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  • il y a 3 mois

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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls, les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Eddie McKead s'étira avec toute l'exubérance de la jeunesse, ses bras nus et bronzés tendus sur le volant.
01:10Il se mit à siffloter des notes sans suite, mais s'interrompit tout à coup, les yeux fixés sur le tableau de bord.
01:17L'aiguille du radiateur était entrée dans la zone rouge.
01:21Mauvais ça, très mauvais.
01:23Eddie resta un moment à écouter le moteur bouillonner.
01:28« Mon Dieu, j'ai vraiment l'impression qu'il y a pu une goutte d'eau là-dedans. »
01:32La banquette arrière de la voiture était encombrée d'attirails de pêche et de matériel de camping.
01:37Eddie fouilla là-dedans jusqu'à ce qu'il déniche un seau en plastique et il partit en remontant la route.
01:44La villa était presque de la taille d'une maison de poupées.
01:50Eddie frappa à la porte.
01:53Personne.
01:54Il fit le tour de la maison et s'arrêta quand il vit derrière une clôture grillagée deux énormes chiens prêts à lui sauter dessus.
02:01« D'accord, d'accord. Je vais aller chercher de l'eau ailleurs. »
02:06De retour à la voiture, Eddie regarda dans la direction opposée.
02:11Il marcha le long de la route et découvrit une ouverture dans une haie, laquelle était flanquée de piliers carrés en pierre.
02:18Eddie se trouvait devant ce qui semblait avoir été jadis un portail, au-delà duquel il aperçut un vaste terrain.
02:26Tout au bout d'un petit chemin, il y avait une maison qui avait l'air de tomber en ruine.
02:34Seul un mince filet de fumée s'échappant d'une cheminée prouvait qu'elle n'était pas tout à fait inhabité.
02:41Là encore, Eddie contourna la maison et s'arrêta quand il eut atteint le coin à l'arrière.
02:48Il aperçut alors un homme grand et mince qui venait dans sa direction en traversant un verger.
02:53L'homme ne levait pas les yeux mais marchait la tête baissée pour se frayer un chemin parmi l'épaisse végétation de ronces et de plantes grimpantes.
03:02Lorsqu'il vit Eddie, il s'arrêta net.
03:06Dans le silence absolu, le bruit d'un objet métallique heurtant la pierre résonna distinctement.
03:14L'homme resta planté là, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte, avant de se ressaisir.
03:21Il s'approcha d'Eddie.
03:22« Fichez le camp de ma propriété, fichez le camp ! »
03:25« Mais j'ai plus d'eau dans le radiateur de ma voiture, monsieur. Il m'en faut pour aller jusqu'à la ville. »
03:30« Il y a une pompe de l'autre côté du pavillon. Servez-vous et allez-vous-en, vite ! »
03:35« Merci, monsieur, mais j'aurais seulement besoin de... »
03:38Eddie n'eut pas le temps de finir sa phrase.
03:42L'homme avait disparu dans la maison en claquant la porte.
03:44Après avoir vidé le seau d'eau dans le radiateur, Eddie reprit la route et, à la première station-service, il expliqua son problème au mécanicien.
03:55« C'est votre pompe à eau, monsieur. Je suppose que vous êtes terriblement pressé, comme tout ce qui passe par ici, bien sûr. »
04:03« Non, pas spécialement, monsieur. N'essayez pas de me bousculer. Il est midi et je vais prendre le temps de manger, avant même de toucher à votre sacrée voiture. »
04:11« D'accord, monsieur. Je vais me promener et manger un morceau en attendant. »
04:17Après un sandwich et une bière, Eddie tue le temps en se promenant dans le centre de Millwell.
04:24Une heure et demie plus tard, il était de retour au garage.
04:27« Ça y est, c'est fait, monsieur. Ça fait trente dollars. »
04:32« Trente dollars ? Des dents, c'est pas donné. Vous avez l'argent, oui ou non ? »
04:37Au moment où Eddie sortait son portefeuille, une voiture arriva à leur hauteur et s'arrêta.
04:44Eddie paya, se retourna et vit un petit bonhomme trapu qui venait vers lui.
04:50« C'est ta voiture, mon gars ? »
04:53« Oui, monsieur. »
04:55Le mécanicien s'avança.
