- il y a 4 mois
Elle voulait danser sur scène, c’est finalement le théâtre qui lui permettra de fouler le parquet. A son actif, une quarantaine de pièces et d’innombrables rôles au cinéma, jusqu’à recevoir le prestigieux César de la meilleure actrice pour son rôle principal dans Se souvenir des belles choses. Comédienne engagée, elle se bat aujourd’hui pour alerter sur les enjeux de santé mentale des plus jeunes. Elle qui a connu une adolescence tourmentée, vient désormais en aide à ceux qui se sont retrouvés dans un état de détresse similaire. Par quels moyens améliorer le bien-être de la jeunesse ? Comment le théâtre et plus largement la culture peuvent-ils être un remède à la dépression adolescente ? Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Isabelle Carré dans l'émission Un monde, un regard. Année de Production :
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00:00Musique
00:00Longtemps, notre invitée a été qualifiée de comédienne discrète.
00:27Longtemps, lui a été accolée l'image d'une actrice douce, docile, peut-être même un peu lisse.
00:32Le ton est calme, c'est vrai, la voix posée, les rôles sensibles et profondément humains.
00:37Avec elle, il n'y a pas d'emportement, pas de cris, pas de phrases chocs.
00:41Mais les convictions sont fortes, les idées claires, les écrits et les choix puissants.
00:46C'est une actrice aux multiples récompenses, qui joue depuis plus de 30 ans,
00:50qui écrit des romans et qui réalise aussi.
00:52C'est une femme engagée, qui croit dans l'écriture et dans le pouvoir des mots.
00:55Engagée pour la jeunesse, pour l'environnement, les océans.
00:58Une hyper-émotive qui a réussi à faire de sa fragilité une force.
01:03Les mots l'ont sauvée, dit-elle.
01:05Devenir comédienne l'a sauvée.
01:07Elle le dit, elle le clame haut et fort, aujourd'hui sans se cacher.
01:10Comme pour convaincre les jeunes d'exprimer leur vulnérabilité.
01:14Comme pour les pousser à lire et à écrire,
01:16plutôt que d'être le nez collé à des écrans ou enfermé dans leur mal-être.
01:20Qu'est-ce qui, dans l'écriture, la fiction, les œuvres et les personnages, rendent plus fort ?
01:25En quoi l'imaginaire peut-il être un refuge qui aide à affronter le réel ?
01:30Posons-lui toutes ces questions.
01:31Bienvenue dans Un monde, un regard.
01:32Bienvenue à vous, Isabelle Carré.
01:34Merci d'avoir accepté notre invitation.
01:35Merci pour ce portrait.
01:36Ici au Sénat.
01:38La scène, le cinéma, l'écriture, les fictions des autres,
01:42et les vôtres aussi, vos propres romans,
01:44vous semblez plus à l'aise dans l'imaginaire que dans le réel.
01:48Est-ce que c'est vrai ?
01:48Complètement.
01:49C'est vrai ?
01:50Oui, vraiment.
01:52Je me souviens de ces questions d'essentialité,
01:55est-ce que la culture est un bien essentiel ou pas ?
01:58Est-ce que les librairies sont essentielles ou pas ?
02:00Est-ce que le théâtre l'est ou pas ?
02:02Mais ô combien, ô combien, et on l'a vu pendant le confinement,
02:05le besoin des spectateurs d'avoir du contenu,
02:08je n'aime pas ce mot, mais du contenu artistique dans leurs ordinateurs.
02:13Moi, je n'ai pas arrêté de faire des lectures à ce moment-là.
02:16On faisait tout ça, tous mes camarades, on faisait des lectures gratuitement
02:18pour donner aux gens une espèce de bouffée d'air qui nous manquait.
02:24Et on l'a vu à ce moment-là à quel point c'était nécessaire.
02:27Vous dites même, heureusement, qu'on a la fiction pour déjouer les pièges
02:30et la brutalité du réel.
02:32Qu'est-ce qui vous semble si brutal dans le réel ?
02:35Non, il n'y avait pas besoin de me demander à moi,
02:38de demander à tout le monde autour de nous, on le voit bien.
02:43D'autant plus, vous parliez des jeunes, d'autant plus pour cette génération,
02:47ces adolescents et ces jeunes adultes
02:50qui ont affaire avec le réchauffement climatique,
02:55les guerres, les problèmes économiques,
02:58l'instabilité politique.
