Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 mois

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls, les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Je reste cloué à ma chaise, saisi d'une impression effrayante d'échec et de colère inutile.
01:08La vérité, je dois l'admettre, c'est que j'ai là une affaire pourrie.
01:13Quand des femmes sont tuées par un malade mental, il vous faut trouver une piste sérieuse en moins de 24 heures,
01:19sinon l'affaire se corrompt et vous pouvez être des années avant d'arrêter l'assassin ou même ne jamais l'arrêter du tout.
01:27En général, la tueur ne connaît pas sa victime.
01:30Probablement ne l'a-t-il jamais vue auparavant, n'a aucun rapport avec elle et n'éprouve à son égard qu'une brusque attirance maladive.
01:37Ça élimine les pistes et mobiles habituelles.
01:42Et il n'y a pas d'autre façon de relier ce genre de meurtrier à ses victimes que d'avoir des témoins oculaires ou des preuves manifestes laissées par le meurtrier.
01:49Le mien n'a laissé ni preuves ni témoins.
01:53Rien. Rien que des morceaux éparpillés de ces deux victimes mises en pièce.
01:58Deux jeunes et jolies filles venues à la ville chercher une existence plus brillante et qui ont mal tourné.
02:05De cette sorte de filles que vous rencontrez faisant les cent pas sur les trottoirs à la recherche de l'aventure.
02:11J'ai d'abord téléphoné au bureau de l'identification criminelle afin de voir s'il n'avait pas repéré quelques sadiques criminels que nous n'aurions pas encore interrogés.
02:21Négatif.
02:23Puis j'ai téléphoné à Miller pour savoir s'il avait terminé une nouvelle inspection des registres de sortie de la compagnie de taxi.
02:30Peut-être qu'un chauffeur aurait pu se souvenir d'avoir pris ou déposé un client louche dans un endroit intéressant.
02:36J'ai encore téléphoné pour demander si les photos envoyées dans les villes natales des filles, aux maisons pour lesquelles elles travaillaient, aux écoles qu'elles ont fréquentées, avaient donné quelque chose.
02:50Négatif.
02:51J'ai aussi téléphoné à Morelli. Quelqu'un aurait pu lui donner de façon anonyme quelques tuyaux valant la peine d'être vérifié.
02:59Négatif.
03:00En fin de compte, j'ai appelé Hoppy, car il aurait pu découvrir un indice en fouillant encore une fois tous les hôtels borgnes.
03:09Toujours négatif.
03:12C'est ma première grande affaire criminelle depuis ma nomination au grade de lieutenant, et ça risque bien d'être la dernière.
03:20Le téléphone sonne.
03:22Avant même de décrocher, j'ai l'impression pesante que c'est le patron.
03:26« Voulez-vous monter, McKenna ? »
03:30« Quelqu'un d'autre va être mis sur l'affaire, McKenna. »
03:35M'annonce-t-il à peine ai-je poussé la porte de son bureau.
03:39Frappé de stupeur, je ne peux articuler un mot.
03:42« Je sais que vous avez fait tout ce qui était possible de faire, du moins pour de simples mortels comme ceux de ce commissariat.
03:49Mais il y a quelque chose de curieux, quelque chose de mystérieux, d'inhabituel.
03:53Et je vous demande de m'écouter.
03:57Premièrement, comprenez bien, McKenna, que ce n'est pas une mauvaise idée de faire venir cet autre type.
04:03C'est une décision du district à tourner.
04:06Il tient à une arrestation rapide et à une condamnation.
04:09C'est son affaire.
04:10C'est politique, voyez-vous.
04:11« Il ne faut pas oublier que le district à tourner, il ne veut du maire.
04:15Et nous, nous devons suivre les instructions.
04:19Compris ? »
04:21« Compris, dis-je.
04:24Jamais entendu parler d'un ex-flic nommé Steve Blackburn ? »
04:30Je secoue la tête.
04:31« On vous a muté ici après le départ de ce Blackburn.
04:34Il était lieutenant à la brigade criminelle.
04:37Un jour, il dut s'occuper d'une affaire de meurtre.
04:40Trois femmes coupées en morceaux et un fou.
04:43Une affaire comme la vôtre, McKenna. »
04:47Il hésite et me jette un regard furtif.
