00:00Elodie Bonafous s'apprête à disputer sa première grande course au large à bord d'un
00:05imoca à feuilles, le flambant neuf, épaulé par l'expérimenté Yann-Eliès.
00:09Elodie, est-ce que tu peux me présenter ton voisin ?
00:12Oh la question là ! C'est dur ça !
00:15Alors à ma gauche, en chair et en os, nous avons Yann-Eliès. Le Yann-Eliès ! Quel âge ?
00:2451.
00:25Je voulais pas dire de bêtises, je préférais le laisser parler.
00:27C'est pareil, je ne suis pas sûr du tien non plus.
00:31Skipper de renom aux multiples expériences, qui a gagné des solitaires de Figaro, des Transat Jacques-Vabre à l'époque,
00:42et avec qui je participe cette année à la Transat Café-Lore pour ma première participation, et c'est sa dixième participation.
00:49Yann, même exercice.
00:51Elodie Bonafous, il faut dire le housse.
00:54Il a l'ES et on.
00:5630 ans plus... Ah oui, 30 ans...
00:58Putain, il y a un mois.
00:59Il y a un mois.
01:01Oui, c'était facile.
01:0230 ans il y a un mois.
01:04De l'eau-caric.
01:05Ça veut tout dire.
01:07Cailloux, granite rose, coteneur.
01:11Du costaud.
01:12Alors, Elodie, raconte-nous le choix de prendre Yann avec toi pour t'accompagner dans cette découverte des foilers.
01:19On est là dans une phase progressive pour aller vers le Rhum et évidemment le Vendée Globe, et on y va progressivement.
01:25équipage, équipage réduit, et puis là le double.
01:28Et le choix de Yann pour t'accompagner.
01:31Oui, tout à fait.
01:32Et bien le choix de Yann, il s'est fait...
01:34Dès l'imagination de montage du projet, il a été rapidement dans les discussions et dans les décisions.
01:41Dès qu'on avait acté avec le partenaire, le groupe Kegener, qu'on lançait ce projet, IMOCA, en vue du Vendée Globe de 2028.
01:48Et Yann, principalement, moi j'avais envie qu'il intègre le projet, d'abord pour ses compétences vraiment de marin et son expérience de marin.
01:57Moi, j'ai beaucoup navigué soit en inshore, soit sur le Figaro.
02:01Et donc c'est quand même de la régate plutôt au contact et plutôt, on va dire, proche des côtes.
02:06C'est pas du grand large encore.
02:07Et Yann, il a vraiment beaucoup d'expérience sur du large, large, et c'est ça que j'appelle être vraiment un vrai marin complet.
02:13C'est-à-dire savoir prendre soin d'un bateau, savoir toujours peser la prise de risque entre de la performance et de savoir un peu prendre soin du bateau.
02:22Et aussi sur des notions de météo, donc c'était vraiment des qualités hyper fortes sur lesquelles moi, j'ai en fait quasiment pas d'expérience.
02:29Il faut dire ce qui est, donc j'avais vraiment beaucoup à apprendre là-dessus.
02:32Et puis c'est un chouette gars, je suis super contente de partager ce projet avec Yann.
02:37Parce que c'est vrai que quand je l'ai rencontré, pour de vrai, en chair et en os, c'était en Figaro.
02:43Il naviguait encore en Figaro.
02:44C'était sa dernière solitaire, je crois.
02:46Il était un peu impressionnant, un peu imposant.
02:48Il faisait un peu peur.
02:49Et aujourd'hui, ça se voit vraiment que au niveau de transmission, je l'ai vu naviguer avec d'autres Figaristes
02:55avant qu'on commence à naviguer ensemble.
02:56Et j'en ai eu vraiment des super retours d'expérience.
02:58Il a commencé à coacher au pôle.
02:59Et en fait, si je me suis rendu compte que c'était guin-guin, il était prêt à beaucoup donner.
03:03Donc ça donnait vraiment envie.
03:05Et puis pour l'anecdote, il y a aussi l'histoire avec le partenaire Groupe Keguiner, avec lequel Yann a une longue, longue histoire.
03:11Il les connaît bien, donc c'est un tout qui faisait que ça matchait parfaitement.
03:14Yann, même type de question sur accompagner Elodie vers le Grand Large et le Vendée.
03:23Quand on est en plus encadrant au pôle Finistère Course au Large,
03:28comment on passe de l'encadrant qui est à terre au navigant qui doit partager un quotidien ?
03:34Dans ce sens-là, pour moi, c'est plus facile de transmettre, on va dire, ce que je connais en situation.
03:43J'ai encore un peu de mal à être un coach qui apprend sans faire par l'exemple ou par la technique.
03:53C'est encore un autre niveau de coach.
03:56Mais comment on fait ?
03:58Moi, je me dis surtout que c'est vraiment dommage que autant d'expériences ne soient pas transmises.
04:05C'est quand même dommage, c'est comme d'arrêter une carrière, se barrer avec son savoir-faire, c'est un peu con.
