00:00Pour cette année, c'est râpé. Donald Trump n'a pas obtenu le prix Nobel de la paix 2025 et qu'il convoitait tant.
00:10Il a été décerné ce vendredi à l'opposante vénézuélienne Maria Corina Machado.
00:15Mais le président américain n'a pas dit son dernier mot.
00:17Lui qui vient tout juste d'obtenir un accord de cessez-le-feu à Gaza et qui se targue d'avoir résolu huit conflits en neuf mois,
00:24peut-il prétendre à la prestigieuse récompense pour l'an prochain ?
00:28Est-il un candidat légitime et sérieux cette fois-ci ?
00:32On va en parler avec vous, Hélène Aoun, bonsoir.
00:34Vous êtes professeure en relations internationales à l'université catholique de Louvain, en Belgique, spécialiste du Moyen-Orient.
00:42Ces derniers mois, lorsque Donald Trump se disait le mieux placé pour obtenir le prix Nobel de la paix, beaucoup riaient sous cap.
00:48On rappelle que son début de mandat a été marqué par une guerre commerciale mondiale, par ses positions sur l'immigration,
00:53par l'envoi de l'armée dans certaines villes des États-Unis, par des discours belliqueux d'annexion du Groenland, du Canada.
01:00Est-ce que la donne change depuis la mise en place, l'entrée en vigueur du cessez-le-feu entre le Hamas et Israël intervenu la nuit dernière, selon vous ?
01:12Alors, évidemment non, parce qu'on est au tout début d'un processus qui pêche par une multiplicité de fragilités.
01:22Je pourrais y revenir, mais d'une certaine manière, selon nos analyses, à nous, chercheurs qui connaissons très bien ce conflit,
01:30généralement, on attribue quelque part à Donald Trump la paternité du 7 octobre.
01:36Je m'explique. Donc, Donald Trump, au travers de ses accords d'Abraham,
01:41souvenons-nous, des accords qui ignoraient totalement le paramètre palestinien,
01:46avait quelque part acculé, en ignorant les Palestiniens, quelque part à l'oubli.
01:54Et donc, d'une certaine manière, le Hamas, dans ses attaques du 7 octobre, aussi terrible soit-elle,
01:59était une tentative de faire ressurgir la problématique palestinienne sur le devant de la scène.
02:06Il faut également attribuer à Donald Trump, au moment de sa première mandature,
02:12la rupture de l'accord autour du nucléaire iranien,
02:19et puis aussi l'assassinat du numéro 1 des gardiens de la révolution,
02:24ce qui avait amené les Iraniens à rompre à leur tour leur adhésion au terme du fameux accord autour de leur nucléaire.
02:37Donc, en fait, durant son premier mandat,
02:39M. Trump avait déjà préparé les drames qu'on va voir se dérouler à partir de la fin de l'année 2023.
02:48Et donc, aujourd'hui, avec le plan qui est sur la table,
02:51Alors, on est tous extrêmement soulagés de voir qu'il y a l'amence d'un quelque chose,
02:56mais ce quelque chose est d'une très très grande fragilité,
02:59et le plan lui-même, il est d'une très très grande vacuité,
03:04et ceci de multiples manières.
03:07Et je pourrais bien évidemment, si vous le souhaitez, m'apesantir là-dessus.
03:12On va essayer d'y revenir, oui, mais on peut tout de même lui reconnaître
03:15un succès diplomatique aujourd'hui,
03:17qui est salué d'ailleurs par de nombreux pays.
03:21Londres, Paris, Berlin se sont empressés de saluer ce succès aujourd'hui.
03:28Alors, il est difficile d'apprécier dans quelle mesure il croit vraiment au contenu de ce plan-là,
03:35et au mérite de Donald Trump.
03:37Ou si on est véritablement dans une dynamique qui me semble être très puissante actuellement,
03:45de toute part, c'est vraiment de caresser Trump dans le sens du poids,
03:50de lui faire plaisir, quand bien même on ne croit pas véritablement en ses mérites.
03:55Donc aujourd'hui, il y a une très grande convergence.
03:58Alors, il faut reconnaître qu'il a tapé sans doute du poids auprès du gouvernement de Benyamin Netanyahou,
04:06en l'amenant à consentir en fait à ce qui est posé sur la table.
04:12Mais véritablement, quand on regarde la manière dont les choses se sont déroulées,
04:18les ambiguïtés qu'il y a eues,
04:20à savoir ce qui avait été négocié avec les États arabo-musulmans,
04:23qui a été ensuite négocié avec Netanyahou,
04:27les déclarations de M. Netanyahou au sortir de la Maison Blanche,
04:32on voit bien qu'il y a plein de trous dans son plan,
04:35et que tout le monde n'y voit pas les mêmes choses.