04:49« En fait, selon Blackburn, il s'agirait de la même affaire.
04:54Et il a convaincu le district à tourner que c'est le même tueur qui répète son crime. »
05:01Je ne me soucie pas de répondre.
05:03J'attends la suite.
05:05Finalement, le patron continue.
05:07« Pour Blackburn, c'est très important.
05:09L'affaire dont il s'est occupé date d'un an et demi environ.
05:13Et l'assassin n'a jamais été pris.
05:15L'enquête n'a abouti à rien.
05:17Blackburn a été obsédé par cette affaire au point de sombrer dans l'alcoolisme,
05:21ce qui a entraîné son départ de la police.
05:24Il prétend qu'il s'est tôt sur le meurtrier,
05:26mais que l'homme a disparu.
05:28Et il répète toujours,
05:29« Ah, si seulement il avait tué encore une fois, je l'aurais coincé. »
05:35« Blackburn est maintenant chargé de l'affaire ? »
05:38Dis-je sur la défensive.
05:39« Non, non, non, non.
05:40Le district à tourner en a fait un expert.
05:43Blackburn ne fait plus partie de la police.
05:45Et c'est vous, McKenna, qui êtes toujours chargé de l'affaire. »
05:49« Blackburn patrouille en ce moment même avec une voiture de police dans Southman,
05:53où ont eu lieu les crimes.
05:54Selon lui, le tueur peut encore frapper.
05:58Cette nuit même. »
06:00« Hein ? Cette nuit ? » dis-je.
06:02Et ma bouche devient soudain sèche.
06:04« Oui.
06:05Il faut que vous preniez une voiture, McKenna,
06:07et que vous vous rendiez là-bas.
06:08Retrouvez Blackburn au parking de Southman à 16h30. »
06:14La voiture de patrouille banalisée pénètre dans le parking à 6h30 précise.
06:17Je m'approche.
06:21Une brume de chaleur mêlée à de la fumée me pique les yeux.
06:27Blackburn est là.
06:29Il a un visage sombre et maigre qui me fait penser à un vautour.
06:34« Je vous laisse le volant, McKenna, » dit-il.
06:39« C'est bien comme ça que vous vous appelez, n'est-ce pas ? »
06:42« Je préfère sentir l'air, renifler la présence du tueur. »
06:47« Tenez, voici sa rue, la rue de Joe, comme vous savez. »
06:53« Joe ? » fis-je étonné.
06:56« La seule chose que je n'ai pas pu découvrir, c'est son nom. »
07:00« Alors, je l'ai appelé Joe. »
07:03« Vous vous arrêterez entre le premier et le huit dans Southman, » m'indique Blackburn alors que nous quittons le parking.
07:11Il demeure la plupart du temps tourné vers la vitre, reniflant comme un chien de chasse.
07:16« McKenna, je devine que ma présence vous irrite, je vous comprends, mais il le faut. »
07:25« Ne vous inquiétez pas, McKenna, le profit sera pour vous. Tout ce que je veux, moi, c'est Joe. »
07:32Blackburn regarde par la vitre baissée tandis que je roule tranquillement le long des trottoirs.
07:37« Soudain, les lampadaires s'allument en même temps que les fumeries ouvertes la nuit, les étalages de hot dogs, les bars, les maisons de striptease et les cinémas. »
07:49« Comment savez-vous, Blackburn ? Enfin, je veux dire, comment pouvez-vous être certain qu'il s'agit du même homme ? »
07:55« Avec ce que les journaux ont écrit, je me suis précipité au laboratoire de la police et j'ai vérifié les faits. »
08:04« Tout concorde, même les photos. »
08:07Blackburn étouffe un petit rire et je me demande bien ce qu'il y a de drôle dans ce qu'il vient de dire.
08:13« Tenez, McKenna, prenons l'exemple du gin. Vous avez trouvé deux bouteilles vides.
08:18Eh bien, dans mes trois affaires, il y a à chaque fois eu deux bouteilles de gin vide.
08:24Il a toujours fallu au meurtrier dix heures pour faire son découpage.
08:28Et dans vos deux cas, l'autopsie a révélé que l'opération de meurtre et découpage des corps par le meurtrier lui avait demandé dix heures également.
