00:00Les rebelles ont un slogan, ils disent qu'ils n'ont pas de prison.
00:03T'arrêtes, finis pour toi ou te tuer, c'est tout.
00:05Depuis janvier 2025, le mouvement rebelle du M23,
00:09composé majoritairement du Tutsi congolais et soutenu par le Rwanda,
00:13occupe plusieurs territoires des provinces du nord et du sud Kivu, dans l'est de la RDC.
00:18Leur arrivée dans cette zone s'est accompagnée de graves violations des droits humains,
00:22de déplacements massifs et de la mise en place d'une administration parallèle.
00:25Le média indépendant genévois The New Humanitarian a publié une série d'articles
00:30sur le quotidien des habitants de ces territoires.
00:32Claude Sanguénia, journaliste congolais et coordinateur de cette enquête, nous raconte.
00:42Depuis près de 4 ans, l'est de la RDC vit un nouveau cycle de conflits qui implique la scène rébellion, le M23.
00:50Depuis février 2025, la rébellion a pratiquement pris le contrôle d'importantes villes de l'est,
00:56c'est-à-dire Goma et Bukavu, qui sont des villes importantes à l'est de la République démocratique du Congo.
01:01Alors nous avons observé que les réalités de Goma et celles de Bukavu sont plus ou moins connues du monde
01:08parce que ce sont des villes qui ont au moins été visitées par des médias internationaux.
01:13Mais les réalités dans les zones intérieures restent peu connues du monde
01:18et c'est pour cela que nous avons décidé pour The New Humanitarian
01:22de suivre la situation dans les territoires sous occupation du M23 du territoire
01:27autre que les grandes villes visitées par les médias.
01:30Nous avons fait un focus au Nord Kivu
01:32et nous, nous avons réussi à suivre la situation dans trois importants territoires,
01:38notamment Loubero, nous avons Routourou, nous avons également Walikale.
01:43Alors moi, pratiquement, je collabore avec The New Humanitarian depuis 10 ans maintenant, depuis 2015.
01:48J'ai eu dans le pensée à réaliser certaines enquêtes,
01:53notamment pour des médias locaux,
01:54qui ne me permettent pas de me déplacer présentement dans les zones sous occupation rebelles.
01:59Il n'y a aucune menace qui est officiellement, qui pèse contre moi,
02:03mais la prédence est de mise.
02:05C'est pour cela que j'ai décidé d'associer pour ce travail-là des journalistes locaux
02:09que moi, je connais très bien.
02:11Alors, ils sont présents dans la zone, ils maîtrisent la réalité,
02:14ils sont en train de vivre la réalité au quotidien.
02:16J'estime bien qu'avec eux, je peux travailler
02:18et sous couvert, bien évidemment, dans l'allonnement
02:21parce qu'ils sont témoins et pour qu'ils nous essaient de relayer la réalité au quotidien dans cette zone-là.
02:29L'idée, c'était qu'ils nous parlent de tout ce qui marche
02:35et de tout ce qui ne marche pas depuis l'arrivée du mouvement rebel,
02:39que ce soit sur l'administration, sur le côté humanitaire,
02:43sur les activités socio-économiques.
02:46Par exemple, nous étions au courant qu'il y a certaines structures sanitaires
02:50qui avaient été pillées pendant les hostilités,
02:52mais on ignorait ce que cela a causé comme impact au sein des communautés locales.
02:58Il y a certains habitants aujourd'hui qui font l'automédication,
03:01certains qui s'adonnent à la médecine traditionnelle.
03:04Leur SCP se faire soigner parce qu'ils n'ont plus accès aux structures sanitaires.
03:08Leur pouvoir d'achat est devenu assez faible pour veiller les soins dans des cliniques.
03:12Il y a également d'autres réalités qu'on ignorait dans la zone,
03:15comme des changements positifs.
03:16Par exemple, il y a dans certains territoires où le mouvement a ouvert des routes
03:20et des deserts agricoles.
03:22C'est ce qui, pour certains habitats de villages comme dans les Walikas,
03:25ils ont noté que ce sont des avancées
03:27parce que ça permet l'évacuation de l'air d'arrêt alimentaire sur le marché.
03:31Il y a quand même des habitats qui notent que le mouvement essaie de restaurer la sécurité.
03:36Ça, c'est un point positif qui a été noté dans plusieurs ans.
03:39Par exemple, à Koutchourou, les habitats ont révélé qu'il n'y a plus de cas de kidnapping.
03:44Pourquoi ?
03:44Parce que si les kidnappes parviennent à se faire arrêter,
03:47le mouvement dit « nous, on n'a pas de prison »,
03:49on t'arrête, finis pour toi, on te tue, c'est tout.
03:52L'administration rebelle est accompagnée vraiment des violations massives des droits humains.
03:56Par exemple, dans des villages, des hommes sont réquisitionnés pour mener des travaux forcés.
04:00Si vous n'êtes pas là, vous pouvez être passible de tortures, des amendes exorbitantes.
04:06Il y a certains cas de disparition qui sont notés dans des familles.
04:10Par exemple, j'ai échangé avec tellement de familles qui vous disent clairement que non,
04:15on n'a pas de traces de notre fils parce qu'il avait été arrêté par le mouvement rebelle.
04:18Soit il a été tué, soit il a été amené.
04:21On n'a vraiment pas de traces.
04:22Et certaines familles sont obligées même à faire des délèves parce qu'elles n'ont plus l'espoir de revoir leurs proches qui ont été arrêtés par des rebelles.
04:29Depuis plus de trois décennies maintenant que l'Est du Congo fait face à des violations massives des droits humains.
04:39À chaque cycle de violence, il y a toujours des violations massives.
04:43Malheureusement, qui ne sont pas documentées et qui ne font même pas objet de discussion dans tous les processus de négociation.
04:50Que ce soit à Washington, que ce soit à Doha, vraiment, on sacrifie la justice dans ces négociations qui sont à court.
04:58Ce qui fait qu'il n'y a aucun mécanisme de documentation des crimes qui est déployé pour l'instant alors que c'est nécessaire.
05:05J'ai eu quand même des gens, surtout des CIGELs congolais qui vivent, par exemple, dans la diasporale.
05:12Un qui vit en Allemagne, qui m'a écrit, qui m'a dit que ce sont des articles qui peuvent un jour servir de prêve.
05:17Ça peut aider aussi à faire éclater la vérité un jour ou ça peut aider à mettre certains acteurs qui sont impliqués dans ces cas de valer responsabilité un jour.
05:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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