03:03Vous diriez que c'est une jeunesse qui a plus de soucis à se faire
03:06et plus d'anxiété ?
03:08Oui, ne serait-ce que l'éco-anxiété, déjà, c'est un gros dos,
03:11mais à ça vient se rajouter tout un tas de choses.
03:14Il y a eu le confinement.
03:15Enfin bon, qu'est-ce que c'est ?
03:16On le sait aujourd'hui, les effets qu'ont eu le confinement
03:21pour ceux qui sont jeunes adultes aujourd'hui.
03:25On sait qu'un jeune sur deux de cette génération-là
03:30a connu ou connaîtrait une dépression.
03:32C'est énorme.
03:33C'est énorme.
03:34Vous ne cachez pas votre grande sensibilité,
03:37même votre hyper-émotivité.
03:39D'ailleurs, vous dites quelque chose de très joli.
03:41Je me suis sentie bien au théâtre
03:42parce que les émotions n'y sont pas embarrassantes.
03:45Elles sont même valorisées.
03:47Ça veut dire que le monde réel
03:48ne rend pas la vie facile aux timides, aux sensibles.
03:52Oui, je me souviens très bien d'un jour
03:56où, très émouvant, on partait à l'avant-première
03:59des émotifs anonymes qui parlent de ça.
04:01Et j'étais devant avec une chauffeuse de taxi
04:04qui me demandait de quoi parler le film.
04:06Et je lui racontais.
04:07Et elle me dit, mais oui, mais vous,
04:08vous avez de la chance, vous, les acteurs,
04:10parce que vous avez le droit de pleurer.
04:12Mais si vous êtes chef d'entreprise,
04:14vous pouvez pleurer devant vos employés.
04:17Et même si vous êtes employé,
04:18ou vous croyez que vous pouvez pleurer
04:19devant votre patron ou devant vos camarades,
04:22ce n'est pas possible.
04:23Quand vous êtes maman, il faut aller pleurer aux toilettes
04:25pour ne pas pleurer devant les enfants.
04:27Finalement, il n'y a jamais la place.
04:29Et on est obligé de tout mettre sous le tapis tout le temps.
04:32Donc, heureusement qu'il y a des salles de théâtre,
04:34heureusement qu'il y a des cinémas
04:35où là, on peut pleurer dans le noir.
04:37Et en même temps, on emploie beaucoup
04:39le mot d'hypersensible aujourd'hui.
04:41Peut-être que le mot est même un peu galvaudé
04:42ou qu'il sert aussi aux parents
04:44pour comprendre les tourments de leurs enfants.
04:47Est-ce qu'on ne colle pas aussi une étiquette
04:49un peu trop rapidement ?
04:50Qu'est-ce que ça vous fait à vous
04:50d'entendre ce mot hypersensibilité tout le temps ?
04:53Parce que pour le coup, vous l'êtes vraiment.
04:55Non, mais je pense que c'est quelque chose
04:57qu'on partage beaucoup plus
04:58qu'on a tendance à stigmatiser
05:02comme ça les artistes
05:03ou quelques jeunes adolescents
05:06qu'on dit perturbés.
05:08Ça aussi, il faut se méfier de ça.
05:09Parce que pourquoi sont surtout
05:12les jeunes filles qui sont touchées ?
05:14C'est intéressant.
05:15Et moi, j'ai posé la question
05:16au professeur Marie-Rosemoreau,
05:17puisqu'on va en parler,
05:19mais j'ai écrit un film qui parle de ça,
05:21de la pédopsychiatrie,
05:22qui sortira le 12 novembre,
05:24qui s'appelle Les Rêveurs,
05:24d'après mon premier roman.
05:26Et cette question me taraudait.
05:28Pourquoi sont surtout les jeunes filles
05:29qui, finalement, sont les premières hospitalisées ?
05:33Et pourquoi ça continue d'augmenter,
05:36même pour des jeunes filles
05:37de plus en plus jeunes ?
05:38Et qu'est-ce qu'on vous répondit ?