08:39« Oui, à quelques minutes près, vous avez raison, dis-je pour commenter. »
08:46Les yeux de Blackburn paraissent plus brillants maintenant et sa voix trahit son émotion.
08:52La nuit est très chaude et pourtant je frissonne.
08:55« Et du gin de Marc également, ajoute-t-il. Du king. »
09:03« Oui, exactement, du gin king. »
09:05« Oh, je le connais, vous savez, McKenna. Et chacun de ces meurtres ressemble aux autres. »
09:12« Tous les détails sont les mêmes. Avec ces détraqués, un meurtre devient un rituel. »
09:18« C'est un syndrome à répétition, comme disent les psychiatres. »
09:22« Toutes choses doivent être exactement semblables. »
09:25« Le cycle des meurtriers peut être plus ou moins long, mais la pression se fait de plus en plus forte et ils doivent passer à l'action. »
09:34« Un acte rituel, McKenna. Et chaque fille est ce qu'ils appellent un fétiche vivant. »
09:42« Pour ce Joe, elles se ressemblent toutes. Toujours à peu près le même âge, la même apparence. Et tout ce que fait Joe juste avant le meurtre et pendant n'est qu'une stricte répétition. »
09:55« Voilà pourquoi je sais. »
09:58« Mais comment pouvez-vous savoir qu'il tuera encore ici, cette nuit ? »
10:03« Il lui faut trois victimes, McKenna. Toujours trois. »
10:09« Jusque-là, voyez-vous, je l'ignorais. »
10:12« Je lui ai tendu un piège après son troisième crime et j'ai attendu. »
10:16« Mais il avait atteint son nombre et il s'est tenu tranquille. »
10:21« Je sais maintenant que ce nombre est de trois et aussi combien de jours séparent chaque meurtre. »
10:28« Tenez, dans votre affaire, il y a eu deux meurtres pour l'instant. Il doit donc y en avoir un troisième. Et compte tenu de la date du dernier, il aura lieu ce soir. »
10:37« Tenez, garez-vous là derrière le break, McKenna. »
10:43« Nous descendons de voiture et Blackburn respire longuement, comme s'il prenait plaisir à sentir l'odeur de Southman, cette odeur aigre, malsaine, d'une rue livrée à la débauche un samedi soir étouffant. »
10:57« Marchons, McKenna, » dit-il.
11:01« Nous déambulons devant les portes sombres, au-dessus desquelles des enseignes indiquent « chambre à partir de cinq dollars. »
11:11« Presque toutes les autres ouvrent sur des barres faiblement éclairées, avec de la musique de pick-up hurlant jusque dans la rue et des filles perchées sur de hauts tabourets. »
11:22« Tout à coup, Blackburn s'arrête. »
11:25« Je lève la tête et je me rends compte avec un frisson que nous nous trouvons en face de l'un de ces hôtels borgnes, où a eu lieu le deuxième meurtre sur lequel j'enquête. »
11:36« Vous voyez ? Il y a toujours le magasin qui vend de l'alcool à quelques portes de là, et toujours aussi, à un bloc d'immeubles, un cinéma qui donne des films d'horreur. »
11:51J'entends Blackburn me dire d'une voix tendue, étrange, « Venez, McKenna. Il faut que nous nous rendions compte. Nous ne disposons que de quelques heures. Regardez bien, McKenna. »
12:04« Vous allez commencer à sentir la situation, à sentir Joe. »
12:09Dans les films d'horreur, les monstres et les filles se ressemblent tous, et dans un certain sens, c'est comme ça pour Joe.
12:17« Chaque film est un meurtre rituel dont quelqu'un peut faire l'expérience par substitution. »
12:26« Vous avez dû réfléchir beaucoup à tout cela, dis-je. »
12:30« Pendant des années. Des années. »
12:35« Reconnaît Blackburn. »
12:37« Est-ce qu'il y a beaucoup de différence entre Joe et nous ? »
12:42« Non, McKenna. La différence, elle n'existe que dans le degré. Chaque type qui prend plaisir à regarder ce film se sent un peu comme notre Joe.
12:55Et ce n'est pas si difficile de comprendre ce que cette pression produit en lui.
