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  • il y a 10 mois

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00:00Il est votre invité ce matin Thomas.
00:01Oui, je reçois ce matin le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade.
00:04Je disais que la dernière fois que vous êtes venu ici, c'était pour l'excellente série Sambre.
00:08Et depuis, vous vous êtes consacré à une série très ambitieuse sur des rescapés de l'attentat du Bataclan,
00:14le 13 novembre 2015, il y a donc bientôt 10 ans.
00:18Je ne sais pas comment dire, ce n'est pas réel.
00:21Pourtant, ça a duré deux heures et demie dans ce putain de couloir,
00:24mais si je n'avais pas des brûlures dans le dos, je pourrais penser que je l'ai rêvé.
00:30Je ne suis pas blessée, je ne suis pas morte, tout le monde ne peut pas en dire autant.
00:34Dire que la jeunesse et le rock'n'roll sont forts, que la terreur, qu'ils n'ont pas gagné,
00:37puisque la vie continue, mais non, on n'efface pas 130 morts.
00:42Moi, ce qui me revient sans arrêt, c'est l'odeur de la poule.
00:47Ceux qui étaient là, avec nous, qui nous fassent signe, je voudrais vous revoir, c'est important.
00:53Tout de suite, je me suis dit, ce n'est pas possible.
00:55Je ne peux pas mourir à cause d'un mec qui est en jogging.
00:57Quand je dis, j'ai rendez-vous avec mes potes otages, personne ne comprend.
01:01Et du coup, en fait, maintenant, je dis les potages.
01:05Des vivants, série en huit épisodes diffusés en intégralité sur France.tv dès aujourd'hui.
01:10Je me disais, avant de commencer à regarder cette série,
01:12qu'en dix ans, beaucoup avait déjà été dit, beaucoup a été fait autour du 13 novembre.
01:18Mais votre série, Jean-Xavier de Lestrade, elle apporte vraiment un nouveau regard sur ce drame,
01:22puisqu'il est consacré à l'après. Comment ces sept otages des terroristes vont se reconstruire après un tel traumatisme ?
01:29C'est cette question qui vous intéressait particulièrement.
01:31Oui, oui, c'était...
01:33À la fois, il y avait deux questions.
01:35Il y a évidemment, la majeure partie de la série est consacrée à ce qui se passe.
01:40Qu'est-ce qu'on fait de ça quand on a subi cette violence-là ?
01:43La violence ultime. Il n'y a pas pire violence que celle-ci.
01:47Et qu'est-ce qu'on en fait ? Comment vit-on après ?
01:49Ça s'appelle des vivants, mais effectivement, ils sont sortis vivants de ce couloir où ils étaient retenus à nos tages.
01:55Mais vivants, comment ?
01:57Et qu'est-ce qu'on fait de cette vie qui nous reste ?
02:00C'est comme si on avait eu une deuxième chance, une deuxième vie.
02:03Et en fait, les scénarios ont été écrits vraiment à partir du récit de ces sept potages.
02:10Vous êtes inspirés de l'histoire vraie d'un groupe d'otages qui ont été enfermés pendant 2h30 avec deux terroristes dans un petit couloir au premier étage du Bataclan.
02:19Oui, oui. Et on a recueilli leurs témoignages, leurs récits.
02:23Et avec Antoine Lacomblaise, le scénariste, on a écrit vraiment directement à partir de ce récit.
02:30Donc, c'est quand même ce qu'on montre à l'écran et quand même très proche du réel et de leur expérience.
02:38En changeant leurs identités, j'imagine ?
02:40Non, non, non, non, même pas.
02:41Pas tant que ça, ah oui.
02:42C'était un deal passé au départ, un contrat avec eux.
02:46Bien sûr, ils auraient pu changer d'avis à la fin du processus d'écriture, mais ce sont les vrais prénoms, les vraies identités de chacun.
02:53Ils ont accepté ça.
02:55Ils ont accepté de se mettre à nu, vraiment, et de partager avec nous leur intimité, leur douleur, leur souffrance, leur joie aussi,
03:03parce qu'il y a plein d'aspects lumineux dans cette histoire.
03:06Mais ça, c'était un cadeau assez incroyable qu'ils nous ont fait.
03:11Est-ce qu'ils ont vu la série ?
03:13Oui, bien sûr, ils ont vu la série.
03:15On avait organisé, dans une salle d'un cinéma parisien, une séance spéciale pour eux.
03:21Et comment ils l'ont vécu ?
03:23Parce que nous, en la regardant, cette série, il y a beaucoup de moments où on s'est dit, est-ce que ça ne soulève pas des moments terribles qu'ils vont revivre à travers cette série ?
