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  • il y a 3 mois
Pierre Moscovici, premier président de la Cour des Comptes était l'invité du Face à Face sur RMC et BFMTV, du 10 octobre. Il est notamment revenu sur le choix du futur Premier ministre, le budget 2026 et la réforme des retraites.

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Transcription
00:008h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Pierre Moscovici.
00:04Merci de prendre le temps ce matin de répondre à mes questions.
00:07Vous êtes premier président de la Cour des comptes et ce matin c'est une alerte que vous lancez.
00:11Il y a le compte à rebours politique, il y a le compte à rebours budgétaire
00:15et il y a les conséquences économiques de tout cela. La situation, elle est très grave.
00:21La situation de la France est plus que compliquée.
00:24Nous vivons une crise politique et démocratique sans précédent.
00:27Moi je suis né juste avant la Vème République, on n'a pas connu ça sous la Vème République.
00:32Une grande instabilité gouvernementale, des institutions qui sont vraiment attaquées,
00:39une éruptivité sociale qui est incontestable, des comptes publics qui sont vraiment en désordre
00:44et puis une extrême droite, je ne porte pas de jugement mais qui est plus haute que jamais.
00:50Et tout ça donne un certain climat.
00:52Et ajoutez à ça effectivement du coup l'incertitude économique
00:55puisque les agents ont tendance à être dans l'attentisme.
00:58Cette crise elle est assez globale, elle doit être affronterie globalement
01:02et il faut maintenant en sortir et en sortir à mon sens par la politique.
01:05La politique c'est toujours en France, c'est qui donne le sens.
01:09Nous sommes une nation politique et dans une nation politique il faut des solutions politiques.
01:13Donc reprendre le contrôle de la gouvernance du pays, je ne parle pas de son gouvernement.
01:19Reprendre la gouvernance, ça passe aussi par la question budgétaire.
01:23Vous êtes, on le dit souvent, le gendarme des comptes publics,
01:26celui qui vérifie non seulement la viabilité mais aussi la fiabilité, la rigueur, l'honnêteté aussi.
01:33Des comptes de l'État, il y a ce compte à rebours.
01:37D'ici ce soir, nous devrions avoir un Premier ministre.
01:40Et puis il y a un autre compte à rebours lui, qui est celui du budget.
01:43Mais aurons-nous un budget d'ici le 31 décembre, ce qu'il faut pour que la France puisse continuer à dépenser ses sous,
01:52à payer ses fonctionnaires, à faire tourner les collectivités, la santé, les services publics ?
01:59Pour cela, il faut que ce budget soit présenté, ce projet de budget soit présenté avant lundi.
02:06Il n'est plus temps de le changer.
02:08Alors, peut-être, si vous me tenez, le temps de faire un tout petit peu de pédagogie.
02:12Allez-y, prenez le temps.
02:13Adopter un projet de loi de finances d'ici le 31 décembre suppose que le Parlement,
02:17et nous sommes dans un moment plus parlementaire que jamais,
02:21que le Parlement puisse en débattre pendant 70 jours.
02:23Ça, c'est le compte à rebours.
02:24Pour que le Parlement puisse en débattre pendant 70 jours ouvrés,
02:27ça veut dire que le budget doit être devant les assemblées le 13 octobre.
02:32Le 13 octobre, c'est lundi.
02:33Pour qu'il puisse être déposé devant les assemblées,
02:36il faut qu'il y ait eu un Conseil des ministres,
02:37il faut qu'il y ait un Premier ministre qui soit régulièrement nommé.
02:40Pas un Premier ministre des démissionnaires, mais un Premier ministre.
02:41Quand vous dites régulièrement nommé, ça veut dire dans les formes ?
02:43Pas des démissionnaires.
02:44Donc, il y aura ce soir un Premier ministre.
02:46Il faut qu'il y ait, en mode logique, lundi, un Conseil des ministres,
02:52que le budget soit ensuite adressé au Parlement.
02:54Il a déjà été examiné par une instance que je préside,
02:57qui s'appelle le Haut Conseil des finances publiques,
02:58qui donne des avis sur le projet de loi de finances.
03:00Donc, forcément, j'insiste parce que ça, c'est la technique, mais très essentielle.
03:05C'est très important. On est vraiment au cœur du sablier, j'allais dire.
03:08C'est du projet qui a été déposé devant le Haut Conseil des finances publiques,
03:12examiné dans les délais prévus d'une semaine.
03:14Donc, il nous a été envoyé le 2 octobre.
03:16Nous avons envoyé notre avis hier soir.
03:19Il faut que ce soit de ce projet de budget dont on parte.
03:22C'est ce projet de budget qui peut et doit être examiné par le Conseil des ministres.
03:25Parce que si ce n'était pas le cas, j'insiste peut-être, c'est formel,
03:28si ce n'est pas le cas, nous n'aurions pas été réputés avoir donné notre avis.
03:32Or, c'est un élément de la constitutionnalité d'un budget.
03:35Ça veut dire que le budget ne serait pas constitutionnel s'il ne suivait pas ce chemin-là ?
03:40Ce n'est pas moi qui apprécie la constitutionnalité, c'est le Conseil constitutionnel.
03:43Néanmoins, mon interprétation, c'est que l'avis du Haut Conseil,
03:46ce n'est pas quelque chose de superflu.
03:48C'est que c'est un élément d'élaboration du processus de loi de finances
03:51et que s'il manque, ça pose des problèmes.
03:53Si c'est une histoire de deux ou trois jours, ça passera.
03:55Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
03:57le 13 octobre, c'est la fin de ce sabillé-là.
04:00Alors, une fois qu'on a dit ça, ça veut dire qu'il y aura un premier ce soir,
04:04qu'il y aura, je pense, ce projet de budget qui sera adopté par le Conseil des ministres.
04:07Ensuite, alors, pour le coup, le Parlement sera très libre de le faire et de le défaire.
04:11D'ailleurs, dans l'avis du Haut Conseil des finances publiques, que je ne veux pas dévoiler,
04:14nous soulignons tout de même que, bon, il y a des forces et des faiblesses dans ce projet de budget,
04:19mais surtout que sa mise en œuvre sera forcément assez différente de ce qui sera adopté par le Conseil des ministres.
04:25Alors, c'est très très intéressant ce que vous venez de dire, Pierre Moscovici.
04:28C'est surtout très vrai.
04:28Vous avez eu donc entre les mains ce projet de budget.
04:31Et vous nous dites que c'est celui-là même qui doit forcément être déposé d'ici lundi.
04:36C'est mon interprétation.
04:37Ça veut donc dire, Pierre Moscovici, qu'au fond, quel que soit le Premier ministre qui sera nommé d'ici ce soir,
04:42qu'il soit de droite, qu'il soit de gauche, qu'il s'agisse finalement de Sébastien Lecornu, de re-Sébastien Lecornu.
04:50Qui que ce soit, le budget, d'ici lundi, il ne changera pas.
04:54Ce sera le même.
04:54Attendez, si on veut que le Parlement puisse avoir 70 jours pour délibérer d'un budget adopté dans les formes,
05:03il faut en effet partir de ce projet.
05:05D'ailleurs, soyons comme assez logique, nous sommes vendredi soir, c'est lundi.
05:09Qui peut imaginer qu'en 48 heures, on peut tout refaire ?
05:12Oui, de toute façon, le Premier ministre, qui qu'il soit, et quelle qu'il soit sa vivacité intellectuelle,
05:18n'aura pas en 48 heures la capacité d'inventer un nouveau budget.
05:23Si on se dit qu'on veut élaborer un autre budget, ça veut dire qu'on prend du temps,
05:26et donc en réalité, on ne fait pas comme ça.
05:28On ne dépose pas de projet de loi de finances, on dépose ce qu'on appelle la première partie,
05:32c'est-à-dire les recettes.
05:32C'est possible ça ?
05:33Oui, c'est toujours possible, mais ce n'est pas bien, parce que du coup, ce n'est pas un budget délibéré,
05:38notamment sur la partie dépense par le Parlement, et puis on dérape forcément sur l'année suivante,
05:42et donc on recommence le scénario qui a eu lieu avec Michel Barnier et François Bayrou.
05:47Vous avez donné un avis favorable ou défavorable ?
05:50Vous verrez.
05:51Vous pouvez nous en donner quand même quelques éléments.
05:53Est-ce que ce budget, d'abord, est-ce qu'il respecte les 40 milliards ?
05:58Non, attendez, je veux dire une chose.
06:01Je pense que notre avis, il ne va pas surprendre, mais il sera assez créatif.
06:04D'abord, nous allons nous prononcer sur 2025.
06:06Je constate une chose sur 2025, heureuse, qui est que nos finances publiques ont commencé à se rétablir.
06:11C'est-à-dire que le déficit a baissé, je pense, de 5,8 à 5,4.
06:14Ce n'est pas énorme, mais c'est un bon début.
06:16Vous pensez où vous avez les chiffres ?
06:18On n'a pas les chiffres définitifs, mais disons qu'il nous semble que c'est crédible de le dire.
06:22On va finir l'année à 5,4.
06:23Je le crois.
06:24Je le crois, et c'est plutôt bien, parce qu'après deux années, 2023 et 2024,
06:28qui avaient des années de dégradation très fortes,
06:30revenir un peu dans les clous, ce n'est pas un mal.
06:32Alors ensuite, pour 2026, il y a la copie qui nous a été envoyée.
06:37Elle est sérieuse, mais il y a aussi le fait que nous savons déjà que nous n'en serons pas là.
06:41Je vais prendre un exemple.
06:42Ce qui nous a été envoyé dit un déficit à 4,7% du PIB.
06:45C'est très bien.
06:47Mais le Premier ministre démissionnaire, Sébastien Lecourneau,
06:49il a déjà parlé de 5%.
06:50Il a déjà dérapé.
06:53Ce n'est pas une question de dérapage.
06:55On sait que ce qui nous a été envoyé ne sera pas exactement ce qui est voté.
06:58Alors, comme nous ne sommes pas des bisounours,
07:01comme nous avons un problème de crédibilité,
07:02ou plutôt une envie de crédibilité,
07:04nous n'allons pas dire bravo à quelque chose dont nous savons
07:06qui ne se déroulera pas exactement comme ça.
07:08C'est la raison pour laquelle, vous savez,
07:10on va être simple.
07:11Il faut qu'il y ait un budget lundi.
07:13Il faut partir de ce budget-là.
07:15Ensuite, le Parlement fera son oeuvre.
07:17La tension est quand même extrême,
07:18parce qu'effectivement, vous le dites,
07:19il faut que ce soit avant lundi.
07:20Je voudrais quand même qu'on en reste à ces chiffres,
07:22puisque effectivement, le budget tel qu'il vous avait été proposé,
07:26tel qu'il avait été pensé,
07:28on allait vers un 4,7% de déficit.
07:31Dans sa déclaration sur le perron de Matignon,
07:35hier matin, Sébastien Lecornu,
07:38avant-hier, pardon, je ne sais plus,
07:40ne parle plus...
07:41C'est le jour sans fin.
07:42Exactement, c'est le jour sans fin.
07:44Il ne parle plus de 4,7%, il parle de 5%.
07:46Donc, on a déjà perdu 3%.
07:47Et la réalité, et je crois qu'honnêtement,
07:50vous ne me direz pas le contraire,
07:52c'est qu'il sait déjà que ce ne sera même pas les 5%.
07:54On ne va pas rentrer dans ces détails-là,
07:56puisqu'on n'en sait rien, en fait.
07:57Là, maintenant, il faut qu'il y ait un premier ministre,
07:58il faut qu'il y ait un budget,
07:59et puis ensuite, on parlera des chiffres.
08:00Enfin, ça commence à déraper, quoi.
08:01Non, je vais vous dire.
08:02Le problème que nous avons,
08:04c'est que nos finances publiques sont dégradées.
08:06C'est que nous sommes aujourd'hui le pays
08:08qui a le déficit le plus élevé de la zone euro.
08:11C'est que nous sommes le seul grand pays de la zone euro
08:12dont la dette publique continue d'augmenter.
08:14C'est que nous avons une dette publique à 3 400 milliards d'euros,
08:16probablement 3 500 d'ici la fin de cette année.
08:19C'est que chaque année, nous remboursons près de 70 milliards d'euros
08:21pour payer justement cette dette,
08:23alors que nous payions 25 milliards d'euros en 2021.