04:15Et moi, ce qui m'a vraiment plu et ce qui m'a séduit, c'est une espèce de vague de jeunesse et de femme qui arrive,
04:26mais qui est à la fois en voile. Il n'y a pas vraiment de preuves concrètes.
04:33On a Justine qui fait septième, je crois, du Vendée.
04:36Mais il ne faut pas oublier qu'il y a 20 ans, il y a Hélène MacArthur qui fait troisième du Vendée Globe.
04:41Et depuis, entre les deux, il n'y a pas eu quoi.
04:44Là, en Figaro, Elodie, elle fait troisième. Tu as gagné une étape ?
04:48Deux au mieux.
04:49Deux et trois du général. Cinquième du général, je crois.
04:54Donc, c'est les prémices d'une femme qui batch avec les hommes.
04:59Et moi, j'aimerais bien que sur le prochain, il y en ait une femme qui fasse les trois premiers.
05:06Et j'espère que ce sera Elodie.
05:10Alors, c'est très bien parti. Cette avant-saison, les courses de préparation sont très, très bien passées.
05:16Scénario idéal avec même une victoire un peu mythique. Le Fastnet, ce n'est pas rien quand même.
05:22Oui, complètement. C'était un peu le moderne.
05:25Et c'est ce que Yann m'a dit quand on a franchi la ligne, c'est que là, il fallait vraiment profiter.
05:28Parce qu'une victoire, c'est le must quand même. C'est la victoire.
05:32Et c'est sûr que dans un début de projet qui se lance,
05:35il faut imaginer que c'est un partenaire qui se relance dans un projet Vendée Globe.
05:39Donc, c'est une écurie qui se remonte, une équipe technique qui se monte.
05:43On découvre un bateau.
05:45Même si c'est une copie de Nimmo Kamassi qui a gagné le Vendée,
05:48c'est quand même un bateau neuf qu'il faut savoir prendre en main.
05:50Donc, c'est un travail vraiment polyvalent sur tous les domaines.
05:53Autre que juste après on a manié ce bateau, c'est quand même plus complet.
05:56Du coup, je pense que c'est vraiment une victoire sur la mise en route de ce projet.
06:00Et c'est à l'image, je pense, que le secret, ça a été plutôt de faire des bons choix
06:04en accord avec les ambitions du projet, l'équipe technique qu'on avait,
06:08ce qu'on voulait en faire et de se faire en tourner des bonnes personnes.
06:11Je pense que le fait d'avoir Yann dès le début sur les premiers entraînements
06:14pour trouver les manettes du bateau et être justement dans le vrai et dans le juste,
06:19c'était les meilleurs choix, je pense, qu'on pouvait faire aujourd'hui.
06:23Et c'est le fait que ça a bien marché jusqu'à maintenant.
06:25Alors, quels axes de travail sur cette transat, Yann ?
06:29Je crois que c'est mettre en place tout ce qu'on a construit depuis le début de l'année
06:34à l'échelle d'une traversée de l'Atlantique.
06:37Et donc, ce n'est pas si simple que ça,
06:40parce que je crois qu'on a navigué en équipage pendant une semaine.
06:44On a fait du double pendant 2-3 jours ensemble.
06:48Là, maintenant, il faut mettre ça en place sur 11-14 jours.
06:52Et que Elodie soit capable de rentrer presque en solo.
06:58Ça va être un faux solo, mais qu'elle soit capable de rentrer en solo
07:01et qu'elle sente de le faire en solo après l'Atlantique Jacques Vab.
07:06Tout ça dans une suite logique qui doit amener,
07:10et qui doit l'amener, elle et son projet,
07:12à être au top au départ du Vendée dans 3 ans maintenant.
07:15Elodie, raconte-nous tes premières sensations sur ce bateau.
07:20Tu l'as dit, c'est un des plus performants sur le papier.
07:24Maintenant, il faut le mettre en pratique.
07:27Dis-nous ce que tu as ressenti, tout simplement,
07:30une fois que tu t'es retrouvée en course à la barre de ce bateau.
07:34Je pense qu'au-delà des premières sensations en course,
07:37je pense que c'est les premières navigations qui restent un peu le plus gravées.
07:40Je crois que la toute première, Yann ne devait pas être là.
07:43J'étais avec l'équipe de chez Merconcept qui avait construit le bateau
07:45parce que c'était un peu la navigation test avant la livraison du bateau.
07:49Et c'était dans des conditions plutôt light.
07:51Mais je me rappelle des premières accélérations,
07:53on entend les premiers bruits du bateau qui craquent, qui impressionnent.
07:56Et finalement, dès que ça ralentit, on a envie que le tour de manège se relance.
08:01Et les premières vraies navigations où on a vraiment volé
08:04et où on a un peu commencé à tirer sur le bateau avec Yann,
08:07c'était hyper drôle parce que moi,
08:08j'étais cramponnée dans tout ce que je pouvais à l'intérieur du bateau
08:11parce que c'est comme quand tu apprends un nouveau sport.