04:56« Ce type, il fait des difficultés pour payer, shérif ! »
05:00« C'est vrai, mon gars ? Tu fais des difficultés pour payer ? »
05:03« Ben non ! Je trouvais la note un peu salée, voilà tout. Il y a quelque chose qui ne va pas, shérif ? »
05:09« Peut-être bien, mon gars. Ça te dérangerait de venir avec moi au poste ? »
05:14« Et ma voiture, shérif ? »
05:16« T'inquiète pas, mon gars. On va s'en occuper de ta voiture. »
05:21Eddie monta dans la voiture du shérif qu'il conduisit jusqu'au bâtiment de la police.
05:24Ils entrèrent dans un bureau où l'air empestait la fumée de cigare refroidie.
05:32Le shérif attrapa une chaise à dossier droit et la propulsa d'un coup de pied devant un bureau.
05:37« Évite tes poches, mon gars. Voyons un peu voir ce que t'as. »
05:42Eddie sortit tous ses objets de valeur et les posa sur le bureau.
05:46Le shérif, assis dans un fauteuil pivotant, examinait le portefeuille.
05:51« Tu étais dans l'armée, mon gars, hein ? Quand as-tu été libéré ? »
05:57« Il y a trois semaines, shérif. »
05:59« Où est-ce que tu habites ? »
06:01« Dans le Régon, shérif. »
06:04« Le Régon, c'est pas la porte à côté, mon gars. C'est bien à 3200 kilomètres à vue de nez. »
06:11« Qu'est-ce que tu fabriques par ici ? »
06:13« Tu fais la manche ? »
06:14« Non, shérif, je voyage. J'ai économisé de l'argent et quand j'ai été libéré après mon service militaire,
06:20j'ai décidé de voir du pays avant de retourner chez moi et de m'installer. »
06:25« Ouais. Et comme ça, t'as échoué à Millwell, hein ? »
06:28« J'avais pas du tout l'intention d'échouer ici, shérif, mais j'ai entendu dire que la pêche était bonne dans le coin. »
06:35« Dites, est-ce que je peux savoir pourquoi vous m'avez amené ici ? »
06:40« Je t'arrête pour le meurtre de Mademoiselle Lucinda Devlin, mon gars. »
06:44« Quoi ? Vous plaisantez, shérif. Ça fait à peine quelques heures que je suis en ville. Je suis allé nulle part. J'ai même parlé à personne, si ce n'est... »
06:54« Mademoiselle Lucinda habitait sur la route, mon gars. Une petite maison blanche entourée d'une palissade. Et tu t'es arrêté là-bas ? »
07:03« Oui, je me suis arrêté quelque part afin de trouver de l'eau pour ma voiture, shérif. Il y avait même deux gros chiens. »
07:09« Oui. C'est bien là qu'habitait Mademoiselle Lucinda, mon gars. »
07:13« Mais il n'y avait personne chez elle, shérif. »
07:15« Personne de vivant quand on est parti, mon gars. C'est ça que tu veux dire ? »
07:19« Non, c'est pas ce que j'ai dit, shérif. »
07:22« Personne n'a ouvert la porte quand j'ai frappé. J'ai vu les chiens et j'ai filé. »
07:28« Où est-ce que t'as caché le cadavre, mon gars ? »
07:30« Mais j'ai pas vu de cadavre, shérif. »
07:33« T'es lavé dans la voiture quand t'es passé chez son frère ? »
07:36« Écoutez, shérif. Je suis allé chez quelqu'un de l'autre côté de la route, si c'est ça que vous voulez dire. »
07:42« J'ai fait le tour de la maison jusqu'à l'arrière et un type qui traversait un verger est venu vers moi. »
07:47« Et à quoi il ressemblait, ce type, mon gars ? »
07:51« Ben, il était grand, une bonne cinquantaine d'années. Il avait des cheveux blancs. »
07:57« Il m'a crié de ficher le camp et puis il m'a indiqué où était la pompe et il m'a laissé. »
08:00« Mais si vous n'avez pas trouvé le corps, peut-être que cette femme ne l'a pas été tuée, shérif. »
08:05« Elle est peut-être partie quelque part sans prévenir personne. »
08:08« Non, mon gars. Trop d'indices nous prouvent qu'elle a été tuée. »
08:13« Après t'avoir vu, le frère de Mademoiselle Lucinda a eu des soupçons. Il est allé chez elle. »
08:19« Il m'a appelé de là-bas. J'ai envoyé un de mes hommes pour constater la chose. »
08:24« Dites-moi, shérif. Je suppose que je vais être obligé de rester ici jusqu'à ce que l'affaire soit élucidée. »
08:31« Oui, mon gars. Et pour être sûr que tu vas rester ici, je vais te boucler. »
08:37« Mais voilà. Il ne manquait plus que ça. »
