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  • il y a 5 mois
J-5 avant la possible chute du gouvernement de François Bayrou. A l'heure où le budget 2026 devrait être au cœur des préoccupations, il va falloir se pencher plutôt sur la recherche d'un nouveau Premier ministre ou sur une dissolution, soutenue par une partie de l'opposition et même par l'ancien Président de la République Nicolas Sarkozy. Mais il va falloir trouver une solution pour le budget d'ici au 15 octobre. Anne-Sophie Lapix reçoit Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes.
Regardez L'invité d'Anne-Sophie Lapix du 03 septembre 2025.

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Transcription
00:00Anne-Sophie Lapix, RTL Soir.
00:03Le grand invité de RTL Soir est le président de la Cour des Comptes.
00:06Bonsoir Pierre Moscovici.
00:08Bonsoir.
00:08Le compte à rebours est enclenché, alors celui de la chute probable du gouvernement, J-5,
00:13mais aussi celui du budget.
00:14Il y a une date limite pour le présenter, le 15 octobre.
00:18Au-delà, qu'est-ce qu'on risque ?
00:20Alors pourquoi d'abord le 15 octobre ?
00:21En réalité, théoriquement, le budget doit être présenté le 2 octobre.
00:24Au premier conseil des ministres d'Octobre,
00:26on peut imaginer que quoi qu'il arrive d'ailleurs, confiance ou pas,
00:31en réalité on a pris une quinzaine de jours dans la vue, pardon, dans l'expression familière,
00:34et donc ça peut déraper jusqu'au 15 octobre, c'était le cas déjà l'an dernier.
00:40Ensuite, il faut 70 jours au Parlement pour débattre,
00:43et je pense qu'il est important que le Parlement ait cela,
00:46parce que c'est la démocratie, ce sont nos règles.
00:49Il ne faut pas se poser la question de ce qui se passe si ça ne se produit pas.
00:52Ça doit arriver.
00:53Je pense qu'il est fondamental, qu'en s'agissant du budget,
00:55qui est le grand acte politique, démocratique d'une nation,
00:59par lequel on reconnaît le consentement à l'impôt,
01:01et par lequel aussi on définit politique publique,
01:02le Parlement est le temps de discuter sur la base d'un projet qui a été élaboré.
01:06Donc ce n'est pas tant une contrainte que je pense un objectif qu'il faut se fixer.
01:10Oui, mais bon, on a vécu l'an dernier une expérience similaire,
01:14et il n'y a pas eu de budget le 15 octobre,
01:17et il a fallu attendre même beaucoup plus longtemps.
01:18Non, non, il n'y a eu un projet de loi de finances le 15 octobre,
01:23il y a eu ensuite un débat parlementaire,
01:25in fine, il y a eu une motion de censure.
01:26Mais ça, c'est autre chose, c'est ce qui se produit à la fin.
01:28Ah oui, peu importe ce que vous voulez dire,
01:29c'est juste qu'il faut qu'on respecte les calendriers.
01:31Je ne parle pas du vote du budget,
01:33je parle du dépôt du projet de loi de finances,
01:35donc du budget,
01:36et du projet de loi de financement de la sécurité sociale,
01:38devant le bureau des assemblées,
01:40après adoption par le Conseil des ministres,
01:41et examen par et avis du Conseil des finances publiques,
01:44que je précise, préside.
01:45Ça, c'est la procédure.
01:47Ensuite, le débat a lieu,
01:49le budget est adopté ou pas.
01:50Si le budget n'était pas adopté à la fin de l'année,
01:53alors à ce moment-là,
01:54il existe d'autres procédures,
01:55ce sont celles qu'on a utilisées l'an dernier,
01:57ce qu'on appelle la loi spéciale,
01:59c'est les services votés,
01:59et puis on peut voter le budget un peu plus tard,
02:01ce qui n'est jamais souhaitable,
02:03parce que nous sommes quand même dans un moment,
02:05je veux y insister,
02:07où sans être en crise financière,
02:09sans être menacé par le FMI,
02:12sans être la situation de la Grèce en 2010,
02:14on nous regarde d'assez près.