13:00Vous pouvez le sentir comme je le sens, et comme chacun le sent s'il le veut.
13:05Et voilà comment on arrive à prendre des types comme Joe.
13:11Il faut s'identifier à Joe autant que possible.
13:16Je vais enfin mettre la main sur lui parce que j'ai réfléchi, observé, c'est-à-dire que je pourrais être lui.
13:25C'est-à-dire que j'en sais assez sur ce qu'il fait agir.
13:29« Je vois, dis-je vivement. Bien. Très bien. Je suis heureux que vous compreniez, parce qu'il le faut pour parvenir à la fin.
13:44Allons voir le film, McKenna. C'est là que tout commence. »
13:51McKenna est chargée d'enquêter sur le meurtre de deux prostituées.
13:54Après quelques semaines, Blackburn, un ancien flic, est nommé expert sur cette affaire.
14:03Il affirme que l'assassin est celui qu'il a baptisé Joe,
14:07et qu'il a eu affaire à lui sur une affaire semblable, sans parvenir à l'arrêter quelques années auparavant.
14:14Il affirme aussi que l'assassin répète ses crimes, toujours selon le même rituel.
14:18Blackburn emmène donc McKenna sur les traces de Joe, dans un cinéma qui donne des films d'horreur.
14:27« Vous n'avez jamais vu ce film ? » dis-je, surpris.
14:39« Si, bien sûr. Mais ce soir, il y a un document supplémentaire, McKenna.
14:46C'est toujours là que Joe vient avant de tuer. »
14:51J'ai le souffle coupé.
14:54« Mais comment le savez-vous, Blackburn ? »
14:57« À cause des tickets. Vous avez dû en trouver.
15:01Dans les chambres, il doit y avoir des tickets provenant de cette salle très particulière. »
15:07Je sens une goutte de sueur perler à mon front.
15:11« Oui, c'est vrai, mais ça ne veut peut-être rien dire.
15:14Il y a des centaines de tickets délivrés chaque après-midi, et ils peuvent appartenir à n'importe qui. »
15:21Blackburn a un léger sourire.
15:23« Cinq meurtres, et chaque fois dans la chambre, un ticket d'entrée d'un cinéma d'horreur.
15:31Voilà ce qu'il est difficile d'appeler une coïncidence, vous ne croyez pas, McKenna ? »
15:37« Non, mettez-vous dans la peau de Joe. Vous le pouvez, n'est-ce pas ?
15:41Oubliez tout le reste comme je l'ai fait, et essayez de penser comme lui.
15:45Vous êtes assis dans le noir, et vous regardez le spectacle.
15:51Vous regardez les images, et vous vous identifiez à elles.
15:56Ça commence à vous exciter.
15:59Ça fait partie des rites, comme dans les films de danse de guerre,
16:03auxquels se livrent les Indiens pour s'exalter et se mettre en condition.
16:07À la suite de Blackburn, je pénètre dans le cinéma.
16:14Dans la salle obscure, l'odeur est suffocante de vin, de bière, de fumée, de sueur.
16:23Blackburn hume l'air, puis il marche vers l'allée centrale et regarde.
16:28« C'est à peu près au cinquième rang, à partir de l'écran, au centre. »
16:36Dit Blackburn.
16:38« Les sièges sont vides. Joe se met toujours là. »
16:44« Enfin, vous ne pouvez tout de même pas dire le rang et la place, je suppose, »
16:48dis-je avec une petite pointe d'ironie dans la voix.
16:52« Un peu de chose près. »
16:55« Je me suis livré à des examens en laboratoire sur tout cela, sur ses cheveux et sa peau,
17:09dont nous avons trouvé des fragments sous les ongles des filles. »
17:14« Mais comment savez-vous où il va s'asseoir ? »
17:17« McKenna. »
17:19« L'une de ses victimes a brisé ses lunettes. »
17:23« Impossible d'identifier le fabricant, mais nous avons examiné les vers et calculé très exactement le degré d'astigmatisme. »
17:34« Je sais donc parfaitement où il s'assoit. »
17:37« Mais le plus important encore, McKenna, c'est de pouvoir sentir les choses. »
17:43« J'ai vérifié l'heure des représentations. »
17:46Joe commence son travail avec les filles environ à deux heures de l'après-midi.