08:41« Comment Eddie McKaid allait-il bien pouvoir se sortir de ce mauvais pas ? »
08:47« C'est ce que vous saurez dans quelques instants. »
08:52« Après son service militaire, Eddie McKaid avait décidé de faire des économies et de voyager un peu. »
09:04« Et voilà que sa voiture venait de tomber en panne. Plus une goutte d'eau dans le radiateur. »
09:09« Il frappa à la porte d'une villa. Personne. »
09:13« Un peu plus loin, il entra dans une propriété. »
09:17« Un homme survint soudain et le chassa tout d'abord, puis lui permit de prendre un peu d'eau. »
09:24« C'est chez le garagiste que le shérif est venu l'arrêter pour le meurtre de Mademoiselle Lucinda, »
09:30« qu'il ne connaît bien sûr ni d'Ève ni d'Adam. »
09:35« La prison de Millwell était une grande cage, séparée en trois cellules par des barreaux. »
09:41« Toutes les cellules étaient inoccupées, et Eddie se retrouva dans celle du milieu, où le shérif l'abandonna. »
09:50Eddie inspecta rapidement la cellule, avant de s'effondrer sur le lit et de se prendre la tête entre les mains.
09:57C'est alors qu'un vieil homme bouffi, orné d'une barbe de plusieurs jours, descendit le couloir en traînant la patte.
10:04Il entra dans la cellule auprès de celle d'Eddie.
10:09Une fois qu'il eut fermé la porte à clé, il tendit la main à l'extérieur et jeta les clés vers le bureau du shérif.
10:18Puis il s'approcha et observa Eddie à travers les barreaux.
10:24Eddie se leva et vint vers lui.
10:27« Qu'est-ce que vous regardez comme ça, monsieur ? »
10:30« J'ai encore jamais vu de meurtrier en chéré en os, mon petit bonhomme. »
10:34« Je ne suis pas un meurtrier, monsieur. J'ai jamais tué personne. Alors allez regarder ailleurs, s'il vous plaît. »
10:40« Ah ben, c'est pas ce que dit Bill Torp, l'enquêteur du shérif, mon garçon. Il est revenu de chez Mademoiselle Lucinda à disant qu'il y avait du sang partout dans la cuisine et qu'un couteau de bouchée avait disparu. »
10:54« Bill, il dit que lorsqu'on aura retrouvé le corps, tu seras cuit, mon garçon. »
11:00« Et vous ? Vous êtes là pour quoi, monsieur ? »
11:02« Oh, ouais ! Je suis bourré, comme d'habitude. Ça économise des sous à la municipalité de mettre en prison le vieux Ben. Parce que je balaie la baraque, je fais les courses, je donne à manger au chien du shérif, tout ça, quoi. »
11:20« Mais qu'est-ce qui ne va pas dans cette ville, monsieur Ben ? »
11:22« Il y a un panneau sur la route qui dit que Millwell est une ville accueillante. Mais j'ai jamais vu autant de gens hostiles. »
11:29« Ah ! Quand on a faim, mon garçon, on se balade pas le sourire aux lèvres. Et quand une ville a perdu tout espoir, les gens sont prêts à rejeter la faute sur n'importe qui, tu vois. »
11:43« Mais pourquoi sur moi, monsieur ? J'ai rien fait, moi. »
11:46« Bah ! Tête-bac, oui, tête-bac, non, mon garçon. Mais quel que soit l'assassin de Mlle Lucinda, ce salopard a liquidé la dernière chance qu'avait cette ville. »
12:01« Qu'est-ce que vous voulez dire, monsieur Ben ? »
12:02« Eh ! La filature d'Avelyne a été fondée il y a plus de cent ans. Quand la filature marchait bien, Millwell était prospère. Mais lorsqu'elle a fermé, la ville a coulé. Alors, être un d'Avelyne dans cette ville, c'est être Dieu en quelque sorte. »
12:24« Les choses ont commencé à mal tourner. Il y a trente ans, quand le colonel Daveline est mort et que son fils, Jonathan, a repris la direction de la filature. Jonathan, il n'avait pas l'étoffe d'un Daveline, tu vois. »
12:39« Dites, monsieur Ben, Jonathan, c'est le type que j'ai vu là-bas, près de cette vieille bicoque ? »
12:44« Ah oui ! Cette vieille bicoque, comme tu dis, c'est le manoir des Davelines. Tous les Davelines ont vécu là, à l'exception de Mlle Lucinda, qui est partie quand son frère a épousé une fille de la ville. Bref, après une mauvaise gestion et une succession de revers, la filature a été fermée.
