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How have large companies turned childcare into a lucrative business model? A look behind the scenes of an unscrupulous industry that seems to have no regard for children and their families. Former employees of some of the biggest childcare companies in France, Germany, Belgium and the UK reveal the dark side of the sector.
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00:00Transcription by CastingWords
00:30La petite fille savoure chaque instant passé avec ses parents.
00:36Mais aujourd'hui, sa maman va devoir retourner au travail.
00:42Comme 2 millions de petits Européens, soit 40% des bébés du continent,
00:48Bérénice sera gardée en dehors du foyer familial.
00:52Pour prendre soin de ce qu'ils ont de plus cher au monde,
00:55ses parents n'ont pas trouvé de place dans une crèche publique.
00:58Ce sera donc une crèche privée.
01:03Rien d'étonnant, en France, depuis 25 ans,
01:06de grands groupes privés s'imposent dans le secteur de la petite enfance.
01:12Aujourd'hui, 80% des nouvelles places en crèche sont gérées par ces entreprises.
01:18Trop de crèches d'un coup, trop d'équipes qui arrivent en même temps,
01:20trop de monde à former en même temps.
01:22Ça va trop vite en termes d'expansion.
01:23On voit arriver d'autres fonds d'investissement qui prennent le lead
01:27avec une pression de rentabilité financière.
01:31Une expansion qui s'étend au-delà des frontières.
01:35Ces mêmes sociétés ont récemment fait de l'Allemagne leur nouveau terrain de jeu.
01:39Le modèle économique de ces groupes privés a été imaginé au Royaume-Uni.
01:56Enquête sur les coulisses d'un business biberonné à l'argent public
02:14où les profits de quelques-uns se font au détriment des enfants ou des employés,
02:20avec des salariés sous pression
02:21et des familles inquiètes de la multiplication des affaires de maltraitance.
02:26C'est le lieu où les enfants sont censés être en sécurité.
02:56C'est la crèche, d'où les mois après la mise en examen à Lyon
02:59d'une employée d'une crèche de la ville mise en examen pour homicide volontaire.
03:04C'est là qu'une fillette de 11 mois a été tuée la semaine dernière.
03:07L'une des employées de cette structure a avoué
03:09qu'excédée par les pleurs de l'enfant,
03:12elle l'avait aspergée puis lui avait fait ingérer un produit caustique.
03:16La mise en cause a été déférée par le parquet de Lyon aujourd'hui.
03:21Le 22 juin 2022, le décès de la petite Lisa à Lyon
03:25provoque une onde de choc dans toute la France.
03:28La crèche appartient à un groupe privé,
03:33People and Baby, l'un des leaders du marché.
03:37Tout le monde était en deuil, on était tous choqués.
03:40Il y en a beaucoup qui sont partis.
03:43Moi je suis restée aussi pour me dire
03:44je vais accompagner les équipes.
03:46La mort de ce bébé libère la parole des salariés de tout un secteur.
03:56J'ai dû gérer des professionnels qui ne vérifiaient pas la température des biberons,
04:00qui donnaient des biberons brûlants à des nourrissons.
04:03Donc il y avait l'œsophage brûlé.
04:04Des gens qui ouvraient les portes sans faire attention
04:06et qui arrachaient les oeufs des enfants.
04:08À quel moment je dois m'inquiéter
04:10qu'il y a 7, 8%, 3% d'enfants qui sont maltraités en crèche ?
04:13À quel moment ?
04:14Moi je suis psychologue.
04:16Mon but est de protéger les enfants.
04:19À quel moment on s'inquiète ?
04:21J'ai eu des professionnels qui...
04:23J'ai une situation qui me revient,
04:25qui mettaient un enfant sur une table
04:26et qui la poussaient pour lui montrer ce que ça faisait de tomber,
04:29qui maintenaient la tête d'un enfant en seul
04:31et qui lui hurlaient dessus pour le terrifier,
04:33qui les punissaient et qui les mettaient au coin
04:35et les enfermait dans une pièce pour les faire réfléchir.
04:40Voilà, plein de choses comme ça.
04:41Autant d'incidents qui, à force de répétition,
04:54laissent penser non pas à des faits isolés,
04:57mais à des défaillances systémiques.
05:01Un système dont les premières victimes sont les plus vulnérables.
05:05Aujourd'hui, les familles prennent conscience de ces dérives et les dénoncent.
05:10À Vitrolles, dans le sud de la France,
05:30ses parents font partie des premiers à s'être organisés en collectif.
05:34C'est l'histoire de parents qui ont fait confiance à des personnes
05:38qui leur ont promis, enfin, qui ont présenté un projet d'accueil pour leurs enfants
05:43où on avait l'impression de mettre nos enfants dans un endroit sécurisé, sécurisant.
05:48Tout était parfait sur le papier.
05:51Et très, très vite, ma fille, je trouvais qu'elle avait un comportement pas normal.
05:55Enfin, vraiment, elle se mettait à hurler.
05:57Et en fait, la seule chose qui faisait passer ces hurlements,
06:00et c'était tous les soirs la même chose,
06:01c'était « il fallait que je lui donne à manger un morceau de pas n'importe quoi ».
06:04Allez !
06:05C'est ça, mon jour !
06:07Allez, elle goûte !
06:08Oh là là, regardez ce qu'il y a !
06:13Est-ce que tu veux un petit truc à manger, mon chat ?
06:15Si ça se mange, ça m'intéresse.
06:17Ah, ça se mange, ça se mange.
06:22En janvier 2023, dans cet établissement,
06:25propriété du groupe Les Petits Chaperons Rouges,
06:28une maman sonne l'alerte dans une conversation WhatsApp.
06:31L'une des mamans, Nesrine, décide de passer à l'improviste dans l'établissement.
06:59Dans l'îlot de ma fille, ils étaient huit, il y avait le chariot, en fait,
07:04et il y avait des étiquettes, et sur ces barquettes, où il y avait les repas,
07:09je lis 5P.
07:12Et en fait, quelques jours plus tard, je vais voir la directrice,
07:14et je lui en parle, je lui dis que j'ai vu ces 5P,
07:16et que je me pose la question, qu'est-ce que ça veut dire, 5 portions ?
07:19Et là, elle me dit que oui, 5P, ça veut dire 5 portions.
07:22Donc je lui dis, mais ils étaient huit, les enfants.
07:24Non, non, vous avez du mal voir, je sais ce que j'ai vu aux dernières nouvelles.
07:27Nesrine comprend ce jour-là, que si sa fille est affamée,
07:31c'est parce qu'on ne lui a donné qu'une moitié de repas à l'heure du déjeuner.
07:38Les parents, inquiets, vont donc harceler la direction de l'entreprise,
07:42qui va finir par reconnaître par écrit l'existence de ces pratiques.
07:49Un courrier qui montre que cette crèche a bien mis en place
07:52une stratégie délibérée pour faire des économies sur la nourriture.
08:09Il y a eu 23 jours avec des commandes inférieures.
