00:0013h-14h, Europe 1.
00:02Avec Lélie Mathias sur Europe 1, 13h21.
00:04Clélie, vous accueillez vos deux chroniqueurs du jour.
00:07Le chroniqueur politique Jean-Michel Salvatore et l'ancien juge d'instruction Georges Fenec.
00:11Bonjour, bienvenue à vous tous les deux.
00:13Bonjour Clélie.
00:14On va évidemment commencer par la politique avec cette journée d'hier,
00:18cette déclaration de politique générale prononcée par Sébastien Lecornu.
00:23Écoutez-le.
00:24Que contient ce budget initial ?
00:26Une maîtrise des comptes publics qui réduira le déficit.
00:28Dans tous les cas de figure, à la fin de la discussion budgétaire,
00:32ce déficit devra être à moins de 5% du PIB,
00:36car cet impératif de souveraineté s'impose à nous tous.
00:39Il est urgent de continuer à dépenser moins.
00:42L'État a engagé une revue de ses dépenses.
00:44Des économies seront faites.
00:45Nous demanderons à créer une contribution exceptionnelle des grandes fortunes
00:50que nous proposons d'affecter au financement des investissements du futur.
00:53Le coût de la suspension pour notre système de retraite
00:56est de 400 millions d'euros en 2026 et d'1,8 milliard d'euros en 2027.
01:03Elle devra donc être compensée financièrement, y compris par des mesures d'économie.
01:08Elle ne pourra pas se faire au prix d'un déficit accru.
01:12Sébastien Lecornu qui a obtenu la non-censure du Parti Socialiste.
01:16Les contreparties, il l'a dit, c'est cette suspension de la réforme des retraites.
01:21Comment ça s'est passé, les tractations entre Olivier Faure et Sébastien Lecornu ?
01:25Olivier Faure a raconté un petit peu comment ils en étaient venus là.
01:29Écoutez le premier secrétaire du Parti Socialiste ce matin sur BFM TV.
01:34Il m'a dit, je prends mon risque.
01:35Je prends mon risque ?
01:36Oui, parce qu'il prend un risque politique et je le reconnais.
01:38C'est les mots qu'il vous a écrits, je prends mon risque.
01:40Oui, j'ai applaudi quand j'ai entendu l'ensemble des phrases qui permettaient de comprendre
01:44qu'il s'agissait non seulement d'une suspension de l'âge légal, mais aussi des trimestres
01:49pour qu'il n'y ait pas de l'heure sur la nature de ce qu'était l'engagement du premier ministre.
01:56Jean-Michel Salvatore, quel est le prix de cette suspension de la réforme des retraites ?
02:03Il est incroyablement lourd.
02:04Il est d'abord symbolique, parce que ça veut dire qu'aujourd'hui, l'homme fort en France,
02:11ce n'est pas Emmanuel Macron, ce n'est pas Sébastien Lecornu, mais c'est Olivier Faure.
02:16Il est également très important.
02:20On a fait un prix symbolique déjà.
02:22Ensuite, financièrement, ça va coûter, on dit 400 millions la première année,
02:29puis ensuite 1,7 milliard ou 8.
02:32Mais en gros, avec la TVA, on considère que ça va coûter 3 milliards.
02:35Donc, il y a aussi un bilan économique.
02:37Et puis, le bilan politique est incroyablement lourd.
02:40Parce qu'il faut quand même bien se rendre compte que cette réforme des retraites,
02:44elle est sur le métier depuis 2017.
02:48Donc, nous sommes en 2025.
02:49Donc, ça fait 8 ans.
02:51Au début, Emmanuel Macron avait proposé une réforme assez bâclée par points,
02:56qu'il a retirée au moment du Covid.
02:57On a remis ça après sa réélection.
02:59On la retire à nouveau aujourd'hui.
03:01Et on dit, ben non, on va essayer de négocier jusqu'en 2028.
03:06Mais c'est le président qui sera là en 2028 qui devra décider.