13:05« Six ans après la fermeture, Mlle Lucinda a arraché la direction de l'affaire à son frère. Elle avait convoqué les créanciers et obtenu leur accord pour ouvrir la filature. Elle était en train de réunir des fonds lorsqu'elle a été assassinée. L'homme de la famille Daveline, c'était elle. C'était une vraie Daveline, elle. »
13:34À peine le vieux Ben avait-il terminé son récit, qu'un homme, trapu, enfilait le couloir et s'arrêtait devant la cellule.
13:43« Debout, vieux soulard ! Fille au restaurant chercher à manger pour le prisonnier ! »
13:47« Oui, monsieur Torp ! »
13:50Bill Torp s'approcha et regarda à travers les barreaux de la cellule d'Eddy. Finalement, il tourna la clé et ouvrit brusquement la porte, sans dire un mot.
14:01Il fit entrer Eddy dans le bureau du shérif.
14:03« Celui-ci était assis dans son fauteuil pivotant, un cigare tout juste allumé entre les dents. »
14:11« Mais il ferait bien de signer ça, mon gars ! »
14:14Le shérif lui tendit une feuille dactylographiée.
14:18« Si c'est une confession, je ne signerai pas, shérif. Je n'ai tué personne ! »
14:23Le shérif leva les yeux au ciel et Bill Torp alla ouvrir la porte extérieure.
14:30Un homme pénétra dans la pièce. Il était grand et ses cheveux blancs dépassaient le bord du chapeau.
14:37« Monsieur Devlin ! Est-ce le jeune homme qui est passé au manoir ? »
14:43Jonathan Devlin jeta un coup d'œil sur Eddy.
14:46« Oui, c'est lui, shérif ! »
14:49« Merci, monsieur Devlin. Désolé d'avoir dû vous déranger. »
14:53« Je vous en prie, shérif. J'espère obtenir justice pour le meurtre de ma pauvre sœur. »
14:59Et il quitta la pièce.
15:03Le shérif posa un stylo sur la feuille dactylographiée, mais Eddy scoie la tête.
15:09« Que ce soit bien clair, shérif. Je n'ai tué personne et je ne vais pas passer aux aveux. »
15:15« Je suis allé chez monsieur Devlin. Par conséquent, le fait qu'il m'ait reconnu ne prouve absolument rien. »
15:20« Si vous avez l'intention de m'inculper sur présomption de meurtre, je veux parler à un avocat. »
15:26« 320 dollars dans ton portefeuille, mon gars. C'est à peu près ce que mademoiselle Lucinda pouvait avoir chez elle. »
15:32« Cet argent, shérif, je l'ai économisé. Je ne dépense pas beaucoup, je campe et je me fais à manger. »
15:38« Mais pourquoi vous n'essayez pas de trouver le vrai meurtrier ? »
15:42« Si cette femme a été poignardée, son assassin doit avoir du sang sur lui. »
15:46« Mais qui t'a dit qu'elle avait été poignardée, mon gars ? »
15:49« Et le vieux Ben me l'a dit, shérif. »
15:52« Ouais. »
15:54« Si tu nous racontais à nouveau ton histoire, mon gars. »
15:58« Et Eddie raconta à nouveau son histoire. »
16:02« Il relata sa rencontre avec Jonathan Devlin. »
16:06« Il se dirigeait vers la maison en traversant le verger. »
16:09« Il était un bras de chemise. »
16:10« Quand il m'a aperçu, il avait les yeux qui lui sortaient de la tête. »
16:14« Attends, attends, mon gars. »
16:16« T'es sûr qu'il ne portait pas de veste ? »
16:19« Non, il ne portait pas de veste, shérif, j'en suis certain. »
16:22« Je lui ai fait peur, sans doute. Il m'a dévisagé et il a laissé tomber quelque chose. »
16:27« J'ai entendu la chose heurtée des pierres. »
16:29« Tu essaies d'accuser Jonathan Devlin, mon gars ? »
16:32« Non, j'essaie de dire la vérité, shérif. »
16:36« Mais je sais que si vous ne retrouvez pas le corps de cette femme, aucun tribunal ne me condamnera. »
16:42« T'oublie une chose, mon gars. Le meurtre de Mademoiselle Lucinda a rendu fou furieux les gens de cette ville. »
16:50« Et ils vont peut-être vouloir se venger. »
16:54« Quoi ? Vous voulez dire que la foule pourrait se déchaîner et me lyncher, shérif ? »
17:00« Appelle ça à la justice populaire, mon gars. »
17:04« Bill, reconduis-le dans sa cellule. »
17:09Dès qu'il fut seul, Eddie se mit à arpenter sa cellule.