04:38Donc face à des plans qui sont généralement beaucoup mieux étudiés,
04:41qui sont longuement mûris par des acteurs beaucoup plus chevronnés
04:49qu'un Donald Trump qui croit que ce conflit-là a 3 000 ans d'existence,
04:54une équipe autour de lui qui n'est pas beaucoup plus fine connaisseuse de ce conflit-là.
05:02Donc vous n'y croyez pas à ce plan ?
05:04Vous n'y croyez pas à ce plan et vous ne pensez pas qu'il va permettre une paix durable dans la région ?
05:12Écoutez, on est à des années-lumière d'une véritable paix,
05:15et je vais vous donner deux, trois éléments.
05:16Le premier, comment vous voulez faire la paix avec une partie qui est totalement exclue ?
05:21Et il s'agit des Palestiniens.
05:23Rappelez-nous, Trump a refusé d'octroyer des visas à la délégation palestinienne
05:28et au président de l'autorité palestinienne.
05:32Mais il veut que les Palestiniens soient partie prenante d'une paix.
05:35Donc en fait, on voit exactement ce qui s'est passé durant son premier mandat,
05:40à savoir boycotter les Palestiniens et les ignorer.
05:44Un autre élément préoccupant, c'est le fait que ce texte-là ne fait aucune référence
05:50à une quelconque légalité internationale.
05:53Par exemple, aucune référence à une résolution des Nations Unies,
05:58à la Charte des Nations Unies, aux paramètres d'Oslo ou quoi que ce soit.
06:02Donc je pourrais vraiment m'étendre, il y a plein d'autres problèmes.
06:06Néanmoins, c'est le début de quelque chose.
06:10Si on arrive à capitaliser sur cette petite faute d'opportunité,
06:15le fait de faire terme les armes, de sortir bien évidemment des otages israéliens
06:22de la bande de Gaza et puis offrir cette libération des prisonniers politiques
06:28palestiniens de l'autre côté ou une partie d'entre eux,
06:32on amorce déjà quelque chose.
06:34Mais si on en reste à un face-à-face trilatéral,
06:38Israël d'un côté, palestinien d'un côté et Donald Trump de l'autre côté,
06:43surtout que monsieur est très versatile,
06:45on risque de revenir encore une fois à la case départ.
06:48Par contre, ce qui est particulièrement intéressant dans la période actuelle,
06:53c'est de voir qu'il y a une forme d'internationalisation de ce conflit
06:56ou en tout cas de cette sortie de crise,
06:59puisqu'on a des négociateurs régionaux,
07:04on a l'Égypte, on a le Qatar, on a la Turquie.
07:07On voit également que les Européens sont en train aussi de ramer dans le même sens.
07:12Et donc si on arrive à faire une coalition qui va quelque part encadrer
07:16cette ébauche d'un processus de sortie de crise,
07:20on est très loin d'un plan de paix durable.
07:23Justement, on comprend que vous n'attribueriez pas le prix Nobel de la paix
07:27à Donald Trump l'an prochain, en tout cas pas pour l'instant.
07:31Est-ce que d'autres instances, d'autres personnalités
07:33mériteraient selon vous d'être récompensées pour leur rôle
07:36en faveur de la paix au Proche-Orient ?
07:38Écoutez, je dois avouer que j'ai, comment dire,
07:46beaucoup, beaucoup, beaucoup de respect pour Francesca Albanese,
07:53qui est extrêmement contestée,
07:57mais qui a toujours adopté la ligne du droit international,
08:01qui s'y est tenue contre vents et marées,
08:03et qui aujourd'hui est bien évidemment dans le collimateur
08:07notamment de l'administration Trump.
08:09Vous pouvez nous préciser qui elle est ?
08:10Mais ça a été une des voix...
08:12Pardon ?
08:12Vous pouvez nous préciser qui elle est ?
08:16Oui, donc Francesca Albanese,
08:19c'est cette rapportrice onusienne,
08:24donc responsable d'instruire la problématique des droits humains
08:29dans les territoires palestiniens.
08:31Et c'est elle qui, donc déjà avant la survenance du 7 octobre,
08:36et bien évidemment depuis,
08:38elle essaye de mettre en relief
08:40toutes les violations massives des droits humains en Palestine,
08:44et qui est l'avocat infatigable d'une résolution du conflit
08:50au travers des droits,
08:52du droit international, du droit humanitaire.
08:55Merci, merci beaucoup Héléna Aoun.
08:58Et merci d'avoir répondu à la question qui fâche.
Be the first to comment