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00:00Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver pour Libre Ensemble, votre rendez-vous de la laïcité.
00:07Vivre sans bras, c'est le quotidien de Sarah depuis sa naissance.
00:10Un handicap dont elle a petit à petit fait une force, elle a développé d'autres capacités et fait preuve d'une dextérité impressionnante avec ses orteils.
00:19Aujourd'hui, elle n'est plus gênée par le regard des autres, au contraire, elle montre son quotidien avec sa fille sur les réseaux sociaux.
00:25Malgré cet exemple, notre société est encore trop peu, inclusive et c'est en misant sur plus de solidarité et d'équité qu'elle le deviendra.
00:34Reportage de Nicolas Francon.
00:44J'ai commencé le dessin à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Saint-Jos.
00:51L'Académie des Beaux-Arts de Saint-Jos m'a accepté évidemment sans problème.
00:55Et en effet, j'ai voulu m'inscrire à un cours de dessin en 2019, dans un petit cours à Scarbec.
01:04Et là, j'ai été refusée.
01:06J'ai été refusée et donc par écrit.
01:10C'était quand même un refus assez cinglant.
01:13J'avais beau expliquer à ce professeur qu'en réalité, il n'y avait pas de problème et que j'allais gérer moi-même le fait de le faire avec mon pied, etc.
01:25Il m'a dit qu'il ne souhaitait absolument pas que j'intègre son cours.
01:31C'était la première fois.
01:33D'ailleurs, ça m'a estomaquée au sens propre du terme.
01:36Je ne pensais pas qu'en 2019, j'allais pouvoir encore vivre ça.
01:43C'est-à-dire que pour moi, je me disais non, ça n'existe pas.
01:46La discrimination, c'est l'histoire ancienne.
01:51On a évolué, le monde a évolué.
01:54En fait, pas du tout.
01:56Il faut encore faire beaucoup de choses, encore beaucoup de travail à faire.
02:00Et donc, j'ai contacté Ounya, qui m'a épaulée et qui m'a accompagnée dans cette discrimination.
02:07Au fond, la technique est extrêmement difficile.
02:10Parce que tu peins la couleur, mais tu regardes le blanc que tu laisses.
02:14C'est exactement ça.
02:15C'est terrible.
02:17Parce que là, je ne me regarde absolument pas ce que je mets en bas.
02:22Tu regardes le blanc.
02:24Absolument.
02:24Et c'est ça qui est difficile.
02:26C'est que finalement, je ne vois pas vraiment ce que je fais.
02:28Les professionnels savent que c'est la technique la plus difficile.
02:34Cherchant des professeurs d'aquarelle sur Bruxelles, je suis tombée sur l'atelier de pierre.
02:39Et je suis tombée amoureuse des aquarelles de pierre.
02:43Donc, je lui ai écrit un e-mail en lui demandant de m'inscrire, en lui expliquant ma particularité.
02:53Et on s'est rencontrés.
02:55Et pour lui, ça a été un détail.
02:56Mon pied, c'est vraiment ma main.
03:03Donc, il faut vraiment maîtriser la technique de l'aquarelle.
03:07Mais pas le fait de le faire avec le pied.
03:10Parce que mon pied, c'est vraiment une main dans mon cerveau.
03:12Il s'est donné que je suis née comme ça.
03:16Voilà.
03:17T'as quand même un bord blanc.
03:18Toute personne avec un handicap qui le souhaite peut faire beaucoup de choses, oui.
03:25Après, il faut s'y connaître ses limites.
03:29Je connais mes limites.
03:31Je ne me serai jamais inscrite à un cours de tennis.
03:33Donc, voilà.
03:34C'est pas seulement avoir un handicap et vouloir accéder à toutes les activités qui existent dans un monde qui n'est pas adapté au handicap.
03:48Mon handicap, c'est mon problème.
03:50Et j'aime bien me réapproprier mon handicap.
03:55En fait, mon handicap, c'est le problème de personne d'autre.
03:58Avoir Sarah au cours est une immense chance.
04:01Parce que c'est un exemple extraordinaire de volonté, d'aptitude.
04:07Et c'est un exemple non seulement pour d'autres personnes handicapées, mais également pour tout le monde.
04:14Qui dérange.
04:15Vous savez, dans mon quotidien, depuis que je connais Sarah, je ne vais plus me plaindre pour des futilités.
04:23Et maintenant, tu prends le recul.
04:25Oui.
04:26Tu te promènes, tu te rapproches de la mer.
04:28Oui, tout à fait.
04:33La grande solitude.
04:38On a la main ? On y va.
04:40Allez.
04:40Je pense que ça, c'est vraiment une des choses qui aide fondamentalement la personne en situation de handicap à se développer de manière harmonieuse.
04:50C'est le contact social.
04:52Et c'est ce sentiment de ne pas être exclu de la société.
04:55On parle d'inclusion par opposition à l'exclusion.
04:58Et donc, évidemment, il y a les familles qui, dans un premier temps, doivent accepter, bien sûr, la personne qui a un handicap soit de naissance, soit acquis.
05:07Et il y a quand même près de 75% des handicaps qui sont acquis au cours de la vie.
05:12Donc, ça peut être des chocs terribles dans les familles aussi.
05:15Donc, passé ce stade-là, il y a des ajustements qui se font pour que la personne trouve sa place au même titre que n'importe quel autre enfant ou membre de la famille.
05:25Et là, il faut effectivement qu'il y ait un réseau solidaire et qu'éventuellement, on vienne en aide aux parents qui se retrouvent parfois relativement démunis par rapport à ces situations, parce que non anticipés.
