ça
01:12:51le
01:12:51question essentielle
01:12:53après
01:12:53à l'université
01:12:54c'est différent
01:12:55parce qu'on a des étudiants
01:12:56non
01:12:59il y a toujours
01:13:00de la contestation
01:13:00bien sûr
01:13:01c'est normal
01:13:01il n'y aurait pas de contestation
01:13:03chez les jeunes
01:13:04on serait un peu
01:13:05surpris
01:13:06et même inquiet
01:13:07j'ai été attaqué
01:13:09par écrit
01:13:10c'est-à-dire des gens
01:13:11qui ont écrit
01:13:11contre ce que je disais
01:13:12etc
01:13:12mais ça aussi
01:13:13ça fait partie
01:13:14de la vie intellectuelle
01:13:15il n'y a pas de
01:13:16crédit de recherche
01:13:21moi les seuls crédits
01:13:21de recherche
01:13:22que j'ai obtenu
01:13:22c'est pour travailler
01:13:23sur le christianisme
01:13:24donc je ne suis pas
01:13:25je ne suis pas un bon exemple
01:13:28très bien
01:13:32écoutez
01:13:33M. Roy
01:13:33il me reste
01:13:34au nom du rapporteur
01:13:36de mes collègues
01:13:36à vous remercier
01:13:37pour ces échanges
01:13:38vous pouvez les compléter
01:13:40par écrit
01:13:41en répondant
01:13:43au questionnaire
01:13:43qui vous avait été
01:13:44adressé
01:13:45puis également
01:13:45à la lumière
01:13:46de nos échanges
01:13:47ce soir
01:13:47si vous n'avez rien
01:13:49à ajouter
01:13:50non
01:13:53je vous remercie
01:13:54de m'avoir écouté
01:13:55et bien c'est nous
01:13:55qui vous remercions
01:13:56mes chers collègues
01:13:57je vous remercie
01:13:57nous reprendrons
01:13:58nos travaux
01:13:59demain à 14h
01:14:01bonne soirée
01:14:02merci
01:14:02merci M. Roy
01:14:03au revoir
01:14:27merci M. Roy
01:14:31merci M. Roy
01:14:35merci M. Roy
01:14:37merci M. Roy
01:14:39merci M. Roy
01:14:41merci M. Roy
01:14:43merci M. Roy
01:14:45merci M. Roy
Commentaires