08:12Dont 12 jours avec entre 1 et 2 repas non commandés.
08:179 jours entre 3 et 5 repas non commandés.
08:20Un jour avec 8 repas non commandés.
08:24Et en fait, c'est aberrant parce qu'on se dit,
08:26donc ils ont enquêté sur cette période-là, ok ?
08:29C'est ce qu'on demandait, une bonne commande, une feuille de présence.
08:33Donc là, ils nous apportent clairement noir sur blanc,
08:36ben, la vérité quoi.
08:39Sauf que, depuis quand ça dure ?
08:41On a un sentiment de culpabilité.
08:44Psychologiquement, enfin, moi, j'en ai perdu le sommeil.
08:47J'ai dû me mettre en arrêt maladie pour pouvoir garder mon enfant,
08:49parce que pour moi, il y a des jours que je ne pouvais pas le laisser.
08:51C'est notre faute, on l'a laissé dans une structure pour qu'il soit gardé,
08:58pour qu'il se développe, le temps qu'on puisse aller travailler.
09:01Et puis, au final, on ne les a pas protégés, comme j'ai dit ça.
09:05Dans la foulée de ces révélations,
09:08le collectif a porté plainte contre les petits chaperons rouges
09:11pour violences sur mineurs.
09:13La procédure suit son cours.
09:19L'histoire des parents de Vitrolles n'est pas un cas isolé.
09:23Quelques semaines après cette rencontre,
09:25une ancienne salariée d'une autre crèche du groupe des petits chaperons rouges
09:29nous a fait parvenir ces photos de repas.
09:33Une mini cuillerée de purée
09:35et une tomate cerise coupée en quatre,
09:39soit à peine la moitié de ce qu'ils auraient normalement dû manger pour le déjeuner.
10:01Jusqu'au début des années 2000,
10:03la garde des enfants en France et dans plusieurs pays d'Europe
10:06est le monopole de l'État et de quelques associations.
10:11Mais plusieurs décisions de l'Union européenne
10:14vont changer la donne
10:15et ouvrir le secteur de la petite enfance
10:18aux entreprises privées.
10:22Officiellement, c'est pour la bonne cause.
10:33Des hommes d'affaires se proposent alors
10:43de créer en urgence
10:44de nombreuses places de crèches
10:46à un tarif plus compétitif
10:48pour les collectivités locales.
10:52Une belle promesse
10:53qui plaît au gouvernement de l'époque.
10:56En 2004,
10:57le secteur des crèches est ouvert
10:59à la concurrence en France.
11:00Il y a toute une ambiance
11:07sur la baisse des dépenses publiques,
11:09le fait de mettre les dépenses publiques au régime.
11:14On se dit qu'en fin de compte,
11:15on va pouvoir faire moins cher
11:16ce que les collectivités font aujourd'hui
11:20pour un prix élevé.
11:21Tout ça arrive dans une vague ultra-libérale
11:24où il faut réduire tous les services publics,
11:28mettre tout en concurrence,
11:30toutes les activités.
11:32Ça vaut pour le téléphone,
11:33ça vaut pour les réseaux,
11:34ça vaut pour le chemin de fer,
11:36ça vaut pour tout la mise en concurrence.
11:38C'est la fête de la mise en concurrence
11:40les années 2000.
11:40À l'époque,
11:45quatre nouvelles entreprises
11:47émergent sur le territoire
11:48et commencent à se partager le marché.
11:55Leurs fondateurs font au même moment
11:57leur apparition dans les journaux télévisés.
11:59Et c'est surtout une structure
12:01qui va permettre aux salariés
12:02de mieux concilier vie professionnelle
12:04et vie familiale.
12:05On ne peut pas prétendre être rentable
12:06et gagner de l'argent
12:07avant d'en avoir une bonne grosse dizaine.
12:10Ce sont d'anciens banquiers d'affaires,
12:12des dirigeants d'agences de com
12:14ou d'entreprises informatiques.
12:15Si vous n'étiez pas là,
12:17on serait mal.
12:18Les bébés seraient vraiment à la rue.
12:20Oui, les entreprises de crèche
12:22et la Maison Bleue
12:23sont là pour compléter
12:26l'effort des municipalités.
12:27Nous pouvons ouvrir des crèches
12:30très rapidement.
12:31Nous pouvons les financer
12:32sans que cela ne coûte rien aux villes.
12:34Ces chefs d'entreprise
12:35n'ont jamais travaillé auparavant
12:36dans le secteur de la petite enfance.
12:38Mais ils s'affichent comme des sauveurs
12:40auprès du grand public,
12:41désespérément en quête
12:43de places en crèche.
12:44En confiant leurs enfants à Babylou,
12:46les familles nous donnent donc
12:47un rôle essentiel.
12:49Des enfants heureux,
12:50des parents sereins,
12:51des salariés motivés.
12:53Les petits chaperous !
12:55Un marketing tout droit sorti
12:57d'un compte pour enfants
12:58qui vise surtout
12:59à convaincre
13:00les décideurs politiques.
13:01Eux, ils arrivent
13:02avec des trucs tout neufs,
13:04avec des jolis meubles,
13:05des couleurs, etc.
13:06Donc c'est séduisant.
13:09Voilà, ça a de la séduction.
13:12Ils ont l'apparence
13:13de la qualité.
13:16Il y a une apparence de qualité
13:17qui est volontairement
13:19mise en avant
13:21pour séduire le décideur public.
13:31Les patrons de crèches privées
13:33débauchent les meilleurs spécialistes
13:35de la petite enfance
13:36partout en France.
13:39Séduite par la promesse
13:40de Babylou,
13:41Valérie Doré déménage à Paris
13:43pour intégrer la direction
13:44pédagogique du groupe.
13:46Son bureau est à deux pas
13:47de celui des frères Karl,
13:49les deux fondateurs.
13:51Ça a démarré
13:52comme une start-up
13:52où Edouard et Rodolphe,
13:55ils avaient presque le même âge.
13:56Ils n'avaient même pas 30 ans
13:58quand ils ont créé
13:58leur entreprise.
14:00Le même âge que les salariés.
14:01Il y avait un esprit
14:03qui n'était pas du tout
14:05du gros groupe.
14:06Il y avait des échanges.
14:08Elles avaient une capacité financière,
14:10un allégement
14:12des procédures internes
14:13plus administratives
14:15avec une capacité de création,
14:16une capacité d'innovation,
14:20de changer les codes,
14:22d'employer des personnes
14:24rapidement, etc.
14:27À la même époque,
14:28Alexandra Lamiau était recrutée
14:30par le groupe
14:30People and Baby.
14:32Elle a passé 15 ans
14:33dans l'entreprise.
14:35Arrivé au même moment
14:36que son amie Marie de France,
14:38elles ont toutes les deux
14:39intégré la direction
14:40pédagogique du groupe.
14:42Leur mission,
14:43veiller au bien-être
14:44des enfants.
14:45Elles se souviennent
14:46de l'énergie
14:47et de l'enthousiasme
14:48des débuts.
14:50Et là,
14:50j'ai découvert un autre monde.
14:52Un autre monde
14:53dans le sens où
14:54j'ai découvert
14:55qu'effectivement,
14:55il y avait de l'argent,
14:56contrairement à l'associatif.
14:59Donc ça veut dire
14:59qu'on pouvait aussi
15:00utiliser cet argent
15:01pour acheter du matériel.
15:03Et là,
15:03moi, je me suis dit
15:03« Waouh, en fait, dingue ! »
15:05On peut vraiment
15:06acheter du matériel.
15:07La pédagogie,
15:08elle a eu une vraie place
15:09parce qu'on m'a toujours
15:12donné les moyens
15:13de faire mon travail.
15:15Quand je dis les moyens,
15:16de créer des postes,
15:17de créer un pôle,
15:18d'avoir des outils,
15:20de former les directrices,
15:22de former leurs équipes,
15:23de faire des vidéos explicatives,
15:24de faire des plaquettes.
15:25Voilà.
15:26Je suis consciente
15:26que tout ça,
15:27ça a un coût.
15:27Ils ont un projet
15:28et ça se met en place rapidement.
15:30Donc là,
15:30ça veut dire
15:30qu'on pouvait monter
15:31une crèche
15:31en 4 mois,
15:336 mois.
15:34L'engouement initial
15:35débouche sur un développement
15:37à marche forcée.
15:39Ça a augmenté d'un coup
15:41très vite
15:42parce qu'on avait,
15:44je crois que rien
15:45qu'en Ile-de-France,
15:46on avait 30 crèches
15:47à l'année qui ouvraient.
15:48Donc au niveau national,
15:50oui,
15:51ça s'est étendu
15:51très, très vite.
15:53On est passé
15:54du simple au double.
15:55Je pense qu'il y a
15:56autour de 200 crèches.
15:57En 2013
15:59et toute fin 2022,
16:02il y en a 450.
16:04Le BFM Award
16:05de l'entrepreneur de l'année
16:06est attribué
16:06à Jean-Emmanuel Rodo-Kanaki,
16:09président et cofondateur
16:10du groupe Grandir.
16:12En 2021,
16:13c'est la consécration
16:14pour l'un de ses capitaines
16:15d'industrie.
16:17Jean-Emmanuel Rodo-Kanaki,
16:19le fondateur
16:19des Petits Chaperons Rouges,
16:21est nommé patron de l'année.
16:22Des crèches en France.
16:26Parti de zéro
16:27il y a 25 ans,
16:29les entreprises
16:29de crèches privées
16:30accueillent aujourd'hui
16:31en France
16:31plus de 80 000 enfants.
16:34Cela peut paraître
16:34encore assez peu
16:35comparé aux 900 000 gamins
16:37gardés par leurs parents,
16:40aux 560 000 autres
16:41qui sont déposés
16:42chez une assistante maternelle
16:43ou encore
16:45aux 430 000 petits
16:46qui fréquentent
16:47une crèche publique
16:48ou associative.
16:50Mais ce qui compte,
16:51c'est la tendance.
16:53Depuis 2019,
16:54la part du privé lucratif
16:55a augmenté de 30 %.
16:57De nos jours,
16:59sur 10 nouvelles places
17:00de crèches ouvertes,
17:018 le sont
17:02par des sociétés
17:03à but lucratif.
17:05Le secteur privé
17:06a clairement le vent en poupe
17:07et s'approprie l'avenir.
17:12Le chiffre d'affaires
17:13du secteur avoisine
17:14près de 2 milliards d'euros
17:16en 2023.
17:18Et lorsque la France
17:19ne suffit plus
17:20à satisfaire l'appétit
17:21de ses dynamiques
17:22entrepreneurs,
17:23il regarde alors
17:24au-delà des frontières.
17:26Et on prépare maintenant
17:27une entrée
17:28sur d'autres marchés,
17:29sur d'autres continents.
17:31Et on voulait...
17:32C'est l'Amérique du Nord.
17:33Pas seulement.
17:34L'Amérique du Nord,
17:34l'Asie,
17:35l'Amérique du Sud,
17:35on regarde beaucoup
17:36de destinations.
17:36Et vous n'allez pas
17:36tout faire en même temps,
17:37Rodolphe ?
17:38Si, vous allez tout
17:38faire en même temps ?
17:39Non, mais le temps
17:39passe vite.
17:40Vous savez que
17:41si on se met au travail
17:42maintenant,
17:42sur 3 ans,
17:43on peut faire beaucoup
17:44de choses.
17:44En Europe,
17:54un pays attire
17:54tout particulièrement
17:55l'attention
17:56des groupes français.
17:58L'Allemagne
17:59devient la première cible
18:00de Babylou
18:01et des petits chaperons rouges.
18:05Dans le pays,
18:06tout est à construire.
18:08Au début des années 2000,
18:10le taux d'accueil
18:11des moins de 3 ans
18:12est l'un des plus faibles
18:13d'Europe.
18:15Seul un bébé sur 10
18:16dispose d'une place
18:17d'accueil.
18:23La grande majorité
18:24des crèches
18:25se trouve à l'est
18:26du pays,
18:27dans les anciens
18:28länder
18:28de l'Allemagne
18:29communiste.
18:30Pendant 40 ans,
18:43les femmes y étaient
18:44même incitées
18:44à déposer leurs enfants
18:45toute la semaine,
18:47sans les récupérer
18:48le soir,
18:49afin de se consacrer
18:50entièrement
18:50à leur travail.
18:51Un modèle radical,
18:56inimaginable
18:57de l'autre côté
18:58du rideau de fer,
18:59en Allemagne
19:00de l'Ouest.
19:02En RFA,
19:03ce sont les mères
19:04au foyer
19:04qui sont censées
19:05s'occuper des enfants.
19:07Et celles
19:07qui reprennent
19:08trop vite le travail
19:09après la naissance
19:10du bébé
19:10sont stigmatisées.
19:13On les appelle
19:13les Rabenmütter,
19:15les mamans corbeaux,
19:17autrement dit,
19:18de mauvaises mères.
19:19Il faut attendre
19:24l'orée des années 2000
19:25pour que l'État allemand
19:26encourage enfin
19:27les modes de garde
19:28collectifs.
19:49Il y a une femme
19:50à la maison,
19:51les femmes
19:51à la maison.
19:54Christina Geiger
19:55et Birgit Riddle
19:56sont chercheuses
19:57à l'Institut
19:58de la jeunesse
19:59de Munich.
20:00Elles ont enquêté
20:01sur la naissance
20:01du secteur
20:02de la petite enfance
20:03dans le pays.
20:05A partir de 2005,
20:06le marché s'ouvre
20:07peu à peu
20:08au privé lucratif.
20:09Es gab
20:12zu dem Zeitpunkt
20:13schon erste
20:13Länder,
20:14die auch
20:14gewinnorientierte
20:15Träger
20:16für die Förderung
20:18zugelassen
20:18haben
20:19und es
20:21sind dann
20:22sukzessive
20:23weitere Länder
20:24gefolgt.
20:25Das war
20:25sicherlich
20:25ein Anreiz,
20:27hier
20:28Kindertageseinrichtungen
20:30zu eröffnen,
20:32weil einfach
20:33die Investitionskosten
20:34gefördert wurden.
20:35Damit wurden
20:36seit 2008
20:38750.000
20:39Plätze
20:40für Kinder
20:41bis zum Schuleintritt
20:43neu geschaffen.
20:44En 20 ans,
20:45l'État fédéral
20:46a investi
20:47à lui seul
20:48plus de 5 milliards
20:49d'euros
20:49pour s'occuper
20:50des quelques
20:504,5 millions
20:51d'enfants
20:52de moins de 7 ans
20:53que compte le pays.
20:55Sur le terrain,
20:57de nouveaux acteurs
20:57apparaissent
20:58dans l'univers
20:59de la petite enfance.
21:01Daniel Wolf
21:02travaille
21:02pour le fonds
21:03d'investissement
21:03allemand
21:04AIF Capital.
21:06Depuis 2018,
21:08son entreprise
21:09investit
21:09dans les crèches
21:10en collaboration
21:10avec les communes,
21:12le tout
21:12pour le compte
21:13d'assurance
21:13et de fonds
21:14de pension.
21:16Un secteur rentable
21:17qui complète
21:18ses autres placements
21:19dans les parkings
21:20ou les centres
21:21commerciaux.
21:22Sous-titrage
21:24Sous-titrage
21:25Sous-titrage
21:27Sous-titrage
21:28Sous-titrage
21:29Sous-titrage
21:31Sous-titrage
21:32Sous-titrage
21:34Sous-titrage
23:05A l'automne
25:36Sous-titrage
26:07Sous-titrage
26:08Sous-titrage
26:09Sous-titrage
26:10Sous-titrage
26:40Agré son succès
26:41depuis près d'un siècle,
26:42chaque année,
26:43cette crèche
26:44atteint tout juste
26:45l'équilibre financier.
26:49Alors quand les équipes
26:50ont vu arriver
26:51des hommes d'affaires
26:52dans le secteur
26:52des crèches,
26:54elles n'ont pas compris
26:55leur soudaine passion
26:56pour cette activité.
27:00Comment c'est possible
27:01qu'ils arrivent
27:02à gagner de l'argent
27:03sur ce secteur-là ?
27:04Je ne comprends pas.
27:07On a des besoins
27:08qui vont être importants
27:10parce qu'un enfant
27:12va le changer
27:12entre deux et cinq fois
27:14par jour.
27:14Quand on voit
27:15le coût de la couche,
27:16c'est déjà important.
27:18Quand on voit
27:18la nourriture,
27:19de pouvoir se dire
27:20si on veut offrir
27:21un repas en quantité
27:22à l'enfant,
27:23je préfère qu'on jette
27:23un petit peu
27:24en fin de repas.
27:25Alors attention,
27:26on ne peut pas non plus
27:26jeter des gamelles entières.
27:28On ne peut pas
27:29faire des économies
27:30en tout cas
27:30sur ce domaine-là
27:32si on veut offrir
27:33à l'enfant
27:33un accueil qualitatif
27:35et répondre à ses besoins.
27:37Ce n'est pas possible.
27:38Et je sais très bien
27:43que si d'autres
27:44arrivent
27:45à faire
27:46avec un coût
27:47de fonctionnement
27:47inférieur
27:48et à gagner de l'argent,
27:50à dégager des bénéfices,
27:52ça ne peut être
27:52qu'au détriment
27:53des conditions
27:54de travail
27:54du personnel
27:55et de la qualité
27:56du service.
27:59En coulisses,
28:01un homme va être
28:02le témoin privilégié
28:03de ses dérives
28:04dans l'univers
28:04de la petite enfance.
28:05Frédéric Groux
28:07y intervient
28:08depuis 20 ans
28:09comme psychologue.
28:11À force d'entendre
28:11des témoignages
28:12d'employés
28:13de crèches privées,
28:14il a décidé
28:15de les compiler
28:15et de les faire connaître.
28:17Des filles
28:21qui ne voulaient pas
28:21s'occuper d'enfants
28:22car elles ne les aimaient pas.
28:24Favoritisme
28:25plus, plus, plus.
28:26Des enfants mis
28:26dans les dortoirs
28:27parce qu'ils pleuraient
28:28et qu'elles en avaient marre.
28:30Une fille
28:30qui dit à un bébé
28:31de 8 mois
28:31de fermer sa gueule
28:33en lui forçant
28:33la tétine dans la bouche.
28:35J'en ai plein comme ça.
28:37Donc généralement,
28:38les gens me contactent
28:39pour témoigner,
28:40soit parce qu'ils ont vu
28:41mes articles
28:42sur les violences en crèche,
28:43soit ils ont vu
28:43que je participais
28:44à des reportages.
28:45Et des témoignages
28:48comme ça,
28:48vous en avez combien ?
28:50Là, je dois être
28:50à plus de 600.
28:53De toute la France,
28:55de tous les diplômes,
28:56de parents,
28:57de professionnels,
28:58d'anciens professionnels,
29:00ça vient de partout.
29:01Là, on n'est pas
29:03sur quelque chose d'unique.
29:05On est sur quelque chose
29:06qui est structurel
29:07en France,
29:08dans le monde
29:08de la petite enfance.
29:15Ça va trop vite
29:19en termes d'expansion.
29:21Trop de crèches d'un coup,
29:23trop d'équipes
29:24qui arrivent en même temps,
29:25trop de monde
29:25à former en même temps.
29:27Oui, la machine
29:27d'un temps surchauffe
29:28parce qu'on ouvre
29:29de plus en plus de crèches.
29:31Il y a eu un rythme
29:32de 15 à 20 crèches
29:33d'ouverture par an.
29:35Il faut mettre
29:35des professionnels en face.
29:37Donc le temps du recrutement
29:38et puis pas n'importe
29:39quel professionnel,
29:39des professionnels expérimentés.
29:41On n'ouvre pas une crèche
29:43quand on a trois ans
29:44d'expérience,
29:45cinq ans d'expérience.
29:46Ça est fragile,
29:47ça rend fragile le système.
29:50Et une de mes collègues
29:51disait de toute façon,
29:51une crèche mal ouverte,
29:53c'est une crèche
29:53qui cafouille derrière.
29:54Je ne sais pas pourquoi,
29:55mais à un moment donné,
29:56ça prend le dessus.
29:58Le nombre de crèches,
29:59la croissance,
30:01cette espèce
30:01d'environnement concurrentiel,
30:03tout ce qui se passe,
30:04ça prend le dessus
30:05sur le reste.
30:09Malgré les alertes,
30:10cette frénésie
30:11de croissance
30:11ne retombe pas.
30:13Elle va même s'accélérer
30:14avec l'arrivée
30:15de nouveaux acteurs.
30:16Comme en Allemagne,
30:18des fonds d'investissement
30:19s'attaquent
30:19au marché
30:20de la petite enfance.
30:27Il y a des actionnaires
30:29majoritaires
30:30qui prennent de la plage
30:33jusqu'en mars 2020,
30:35en même temps que le Covid,
30:37où Edouard et Rodolphe
30:39ne sont plus majoritaires
30:42dans les décisions
30:43de l'entreprise,
30:43où on voit arriver
30:44d'autres fonds d'investissement
30:46qui prennent le lead
30:47avec une pression
30:49de rentabilité financière.
30:51Ces nouveaux actionnaires,
30:53ce sont les dirigeants
30:54du fonds d'investissement
30:55Antin Infrastructure.
30:57En septembre 2020,
30:59à côté de leurs achats
31:00dans les panneaux solaires
31:01et les terminaux pétroliers,
31:03le fonds d'investissement
31:04va engager près d'un milliard
31:06d'euros dans le groupe Babylou.
31:09D'autres fonds d'investissement
31:11engagent des sommes similaires
31:12chez les autres leaders du secteur,
31:15toujours avec l'espoir
31:16d'une plus-value rapide.
31:18La prise de contrôle
31:24de la petite enfance
31:25par la haute finance.
31:28Une marchandisation
31:29dénoncée inlassablement
31:31depuis 20 ans
31:31par cet universitaire belge,
31:34l'un des meilleurs spécialistes
31:35européens
31:36de l'éducation des plus petits.
31:40Il y a des actionnaires
31:41qui investissent leur argent
31:43dans les crèches
31:44en attendant un retour
31:45sur bénéfice.
31:46Un retour qui est parfois promis
31:49comme de 10%.
31:50Donc, il n'y a aucune banque
31:51qui vous payera ça,
31:5310% d'intérêt.
31:57Mais pour créer ce retour
31:59sur bénéfice,
32:00ça veut dire qu'il faut enlever
32:01de l'argent de la crèche.
32:02Il faut que plus d'argent rentre
32:05qu'il ne sorte.
32:06En tout cas,
32:08cela veut dans tous les cas dire
32:09qu'une certaine partie de l'argent
32:12qui est destinée à la crèche
32:13et à sa qualité et aux conditions
32:15de travail
32:16ne sera pas utilisée à ses fins
32:17parce qu'autrement,
32:18il n'y a pas de retour
32:19aux actionnaires.
32:24Mais une crèche
32:25peut-elle être une entreprise
32:26comme les autres ?
32:28Peut-on rentabiliser
32:29le temps passé
32:29par une professionnelle
32:30auprès des enfants ?
32:33Peut-on se permettre
32:33de supprimer du personnel ?
32:35Officiellement,
32:47la loi française stipule
32:48qu'il faut un encadrant
32:50pour surveiller 5 bébés.
32:52Ce taux d'encadrement
32:53varie d'un pays à l'autre
32:54en Europe.
32:55Il est de 1 pour 4
32:56en moyenne en Allemagne,
32:59de 1 pour 8 en Espagne.
33:00C'est bon,
33:02t'as gagné.
33:02Tiens.
33:04Attention.
33:06Voilà.
33:08Faites de la musique ?
33:09On va éviter de me taper.
33:12Mais ces chiffres
33:13ont-ils vraiment du sens,
33:15notamment à l'heure du repas,
33:16quand soudainement,
33:18tous ces enfants
33:18demandent à manger
33:19en même temps ?
33:20Regardez,
33:32il va y avoir
33:32le repas,
33:33le repas.
33:34J'ai appelé la directrice
33:58pour qu'elle vienne
33:58un petit peu
33:59dans la section aidée,
34:00parce que ça chauffe.
34:02Ça chauffe,
34:03ça chauffe.
34:04On mange la purée,
34:06ma belle ?
34:06Ce jour-là,
34:17elles seront finalement
34:186 l'espace
34:19de quelques minutes
34:20pour calmer
34:21et nourrir
34:229 bébés.
34:25Le plus gros sujet
34:26qu'on est à traiter,
34:27justement,
34:28c'est,
34:28je dirais,
34:30c'est vraiment
34:31au niveau du taux
34:32d'encadrement
34:32qu'on doit respecter.
34:34Et 6 n'est pas
34:34possible de le respecter.
34:35On est dans l'obligation
34:36de soit restreindre
34:37les horaires d'ouverture
34:37de la crèche,
34:38soit fermer une section
34:39pour la journée.
34:41Ce qui engendre
34:42beaucoup de difficultés
34:43pour les familles
34:44qui souhaitent partir travailler.
34:45Tu n'es pas tout seule ?
34:47T'inquiète pas !
34:49Tu n'es pas tout seule,
34:50regarde !
34:50Tu vois,
34:51c'est vrai qu'il y a
34:51beaucoup de monde.
34:52Mais c'est rien !
34:54Tu vas manger.
34:56Descends du transat,
34:58s'il te plaît.
34:59C'est peut-être
34:59à cet instant
35:00que l'on prend
35:01la véritable mesure
35:02de ce métier.
35:04Les salaires représentent
35:0580 voire 90 %
35:07du coût d'une crèche.
35:08Donc ça veut dire
35:08que si on veut
35:09créer un bénéfice,
35:12c'est sur les salaires.
35:13Donc les salaires,
35:14on peut les diminuer
35:15de plusieurs manières,
35:16en mettant plus d'enfants
35:17par adulte,
35:19en diminuant
35:20les qualifications,
35:22etc.
35:23Et je crois qu'on peut
35:24très bien résumer ça
35:25en une phrase.
35:26On ne peut pas
35:27bien prendre en soin
35:28les enfants
35:29si on ne prend pas
35:30bien en soin
35:31des gens
35:32qui s'occupent
35:32des enfants.
35:35Que se passe-t-il
35:37exactement
35:37quand une entreprise
35:38de crèche
35:39ne prend plus soin
35:40de ses salariés ?
35:41Pour le comprendre,
35:43nous avons obtenu
35:44le récit d'une éducatrice
35:45dans la région bordelaise.
35:48Un témoignage anonyme,
35:50car elle travaille toujours
35:51dans le secteur
35:51de la petite enfance.
35:54Nous l'appellerons
35:54Solène.
35:55Elle a récemment
35:58donné naissance
35:58à son deuxième enfant.
36:00C'est d'ailleurs
36:01ce qui l'a poussé
36:02à briser la loi du silence.
36:15J'ai travaillé
36:16pour les petits chaperons
36:17en rouge
36:17pendant deux ans et demi.
36:20J'ai accepté
36:21de témoigner aujourd'hui
36:23parce que je pense
36:24que se joue
36:26un gros business
36:27autour de la petite enfance.