05:38Et le professeur Marie-Rosemore
05:39m'a dit quelque chose de très,
05:42je pense, juste, malheureusement,
05:44c'est qu'on a tendance à plus
05:45écouter les garçons qui disent
05:47qu'ils vont mal,
05:48que les jeunes filles
05:49qui disent qu'ils vont mal,
05:50on dit, finalement, oui,
05:51c'est l'adolescence,
05:53c'est les règles,
05:54c'est les hormones,
05:56c'est la fameuse hypersensibilité féminine,
05:59etc.
06:01Ce sont des critères très genrés
06:03et pas forcément justes.
06:07Les jeunes garçons,
06:09moi j'ai un adolescent à la maison aussi,
06:10peuvent avoir des moments
06:11d'hypersensibilité.
06:13Bien sûr.
06:13Parlons de cet amour pour l'écriture,
06:15de cette passion pour les mots
06:16que vous avez.
06:17Rappelons que vous êtes devenue romancière,
06:19déjà trois romans,
06:20il vous arrive aussi
06:21d'animer des ateliers d'écriture
06:22et vous appelez l'éducation nationale
06:23à valoriser l'expression écrite,
06:26à organiser des moments d'écriture
06:27dans la journée.
06:27Vous dites,
06:28il est urgent de faire renouer
06:29nos enfants avec les mots.
06:31L'école se contente
06:32d'être évaluative
06:33au lieu d'être créative.
06:34Oui.
06:35Je suis même en train
06:36d'écrire un livre
06:37avec une de vos camarades journalistes,
06:40Delfine Sobaber,
06:41qui était grand reporter,
06:43prix Albert Londres.
06:44C'est avec elle
06:45que j'organise régulièrement
06:47des ateliers d'écriture.
06:48On a été à l'Académie française
06:50avec les jeunes.
06:51On a été au tribunal
06:52de grande instance aussi,
06:54sur un mode plus j'accuse,
06:56pour dire effectivement
06:57sur le monde de demain.
07:00Le thème,
07:00c'est toujours dans nos ateliers,
07:02c'est le monde de demain.
07:02Et tout ce qu'ils ont à dire,
07:04je vous assure que les jeunes
07:05ont énormément à dire
07:06et on a beaucoup
07:07à apprendre d'eux.
07:08Et c'est vraiment crucial.
07:10C'est vraiment...
07:11C'est par l'écriture
07:12et, j'insiste dessus,
07:13par l'écriture créative
07:15qu'on forme sa pensée,
07:17sa pensée critique.
07:18On ne peut pas se contenter.
07:20L'écrit, la dictée
07:21ne peut pas être
07:22la seule porte d'entrée
07:23de l'écrit pour les jeunes.
07:25Ce n'est pas possible.
07:26Bien sûr.
07:26Et quand on voit
07:27les glissements linguistiques
07:29qu'aujourd'hui on dit
07:30« production d'écrit »,
07:32non, c'est autant dire
07:34rédaction ou autant dire
07:35expression écrite.
07:36Expression écrite,
07:37ça a du sens.
07:38Production d'écrit.
07:39Oui, ce n'est pas très joli.
07:40Est-ce qu'on exprime
07:41des voitures ?
07:42Oui, oui.
07:44C'est un vocabulaire
07:45très étrange comme ça de...
07:48Qui dit quelque chose
07:49de l'époque.
07:49Oui.
07:49Qui dit quelque chose
07:50de l'époque
07:51et de ce qu'on attend
07:51des jeunes.
07:52Et ce n'est surtout pas
07:53d'émotion justement.
07:55Production d'écrit,
07:56ça ne fait pas très...
07:57On n'a pas l'impression
07:57qu'on peut se permettre
07:58de livrer ses sentiments.
08:00C'est avec vos multiples casquettes
08:02que vous mener
08:02de feront plusieurs projets.
08:03Casquette de comédienne
08:04sur les planches
08:05avec un pas de côté
08:06au Théâtre de la Renaissance
08:07que j'ai eu la chance
08:08de voir et qui est magnifique.
08:10Casquette de réalisatrice
08:11avec les rêveurs.
08:11Votre premier long-métrage
08:13adapté de votre
08:13tout premier roman.
08:14Casquette d'actrice
08:15au cinéma
08:15avec Jean Valjean aussi
08:16d'après l'oeuvre
08:17de Victor Hugo.
08:18On va prendre les choses
08:19dans l'ordre.
08:19D'abord un pas de côté
08:20où vous vous retrouvez
08:23avec votre complice
08:23Bernard Campan.