17:51Il monte dans la chambre directement après le cinéma.
17:55Il y a déjà amené la fille, ivre ou dans un état qui ne lui permet pas de s'enfuir.
18:01Il voit toutes les horreurs des films, ce qui le met en condition.
18:05Puis, il retourne du cinéma à la chambre et se met à l'œuvre avec son couteau de chasse aux requins.
18:13Ce couteau est étrange, n'est-ce pas ?
18:16Un couteau a tué les requins.
18:21Blackburn, comment pouvez-vous être sûr qu'il s'agit bien de ce genre de couteau ?
18:26« Nous avons évalué la longueur, la largeur, l'épaisseur de la lame ainsi que son tranchant. »
18:35Un autre film commence.
18:37Je ne discerne plus rien.
18:40Tous les monstres se ressemblent et les femmes livrées à une hideuse fatalité, à demi-nue, hurlant, sont pour moi toutes pareilles.
18:50« Je crois que ça ne va plus tarder. »
18:54me dit Blackburn.
18:55« Il est près d'une heure trente, ce qui signifie que la grande scène de folie de Joe doit avoir lieu dans moins d'une demi-heure. »
19:08Nous attendons encore.
19:09puis
19:11Joe entre.
19:15Je sens la main de Blackburn peser sur mon bras.
19:20Je tourne les yeux sans bouger la tête.
19:23Joe se tient au bout du rang dans l'allée.
19:27Il n'a absolument rien qui le différencie des autres.
19:30Je ne vois pas la couleur de ses cheveux et je ne sais qu'il porte des lunettes que lorsqu'il tourne la tête de mon côté.
19:38Mais j'ai l'impression que, de toute façon, j'aurais compris que c'était lui.
19:44Peut-être suis-je dans l'état d'âme qui convient.
19:51Je viens de voir assez d'horreur pour ma vie entière.
19:55Je me sens vraiment dans le bain.
19:59Du coin de l'œil, j'aperçois Joe qui s'assoit à ma droite.
20:03Un fauteuil seulement nous sépare.
20:07Il s'appuie en arrière, enfonce ses genoux dans le dossier du siège devant lui.
20:11Il soupire.
20:16Un fauteuil seulement nous sépare.
20:20À un moment, je le vois se pencher en avant, le visage tendu.
20:26Il a posé ses mains sur le dossier du fauteuil devant lui.
20:30Il remue la tête.
20:32En avant.
20:33En arrière.
20:36Et la lumière de l'écran fait briller ses lunettes.
20:41Blackburn a calculé que dans moins de quelques minutes,
20:45il se lèverait et quitterait le cinéma.
20:49Nous le suivons.
20:52Il entre dans un magasin où il achète, je le sais,
20:56deux flacons de Gene King,
20:59puis ressort, serrant le paquet sous son bras.
21:02Nous continuons de le suivre jusqu'à l'une des portes ouvrant sous une enseigne qui indique
21:08« Chambre à partir de cinq dollars ».
21:12Il paraît hésiter une seconde, puis plonge dans l'ombre.
21:17Je me sens nerveux et j'ai un goût désagréable dans la bouche
21:20quand Blackburn ouvre à son tour la porte et regarde l'escalier.
21:23J'entends sa respiration sifflante et rapide.
21:29Quand il se tourne vers moi et qu'il me sourit,
21:33ses yeux sont fixes et brillants.
21:38Lui est très pâle.
21:41« Qu'attendons-nous ? » lui dis-je.
21:45« Laissons-lui un peu de temps. »
21:49murmure Blackburn.
21:52Et ses yeux continuent de briller.
21:55« Écoutez, » lui dis-je, « il y a une fille là-haut.
21:58Dieu sait ce qui se passe en ce moment.
21:59Il faut que nous montions.
22:00Nous ne sommes pas pressés, McKenna.
22:04Souvenez-vous,
22:06il y a d'abord le djinn.
22:09Joe doit se préparer.
22:12Non, nous le tenons.
22:13Montons doucement.
22:16Vous voulez gâcher le scénario, McKenna ?
22:19Mais qu'est-ce que vous cherchez là, hein ?
