00:00Votre invité, Alexandra Ben Saïd, est le maire LR de Cannes.
00:03Bonjour et bienvenue David Lysnard.
00:05Merci, bonjour.
00:06Alors ce qui se joue à l'Assemblée autour du budget, c'est une terre inconnue, pas de majorité, pas de 49-3.
00:11Les socialistes se sont placés au centre du jeu, ils ont obtenu la suspension de la réforme des retraites.
00:16Maintenant c'est le bras de fer sur la taxe Zuckmann.
00:19Ce matin, Bruno Retailleau, le patron des LR, dit que c'est le PS qui gouverne en réalité.
00:24La menace bien sûr, c'est la censure, voire la dissolution.
00:27Qu'en pensez-vous ? Est-ce qu'il faut un budget à tout prix ?
00:31Non, la réponse est dans la question.
00:34Il ne faut pas un budget à tout prix.
00:36Comme quoi qu'il en coûte est devenu n'importe quoi qu'il en coûte.
00:39Comme lorsque j'entendais un ministre Ria disait que cotiser était la condition du travail.
00:46Tout ça c'est orwellien, c'est évidemment faux.
00:50Le parti socialiste joue bien, il a des convictions.
00:52Je pense qu'il pense sincèrement que la réforme des retraites est une mauvaise réforme.
00:55Moi je ne suis pas d'accord avec ça.
00:55Ils sont très minoritaires, ils ont réussi à imposer leur point de vue.
01:00Bravo à eux.
01:00Mais on est tellement loin, pour moi, de l'intérêt du pays
01:03qu'on assiste à la déliquescence à la fois de ce qu'on a appelé le macronisme
01:08qui est une impuissance, une impuissance publique.
01:11Mais parallèlement, je crois qu'on est à la fin de cycles beaucoup plus longs.
01:14La fin de l'européanisation du monde depuis la renaissance, mais on n'a pas le temps de l'évoquer ici.
01:19Et la fin de l'état-providence.
01:20C'est-à-dire qu'on continue de faire croire qu'on peut avoir un modèle de développement
01:23qui est celui des Trente Glorieuses, là où on faisait beaucoup d'enfants,
01:26là où il y avait de la croissance économique, là où il y avait une immigration de travail,
01:29pas de peuplement.
01:30Tout ça, c'est obsolète.
01:31Et c'est pour ça, je pense qu'on assiste aux derniers sous-brosseaux
01:35et aux crépuscules de plusieurs cycles et qu'il faut vraiment une rupture très profonde.
01:40Donc est-ce que vous pensez que LR pourrait ne pas chercher le compromis à tout prix,
01:44que cette stabilité coûte trop cher ?
01:47Laurent Wauquiez, le patron du groupe LR à l'Assemblée,
01:50décrivait après la déclaration de politique générale
01:53les risques pour le pays si ce budget n'était pas voté.
01:56C'est aggraver le déficit déjà le plus élevé de la zone euro ?
01:59C'est nous mettre dans la main des créanciers ?
02:01C'est geler les moyens dédiés à l'hôpital, à la santé ?
02:03Voilà, il dressait un tableau apocalyptique.
02:06Donc encore une fois, entre Wauquiez et Retailleau, qu'est-ce qu'il faut faire ?
02:09Un tableau apocalyptique, mais sans avoir voté la censure.
02:13Si c'est l'apocalypse, on ne peut pas être complice de l'apocalypse.
02:15Enfin, à la vie, il faut être cohérent.
02:17Et donc moi, je dis, notamment avec mon parti Nouvelle Énergie, depuis longtemps,
02:21qu'on se doit de proposer une alternative.
02:24Oui, mais sur la censure, David Lissna, est-ce qu'il faut envisager de la voter ?
02:28Est-ce qu'on peut être clair ce matin ?
02:29Oui, oui, oui. Enfin, pour moi, oui, oui, il n'y a aucun problème.