02:15Il faut surveiller les courbes de taux d'intérêt,
02:17ce qu'on appelle les spreads,
02:18c'est-à-dire le différencier de taux d'intérêt
02:19entre la France, l'Allemagne, l'Italie,
02:21et constater que les marchés scrutent ce vote,
02:25regardent la France,
02:26se demandent où nous en sommes,
02:28si nous sommes dirigés ou pas,
02:29si nous sommes bien dirigés ou pas,
02:31quelle est la stabilité,
02:32et c'est pour ça que les choix de l'indice sont cruciaux,
02:34et ensuite, ce qu'on en fera.
02:35Sachant que les taux à 30 ans sur la dette française
02:36ont déjà atteint 4,5%.
02:38C'est la première fois depuis 2011.
02:40Exactement.
02:41On est aujourd'hui à près de 3,6%,
02:43c'est longtemps que ce n'était pas produit.
02:44Notre spread avec l'Allemagne,
02:46c'est-à-dire notre différencier de taux est de 80 points de base.
02:48Avec l'Italie, quand Mme Meploni est arrivée aux responsabilités,
02:51on avait, je crois, 150 points de base d'écart en notre faveur,
02:55on est à 10.
02:57Et aujourd'hui, les taux d'intérêt français
02:58sont supérieurs à ceux de l'Espagne, de la Belgique,
03:01du Portugal, et même de la Grèce.
03:03Pour moi, qui ai été ministre de finance il y a déjà quelques temps,
03:06pendant la crise financière,
03:07et commissaire européen en charge de ces questions,
03:09c'était inimaginable.
03:10Donc, faisons attention à ce que nous faisons.
03:12La période d'instabilité et l'adoption extrêmement tardive du budget
03:15avaient coûté 0,3 points de PIB.
03:18Ça avait été chiffré, ça pourrait être plus cette fois ?
03:21Là encore, je ne spécule pas.
03:22Moi, j'espère qu'on aura...
03:23Je ne sais pas ce qui va advenir au vote de confiance.
03:25Ça, ce n'est pas le sujet pour moi.
03:26Je suis pris dans la Cour des comptes.
03:28Je ne fais pas de politique.
03:29J'en ai fait beaucoup, je n'en fais plus.
03:30Mais ce que je sais, c'est qu'il faut qu'ensuite,
03:34il y ait quelque chose d'affiché,
03:35et affiché assez clairement, assez vite.
03:37C'est pour ça que j'appelle un budget au plus tard, le 15 octobre.
03:40Qu'ensuite, il y ait un débat parlementaire,
03:42que le budget en question soit crédible.
03:44Parce que tout ça se passe, encore une fois,
03:47sous un regard qui est celui de l'Union européenne,
03:49qui est celui des marchés financiers.
03:51Les marchés financiers, pourquoi est-ce que j'en parle pas ?
03:52Parce que j'aimerais les marchés.
03:53parce que tout simplement, notre dette,
03:56elle était mise sur des marchés,
03:57à 3 500 milliards d'euros ou presque,
03:59et 53% des détenteurs de notre dette sont des étrangers.
04:03Et pour eux, ils regardent combien elle coûte,
04:07ce qu'elle rapporte, s'il y a de qualité.
04:09Et vous savez, le problème que nous avons,
04:12ce n'est pas le FMI,
04:13c'est que moins nous sommes crédibles,
04:15moins nous sommes stables, plus la dette est chère.
04:17Ils pourraient cesser de nous prêter tout intéressant.
04:19Ils devraient augmenter, c'est ça.
04:20C'est l'augmentation des taux qui nous menace.
04:22Mais l'augmentation des taux, qu'est-ce que ça veut dire ?
04:24Ça veut dire qu'on a moins d'argent pour investir.
04:27Si vous remboursez 25 milliards, puis 60 milliards,
04:30puis 100 milliards d'euros par an pour la dette,
04:32comment pouvez-vous financer la lutte contre le réchauffement climatique,
04:36la défense, l'éducation nationale, l'innovation, la recherche ?
04:39En fait, il faut se désendetter pour investir et préparer l'avenir.