22:21Qui se soucie à présent de cela ?
22:23Le portier de nuit nous apprend
22:27que l'homme qui vient de monter
22:29a loué la chambre 307.
22:32Je suis Blackburn dans l'escalier.
22:34Il monte vite, puis ralentit,
22:37gravissant les marches
22:38comme s'il s'était brusquement fatigué.
22:41Le palier du second étage
22:44sent la vieille graisse,
22:47le désinfectant,
22:48la poudre contre les cafards.
22:52Blackburn s'arrête
22:53et, se penchant,
22:56colle avec précaution
22:57son oreille contre la porte du 307.
23:01J'entends un verre teinté à l'intérieur,
23:04puis un grognement et un soupir,
23:07quelque chose qui fait penser à une plainte.
23:09La sueur ruisselle sur mon visage.
23:14Je glisse la main sous ma veste,
23:16je fais jouer la patte d'attache de mon étui
23:18et je sors mon revolver calibre P38.
23:21Je touche Blackburn à l'épaule.
23:24Il ne bouge pas.
23:25« Entrons ! »
23:28lui dis-je.
23:30Il demeure immobile,
23:32le corps rigide.
23:35Il ne semble même pas respirer.
23:38L'oreille toujours collée contre la porte,
23:40il regarde fixement devant lui.
23:42J'entends d'autres bruits.
23:47Mon sang ne fait qu'un tour.
23:49Blackburn lève la main pour me faire taire,
23:51sans me regarder.
23:53Je perçois de nouveau les mêmes bruits.
23:57Mes doigts s'enfoncent dans le bras de Blackburn,
23:59mais que fait-il donc à simplement écouter ainsi ?
24:02« Blackburn ! »
24:05dis-je dans un souffle.
24:07Il ne bouge pas.
24:11Il se contente de rester accroupi,
24:12là, à écouter.
24:15Sa respiration devient sifflante.
24:19Laissez-lui encore quelques minutes.
24:23Vous comprenez, McKenna ?
24:25Il y a si longtemps que j'attends.
24:30Brusquement, je comprends.
24:32Une horreur sans nom m'envahit.
24:35Je comprends rien qu'à voir ses yeux
24:37et la lueur qui brille.
24:40« Mais il va la tuer ! » dis-je.
24:44Il agrippe mon bras.
24:45« Qu'importe ! » fait-il la bouche dure.
24:48« Cette fille a mal tourné.
24:49Elle est perdue.
24:50Alors qu'elle meurt ce soir ou dans dix ans.
24:52Quelle différence, McKenna ! »
24:54Réfléchissez une seconde, vous comprendrez.
24:57Vous ne devez pas sentir suffisamment bien la chose pour savoir.
25:02Je le frappe de toutes mes forces à la mâchoire.
25:05Puis, de l'épaule, j'enfonce la porte.
25:07Les mains de Blackburn me tirent en arrière.
25:09Je le frappe de nouveau au visage pour me libérer
25:11et éviter de recevoir un coup de couteau à requin au ventre.
25:15J'entre dans la chambre.
25:17La fille est trop ivre pour se soucier de ce qui s'est jusque-là passé.
25:20À travers les verres épais de ses lunettes,
25:23Joe me lance un regard curieux
25:24comme si je venais d'interrompre une période studieuse dans un collège.
25:28Il s'avance vers moi,
25:29abrandissant son couteau à la lame de vingt-cinq centimètres.
25:31Je tire.
25:35Quand je ressors de la chambre pour chercher de l'aide,
25:39je vois Blackburn à genoux, prostré.
25:42Au passage, je me baisse
25:46et ramasse dans mon mouchoir son couteau à requin.
25:51Le même que celui de Joe.
25:59Vous venez d'écouter Au cœur du crime,
26:02un podcast issu des archives d'Europe 1.
26:05Réalisation, Julien Tarot.
26:07Production, Estelle Laffont.
26:09Patrimoine sonore, Sylvaine Denis, Laetitia Casanova et Antoine Reclut.
26:16Au cœur du crime est disponible sur le site et l'appli Europe 1.
26:21Écoutez aussi l'épisode suivant
26:22en vous abonnant gratuitement sur votre plateforme d'écoute.
26:25Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations