00:00Notre pays sort de très loin. Il y a une culture électorale, il y a une façon de faire les élections qui n'a pas commencé aujourd'hui.
00:08Et nous sommes en train de partir vers la transformation, mais ce n'est pas évident parce qu'il y a encore des mentalités qu'il faut faire évoluer.
00:14Donc nous comptons sur la formation, la sensibilisation et aussi certainement prendre des mesures, des dispositions légales qui vont pouvoir aider à changer les choses.
00:22Le vendredi 3 octobre dernier, réunis autour du vice-président du gouvernement, Alexandre Barraud-Chambrier, les ministres de la République ont tenté de recadrer, d'expliquer, de contextualiser les fraudes survenues lors du scrutin du samedi 27 septembre.
00:36Et le mot choisi pour cela a de quoi laisser pontois la culture électorale. Autrement dit, le vol du suffrage universel deviendrait une habitude à corriger, en douceur, une mentalité à faire évoluer.
00:49Mais depuis quand la violation du code électoral relève-t-elle du folklore national ? Depuis quand le mourage d'urne, la falsification des procès-verbaux ou la délivrance frauduleuse de procuration sont-ils devenus des traits culturels ?
01:01Cette justification maladroite est d'autant plus grave que le gouvernement reconnaît les faits.
01:05Dans un compte rendu parvenu à Gabon Media Time, le gouvernement parle d'abus, de transhumance électorale, de procuration non conforme.
01:12Elle décrit précisément ce que le code électoral aux articles 335, 343 et 362 qualifie de délit.
01:20Mais au lieu de s'en remettre à la justice, l'exécutif invoque la pédagogie.
01:24C'est une inversion morale. La République ne punit plus les fautes, elle les commande.
01:28Elle n'applique plus la loi, elle n'y sert sur les mentalités.
01:31Cette attitude ne traduit pas une faiblesse administrative, mais une crise de responsabilité politique.
01:36Les réactions ne se sont pas faites attendre.
01:38Trois anciens premiers ministres ont parcours et sensibilités différentes, se rejoignent dans un même constat.
01:43Le 27 septembre a été une imposture.
01:45Raymond Tancima réclame l'annulation totale du scrutin.
01:48Julien Koguebe Calé parle de violations graves du code électoral.
01:51Et Alain-Claude Milibinze, désormais à la tête du parti Ensemble pour le Gabon, tranche.
01:56Le 30 août n'a pas été qu'un coup d'État.
01:58C'était un engagement à ne plus jamais avoir d'élections tronquées.
02:01Le 27 septembre prouve que rien n'a changé.
02:04Même maître Ange-Kévin Dzigu, leader du Front démocratique socialiste, a exclu toute alliance avec ceux qui ont cautionné ou profité de ce chaos.
02:11La classe politique pourtant éclatée se retrouve dans une indignation commune, celle d'un peuple trahi une fois de plus.
02:17Le pouvoir parle de transformation, mais comment transformer sans reconnaître ses fautes ?
02:21Comment éduquer les électeurs quand ceux qui organisent les scrutins falsifient les règles ?
02:26Cette rhétorique de la culture électorale n'est pas une maladresse, c'est une faute.
02:30Une manière de naturaliser la fraude pour éviter d'avoir à la punir.
02:34La vérité, c'est que le samedi 27 septembre a été un désastre politique et moral.
02:39Et la parole du gouvernement, au lieu de restaurer la confiance, institutionnalise le doute.
02:43Le 30 août 2023, le Gabon avait fait le serment d'en finir avec la tricherie électorale.
02:48Deux ans plus tard, la promesse s'effrite.
02:51Le pouvoir semblerait découvrir que l'impunité a une mémoire longue et que la démocratie n'est pas un discours, mais une pratique.
02:57Si rien n'est fait, le 27 septembre 2025 ne sera pas un simple accident de parcours,
03:03mais la preuve que la transition a échoué là où elle devait réussir, dans l'exemplarité.
03:08Reconnaître la fraude sans en tirer les conséquences, c'est la pire des trahisons républicaines.
03:12Et le peuple gabonais, lui, n'a pas besoin d'un cours de morale électorale.
03:16Il attend de la justice.
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