08:25Une pièce
08:25d'une immense subtilité,
08:28d'une grande clairvoyance aussi.
08:30Je vous laisse faire le pitch.
08:31Nous raconter un peu.
08:32Comme beaucoup de gens
08:33aujourd'hui,
08:34on est en entreprise
08:36ou peu importe
08:37le travail qu'on fait
08:37mais souvent on prend
08:38des choses à emporter
08:39pour aller les manger
08:40sur un banc.
08:41Ces deux personnages
08:42se retrouvent sur ce banc
08:44régulièrement.
08:45Au début,
08:45ils n'ont pas vraiment
08:46d'affinité,
08:47c'est même plutôt
08:47le contraire.
08:49Mais ils vont se manquer
08:50et ils vont apprendre
08:51à se connaître
08:51et ce n'est pas
08:52le coup de foudre.
08:53Le coup de foudre,
08:54moi ça m'a toujours
08:54semblé un peu suspect,
08:55un peu mystérieux.
08:57C'est au contraire,
08:57en parlant,
08:58ces deux-là parlent beaucoup
08:59et c'est en parlant
09:00qu'ils vont apprendre
09:01à se connaître
09:02et à se manquer.
09:03Et peut-être
09:05plus ces affinités
09:06pour parodier
09:07le titre d'un film
09:10qu'on a fait
09:10juste avant
09:11Bernard et moi.
09:11C'est vrai qu'on a tendance
09:12à plus quitter
09:13depuis quelques années
09:14parce que c'est
09:15d'abord un grand ami,
09:18un partenaire en or.
09:20J'ai une théorie là-dessus,
09:21je pense qu'on ne voit pas
09:22forcément
09:23quand les acteurs
09:23ne s'entendent pas
09:24plus que ça.
09:25Non, c'est vrai.
09:26Comme spectateurs,
09:26on ne le voit pas.
09:27Non, on ne s'en rend pas compte.
09:28Vous avez toute l'élégance
09:29de le cacher,
09:30si vous ne vous aimez pas.
09:31Mais quand il y a
09:32la petite épincelle en plus,
09:33quand il y a
09:34cette complicité,
09:35quand il y a
09:35l'électricité,
09:37le plaisir
09:37de jouer ensemble
09:38et de se retrouver
09:39comme c'est le cas
09:40avec Bernard Campan
09:40tous les soirs
09:41au Théâtre de la Renaissance,
09:43je vous assure que
09:43je sais,
09:44je sens que ça se voit.
09:45Ça se ressent.
09:46Ça se ressent beaucoup
09:46quand on est dans le public.
09:48C'est sur le tournage
09:48de Se souvenir des belles choses
09:49que vous vous rencontrez.
09:50C'est en 2001.
09:51Et c'est Zabou Breitman
09:52qui a le nez creux
09:53en vous mettant ensemble.
09:54Absolument.
09:54Parce qu'on est d'accord
09:55que c'était improbable
09:56quand même sur le papier
09:57de vous mettre ensemble
09:57Bernard Campan
09:58avec son passé d'humoriste
09:59qu'on connaît bien.
10:00C'était la première fois
10:01qu'il abordait
10:02un autre registre,
10:03effectivement.
10:04Il était d'ailleurs
10:05assez traqueur.
10:07Je trouvais ça
10:08tellement touchant
10:09cette humilité-là,
10:10d'autant qu'il déchirait,
10:12il jouait tellement bien.
10:14Moi, j'étais
10:14la première spectatrice
10:16et je me sentais
10:16très privilégiée
10:17de voir tout ce qu'il proposait.
10:19Et il était absolument crédible
10:20et on ne se posait
10:21pas du tout la question.
10:23Et pourtant,
10:23j'avais évidemment en tête
10:24les inconnus.
10:26J'étais vraiment
10:26de cette génération-là
10:27qui avait condi ma mère.
10:29La chanson Isabelle
10:30a les yeux bleus,
10:31je peux vous dire
10:31que je l'entendais à l'école.
10:33Mais comment vous expliquez
10:34cette alchimie qui dure en plus ?
10:35Parce qu'on peut rencontrer
10:36quelqu'un sur un tournage
10:37et ça se passe bien,
10:38c'est une chose,
10:39mais que ça dure
10:39et que vous deveniez
10:41un duo mythique,
10:43c'est peut-être un peu fort,
10:44mais un vrai duo.
10:45Je crois qu'il y a
10:45l'expression qui existe,
10:47un carré campant.
10:48C'est le duo
10:49que vous formez.
10:50Oui, je veux bien
10:52être ça Claude Jean Sac.
10:54J'ai vu aussi
10:55cette comparaison,
10:56effectivement.
10:57Parce qu'il y a
10:57finalement...
10:58Plus d'acteurs et d'actrices
11:00que ça
11:00qui ont cheminé
11:02comme ça.
11:03Alors peut-être
11:04c'était plus le cas
11:05dans la génération
11:06des Louis de Funès
11:07et cette génération
11:08d'acteurs-là.
11:09Peut-être qu'il y en a
11:09moins aujourd'hui,
11:10mais il y en a quand même.
11:13Par exemple,
11:14c'est tout bénef
11:15pour nous
11:15et pour le spectateur.
11:17Ce n'est pas le cas,
11:18là on se rencontre.
11:19Mais par exemple,
11:20dans le film
11:21qu'on a fait
11:22d'Éric Bénard,
11:23Jean Valjean,
11:24on joue un frère
11:24et une sœur.
11:26Et on n'a pas besoin
11:27pour le spectateur.
11:28Et puis nous,
11:28on n'a pas besoin
11:29de jouer,
11:29qu'on a un passé.
11:30On a ce passé.
11:31Il est là,
11:32il est inscrit.
11:33Ou quand on doit jouer
11:33un vieux couple aussi,
11:34comme c'était le cas
11:35dans Eplusie Affinité,
11:37un vieux couple
11:38qui s'étiole un peu,
11:39qui a du mal
11:39justement à garder la flamme.
11:42Mais c'est très facile.
11:44Le passé,
11:44on l'a.
11:45On l'a dans le souvenir
11:46des spectateurs.
11:47Elle a eu le nez creux
11:48quand même,
11:48Zabou Brightman.
11:49Oui, vraiment.
11:50Il fallait le sentir.
11:51Parce qu'elle aussi,
11:51elle a beaucoup accompagné
11:52votre carrière.
11:53Zabou Brightman,
11:54on la retrouve beaucoup
11:55dans votre filmographie.
11:56Vous lui avez demandé conseil
11:57pour réaliser
11:58votre tout premier long métrage
11:59ou pas ?
12:00Non, je ne lui ai pas demandé conseil.
12:01J'étais un peu secrète
12:02sur ce projet.
12:04J'en ai parlé
12:05à très, très, très,
12:05très peu de gens
12:06parce que,
12:08peut-être par superstition aussi,
12:09parce que je doutais de moi.
12:11Je me disais,
12:12mais au fond,
12:13voilà,
12:13ce n'est pas parce qu'on a écrit
12:15un roman
12:15qu'on aura une écriture
12:17cinématographique
12:17qu'on saura le retranscrire.
12:19Du reste,
12:19je ne voulais pas le faire
12:20au départ.
12:21Ah bon ?
12:21Non, non,
12:21je n'avais pas du tout ça en tête
12:23et c'est un producteur,
12:24Philippe Godot,
12:25qui dirige la panne européenne,
12:27qui est venu me voir
12:27à la sortie en 2018,
12:29puis en 2019,
12:30puis en 2020.
12:31Ah, il a insisté.
12:32Il a vraiment insisté
12:33et moi,
12:34je lui disais,
12:34non, non,
12:35la place,
12:35c'est cette place du livre
12:36et c'est à cause du confinement
12:39quand j'ai vu,
12:40comme on a tous vu,
12:42ces chiffres effrayants
12:43sur le désespoir
12:45et la fragilité psychologique,
12:48le mal-être des jeunes,
12:49que je me suis dit,
12:50au fond,
12:50mettre mon expérience
12:51d'internement psychiatrique
12:53en 1980
12:54en perspective
12:56avec ce que vivent
12:57les jeunes aujourd'hui,
12:58ça a du sens.
12:59Donc,
12:59je l'ai réécrit,
13:00c'est vraiment une réécriture,
13:01je l'ai réécrit en fonction de ça.
13:02Alors,
13:03cette histoire,
13:03on va la raconter d'un mot,
13:05tout de même,
13:06c'est votre expérience
13:06en hôpital psychiatrique
13:07après une tentative de suicide
13:09à l'âge de 14 ans.
13:10À l'époque,
13:11vous vivez mal
13:11trois événements,
13:12le coup bas d'un garçon
13:13dont vous étiez amoureuse,
13:14la séparation de vos parents
13:15et la prise de conscience
13:16que vous ne serez jamais
13:17une danseuse classique professionnelle.
13:19Ce qui est terrible,
13:20c'est que ça semble être
13:21des choses très banales
13:22que rencontrent
13:24tous les adolescents,
13:25vous, moi,
13:25nos enfants.
13:26Et pourtant,
13:27en vous,
13:27ça a pris une dimension
13:28très particulière,
13:29très forte.
13:30Et au-delà des jeunes
13:31auxquels vous aimez,
13:32vous adressez évidemment
13:33dans le cadre de ce projet,
13:34moi,
13:34j'aimerais que vous exprimiez
13:36un message aux parents.
13:38Quels auraient été les mots
13:39qui vous auraient empêché
13:40de tenter ce geste définitif ?
13:43Qu'est-ce qui aurait pu
13:43vous empêcher ?
13:44Qu'est-ce qu'on peut dire
13:44aux parents
13:45qui vous regardent
13:46et qui sentent
13:46que leur enfant
13:47ne va pas très bien,
13:48qui ressent ce mal-être
13:49dont vous parlez ?
13:50Qu'est-ce qu'il faut
13:50qu'ils fassent ?
13:51Qu'est-ce qu'ils disent ?
13:52Il y a une journaliste,
13:53Annick Cogent,
13:53qui m'avait posé la question
13:55au moment de la sortie,
13:56qui était la question
13:56pour la jeunesse,
13:58qui était
13:58« Qu'est-ce que vous diriez
14:00à cette jeune fille
14:00de 14 ans que vous étiez
14:02si vous la rencontriez
14:03aujourd'hui ? »
14:03Ça m'a fait une bouffée
14:05d'émotion
14:05quand elle m'avait posé
14:06cette question-là
14:07et je lui avais dit
14:08« J'aimerais pouvoir lui dire
14:11« Ne t'inquiète pas,
14:12ça passe. »
14:14Ça veut dire
14:15que les parents,
14:15c'est ce message-là
14:19qu'il faut transmettre
14:20aux enfants,
14:20c'est-à-dire
14:21vous avez le sentiment
14:23parce que vous êtes
14:24dans ce moment-là
14:26qui est très pénible
14:27à vivre,
14:28où vous ne vous sentez pas bien,
14:30où vous ne trouvez pas
14:31de sens à vos journées,
14:33vous avez l'impression
14:34d'être seul,
14:35que les choses
14:36sont lourdes,
14:37pénibles,
14:39ça, ça passe.
14:41On a l'impression
14:41que c'est un espèce
14:42de parpaing
14:42qui vous tombe dessus,
14:43que ça sera comme ça
14:45pour toujours.
14:45Non, pas du tout.
14:47Et même si vous avez
14:48le sentiment
14:48de faire dix pas en arrière
14:49pour en faire un en avant,
14:52au bout d'un moment,
14:53et c'est vraiment
14:53la façon dont j'ai voulu
14:54ce film,
14:56je l'ai voulu
14:57vraiment lumineux,
14:58je l'ai voulu
14:58comme un film
14:59qu'on peut aller voir
15:00de 11, 12, 13, 14, 15,
15:0316 ans,
15:04avec ses parents,
15:05avec ses grands-parents
15:06et parler ensemble
15:07de ça,
15:08déstigmatiser,
15:09revaloriser la filière
15:11pour parler
15:11avec un langage
15:14de pédopsychiatres
15:15parce que c'est vrai
15:17que quand on sait
15:18qu'il n'y a que
15:18500 pédopsychiatres
15:19aujourd'hui en France
15:20et avec la montée
15:22qui continue
15:23de se faire
15:26ces derniers temps...
15:27la psychiatrie
15:27et les parents pauvres
15:28de la médecine...
15:29Oui, vraiment,
15:30alors certes,
15:31il y a eu un budget
15:32qui a été débloqué,
15:33d'autant plus avec
15:33cette année de la santé mentale,
15:35mais on avait 20 ans
15:36de retard,
15:37donc ça ne suffit
15:38absolument pas
15:38et les 20 ans
15:40de retard
15:40de la psychiatrie,
15:42je ne sais même pas
15:43combien d'années
15:44c'est pour la pédopsychiatrie,
15:45donc il y a beaucoup,
15:46beaucoup, beaucoup,
15:47beaucoup à faire.