08:26Et enfin, dernière chose et surtout,
08:28c'est que quand on perd en crédibilité,
08:30comme c'est le cas,
08:31on paye ce qu'on emprunte de plus en plus cher.
08:35Les marchés nous font payer...
08:36Et c'est là qu'on parlait du risque d'avalanche.
08:38Ben, alors, si vous voulez...
08:39Non, j'utilise cette métaphore partant de la neige.
08:43Nous sommes devant une boule de neige.
08:44La boule de neige, c'est la dette qui n'arrête pas de grossir.
08:47Elle grossit, elle grossit, elle grossit, elle grossit,
08:48et elle coûte de plus en plus cher.
08:50Et nous coûtant de plus en plus cher,
08:51elle nous empêche d'investir.
08:52Moi, je ne suis pas un maniaque de la dette.
08:54Je suis en train de vous dire...
08:55Je ne sais pas, si vous avez un logement,
08:57vous payez votre logement,
08:58ça vous coûte 80% de votre revenu,
09:00vous n'allez pas payer ensuite une belle télévision,
09:03des belles vacances aux enfants et une voiture.
09:04Vous êtes obligés de faire des arbitrages.
09:06Voilà, vous êtes obligés.
09:06Et là, pour nous, ça veut dire que si on est très endetté,
09:10on ne pourra pas faire ce qu'on doit
09:11pour l'écologie, pour la transition numérique,
09:13pour la défense.
09:14Alors, une fois qu'on a dit tout ça,
09:16à quoi arrive-t-on ?
09:17Oui, à cette boule de neige.
09:19Le problème des boules de neige,
09:20quand la neige est fraîche,
09:22c'est qu'il faut éviter de déclencher l'avalanche.
09:26Vous voyez ce que je veux dire ?
09:27Oui, sauf que la question, c'est aussi ce chiffre.
09:30On est passé de 4,7 à 5.
09:33Mais on n'en sait rien, Pauline de Malherme.
09:34Non, dans les perspectives, dans les mots.
09:36Non, mais dans les mots.
09:37Il y a quelque chose, moi, que j'en fais, c'est les mots.
09:39Je suis un haut fonctionnaire et un responsable politique.
09:42J'ai été responsable politique et un fonctionnaire
09:44à peu près 20 ans chacun.
09:46Donc, je suis un peu blanchi sous le arnois, comme on dit.
09:48Je ne crois pas les mots.
09:50Je crois les chiffres.
09:51Je crois les choses.
09:52Et donc, ce que j'attends...
09:53Alors, vous croyez les chiffres dans les mots ?
09:54Non, mais ce que j'attends, c'est des décisions.
09:57Autrement dit, ce que j'attends,
09:58c'est qu'il y ait un Premier ministre ce soir.
09:59Il y en aura un, tant mieux.
10:00Ensuite, ce qui est nécessaire, c'est qu'il y a un budget.
10:03On regardera les chiffres qui sont dedans.
10:04Et enfin, on regardera ce que dit le Parlement.
10:05Parler, commenter, ça ne sert à rien.
10:08Là, je m'adresse au Premier Président de la Cour des Comptes.
10:11Si la perspective, au lieu d'être 4,7, c'est 4,9, ça passe ?
10:16Mais on n'est pas non plus en train de faire
10:18une espèce de négociation comme ça.
10:20Non, c'est plus compliqué que ça.
10:22Écoutez, je vais reprendre les choses un petit peu différemment.
10:24Je vais essayer de vous répondre autrement.
10:27De quoi s'agit-il plus techniquement ?
10:28Nous avons pris des engagements à l'égard de l'Union Européenne.
10:31Ces engagements disent que nous devons être en dessous de 3% en 2029.
10:33Pour être en dessous de 3% en 2029, il faut ce qu'on appelle une pente.
10:36Donc, si tu as 5,8, puis 5,4, il faut être en dessous de 5.
10:39Voilà, il faut être en dessous de 5.
10:40Il faut être en dessous de 5.
10:41En dessous de 5.
10:42La limite, c'est 5.
10:43En dessous de 5.
10:44En dessous de 5.
10:45En dessous de 5.
10:46Vous le dites comme vous voulez.
10:46Moi, j'ai dit 4,9.
10:474,9, c'est en dessous de 5.