36:29On ment trop
36:30aux parents,
36:32aux autres professionnels,
36:33aux futurs professionnels.
36:35Solène a vécu
36:36de l'intérieur
36:37les économies forcées
36:39et notamment
36:39les mensonges
36:40sur le nombre
36:41de personnels
36:42qui s'occupaient
36:43réellement des enfants.
36:45Moi, je me suis retrouvée
36:46toute seule
36:46avec 21 bébés.
36:48Donc, en fait,
36:49dans ces moments-là,
36:50on met les bébés
36:51en sécurité
36:52dans leur berceau
36:53et puis on croise
36:55les doigts
36:55pour que la professionnelle
36:56qui revienne de pause
36:57fasse vite.
36:59On est stressé,
37:00on croise les doigts
37:01pour que rien ne se passe,
37:03qu'il n'y ait pas
37:04trois enfants
37:04qui aient eu besoin
37:05d'être changés
37:08au niveau de la couche
37:09à ce moment-là,
37:10qu'il n'y ait pas
37:10deux enfants
37:11qui aient très faim
37:11en même temps
37:12parce qu'on a deux bras
37:13ou qu'il se passe
37:16quelque chose
37:17même plus ou moins grave
37:19en fait.
37:20Et on est en mode survie,
37:22on est partout
37:23et nulle part à la fois.
37:24Les équipes vont être
37:25en sous-effectif
37:26mais en même temps,
37:27on va augmenter
37:28le nombre d'enfants.
37:29Donc, les enfants
37:29n'ont plus de contact
37:30des fois pendant
37:31plusieurs minutes,
37:32plusieurs heures
37:33avec des professionnels.
37:34Vous avez des lieux
37:35où il y a des pénuries
37:36alimentaires,
37:37c'est-à-dire qu'on ne va pas
37:37donner assez à manger.
37:39Il y a des lieux
37:39où il manque tellement
37:40de personnel
37:40qu'on ne va pas leur donner
37:41à boire de la journée
37:42parce qu'on n'y pense pas.
37:43Vous allez avoir des lieux
37:44où les enfants
37:45vont tellement être nombreux
37:46dans la section
37:48qu'il va y avoir
37:48des morsures,
37:49des griffures,
37:50donc un stress
37:51pour l'enfant au quotidien.
37:57Dans le milieu des crèches,
37:59ces défaillances
37:59sont devenues tellement banales
38:01qu'elles ont même un nom.
38:04On les appelle
38:04les violences ordinaires
38:06ou les douces violences.
38:13On accepte,
38:14on accepte,
38:15on accepte,
38:16on serre les dents,
38:18on ferme les yeux
38:20et puis à la fin,
38:22soit on fait un burn-out,
38:25soit on démissionne.
38:28Moi, j'ai démissionné
38:29et je suis bien mieux maintenant.
38:32Ce qu'on voit beaucoup,
38:35c'est des professionnels
38:37qui ont vécu
38:37dans des violences institutionnelles
38:39pendant des mois et des mois,
38:41souvent après une grossesse
38:42ou un arrêt maladie,
38:43reviennent
38:43et ne supportent plus la violence.
38:45Ils ont été sevrés
38:46de cette violence chronique
38:47et ils reviennent
38:48et ne la supportent plus.
38:49Et c'est à ce moment-là
38:50souvent qu'ils vont prendre
38:51le temps de témoigner
38:52parce qu'ils vont se dire
38:53« ce n'est plus possible,
38:54je ne peux pas subir ça
38:57et que les enfants
38:58le subissent aussi ».
38:59Mais il faut un temps.
39:00Quand vous êtes tout le temps
39:01dans un monde violent,
39:02vous pensez que c'est la normalité.
39:10Ce système de sous-effectifs
39:12aurait été organisé
39:13au plus haut niveau
39:14dans des entreprises
39:15de crèches privées.
39:17C'est en tout cas
39:18la conviction
39:19de cet ancien cadre
39:20de direction
39:21que nous appellerons
39:22Marlène.
39:24Elle dévoile aujourd'hui
39:25des documents exclusifs
39:27provenant du groupe
39:28La Maison Bleue,
39:29troisième plus grande entreprise
39:31de crèches privées
39:32en France.
39:35Ces documents démontrent
39:36qu'à de nombreuses reprises,
39:38La Maison Bleue
39:38n'a pas respecté
39:39le taux d'encadrement légal
39:41au détriment
39:42de la sécurité des enfants.
39:45C'est clairement écrit.
39:47Essayer de perdre
39:48le moins d'argent possible,
39:50remplacement à faire tarder,
39:52deux postes en cours
39:55de recrutement
39:55à faire traîner.
39:56Je ne l'invente pas,
39:57c'est inscrit là,
39:58voilà,
39:59sur une feuille
39:59de réunion de gestion.
40:01Et je me rends compte
40:02qu'il y a un espèce
40:02de système.
40:03Je vais même plus loin,
40:04c'est-à-dire que je me demande
40:05est-ce qu'on n'organise pas
40:07finalement,
40:08quelque part,
40:08cette absence
40:09de personnel
40:10et est-ce que finalement,
40:11ça ne nous arrange pas.
40:13Parce que je vois
40:14qu'on me refuse
40:15des recrutements,
40:18alors que déjà,
40:21on est en pénurie
40:21de professionnels.
40:23Et je me souviens très bien
40:24que l'indicateur
40:26le plus probant,
40:28on va dire,
40:29c'était les économies
40:30de masse salariale
40:31qui devaient être comprises
40:33entre 3 et 5 %.
40:35Voilà,
40:35si les économies
40:36de masse salariale
40:37étaient à ce niveau-là,
40:40la directrice
40:41avait une forte prime.
40:45Tu pouvais aller
40:45jusqu'à combien ?
40:46Je crois
40:474-5 000 euros,
40:48il me semble,
40:49par an.
40:55Sollicité,
40:56la Maison Bleue
40:56nous a répondu par mail
40:57et réfute
40:59toutes allégations
41:00d'organiser
41:00volontairement
41:01des sous-effectifs chroniques.
41:04Le groupe affirme
41:05avoir répondu
41:06aux besoins du secteur
41:07en respectant
41:08toujours la réglementation.
41:14La phrase que vous allez avoir
41:16dans les crèches,
41:16c'est
41:16il ne faut pas inquiéter
41:17les parents.
41:18Parce que ce qui est important
41:19dans le monde
41:19de la petite enfance,
41:21c'est la réputation des lieux
41:22et éviter les procédures judiciaires
41:24des parents.
41:24S'il y a des problèmes
41:25dans la crèche,
41:26personne n'en parlera
41:27aux parents.
41:28Ils vont masquer.
41:29Parfois,
41:29moi,
41:29j'ai tendance
41:30à utiliser le terme
41:31de droit,
41:32c'est complice exécutant.
41:43Madeleine a refusé
41:44de jouer ce rôle
41:45de complice
41:45et de couvrir
41:46certaines de ses collègues.