02:31Si vous voulez, ce qui est appelé stabilité, vous remarquez, ne correspond qu'à la stabilité des postes.
02:38C'est la lutte des places.
02:39Non, c'est pour avoir un budget. Ma question, c'est, est-ce qu'il faut avoir un budget à tout prix ?
02:44Il faut toujours avoir un budget.
02:45Le budget, ce n'est pas comme une entreprise pour la puissance publique,
02:48c'est ce qui permet d'engager les recettes et les dépenses.
02:51Mais la Constitution permet d'avoir un budget, y compris s'il y a une censure,
02:55y compris par la loi spéciale ou par les ordonnances, etc.
02:57Et donc, ce que je veux vous dire, c'est qu'on nous sort le mantra de la stabilité
03:02en créant l'instabilité totale, l'instabilité fiscale par le délire fiscaliste qu'il y a actuellement,
03:09l'instabilité sociale, y compris en revenant sur la seule réformette,
03:12mais absolument nécessaire, qui était celle des retraites.
03:15Donc, tout devrait être instable, sauf ceux qui sont au pouvoir.
03:20Il faut que tout change pour que rien ne change.
03:21C'est le guépard, quoi.
03:22Alors, vous êtes ce dirigeant de LR ce matin qui dit qu'on peut envisager la censure.
03:26En tout cas, ce n'est vraiment pas à n'importe quel prix.
03:28Parlons de la taxe Zuckman, justement.
03:30Il y a longtemps. On en parle beaucoup.
03:31En tout cas, chez vous.
03:32Sébastien Lecornu, on en parle aussi dans le Figaro, par exemple, ce matin.
03:35C'est à la une.
03:37Sébastien Lecornu a assuré hier au député LR que pour rien au monde,
03:41il n'accepterait de toucher au patrimoine professionnel.
03:43Il a ajouté « Il ne faut pas que les compromis soient des compromissions ».
03:46Est-ce que vous le trouvez fin stratège, ce Premier ministre ?
03:48Est-ce qu'il vous rassure ?
03:49Je ne sais pas. Je ne suis pas capable de lire le lecornisme.
03:54Je comprends sa déclaration.
03:55En revanche, ce que je sais, c'est qu'il disait avec autant d'emphase et autant de gravité
03:59la même chose sur la réforme des retraites et qu'ils se sont rassis dessus.
04:03Donc, Sébastien Lecornu ne vous rassure pas.
04:07Mais sur le fond, est-ce qu'il faut les taxer, ces ultra-riches, ces 0,002%
04:14qui ne paient pas le même montant d'impôt en proportion que vous et moi ?
04:17N'est-ce pas ?
04:17On avait le patron de Doctolib hier qui disait
04:20« Cet argent, ça ne sert à rien d'en avoir autant pour vivre ».
04:24Oui, c'est certainement vrai.
04:25Alors, est-ce qu'il faut faire quelque chose ou pas ?
04:26Je suis tellement loin de tout cela que j'imagine que ça ne sert à rien.
04:29Moi, ce que je sais, c'est que pour moi, c'est du détournement d'opinion.
04:32C'est-à-dire qu'on a focalisé le débat sur la taxation sur le patrimoine,
04:37y compris le patrimoine professionnel, ce qui est absurde dans le pays, notre pays, la France,
04:41qui a le record du monde des prélèvements obligatoires,
04:43où les impôts de production, sur ce qu'on appelle le capital,
04:48c'est-à-dire l'investissement, sont les plus élevés de l'OCDE.
04:52Donc, moi, ce qui m'intéresse, c'est l'intérêt du pays.
04:54Ce n'est pas d'être dans des considérations pleines de moraline.
04:57Donc, tout débat sur l'impôt est tout à fait légitime,
05:02mais une fois qu'on aura à relancer le pays,
05:05c'est pourquoi je dis que le problème de la France aujourd'hui,
05:08c'est le fait qu'on a le record du monde de la dépense publique,
05:10le record du monde, qui se fait au détriment de la prospérité,
05:14c'est-à-dire qu'on est dans une courbe descendante de l'affaire,
05:16et que parallèlement, on a des services publics qui se délitent.