17:15C'était le crépuscule à présent, et les ténèbres enveloppaient la petite ville.
17:21Le vieux Ben descendit le couloir en traînant les pieds, un gobelet dans une main,
17:26une assiette en fer blanc dans l'autre et le trousseau de clé accroché au bras.
17:32Il ouvrit la porte de la cellule d'Eddie et lui donna son dîner.
17:35« Est-ce que tu pourras pas manger ? Garde-le pour les chiens du shérif, t'es. »
17:44Il referma la porte à clé et entra dans sa propre cellule.
17:49Il enverrouilla la porte et jeta les clés dans le couloir,
17:53puis se vautra sur son lit.
17:57À ce moment-là, une ampoule électrique s'alluma au plafond dans le couloir.
18:00« Ah ! V'là le shérif et Bill Top qui s'en vont. Ils allument toujours en partant. »
18:09« Quoi ? Vous voulez dire qu'ils nous ont laissés seuls ?
18:13Mais, M. Ben, la foule va s'attaquer à moi cette nuit. »
18:17« Eh oui, petit ! La ville est en ébullition, ce soir. »
18:22« Mais ils vont tuer un innocent, M. Ben. Dites, pourquoi le shérif, il essaie pas de trouver le vrai meurtrier ? »
18:28« Il leur fallait un suspect et je fais l'affaire parce que je suis étranger à la ville, c'est ça ? »
18:32« Ils retrouvent pas le corps et ils savent qu'ils ne peuvent pas me condamner, alors ils me jettent au loup. »
18:36« Et ils ont pas retrouvé le corps, ça c'est sûr, mon petit ! »
18:41« Je crois bien savoir où il se trouve, moi, le corps. Seulement, ils m'écouteront pas. »
18:46« Dites-moi, M. Ben, pourquoi est-ce que les gens de cette ville placent Jonathan Devlin sur un tel pied d'estal ? »
18:52« C'est sa faute, après tout, si la filature a fermé. Pourquoi ils s'en prennent pas à lui ? »
18:57« Mais parce que c'est un Devlin, mon petit ! Ici, on n'imagine pas qu'un Devlin puisse mal agir, tu comprends ? »
19:08Eddie s'effondra sur son lit.
19:10Au bout d'un instant, il entendit les ronflements du vieux Ben.
19:17Il se leva et alla à la fenêtre, puis il gagna le devant de la cellule.
19:25Les clés étaient par terre, là où Ben les avait jetées.
19:30Eddie s'accroupit, se mit à plat ventre et allongea le bras à travers les barreaux.
19:35Ses doigts touchèrent le trousseau et le rapprochèrent de lui.
19:38Il se saisit des clés.
19:42Il déverrouilla la porte de sa cellule et remonta le couloir sur la pointe des pieds.
19:47Il traversa la pièce du devant et ouvrit la porte d'entrée.
19:53Il ne vit personne sur le trottoir près de la prison lorsqu'il tourna le coin furtivement et se fondit dans les ténèbres.
20:02Il passa devant la station-service, puis suivit la grande route.
20:06Dès qu'il eut laissé les maisons derrière lui, il marcha à grandes enjambées.
20:13Il avait atteint l'entrée du vieux manoir lorsqu'un bruit lui fit tourner la tête et regarder derrière lui.
20:19Depuis la ville, s'entendaient les aboiements sonores des limiers lancés sur une piste.
20:28Le manoir croulant se dressait, triste et solitaire.
20:32Un unique rectangle de lumière brillait en façade, preuve que toute vie n'en était pas encore absente.
20:39Les aboiements des chiens lancés à sa poursuite s'entendaient de plus en plus fort.