04:42Vous évoquiez un budget crédible.
04:44Alors justement, parlons-en, le budget de François Bayrou,
04:48avec cet effort de 44 milliards,
04:50est-ce qu'il suffit pour nous mettre sur la bonne trajectoire ?
04:54Alors, je n'ai pas entré dans ce débat-là,
04:56mais vous avez prononcé le mot important, c'est le mot trajectoire.
04:59Il est fondamental que la France,
05:02qui aujourd'hui est le seul pays de la zone euro au-dessus de 3% du PIB en termes de déficit,
05:06se fixe un objectif réaliste.
05:09En fait, on devait faire 3% en 2024,
05:11puis en 2025, puis en 2027,
05:13maintenant c'est 2029.
05:14Il faudrait vraiment le faire en 2029.
05:17Et ça, ça impose une trajectoire,
05:19qui veut dire qu'on a un certain nombre de marches.
05:20Alors après, on ne va pas être à 0,1 point de PIB par an,
05:23ça peut se discuter dans le cadre d'un débat parlementaire,
05:26mais il faut vraiment que ça baisse.
05:28Et là, ça, c'est la bonne trajectoire qui était en...
05:30En tout cas, le chiffre de 44 milliards d'euros,
05:33que la Cour des comptes ne prend pas à son compte,
05:34pour des raisons techniques compliquées.
05:36Non, ce n'est pas ça.
05:37C'est un chiffre qui est fixé par rapport à ce qu'on appelle un tendanciel.
05:40Je ne veux pas lasser vos électeurs,
05:41pas vos électeurs, vos auditeurs,
05:44qui sont aussi des électeurs.
05:46Mais ils votent pour vous, au fond.
05:47Mais si vous voulez,
05:49ce qui se passe, c'est que c'est fixé comme si on ne faisait rien.
05:52Donc, ce n'est pas 45, peu importe.
05:54Disons que l'effort en question, il est crédible,
05:55mais la question d'un budget,
05:56ce n'est pas seulement quelle est l'ampleur de l'effort,
05:58c'est comment on y parvient.
05:59Et ça, c'est la suite.
06:00Je n'ose imaginer la pile de rapports,
06:04pour chasser les dépenses.
06:06Est-ce qu'il arrive qu'on applique vos conseils ?
06:08Parce que, est-ce que parfois,
06:09vous avez la satisfaction d'être entendu ?
06:12Je pense que le cours des comptes est très écouté.
06:14Les Français nous connaissent.
06:16Les Français ont une bonne opinion.
06:16Les Français, mais les gouvernements...
06:18Vous savez, je pense que dans la prise de conscience actuelle
06:21du poids de la tête,
06:24de l'impossibilité de continuer à dégrader nos déficits,
06:28de la nécessité de maîtriser nos finances publiques,
06:29la voie de la compte a énormément compté.
06:33Après, pour les mesures elles-mêmes,
06:34oui, souvent nous sommes suivis,
06:36par exemple,
06:37et surtout en matière de sécurité sociale.
06:38Vous faites partie de la liste des premiers ministrables.
06:40Ah bon ?
06:41Vous n'étiez pas au courant ?
06:42Alors je vous l'apprends.
06:43C'est gentil, mais...
06:43Vous allez être entendu.
06:45Non, non, j'écoute pas trop ce genre de choses.
06:47D'accord, alors en tout cas,
06:48si on vous appelle, est-ce que vous dites oui ?
06:49Je veux dire, pour une chose très claire,
06:52c'est qu'il y a un Premier ministre.
06:54Il s'appelle François Bayrou.
06:56C'est un homme que je respecte,
06:57avec lequel j'ai très bien travaillé
06:58depuis longtemps,
06:59et comme Premier Président de la Cour des comptes.
07:00Oui, mais gouverner, c'est prévoir ?
07:02Enfin, diriger ?
07:03Non, attendez.
07:04Franchement, il y a quelque chose à quoi je tiens dans la politique,
07:06j'en fais depuis longtemps,
07:07j'en ai fait longtemps,
07:08c'est la décence.