05:17Moi, je suis tout le temps.
05:19Je vis, ce n'est pas que je vais à la rencontre des Français,
05:21je suis un Français qui vit avec les Français.
05:22Il faut faire 30 milliards d'efforts, on est d'accord ?
05:24Non, mais je rejette même le terme d'efforts, si vous voulez.
05:28Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est qu'on ait un appareil public performant.
05:31Donc, il faut voir totalement l'organisation des pouvoirs publics.
05:34On est plusieurs à le dire.
05:36Jean-Louis Borloo le fait avec son talent, je trouve, de façon intéressante,
05:38parce qu'il change un peu le vocable.
05:41Et puis, parallèlement,
05:42qu'on ne soit pas dans des considérations pleines de passion triste,
05:46mais que l'on dise, c'est quoi aujourd'hui le système le plus efficace
05:50pour créer de la valeur, pour créer de l'emploi,
05:52pour avoir des services publics qui fonctionnent,
05:54parce que plus on dépense, plus on prélève,
05:57moins on a d'urgence hospitalière ouverte,
05:59on a des fonctionnaires moins bien payés qu'ailleurs,
06:01qui coûtent plus cher qu'ailleurs.
06:02Mais on continue de nous dire qu'il faut dépenser plus, etc.
06:05Mais alors, si vous voulez faire des coupes publiques et zéro impôt,
06:07ça veut dire qu'il faut faire un effort de 30 milliards,
06:09et c'est évidemment les services publics qui vont...
06:11Je ne comprends pas zéro impôt, non, il faut de l'impôt.
06:13Non, zéro augmentation d'impôt dans le budget 26.
06:16Donc, est-ce que vous voulez faire ces efforts en baissant les dépenses,
06:19ce qui va toucher les services publics ?
06:20Non, mais justement, c'est là que je voudrais déconstruire certains éléments.
06:24Si la dépense publique,
06:27on avait été le facteur de la performance publique,
06:30nous serions le pays où les fonctionnaires sont les mieux payés,
06:32les plus heureux, où les usagers sont les mieux servis.
06:35C'est de moins en moins vrai.
06:36Alors, c'est vrai que c'est contre-intuitif, pourquoi ?
06:38Parce qu'aujourd'hui, c'est très simple,
06:40on a 35% de l'argent public
06:42qui est détourné vers des fonctions purement administratives.
06:45Là où des pays comme l'Allemagne, la Suède,
06:48qui sont très publiques et très socialisées,
06:50sont à 24%.
06:51Donc, si vous voulez des meilleurs fonctionnaires,
06:53mieux payés, il faut moins de bureaucrates.
06:55Il faut que je vous parle de politique dans le Parisien ce matin.
06:57Et donc, il faut qu'il y ait moins de réglementation.
06:58Jordan Bardella, je le dis ici depuis France Inter.
07:02Dans le Parisien ce matin,
07:03Jordan Bardella, du Rassemblement National bien sûr,
07:06imagine à quelles conditions il irait à Matignon
07:08et il dit qu'il y a une frange plus patriote chez les Républicains.
07:11Si je peux bâtir une alliance autour d'un pacte de gouvernement,
07:14pourquoi on ne le ferait pas ?
07:15Demande-t-il.
07:16Vous, vous répondez quoi ?
07:16Moi, je pense qu'on est dans un quadripartisme
07:20et pas un tripartisme.
07:22Et qu'on veut nous imposer ça.
07:23Je n'ai jamais cru au bloc central.
07:24On est d'accord ou pas ?
07:25Mais ça fait des années, je le dis.
07:26Certains le savent ici.