03:32Oui, mais cette fonction, c'est pour ça que c'est passionnant aussi, la fiction, et qu'il me semble que c'était nécessaire, aujourd'hui, de faire une grande fresque de fiction.
03:45Enfin, fiction au sens où c'est de la représentation, on passe par des comédiens.
03:49Mais ça me paraissait nécessaire, parce que, pour eux, quand ils l'ont vu, finalement, ils se sont sentis presque allégés.
03:57Ah oui.
03:58Tout d'un coup, leur histoire, leur propre histoire, de la voir sur l'écran incarnée par des comédiens,
04:04quelque part, il y a un endroit où ça les dépossédait de cette histoire-là, et tout d'un coup, elle devenait publique.
04:10C'est une forme de reconnaissance aussi.
04:12C'est aussi une forme de reconnaissance, bien sûr, de ne pas être oublié, que leur histoire reste, ça laisse une trace, une empreinte.
04:22Parce qu'on parle souvent des victimes, on parle souvent des familles des victimes,
04:25mais on ne parle pas forcément de ces personnes qui y étaient, et qui sont elles-mêmes aussi victimes, même s'ils ont réussi à survivre.
04:33Oui, oui, oui. En fait, là, tous les gens qui, ce soir-là, étaient au Bataclan, et qui étaient sur les terrasses, et qui étaient au Stade de France,
04:43il y a les victimes, celles qui sont décédées, celles qui sont mortes, celles qui ont été blessées.
04:48Mais ceux et celles qui sont sortis physiquement indemnes, en fait, ce sont aussi des victimes.
04:56C'est-à-dire qu'en l'espace de quelques minutes, votre vie bascule dans autre chose.
05:04Plus jamais, vous ne serez la même personne.
05:06Et ça, c'est quand même difficile à comprendre pour les gens qui sont à l'extérieur, pour l'entourage, pour la famille.
05:12Même pour l'entourage, oui, qui parfois réagissent assez mal, assez durement en face d'eux.
05:17Est-ce qu'il y avait, j'imagine, ce couple, il existe vraiment, ce couple joué par Benjamin Laverne et Alix Poisson.
05:22Il est très intéressant, ce couple, parce qu'il ne vit pas du tout l'après-attentat de la même manière.
05:31Lui, il tombe dans une sorte de trou noir, et elle, elle fait pratiquement comme si rien ne s'était passé.
05:36Elle confie même à un moment à sa psy qu'elle trouve que tout le monde en fait un petit peu trop avec cette histoire.
05:40Oui, et c'est ça qui était fascinant, parce qu'on a sept personnes.
05:46Donc, ces sept personnes qui étaient dans le couloir, ont eu le temps et prouvé la nécessité de se retrouver après,
05:53pour former un groupe qui est plus fort que l'amitié, plus fort que les liens familiaux, quasiment.
05:59C'est un pacte à la vie et à la mort.
06:02Qui s'appelle les potages, donc, contractions de potes et otages.
06:05Des potes otages, et donc, parmi eux, voilà, il y a ce couple, Arnaud et Marie,
06:16et comme les autres, chacun réagit à cette violence de manière différente, de manière presque opposée.
06:25Comme vous venez de le rappeler, voilà, Arnaud, lui, plonge dans une forme de désespoir,
06:29Marie retourne au travail 48 heures après, l'attentat arrive le vendredi soir, le lundi matin,
06:35elle est au travail, tout le monde a scotché.
06:37Et au travail, elle raconte à ses collègues que le concert était super,
06:40et qu'elle a écouté les chansons qu'elle aimait.
06:41Elle ne parle pas directement de la prise d'otages avant que tout le monde lui pose la question.
06:46Oui, et puis la manière dont elle en parle, elle en parle presque...
06:51Avec détachement, oui.
06:52Elle essaie de faire rire les autres, parce que surtout, elle ne voudrait pas prendre en charge leur tristesse, leur pleurs, enfin, leur...
07:02Elle dit un truc incroyable, elle dit, je me suis accroché à mon sac à main,
07:06pendant tout le long de cette prise d'otages, pendant deux heures et demie, je ne pensais qu'à une seule chose, mon sac à main.
07:11Oui, oui, et chacun, en fait, a des petits réflexes, en fait, dans ces moments-là d'intenses stress,
07:20chacun va se raccrocher à un petit détail, à quelque chose vraiment qui va...
07:29C'est comme un petit gris-gris, on s'est dit, bon, si, si, Marie, alors Marie, si elle gardait son sac, elle dit, je vais en sortir vivante.