10:49Il me semble qu'en effet, nos gros chiffres étaient...
10:50Clairement en dessous de 5.
10:52Clairement en dessous de 5.
10:53Nettement en dessous de 5.
10:54Le plus nettement possible, évidemment.
10:56Pierre Moscovici, ce que l'on mettra ensuite dans ce budget pour arriver à peu près à cela,
11:01il y a évidemment la question des retraites.
11:03La suspension, l'abrogation, le gel de la réforme des retraites.
11:08C'est quasiment acquis désormais qu'elle sera au minimum appuyée sur pause.
11:12Je n'en sais rien.
11:14Si vous avez entendu une déclaration claire là-dessus...
11:16Disons qu'en tout cas, ça fait partie de ce qui a été lâché comme l'Est, semble-t-il.
11:21Après, vous avez prononcé plusieurs mots.
11:22Suspension, abrogation, gel, ce n'est pas du tout la même chose.
11:24Exactement.
11:25Alors, je vais partir à l'idée de suspension et essayer de donner des chiffres.
11:29La Cour des comptes, il se trouve, a fait un rapport à la demande du précédent Premier ministre François Bayrou sur le sujet.
11:34Ce que nous savons, c'est que nos retraites sont en déficit aujourd'hui de 6,6 milliards d'euros.
11:38Point 1.
11:39Ce que nous savons, c'est que la réforme, si elle s'applique, permettra de gagner 10 milliards d'euros tout en gardant ce déficit d'ici à 2030.
11:47Alors, ça veut dire quelques centaines de millions d'euros cette année.
11:50Et puis ensuite, ça s'accroît.
11:52Alors, suspendre pour combien de temps ?
11:54Si on suspend pour un an, par exemple, ça coûte quelques centaines de millions d'euros.
11:57Si on suspend plus longtemps, ça coûte beaucoup plus cher.
12:00Si on abroge, ça coûte beaucoup, beaucoup plus cher.
12:03Et en toute hypothèse, les 10 milliards d'euros, là, ils manqueront.
12:05Ils manqueront au financement des retraites.
12:07Et donc, si on choisit d'abroger, par exemple, alors à ce moment-là, il faut trouver d'autres modes de définition.
12:11Pourquoi ? Parce qu'il faudra bien les payer, ces retraites.
12:14C'est pendant très longtemps la vôtre, c'est bientôt la mienne.
12:17Donc, si vous voulez, on ne peut pas ignorer ça.
12:20Alors, après, il y a deux choses.
12:21Il y a la réalité financière, je viens de la donner, et il y a la question politique.
12:24La question politique est différente.
12:26C'est une question de choix de société.
12:26Et vous avez d'ailleurs commencé cette interview, Pierre Moscovici, par dire, c'est tout de même la politique qui aura la clé.
12:33Et si la clé pour la politique, c'est de dire, on lâche du lest sur les retraites, ou au minimum, on met sur pause en se disant, on remet ce débat à dans un an.
12:41Et ça permet simplement de remettre tout le monde autour de la table.
12:43Je rappelle quand même qu'à 14h30, tout à l'heure, le président a convié à l'Élysée tous les partis.
12:48Il faut bien qu'ils arrivent à se mettre d'accord.
12:50C'est aux politiques dont je ne suis pas décidé.
12:52Dont vous n'êtes plus.
12:54Oui, je ne suis plus.
12:56Je connais encore, c'est comme le vélo, ça ne se perd pas complètement.
12:58J'imagine.
12:59Ça m'intéresse, mais je ne suis plus un acteur du jeu politique.
13:03Je suis quelqu'un qui parle beaucoup des politiques publiques, mais pas de la politique.
13:07Je voudrais simplement peut-être faire une remarque un peu plus générale.
13:10Allez-y.
13:10De quoi s'agit-il aujourd'hui ?
13:12Nous sommes en octobre 2026.
13:15Il y a une élection présidentielle en mai 2027.
13:18Nous savons que nos capacités d'action sont malheureusement limitées.
13:21Le Parlement, il est comme il est.
13:22Il est bloqué.
13:23S'il n'est pas dissous, et s'il est dissous, il sera probablement tout autant bloqué.
13:27D'ici 2027, quelle est la tâche qui nous attend ?