07:28Et donc, qu'aujourd'hui, il y a une gauche très très dure,
07:30ultra, qui est autour de LFI,
07:33qui pour moi a sacrifié l'universalisme républicain.
07:36C'est pourquoi il y a beaucoup de gens de gauche
07:37qui ont la nouvelle énergie.
07:37Moi, c'est sur l'union des droites ce matin, ma question.
07:39Il y a une gauche sociale-démocrate,
07:40mais je réponds, vous n'inquiétez pas, j'esquiffe pas.
07:42J'ai bien compris que c'était l'union des droites.
07:44Et ensuite, il y a l'ERN qui se dit
07:46ni de gauche ni de droite,
07:47quand c'est Marine Le Pen qui en parle.
07:48Et puis, ça, c'est la main gauche.
07:50Et puis, la main droite de Jordan Barnella qui est tendue.
07:52Et il y a un éclatement de l'UDI à Horizon
07:55jusqu'à Boupon-des-Nyans, Knafou, etc.
07:58Et moi, ce que je propose,
08:00c'est une grande primaire ouverte à tout cela
08:02et une grande entente autour de quelques principes simples.
08:05J'ai vu que Sarah Knafou reprenait
08:07mes 80 milliards de baisse de dépense la première année.
08:09Je propose 200 milliards en un quinquennat.
08:10Bruno Retailleau, il dit encore ce matin
08:11qu'il faut un candidat LR.
08:13Mais bien sûr, c'est important ce que vous dites.
08:14Je préférais que ce soit un candidat LR.
08:15Mais je pense qu'on est à l'épicentre.
08:17En tout cas, à Nouvelle Énergie
08:18et les quelques libéraux qui restent chez LR.
08:21Donc, pour avoir un projet libéral, sécuritaire et éducatif,
08:24on a cinq mesures que je vais proposer à tout le monde.
08:27Est-ce qu'on est d'accord,
08:27au moins sur la nature de ces mesures
08:29et sur des grands objectifs ?
08:31Et ensuite, de créer une vraie force
08:32pour récupérer tout ce que j'appelle
08:34les orphelins de la droite
08:35qui, par défaut, ne votent plus.
08:37Certains étaient allés chez Emmanuel Macron,
08:39d'autres étaient à l'ORN, etc.
08:41Et c'est ce que je vais proposer.
08:42David Lissnard, au municipal,
08:44comme jusqu'à la présidentielle,
08:47est-ce que vous avez vu ce qui s'est passé
08:48dans la partielle, dans le Tarn-et-Garonne,
08:50entre une ciottiste et une socialiste ?
08:52Bruno Retailleau a dit
08:53qu'il ne faut pas donner une seule voix pour la gauche.
08:56C'est comme ça que ça doit se passer ?
08:58Bon, écoutez, il faut des...
08:59Toute la gauche ?
09:00Non, mais moi, je serais d'accord
09:01si on s'opposait complètement à ce gouvernement.
09:04Je crois qu'il faut, comme disait François Mitterrand,
09:05un opposant, ça s'oppose.
09:07Et il faut une ligne claire.
09:10On nous fait toujours,
09:11on nous sort toujours le vieil épouvantail.
09:13Alors, vous allez vers l'extrême droite, etc.
09:14J'entendais quelqu'un de LR, c'est Xavier Bertrand,
09:17qui réagissait avec des postures de notables
09:19des années 90.
09:21Enfin, tout ça, c'est fini, quoi.
09:22À un moment donné,
09:23moi, je suis très bien dans mes principes.
09:24Je n'ai pas le son de patriotisme à recevoir,
09:26ni de RN, ni de quelqu'un d'autre.
09:27Et je crois à un projet libéral, sécuritaire et éducatif.
09:30C'est ça que je veux faire gagner.
09:31Et vous l'avez déroulé ce matin.
09:31C'est la politique politicienne.
09:32On vous a entendu.
09:33David Isner, le maire de Cannes, merci à vous.
09:35Et merci Alexandra Ben Saïd.
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