07:37Si je garde mon sac jusqu'au bout, je vais en sortir vivante.
07:39C'est Stéphane qui a entendu qu'un des otages était chilien, et son ex-femme était chilienne, ses filles sont à moitié chiliennes,
07:49il s'est dit, il y a un chilien ici, ça va nous sauver la vie.
07:53L'irrationnel rentre, et en fait, on survit comme on peut, il n'y a pas d'acte héroïque là-dedans,
08:01mais c'est comment la psyché humaine fonctionne, et comment on invente...
08:06Les mécanismes qui se mettent en place.
08:08Voilà, on invente des mécanismes pour rester vivant.
08:11C'est ça qui était aussi passionnant.
08:14La série, d'ailleurs, elle évoque ce que les psys appellent le syndrome de Lazare,
08:18c'est ce que ressent une personne qui aurait dû mourir et qui ne meurt pas.
08:22Et c'est une épreuve terrible, ça.
08:24Oui, c'est la pire épreuve qu'il soit.
08:27Eux, ils étaient dans ce couloir pendant presque deux heures et demie,
08:31et ils avaient été témoins de ce qui s'était passé dans la fosse quelques minutes avant.
08:36Donc, ils ne se faisaient pas d'illusions.
08:40Honnêtement, il n'y avait aucun moyen pour sortir vivant de ce couloir,
08:44avec deux terroristes, avec des armées Kalchnikov, des gilets chargés d'explosifs,
08:50et à tel point que même quand la BRI va donner l'assaut,
08:54ils ne veulent pas que la BRI rentre...
08:56Oui, ils retiennent la porte.
08:57Ils retiennent la porte, parce qu'ils savent que ça va être une explosion de violence,
09:02un carnage, et que tout le monde va sauter, et que ça va être la fin.
09:06Sauf que les 11 sont sortis vivants de cette pièce.
09:08Ils sont tous sortis vivants, mais comme je le rappelais au début,
09:11c'est-à-dire vivants, on est vivants, oui,
09:13mais voilà, ce syndrome de Lazare, c'est...
09:16Vous auriez dû mourir, vous êtes préparés à mourir,
09:19vous avez même visualisé votre propre mort, vous avez pensé à ça,
09:23et vous sortez, et non, vous n'êtes pas mort.
09:26Donc, il y a quand même une charge de culpabilité aussi,
09:28par rapport à tous ceux qui sont morts,
09:30et ça, il ne faut pas l'oublier,
09:31mais vous avez cette culpabilité-là,
09:33mais qu'est-ce que vous faites de cette vie ?
09:35Qu'on vous a presque cette deuxième vie,
09:37qu'on vous a presque offerte,
09:39comment être à la hauteur de cette deuxième vie aussi ?
09:42Et vous parlez, Jean-Xavier Lestrade,
09:43de ses héros aussi du Batatlan,
09:45les hommes de la BRI,
09:47et alors justement, un des personnages, lui,
09:49il n'a qu'une envie en sortant du Batatlan,
09:51c'est d'entrer en contact avec les policiers de la BRI
09:53qui l'ont secouru,
09:55et c'est quelque chose qui ne se fait pas du tout en temps normal,
09:57mais là, ça a été possible pour le Batatlan,
09:59il y a eu cette rencontre.
10:00Oui, là, ça a été possible,
10:01et c'est totalement inédit,
10:03c'est David Fritz-Koopinger,
10:05donc l'un des otages,
10:07il n'a vécu une obsession,
10:09c'est de rencontrer les hommes qui les avaient sauvés,
10:13pour leur dire merci,
10:14simplement merci.
10:16Et il a tellement insisté,
10:17que finalement, ils ont accepté,
10:19et on a quand même cette rencontre
10:21où tous les potages viennent à la BRI,
10:26rencontrent ces hommes que l'on voit d'habitude,
10:29armés, hyper armés, avec des cagoules,
10:32et là, on les voit comme des hommes normaux.
10:36Et surtout, on se rend compte que eux aussi
10:38sont quelque part victimes de cette soirée-là,
10:40parce que beaucoup de la BRI sont très affectés
10:43par ce qu'ils ont vécu ce soir-là.
10:45Oui, parce qu'en fait, comme l'un rappelle,
10:47l'un dit, parce qu'il y a un des otages,
10:50des ex-otages, il dit,
10:52mais vous êtes entraînés, vous, quand même.
10:54Et l'autre lui répond,
10:54mais on ne sera jamais entraînés
10:56à marcher sur les morts.