03:09Donc, ça veut dire que pour une petite réforme...
03:12Une petite réforme, vous dites ?
03:12C'est une petite réforme par rapport à ce qu'il faudrait faire.
03:15Vous allez faire bondir bon nombre de personnes qui écoutent.
03:17C'est la vérité.
03:18Pour une petite réforme qui allonge de 2 ans, finalement, le départ à la retraite,
03:23on aura mis 11 ans.
03:25On aura mis 11 ans.
03:26Et moi, je trouve que ça rendit très long, si vous voulez,
03:28sur l'incapacité de notre système politique à nous adapter, à faire des réformes.
03:34Et je pense que c'est un signal avancé, finalement, du déclin français.
03:39Nous ne sommes pas capables, par nous-mêmes, de régler un problème
03:42qui est un problème qui ne dépend que de nous, c'est-à-dire un problème démographique.
03:46Alors, j'en profite pour saluer Sophie Audugé, qui nous a rejoint en studio.
03:49Bonjour.
03:50Bienvenue à vous.
03:51Georges Fenec, pour rebondir sur ce que vient de dire,
03:53et poursuivre un peu sur ce que vient de dire Jean-Michel Salvatore,
03:57ça veut dire quoi ?
03:58Que le personnel politique, ou même les Français,
04:00n'ont pas le courage d'entamer certaines réformes ?
04:03On sait bien que dans notre pays, c'est très difficile de réformer.
04:06On sait faire des révolutions, certes, mais les réformes, c'est compliqué.
04:10Ça met tout le monde dans la rue.
04:11Les droits acquis, etc.
04:13C'est-à-dire qu'on est dans un déni de réalité,
04:14pendant que tous les pays européens sont passés à 65, 66, 67 et même plus,
04:20pour l'âge de la retraite.
04:21Nous, on est en train de réfléchir à revenir sur une réforme
04:24qui était une petite réforme, je vous l'accorde,
04:27car on s'achemine tôt ou tard vers aussi une partie en capitalisation.
04:32Il y aurait tellement de choses à dire, d'accord ?
04:34Mais là, hier, le coup politique est très important,
04:37parce qu'en fait, pour sauver M. Macron,
04:39il faut dire les choses telles qu'elles sont,
04:41Sébastien Lecornu était en moins de soldats, dit-il,
04:45c'est pour sauver M. Macron,
04:47parce que s'il y avait eu la censure, il y aurait eu la dissolution,
04:50et c'était fini.
04:51Oui, mais justement, c'est un choix qui a été fait, d'ailleurs.
04:54Les retraites plutôt que l'instabilité politique.
04:56L'instabilité politique aussi nous aurait coûté.
04:59Elle est déjà là, l'instabilité politique.
05:01On va l'aggraver, au contraire.
05:03On l'aurait aggraver avec une dissolution.
05:05Il dit discrètement, je prends le risque politique.
05:08On joue au poker avec le budget de la France.
05:10On joue au poker avec cette question des retraites.
05:13On voit bien que, vraiment, c'est des tentatives de la dernière chance
05:17pour sauver l'Elysée, en réalité.
05:19Jean-Michel Salvatore.
05:20C'est vrai que, moi, j'ai regardé Lecornu comme tout le monde,
05:23et c'est vrai qu'on avait un peu mal pour lui,
05:25et on comprend pourquoi il ne voulait pas rempiler.
05:28Parce qu'il ne voulait pas rempiler,
05:29parce qu'il savait qu'il devrait s'infliger
05:31une capitulation publique, finalement,
05:36et un exercice assez humiliant, finalement,
05:41qui était d'abjurer toutes les convictions de l'homme politique qu'il est.
05:45C'est-à-dire qu'il sait très bien que la réforme des retraites, il faut la faire.
05:47Il sait très bien que c'est une catastrophe économique de ne pas la faire.
05:50Mais, comme il est en service commandé pour défendre le soldat Macron,
05:54il est obligé de boire le calice jusqu'à l'aile.
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