08:13Tu ne sais pas exactement comment ça va réagir, ce qui va se passer.
08:17Donc moi, j'étais le bateau décollé.
08:18Je n'avais jamais en Figaro.
08:19Les bateaux, ils ne volent pas.
08:20Je n'avais jamais volé entièrement avec un bateau comme ça.
08:24Et donc moi, je ne savais pas comment le bateau allait atterrir.
08:27Est-ce que ça allait taper fort, pas beaucoup ?
08:29Est-ce que ça allait bien venir ?
08:30Yann, il était assez détendu.
08:32Alors, il ne connaissait pas ce bateau,
08:33mais il en connaît plein d'autres en fait.
08:35On sentait quand même, je le regardais.
08:36Je me disais, mais là, tu es serein.
08:37Moi, j'étais très crispée.
08:39C'était assez énergivore, les débuts de projet comme ça.
08:43Mais par contre, c'est complètement incroyable.
08:45J'ai souvenir d'un bord où on sortait, on faisait le tour des Glénans
08:47à la barre du bateau qui volait pour la première fois.
08:49Je pense que ça, ça restera quand même là un peu pour toujours.
08:52Oui.
08:53Savoir qu'on a un bateau très performant, là encore, sur le papier,
08:56ça vous rajoute une pression ou au contraire, c'est un confort
08:59et il faut juste trouver les bonnes manettes ?
09:01C'est un confort.
09:03Dans la genèse du projet, c'était aussi un choix,
09:06c'est-à-dire de construire un bateau neuf mais identique,
09:08donc une version 2 pour ne pas essuyer tous les problèmes de mise en point,
09:13pour mettre dans les meilleures conditions possibles Elodie
09:16et qu'elle puisse vraiment tout de suite se projeter dans la performance.
09:22Et donc, c'est un vrai confort.
09:24Après, il faut quand même noter que c'est une version qui est un peu moins performante que Massif,
09:30parce que ce bateau-là qui est Guinère, c'est la version 1 de Massif qui a été mise à l'eau il y a 3 ans.
09:36Donc, on a un petit cran de retard par rapport à Massif,
09:40qu'on va essayer de combler petit à petit en l'améliorant,
09:44mais ce ne sont pas des vrais jumeaux, ce sont des faux jumeaux quelque part.
09:49Quelles sont tes ambitions sportives, du coup, sur cette première transat sur un Imoka ?
09:55Ben, je pense que déjà, sans se comparer forcément à un autre bateau comme le disait Yann,
10:01c'est vraiment réussir à mettre en œuvre tout ce qu'on a appris,
10:05tout ce qu'on a accumulé comme données, comme info sur le bateau, comme sensation,
10:09de réussir à l'exploiter au mieux nous et de réussir à l'exploiter au mieux ce bateau.
10:13D'arriver même de l'autre côté avec un bateau Antille, c'est déjà, je trouve, pas mal et c'est un des gros enjeux.
10:21Et après, en termes de sportifs, on est quand même deux gros compétiteurs, je crois, si je ne me trompe.
10:28On a un beau bateau qui a fait ses preuves sur le début de saison,
10:31donc forcément, on y va pour être dans le match, on s'amuse dans ce bagarrant,
10:36sur la tête de flotte, il faut dire ce qu'il y a.
10:38Donc, monter sur une marche du podium, ça serait un gros résultat
10:42et une belle victoire pour nous.
10:44Si on termine dans les cinq premiers, je pense que ce sera un bel accomplissement aussi de la saison
10:49et on pourrait être satisfait du travail.
10:51Yann, tu as une très grosse expérience sur la Transat.
10:55Tu peux dire, je suis vieux, oui.
10:57C'est un ancien.
11:00L'homme d'expérience.
11:02Est-ce que tu peux nous donner les quelques pièges de cette route du café ?
11:08Il y a toujours un moment qui est délicat, c'est d'éviter de perdre trop d'énergie dans cette semaine pré-départ,
11:17de faire la grosse boulette au départ.
11:21Une fois que c'est lancé, le principal écueil, c'est d'arriver à quitter la Manche,
11:26le Golfe de Gascogne, parce qu'on est souvent dans des conditions assez engagées.
11:30Et à partir de Lisbonne, là, ça commence à devenir une navigation plutôt agréable
11:36où il faut vraiment essayer d'avoir le bateau dans le meilleur état possible
11:39et appuyer sur le champignon pour atteindre les Canaries dans les premiers.
11:44Parce qu'après, c'est de la liser.
11:47Et le parcours de cette édition va laisser peu de place aux options météorologiques après les Canaries.
11:54Et là, ce sera vraiment une course de vitesse.
11:57Donc voilà, je pense que le gros objectif, c'est de passer dans les trois premiers Canaries
12:02et essayer d'y rester après sur la traversée.
12:05C'est tout ce qu'on vous souhaite. Bonne course.
12:06Merci.
12:07Je note bien là tout ce qu'il dit, c'est important.
12:10Merci beaucoup.
12:14Merci.