10:57Bien sûr.
10:58Jamais.
10:59Et donc, eux aussi,
11:00ils ont quand même subi,
11:02il y a un endroit où ils sont aussi victimes.
11:05La série, elle est entrecoupée de séquences
11:07reconstituant l'attentat.
11:09Vous êtes allé tourner au Bataclan,
11:10certaines des scènes ?
11:11Oui, oui, oui.
11:12Et contrairement à toutes les autres séries
11:14que j'avais faites,
11:15qui étaient inspirées de faits réels,
11:17que ce soit Laetitia ou Sambre,
11:19que vous avez rappelé tout à l'heure,
11:20où j'avais tourné ailleurs.
11:21Je voulais surtout ne pas tourner
11:23sur les lieux où s'étaient déroulés les faits.
11:25Là, ça me paraissait totalement impossible
11:28de tourner ailleurs qu'au Bataclan,
11:32parce qu'on a tous des images, quand même,
11:35de cette salle.
11:37On a vu des photos.
11:38Enfin, il y a un imaginaire qui est lié à la salle.
11:42Et aussi, c'était presque une demande
11:45des potages eux-mêmes,
11:47en disant, mais vous avez fait un travail
11:50tellement précis sur nos vies,
11:52sur ce que l'on a vécu,
11:54et pourquoi ne pas tourner dans la salle
11:57où ça s'est vraiment déroulé ?
11:59Et c'était aussi, parce qu'une manière
12:01de faire rentrer le réel,
12:04plusieurs fois, le réel rentre dans la série,
12:08dans la fiction.
12:10Et là, il y a d'avoir, à des moments,
12:14la vraie salle du Bataclan,
12:16avec des comédiens,
12:18ça me paraissait quand même hyper important
12:20pour dire aussi aux spectateurs,
12:22non, on est transparent avec vous,
12:24on ne triche pas avec vous,
12:26on y est, quoi.
12:27C'est là où ça s'est déroulé.
12:28Je pense que c'était aussi rendre,
12:31quelque part, un hommage aux gens
12:33qui ont été tués et qui sont restés là.
12:37Et moi, je voudrais dire aux auditeurs
12:38que même s'il y a des moments difficiles,
12:40notamment les toutes premières minutes,
12:43vous allez découvrir au fil des épisodes
12:45une série qui est extrêmement lumineuse.
12:46Il y a quand même beaucoup d'espoir
12:47dans votre série Jean-Xavier Lestrade.
12:49Je le dis parce qu'au départ,
12:50moi, je n'avais pas très envie
12:51de me replonger dans cette histoire
12:52du 13 novembre.
12:53C'est peut-être une inquiétude que vous avez,
12:55d'ailleurs, que les téléspectateurs
12:56n'aient pas forcément envie.
12:57Oui, oui, moi-même,
12:58je n'avais pas vraiment envie
13:00de tourner cette série de l'affaire,
13:02parce qu'au début...
13:02C'est dur.
13:03Voilà, on a tous une histoire
13:06avec quand même le 13 novembre.
13:08On est tous face à une émotion intense,
13:11quelque chose qui vous bouleverse
13:12à l'intérieur.
13:13Et donc, voilà.
13:15Et je pense que pour les téléspectateurs,
13:17je pense qu'il peut y avoir aussi
13:18une forme d'appréhension.
13:20Et les premières minutes,
13:21elles sont assez denses,
13:23elles sont quand même assez violentes,
13:26effectivement.
13:27Mais une fois qu'on passe ça,
13:28effectivement,
13:29et merci de le rappeler,
13:30c'est quand même une série
13:31sur un collectif,
13:33sur un groupe,
13:34sur des gens qui se retrouvent
13:36et qui retrouvent le goût à la vie,
13:38le goût de se parler,
13:40de se regarder,
13:41de se toucher,
13:42le goût de chanter
13:43et de danser.
13:44Et tant qu'il y aura ça,
13:46je pense que, voilà,
13:47la barbarie ne nous aura pas.
13:49Avec des personnages
13:49extrêmement attachants, voilà.
13:51Mais prenez le temps
13:52de vous attacher à eux
13:53au cours de cette série
13:55des vivants,
13:55c'est d'avoir en intégralité
13:56dès aujourd'hui sur France.tv.
13:58Ce sera à partir du 3 novembre
13:59à 21h10 sur France 2.
14:02Merci beaucoup,
14:03Jean-Xavier Lestrade.
14:03Merci beaucoup à vous.
14:05Et Culture Média continue
14:06dans un instant,
14:06juste après les infos
14:07de 10h30.
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