41:49Avant de quitter l'entreprise,
41:50puis de donner naissance
41:51à son fils Charles,
41:54la jeune femme
41:55a pourtant essayé
41:56de changer
41:56les choses
41:57de l'intérieur.
41:59Je vais vous mettre
41:59tes petits chaussons,
42:00ils sont trop beaux,
42:01je ne les ai pas achetés
42:01pour rien.
42:05Rien,
42:05c'est vrai,
42:06monsieur Groupin.
42:07Rien,
42:07je suis lourd.
42:08C'était en 2024,
42:09c'était en 2024,
42:10dans une crèche
42:11du groupe Babylou
42:12à Annecy.
42:15Madeleine consignait
42:16par écrit
42:17au fil des semaines
42:18les mauvais traitements
42:19infligés aux enfants
42:20par deux puéricultrices.
42:22La professionnelle
42:25commence à lui crier dessus
42:26pour qu'elle arrête
42:27de pleurer.
42:28Je lui propose
42:28de prendre le relais.
42:29Elle refuse
42:30mais continue de s'énerver
42:30en donnant à manger au bébé.
42:32Elle soupire,
42:33râle, force le biberon
42:34pour qu'elle boive,
42:34geste brusque.
42:36Elles essayaient
42:37de forcer l'enfant
42:37à manger
42:38quand elle ne voulait pas.
42:40Elles disaient aussi
42:41qu'elle sentait mauvais
42:42et qu'elle ne l'aimait pas.
42:43Et quand elle venait
42:44réclamer des câlins,
42:45elle faisait des grimaces
42:46de dégoût.
42:47Au bout d'une semaine,
42:48j'ai direct été
42:48dans le bureau
42:49pour dénoncer des choses,
42:50j'avais noté des choses.
42:52J'en avais discuté
42:53avec une collègue
42:54qui m'avait dit
42:55« Oui, je sais,
42:57mais je n'ose pas en parler. »
42:59Donc, j'ai alerté
43:01ma direction
43:02qui me demandait
43:05si je voulais faire
43:05des attestations.
43:07Des attestations faites
43:08sur l'honneur
43:08avec noter l'article de loi,
43:10etc.
43:12Moi, j'ai dit oui.
43:13J'ai poussé des collègues
43:14à le faire
43:14qui l'ont aussi fait.
43:17Les deux salariés
43:18mis en cause
43:18sont finalement sanctionnés.
43:21Madeleine croit alors
43:22qu'elles ont été licenciées
43:23définitivement.
43:25Mais à sa grande surprise,
43:27elles reviennent
43:27très rapidement
43:28à la crèche.
43:30Elles ont été mises
43:31à pied combien de temps ?
43:33Deux jours.
43:35Donc, c'est vraiment frustrant
43:37et toujours injuste
43:40de se dire
43:42que j'ai fait ça
43:44et que ces filles
43:46travaillent toujours
43:47et qu'elles peuvent
43:49recommencer à tout moment.
43:57La pénurie de personnel
43:58dans le secteur
43:59de la petite enfance
44:00est telle
44:01que même des employés
44:02sanctionnés
44:03réintègrent les effectifs.
44:06Interrogées,
44:06l'entreprise Babylou
44:07nous a confirmé
44:08dans un mail
44:09avoir conservé
44:10l'une des deux salariés
44:11d'Annecy
44:12jusqu'à neuf mois
44:13après sa mise à pied
44:14en affirmant
44:15l'avoir mise
44:16sous surveillance renforcée.
44:18La question du turnover
44:24incessant du personnel
44:26est un défi permanent
44:27dans l'univers des crèches.
44:29Signe du malaise,
44:3110 000 postes
44:32sont actuellement
44:32non pourvus en France.
44:40Des difficultés
44:42qui n'épargnent pas
44:43d'autres pays en Europe
44:44où les systèmes privés
44:45sont très développés.
44:48Car en réalité,
44:49les dirigeants français
44:50de ces sociétés de crèches
44:52n'ont rien inventé.
44:56Ils copient scrupuleusement
44:58un modèle
44:59qui existe
44:59depuis plus de 50 ans
45:01de l'autre côté
45:03de la Manche
45:04au Royaume-Uni.
45:18Au pays de Mary Poppins,
45:21il n'y a jamais eu
45:22de crèche publique.
45:24Tout est entièrement privé
45:25depuis la Seconde Guerre mondiale.
45:28Faire garder son enfant
45:29de moins de 3 ans
45:30coûte très cher,
45:32entre 1 200 et 2 500 euros
45:34par mois.
45:37Les crèches privées
45:38lucratives
45:39pèsent pour près
45:40de 7 milliards d'euros
45:41dans l'économie anglaise.
45:42Ici aussi,
45:46depuis le début
45:46des années 2010,
45:48elles sont devenues
45:48l'un des placements
45:49favoris
45:50des fonds d'investissement,
45:52comme l'expliquent
45:52les récents travaux
45:53de deux universitaires
45:54britanniques.
45:55What private equity
46:00loves
46:00is businesses
46:01where there is
46:03a stable income.
46:04So, for example,
46:05every parent
46:06who has young children
46:08will need childcare.
46:10They don't have any choice
46:11to go anywhere else.
46:13And when
46:14the income base
46:15is stable
46:16and predictable,
46:19private equity
46:20loves to go
46:21into that industry
46:22because people
46:23have not much choice
46:24and therefore
46:26they can be charged
46:27as high a fee
46:29as possible
46:30because the main
46:30logic of private equity
46:33is maximizing
46:34profit.
46:36Le Royaume-Uni
46:37est en effet
46:38le premier pays
46:38où les fonds
46:39d'investissement
46:40se sont lancés
46:41dans une politique
46:41massive
46:42d'achat de crèches.
46:46À l'image
46:47de Bizibiz,
46:48le leader du secteur,
46:50propriété
46:50du fonds de pension
46:51des enseignants
46:52de l'Ontario.
46:53Des professeurs
46:54canadiens
46:55qui comptent
46:56sur les bébés
46:56anglais
46:57pour payer
46:57leur retraite
46:58en quelque sorte.
46:59Somebody once
47:01once said to me,
47:02never be ashamed
47:03of making money
47:04and that's always
47:06been a difficult
47:07thing in childcare
47:08but he was
47:09absolutely right.
47:10Medium to larger
47:11size companies
47:12are buying up
47:15smaller companies
47:17or smaller chains
47:18so we have seen
47:20a consolidation
47:21going on
47:22so rather than
47:23lots of independent
47:25local providers
47:26which may be
47:28more sensitive
47:28to local needs
47:29and conditions
47:31in the local environment
47:33we are seeing
47:34big conglomerates
47:35organizations
47:36who are providing
47:38the same kind
47:39of formulaic
47:42childcare
47:42in a number
47:43of settings.