05:37Et puis, il y a effectivement tout le cercle suivant, qui est le cercle des amis, qui peuvent venir en soutien.
05:48L'égalité en droit, c'est un fait.
05:51Je veux dire, c'est un droit qui doit être plein et entier, bien sûr, puisque c'est un citoyen ou une citoyenne comme tout le monde.
05:57Maintenant, la question de l'équité, ce n'est pas vouloir que la personne en situation de handicap puisse développer complètement les mêmes compétences que quelqu'un qui n'a pas de déficience.
06:11La question de l'équité, c'est vraiment partir du fait qu'on essaye de gommer un peu la situation qui conduit à un handicap, mais on ne peut pas annuler l'handicap.
06:25Nous, à côté de l'équité, on a la notion d'autonomie.
06:28Donc, ce que l'on essaye de faire, c'est que les personnes en situation de handicap puissent réaliser seules les actes qu'elles ont besoin de faire.
06:35Et pour ce faire, nous militons aussi pour ce que nous appelons les aménagements raisonnables, c'est-à-dire que la personne ne peut pas effacer son handicap.
06:41Il sera présent en permanence, mais on doit faire en sorte que l'accessibilité est présente, tant dans les bâtiments que dans l'espace public, pour lui permettre d'accéder au même service que tout le monde.
06:53La difficulté, c'est que ça se fait secteur par secteur.
06:56Donc, il y a, par exemple, dans l'enseignement, un décret inclusion qui impose les aménagements raisonnables.
07:01Il y a un arrêté aménagement raisonnable qui, pour les nouveaux bâtiments ou pour certains lieux, prévoit que si l'accessibilité n'est pas prévue,
07:09les personnes en situation de handicap peuvent porter plainte pour non-aménagement raisonnable et réussir à faire changer les choses.
07:16Et puis, il y a certains secteurs qui, pour le moment, sont un peu en dehors de toute loi.
07:21Nous, en tant qu'association pour laquelle nous militons, c'est qu'il y ait, à un moment donné, au niveau du gouvernement,
07:26une volonté politique de rendre accessibles tous les bâtiments et les espaces publics en donnant une date butoir.
07:32Par exemple, en 2030 ou en 2040, tout doit être accessible.
07:37Et chaque propriétaire de lieu ouvert au public ou d'extérieur ouvert au public devrait faire un audit en accessibilité de son lieu,
07:45une planification des travaux pour arriver à cette date butoir où tout devrait devenir accessible.
07:49Les chiffres les plus importants, donc les signalements les plus fréquents, c'est dans le domaine des biens et services.
08:06Quand on dit biens et services, c'est les logements, l'accès au logement, l'accès au transport, l'accès au commerce.
08:12Et quand je dis accès, ce n'est pas seulement l'accessibilité physique, c'est le fait d'être reçu, d'être bien reçu dans certains lieux,
08:21de pouvoir obtenir une assurance, de pouvoir ouvrir un compte en banque, de pouvoir participer à toutes les activités, même culturelles, récréatives de la société.
08:33S'il y a des mesures structurelles de mise en accessibilité, de mesures aussi pédagogiques, d'aménagement dans les écoles,
08:41pour accueillir les élèves en situation de handicap, pour nous, c'est ce qu'il y a de mieux.
08:48Parce que l'aménagement raisonnable est une mesure individuelle qui répond à chaque situation.
08:53Mais on pense aussi que s'il y a des choses qui sont mises en place structurellement, anticipativement,
09:01ça va régler beaucoup de questions des aménagements raisonnables individuels.
09:05Il peut y avoir des embûches et des obstacles à sortir, à faire certaines choses, si ce n'est pas adapté, tu les vois moins.
09:13Tu vois, si ici il n'y a pas la paille, tu ne sais pas voir.
09:19Donc peut-être qu'à un moment, tu ne vas plus avoir le courage de le faire, de sortir, de demander, de ci, de là.
09:24Et encore, j'ai envie de dire, c'est plus simple pour toi, de ce point de vue-là, d'entrer.
09:30Tu sais déjà entrer dans le bar, etc.
09:32Et à la limite, que la personne qui est avec toi t'aide.
09:35Et tu avais une solide volonté de te débrouiller toute seule aussi.
09:38Ça, je m'en rappelle, tu avais la volonté de faire un max toi-même, quoi.
09:42Il était hors de question qu'on t'aide pour des trucs que tu savais faire.
09:45Je pense effectivement que c'est une question d'effort commun, mais pas seulement pour le handicap, pour toutes les questions liées à la société.
09:54À commencer par la personne handicapée elle-même, qui exprime ses besoins, qui exprime aussi sa place, sa liberté, et puis sa famille, et puis toutes les personnes qui la côtoient au quotidien.
10:09Je me sens libre, bien sûr. Je n'ai jamais senti avoir des barrières ou autre.
10:18Je pense qu'il faut juste s'adapter, mais que c'est possible.
10:21Donc je pense que c'est vraiment une question de se réapproprier sa liberté, redéfinir sa liberté.
10:27La liberté, c'est très vaste. Votre liberté n'est pas la mienne, évidemment.
10:31Mais ça, c'est le fait que nous ne sommes pas la même personne, et nous n'avons pas la même situation.
10:36Donc j'ai ma liberté, elle a certainement des limites, mais ces limites-là, moi je les accepte, et elles ne me frustrent absolument pas.
10:45Si vous souhaitez revoir ce reportage ou vous informer sur la programmation de nos prochaines émissions, rendez-vous sur le site internet qui s'affiche en bas de votre écran.
10:54Merci de nous avoir suivis, et à très bientôt pour un nouveau rendez-vous de la Lays.
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