07:10Et donc, spéculer sur ce qui se passe le lendemain
07:12n'a jamais été mon style.
07:14Dans toute ma vie politique,
07:15j'ai appris qu'il ne fallait jamais dire,
07:17et si.
07:17Mais on peut se demander si vous vous défilez,
07:19si jamais on vous demande de venir au gouvernement ?
07:22On verra le jour où la question me serait éventuellement posée.
07:25Ce n'est pas la question de se défiler ou pas,
07:26la question, c'est quel sens fait une action ?
07:30Et de ce point de vue-là,
07:30moi, j'ai une cohérence,
07:31elle est très simple.
07:33C'est que la France, encore une fois,
07:34a l'obligation morale et politique
07:36de se désendetter pour investir.
07:39C'est qu'on ne peut pas faire les choses à moitié.
07:40C'est qu'on ne peut pas faire un calcul de coin de table.
07:42C'est qu'on ne peut pas transiger en la matière.
07:44C'est que nous devons être sérieux,
07:45c'est que nous devons être crédibles.
07:46Alors, crédible n'empêche pas d'être juste.
07:49Et ça, en réalité, c'est ça l'équation.
07:50Alors, justement, Emmanuel Macron veut que la gauche
07:53intègre une alliance de gouvernement.
07:54Ça pose quand même la question du budget
07:57de l'équipe,
07:58enfin, le budget défendu par le PS,
08:00un projet qui prévoit 21 milliards d'euros d'efforts.
08:04Alors ça, je ne sais pas si c'est juste.
08:05Est-ce que c'est réaliste ?
08:07Toujours pour la trajectoire dont on a parlé.
08:09Je pense d'abord que le Parti Socialiste,
08:11en faisant ce budget,
08:12a montré qu'il voulait être un parti de gouvernement
08:14et qu'il était un partenaire de négociation.
08:16En soi, c'est positif.
08:18Après, l'effort qu'il propose,
08:20à mon sens, n'est pas assez élevé
08:21si on veut rester sur cette trajectoire de 3% en 2029.
08:24Et ensuite, la question qui fait débat,
08:26ce sera, au fond, quel est l'équilibre
08:27entre les économies en dépense publique
08:29et les recettes ?
08:30Et de ce point de vue-là,
08:31il propose beaucoup d'impôts.
08:32Mais disons que ce document sur la table,
08:35ça ne peut pas être un point d'arrivée,
08:36mais ça peut sans doute être un point de négociation.
08:38Et je vais vous dire une chose,
08:39ça doit être un point de négociation.
08:41Pourquoi ?
08:42Parce que notre Assemblée nationale,
08:43je la connais pour le coup,
08:44je la vois souvent,
08:45elle est divisée en trois.
08:47Il y a le Rassemblement National,
08:48qui, a priori, n'est pas reconnu
08:50comme un partenaire politique pour les autres.
08:51Ça veut dire qu'il faudra,
08:53pour qu'un budget passe,
08:54une forme de compromis
08:55entre la droite, le centre
08:57et, effectivement, les socialistes.
08:58Et un compromis, qu'est-ce que c'est ?
09:00C'est un accord sur des positions
09:02sur lesquelles on n'est pas initialement,
09:04justement, d'accord.
09:05Et on verra tout à l'heure dans notre débat.
09:07Donc, il faudra bien prendre ça en compte.
09:08Ça ne veut pas dire que c'est le point d'arrivée,
09:09je ne le crois pas.
09:10Merci beaucoup,
09:11Merci à vous.
09:12Merci d'être venu sur RTL Soir.
09:15Dans un instant,
09:16l'info qu'on a failli rater.
09:18Florian Gazan nous présentera
09:19ce prodige du tennis fauteuil Tokito Oda.
09:23À 19 ans,
09:23il se lance à la conquête
09:24du dernier titre qui lui manque.
09:26Et puis,
09:26il y aura la tentation du soir.
09:27Et oui,
09:35on va tout vous dire
09:36sur la fabrication de l'album francophone
09:38le plus vendu de tous les temps.
09:40Céline Dion raconte 2.
09:42Le documentaire est diffusé
09:43ce soir sur M6.
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