47:44Acheter en 2013
47:47pour 200 millions
47:48d'euros
47:48Busy Biz
47:49vaudrait aujourd'hui
47:50en cas de revente
47:51plus de 3 milliards
47:53d'euros
47:53avec près d'un millier
47:54de crèches
47:55à son actif
47:56une jolie plus-value
47:58plus l'entreprise
48:00grossit
48:00plus on peut imaginer
48:02la revendre cher
48:03c'est la magie
48:04de la croissance
48:05par consolidation
48:06cette stratégie
48:08et ses profits
48:09potentiels
48:09attirent des hommes
48:10d'affaires
48:11aux méthodes
48:12pour le moins
48:12discutables
48:14Jonathan Jay
48:29s'est fait connaître
48:30au Royaume-Uni
48:30en achetant
48:31pour quelques livres
48:32sterling
48:33des entreprises
48:34en difficulté
48:35influenceurs
48:37charismatiques
48:37pour les uns
48:38gourous
48:39pour les autres
48:39ils prodiguent
48:40des conseils
48:41sur internet
48:41pour faire fortune
48:42en juin 2019
48:46il se lance
48:47lui aussi
48:48dans le secteur
48:48des crèches
48:49avec sa marque
48:50Welcome Nurseries
48:51l'histoire
48:54incarne
48:54à elle seule
48:55ce Far West
48:56qu'est devenu
48:57le secteur
48:57de la petite enfance
48:58au Royaume-Uni
48:59à l'image
49:00des grands groupes
49:02Jonathan Jay
49:02se met à racheter
49:03des établissements
49:04familiaux
49:04dans tout le pays
49:05il cible notamment
49:10des villes isolées
49:11de la campagne anglaise
49:12Marie est l'une
49:17de ses propriétaires
49:18qui a accepté
49:19de vendre
49:20son entreprise
49:20à Jonathan Jay
49:21elle a choisi
49:23l'anonymat
49:24de peur
49:25qu'il ne la poursuive
49:26en justice
49:26elle affirme
49:30que dans le passé
49:31le mania des affaires
49:32l'aurait plusieurs fois
49:33menacée
49:34si elle racontait
49:35son histoire
50:06considering ever looking at a sale of the of the business give us a call and
50:11Jonathan was the money man and he was the one the reason why the business could
50:15grow why they could invest so much into making sure that you know they could
50:20give the best provision for their children they could give the best
50:23training for the staff so it sounded fabulous show it sounded like this could
50:30be a real positive for passing our nursery on
50:38clinton lee est l'un des premiers à remarquer les investissements de jonathan jay
50:42dans le secteur de la petite enfance ce consultant financier londonien spécialisé
50:48dans les fusions acquisitions a déjà eu maille à partir avec l'homme d'affaires
50:52par le passé il a enquêté sur ses méthodes son sens de lesbrouf il pressent
50:59la catastrophe à venir pour des milliers de familles et d'enfants et décide
51:03alors d'alerter ceux qui pour leur malheur sont tombés sous le charme
51:08what he was doing was he was persuading nursery owners to give him their
51:14nurseries on a no money down deal so you send me your nursery i take 100%
51:20control of the nursery today but i will pay you in the future and because he is
51:25very persuasive he's a good marketer he was able to convince people listen your
51:33nursery is worth 200,000 pounds it's not a lot of money for me I'm a
51:36millionaire look you know I've got an expensive house here I own this property
51:41I own that property you know for me 200,000 pounds is nothing when I saw that
51:46happening though I was very uneasy right from the start I made many posts in
51:49LinkedIn and I was quite frustrated that people want actually doing a little
51:56bit more investigation into him
52:01in just two years Jonathan Jay and his team will convince 48
52:07proprietors to give their management their buildings
52:10making the welcome nurseries the fourth largest
52:15enterprise de crèche au Royaume-Uni
52:24I feel as if they knew exactly what they were doing they came in they you know they
52:31stripped out nurseries that were doing really really well they stripped money out
52:36it started stripping money out of nurses immediately and cutting back on what in
52:41of the provisions that children had and I think it was all calculated I think it
52:45was all planned pre-planned it wasn't working nurseries he was buying were losing
52:53money he was defaulting on leases he was struggling to pay salaries he wasn't
52:58going to be able to build this number one nursery group in the UK I think it was
53:03just complete shock because it was how on earth particular with our nursery and I'm
53:09sure it's the same with lots of others how on earth have they taken a
53:13business that was so good and literally run it into the ground within 12 months
53:19in moins de deux ans l'entreprise cumule près de quatre millions et demi
53:29d'euros de dette les propriétaires de crèches qui avaient cédé leur
53:33établissement n'ont jamais été payés jonathan jay lui quitte l'entreprise in
53:38extremis avant la faillite et il n'a jamais eu à rendre de compte dans ce
53:43dossier toutes les crèches du groupe baissent le rideau du jour au lendemain
53:515000 familles se retrouvent brutalement sans solution de garde
53:57à enderby dans la banlieue de lester deux ans après sa fermeture la crèche
54:04smarties est devenu un symbole de cette faillite spectaculaire
54:08dans cette ambiance d'apocalypse on retrouve même des documents
54:29compromettants que personne n'a jugé bon d'emporter ou de détruire il raconte
54:34une longue suite de défaillances commises par les équipes
54:39jonathan jay a refusé de répondre à nos questions l'essentiel des faillites des 48 crèches du
55:09groupe se situe dans des quartiers déshérités du nord de l'angleterre
55:12a lot of people were affected by the staff the parents and the children who are affected
55:20thousands of them thousands of put all together thousands there was a huge human cost as a result of that failure
55:29devant ce décor de désolation une question demeure où est passé l'argent public investi chaque
55:41année par le gouvernement britannique pour subventionner ses entreprises de crèches privées
55:46c'est ce qu'il y a plusieurs milliards d'euros qui sont investis dans le secteur
55:53en fait c'est l'un des secteurs les plus fondés dans l'Europe
55:59nous voulions savoir si ces entreprises soient transparentes et comptables pour l'argent public
56:04qu'ils recevent donc nous avons le droit comme public de comprendre où c'est
56:10la même question se pose d'ailleurs un peu partout en Europe y compris en France en 2024 un député a
56:27décidé de faire le ménage dans le secteur des crèches privées et obtenu la création d'une
56:32commission d'enquête parlementaire le paradoxe de tout ça c'est qu'on privatise mais grâce à des
56:37subventions qui fait qu'au final ça coûte très cher à l'état ça coûte très cher aux finances
56:41publiques il me reste à vous rappeler messieurs que l'article 6 de l'ordonnance du 17 novembre 1958
56:46relative au fonctionnement des assemblées parlementaires impose aux personnes auditionnées
56:50par une commission d'enquête de prêter le serment de dire la vérité toute la vérité rien que la
56:57vérité je vous invite madame monsieur a donc à lever la main droite et à dire je le jure pour la
57:04première fois depuis vingt ans les dirigeants des quatre plus grands groupes français de crèches
57:09privées doivent rendre des comptes
57:12et
Seja a primeira pessoa a comentar