20:46Eddie, suivi en courant le chemin longeant le manoir, continua jusqu'à l'endroit où le matin même il avait vu le vieux Devlin.
20:55Il se mit à quatre pattes et fouilla dans l'obscurité.
20:58Il trouva une pelle avec du terreau encore collé au fer.
21:01Un peu plus loin, Eddie franchit un mur et se trouva dans un cimetière.
21:09Il n'eut pas longtemps à chercher pour trouver l'emplacement où la terre avait été fraîchement remuée.
21:16Il plongea la pelle dans le sol et creusa.
21:20La tombe était peu profonde.
21:24Lorsque la pelle toucha le corps, Eddie se mit à genoux et enleva la terre avec ses mains nues.
21:29Il découvrit la tête, puis le cou et les épaules d'une vieille femme aux cheveux blancs.
21:39Les aboiements des chiens étaient tout prêts et les hommes débouchaient à l'arrière du manoir quand Eddie courut vers le mur opposé.
21:47Le shérif avait pris la direction des opérations.
21:50Après avoir donné l'ordre de retenir les chiens, il fit appeler Jonathan Devlin et le mena fermement jusqu'à la tombe ouverte.
21:57Devlin s'écarta brusquement de la tombe, trébucha sur une pierre et s'écroula.
22:01« T'es là de ma vue, shérif ! Elle m'accuse ! Elle est toujours en train de m'accuser ! »
22:07« Oui, elle vous accuse de son meurtre, monsieur Devlin ! »
22:10« Elle m'a toujours traité de raté ! Elle me hait ! Je ne l'ai pas tué pour son argent, shérif ! Je suis allé chez elle pour lui demander un prêt ! »
22:19« Je pouvais l'accepter, shérif ! Mais je ne pouvais plus supporter son mépris ! »
22:25Le shérif releva Jonathan Devlin.
22:29« Conduisez-le à la prison, messieurs ! »
22:34Le groupe repartit lentement à travers le verger.
22:38« Tu peux sortir maintenant, mon gars ! »
22:42Eddie franchit le mur et se retrouva devant le shérif.
22:46« Shérif, vous saviez depuis le début que c'était Jonathan Devlin, n'est-ce pas ? »
22:50« Non, pas quand je t'ai appréhendé, mon gars. J'allais t'inculper du meurtre de mademoiselle Lucinda. Et puis, tu m'as dit que t'avais vu Jonathan Devlin en bras de chemise. Et personne n'a jamais vu Jonathan Devlin sans vest. Alors, j'ai pensé qu'il y avait quelque chose de louche.
23:09Ensuite, je me suis rappelé que le cimetière de famille de Devlin était ici, derrière le verger. Alors là, j'ai compris où était caché le corps.
23:19« Mais pourquoi vous n'êtes pas venu le déterrer, shérif ? »
23:21« On ne peut pas ouvrir une tombe sans une décision judiciaire, mon gars. Jonathan ne pouvait s'y opposer. Il ne pouvait pas accuser un Devlin sans des aveux complets. C'est bien que j'ai décidé de te laisser découvrir la preuve.
23:35« J'ai pensé que si je te flanquais suffisamment la trouille, et puis si je demandais au vieux Ben de te laisser les clés à portée de main, tu te ferais la belle. »
23:46« Mais comment saviez-vous que je viendrais ici, shérif ? »
23:49« J'ai mis ta voiture sous clé, mon gars. Je savais que tu soupçonnais Jonathan, donc la logique voulait que t'essaies de savoir ce qu'il avait fabriqué ce matin.
23:58« Tiens, voilà ton portefeuille et tes clés de voiture, mon gars. Si on peut faire un petit quelque chose pour toi, n'hésite pas, on te doit bien ça. »
24:09« Oui, shérif. Vous pouvez, en effet, faire un petit quelque chose pour moi. Indiquez-moi la route qui mène à une ville plus accueillante que la vôtre. »
24:21Vous venez d'écouter Au cœur du crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
24:31Réalisation, Julien Tarot.
24:33Production, Estelle Laffont.
24:35Patrimoine sonore, Sylvaine Denis, Laetitia Casanova et Antoine Reclut.
24:42Au cœur du crime est disponible sur le site et l'appli Europe 1.
24:46Écoutez aussi l'épisode suivant en vous abonnant gratuitement sur votre plateforme d'écoute.
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