13:29C'est de faire en sorte que la Maison France soit en meilleur état au moment de l'élection présidentielle qu'aujourd'hui.
13:34Ce que je souhaite, c'est d'abord qu'on puisse avoir un fonctionnement régulier des pouvoirs publics.
13:38Ça, c'est la politique.
13:39Et je souhaite aussi que, s'agissant des finances publiques, on ait des déficits réduits.
13:42Pourquoi ?
13:43Parce que si on continue d'être sur ce niveau de déficit, d'abord, on aura un problème de crédibilité.
13:47Nous avons une sorte de nœud coulant qui nous étanglera progressivement.
13:50Et en 2027, le nouveau président arrivera avec une situation tellement dégradée qu'il ne fera que ça.
13:55Et les grands choix, comme la question des retraites, pour moi, mais je raisonne, je ne suis pas du tout quelqu'un qui donne des ordres à la question.
14:02Les grands choix, comme quel système de retraite, il doit être traité en 2027.
14:05Donc si vous suspendez, vous suspendez.
14:07Mais ça ne veut pas dire que...
14:08C'est le fait que repousser à un moment où il faudra bien traiter cette question.
14:11Il faudra que le peuple choisisse, à ce moment-là, un nouveau président, et probablement un nouveau parlement,
14:16et qu'il décide quelle nouvelle donne, quel choix de société il fait.
14:19Les retraites, ce n'est pas qu'une question d'argent.
14:21C'est une question de choix de société.
14:23Pierre Moscovici, vous avez dit, dans votre tableau aussi de la situation de la France, vous avez dit que les institutions sont attaquées.
14:31Est-ce que vous faites partie de ceux qui estiment...
14:35Éric Dupond-Moretti, qui était mon invité hier, disait...
14:37C'est un scandale.
14:39Il pointait du doigt l'attitude d'un Gabriel Attal ou d'un Édouard Philippe, qui, pour lui, fragilisait considérablement les institutions,
14:45en ayant fragilisé le président.
14:48Est-ce que vous faites partie de cela ?
14:49De ceux qui pensent qu'effectivement, il ne faut pas appeler à une élection anticipée ?
14:53Je ne fais pas de politique, mais j'en ai beaucoup fait.
14:55Et quand on est dans la politique, on a le droit de critiquer le président de la République.
14:58On a le droit de l'approuver aussi.
14:59Mais après, les institutions, c'est autre chose.
15:01Un mandat a une durée.
15:03Emmanuel Macron a été élu en 2017, réélu en 2022.
15:07Son mandat dure cinq ans.
15:08Pour la stabilité du pays, pour le respect des institutions, il est plus que souhaitable.
15:14Il est nécessaire que son mandat aille jusqu'au bout.
15:16Jusqu'au bout.
15:17Donc c'est en 2027 qu'a lieu l'élection.
15:19Vous êtes responsable d'appeler à ces élections anticipées ?
15:21Non, je ne porte pas de jugement de ce type.
15:22Je ne dis pas que ce n'est pas un scandale, je ne dis pas que c'est irresponsable.
15:25Je vous donne mon avis.
15:26Moi, je suis très attaché à nos institutions.
15:28Je pense qu'à un moment où, démocratiquement, nous sommes dans une telle crise,
15:33il faut s'accrocher aux institutions.
15:34C'est-à-dire à la fois l'équilibre constitutionnel, mais aussi à nos institutions comme la mienne,
15:37indépendantes, qui ont un rôle à jouer pour les Français.
15:40Quel est le rôle de la Cour des comptes ?
15:41C'est de les éclairer.
15:43C'est d'éclairer le débat public.
15:44C'est de donner des faits et des chiffres.
15:44C'est exactement la raison pour laquelle vous avez invité ce matin.
15:47C'est la raison pour laquelle, pour moi, oui, le mandat du président de la République dure jusqu'en 2027.
15:51Et nous devons collectivement préparer ce grand rendez-vous démocratique
15:55de l'élection d'un nouveau président de la République,
15:56avec une nouvelle donne et un nouveau projet.
16:00Après, chacun choisira.
16:01Vous avez dit, à la fin, c'est quand même la politique, parce que nous sommes dans un pays politique.
16:05On évoque aussi la question d'un gouvernement technique,
16:07avec peut-être, à la tête de ce gouvernement technique, quelqu'un comme vous, Pierre-Amoscovici.
16:11Vous êtes président de la Cour des comptes.
16:14Vous pourriez tout à fait jouer ce rôle, soit vous, soit un gouverneur de la Banque de France.
16:17Est-ce que vous l'envisagez ? Est-ce que vous seriez prêt à le faire ?
16:20Je vais répondre d'abord sur ce que c'est qu'un gouvernement technique.
16:22J'ai une petite expérience de ça.
16:24J'ai été ministre des Finances, j'étais commissaire européen,
16:26et j'ai beaucoup vu comment les autres pays faisaient.
16:29Des gouvernements techniques, il y en a eu beaucoup en Italie.
16:31Il y en a eu un peu au Canada.
16:33Un gouvernement, c'est toujours politique, Apolline de Malère.
16:36Ça fait semblant d'être technique.
16:37Non, ça ne fait pas semblant.
16:39Ce qui peut se passer, c'est qu'on fait de la politique dans un gouvernement.
16:41Si on faisait de la technique, à ce moment-là, il faut donner le pouvoir à l'administration.
16:44Je suis contre le gouvernement des juges.
16:45Je suis contre le gouvernement des experts.
16:47Et pourtant, je suis un juge et un expert.
16:49Je pense que les juges et les experts ont leur rôle à jouer, mais à leur place.
16:51C'est le politique qui doit présider au destiné du pays.
16:55Alors, un gouvernement, c'est politique.
16:56Une fois qu'on a dit ça, ce qui compte, c'est le profil de celui qui le dirige.
16:59Et le profil de celui qui le dirige peut être quelqu'un qui a une expertise particulière
17:03ou quelqu'un qui est détaché des partis politiques.
17:06Je vais prendre deux exemples.
17:07Mario Draghi, le fameux Premier ministre italien.
17:11Une technique, non, moi je le connais Mario.
17:12C'est quelqu'un qui est très politique.
17:14Simplement, il était président de la Banque Centrale Européenne.
17:16Marc Carnet, qui est aujourd'hui le Premier ministre du Canada.
17:20Je le connais aussi.
17:20Il était gouverneur de la Banque d'Angleterre et de la Banque du Canada.
17:23Donc, c'est quelqu'un qui a une compétence.
17:25C'est quelqu'un qui ne vient pas forcément de la politique,
17:26mais c'est quelqu'un qui est détaché de la politique.
17:27C'est ça un gouvernement technique.
17:29Un gouvernement technique, c'est un gouvernement qui est politique
17:32et présidé par quelqu'un qui connaît la politique,
17:34mais qui a une expertise technique.
17:36Ce profil dont vous venez de parler, c'est aussi le vôtre.
17:38Pierre Moscovici, je vous repose la question.
17:40Est-ce que vous vous dites, au fond, si l'on m'appelle,
17:43oui, j'ai la compétence de le faire ?
17:44Vous savez, je regarde un peu la télévision,
17:47BFM, TV notamment, je vois les shortlists.
17:50Les shortlists.
17:51Mais il n'y a pas de shortlist pour un Premier ministre.
17:53Il y a un choix qui est fait par un homme,
17:55le Président de la République, il ne va pas faire une shortlist.
17:58Il va se poser la question de ce qu'il souhaite.
18:00Être Premier ministre, ce n'est pas une question de souhait ou de volonté.
18:03C'est une fonction qui, aujourd'hui, est devenue très difficile.
18:05C'est quel est le sens d'une mission ?
18:08Et là, honnêtement, il faut d'abord définir le sens de la mission.
18:11Après, si la question est posée, on y répond.
18:13Elle ne m'a jamais été posée.
18:14Mais si elle vous est posée, vous ne direz pas non ?
18:16Je m'interrogerais sur le sens et la manière d'exercer la mission.
18:21Mais je ne suis persuadé que le Président de la République sait très bien ce qu'il veut faire.
18:25Merci beaucoup, Pierre Moscovici, Premier Président de la Cour des Comptes,
18:28d'avoir répondu à mes questions ce matin.
18:30Il est 8h47 sur RMC BFM TV.
18:33Il est 8h47 sur RMC BFM TV.
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