15:48J'ai un document
15:48à vous proposer,
15:49Isabelle Carré,
15:50le voici,
15:50alors il va évidemment
15:51vous parler à vous
15:52tout de suite,
15:52mais je vais le décrire
15:53pour les gens
15:54qui nous écoutent,
15:57Romy Schneider,
15:57entourée de Michel Piccoli
15:58et Serge Reggiani.
16:00Romy Schneider
16:00reçoit cette année-là
16:01le César de la meilleure actrice.
16:03C'est cette Romy Schneider
16:04que vous voyez dans le film
16:05Une femme à sa fenêtre,
16:06un film sur lequel
16:07vous tombez
16:07dans la chambre
16:08d'une camarade
16:09de l'hôpital psychiatrique
16:10dans lequel vous êtes,
16:11l'hôpital Necker
16:12à ce moment-là,
16:13et c'est l'une de ses répliques
16:14qui va vous sauver.
16:15Vous nous la rappelez,
16:15cette phrase ?
16:16Préférer les risques de la vie
16:17aux fausses certitudes
16:18de la mort.
16:19Qu'est-ce qui a fait
16:20que cette phrase vous a...
16:21J'ai revu le film là
16:22et je l'ai revu
16:23évidemment avant le tournage
16:25qui était en juin dernier
16:27et j'étais étonnée
16:28parce que ce n'est pas
16:29un film tellement
16:31pour les adolescents,
16:32c'est assez politique d'ailleurs.
16:33On parle pas mal
16:34de marxisme,
16:35de communisme.
16:36D'ailleurs,
16:36cette phrase,
16:37elle est au milieu
16:37de tout un discours
16:38de Victor Lanoue
16:40comme ça sur la politique.
16:41Mais vous la captez
16:42à ce moment-là.
16:43Voilà,
16:43c'est ça que je veux dire,
16:44c'est que quand on est prêt,
16:45quand on est ouvert,
16:46quand on a besoin
16:47d'entendre des phrases,
16:48moi j'appelle ça
16:48des phrases bijoux.
16:50Je préfère qu'on m'offre
16:50une jolie phrase
16:51qui va m'aider
16:52dans ma journée
16:53voire dans la vie.
16:56Je préfère ça
16:57qu'un bijou quoi.
16:58Je préfère qu'on m'aide
17:00avec une phrase
17:00et j'espère que ce film,
17:02Les Rêveurs,
17:02j'espère qu'il produira ça.
17:04Ce que cette phrase
17:05a produit pour moi.
17:06Ce déclin.
17:06J'espère que tout le film,
17:07exactement,
17:08redonner le goût de la vie
17:09à le plus d'enfants
17:12et d'adolescents possible
17:13avec une phrase,
17:14avec une situation,
17:15avec cette expérience
17:17que j'ai vécue.
17:17On appelle ça
17:18la pérédance.
17:19C'est un...
17:20un terme philosophique
17:22que Cynthia Fleury
17:24a inventé
17:26il y a quelques années.
17:27Grand maguiste.
17:28Oui,
17:29et qui est un joli thème
17:30qui dit bien,
17:31voilà,
17:32évidemment,
17:33les médecins
17:33sont les mieux placés
17:34pour traiter les malades,
17:36mais malades,
17:37je n'aime pas trop ce mot-là,
17:38ou les personnes
17:39en difficulté,
17:40les personnes
17:41qui se sentent mal,
17:43mais peut-être aussi
17:45ceux qui sont passés
17:46par là,
17:46par votre expérience,
17:47vous pouvez apporter
17:49un autre regard
17:49et vous êtes au même niveau,
17:51vous n'êtes pas du haut
17:52de votre chair,
17:52vous êtes au même niveau,
17:53au même palier.
17:54Et donc,
17:55vous avez peut-être
17:55davantage de facilité
17:58pour accéder à l'autre,
17:59à la personne
18:00qui ne se sent pas bien.
18:01Pour la petite histoire,
18:02vous avez reçu
18:02un prix Romy Schneider,
18:03le prix Romy Schneider,
18:04je crois,
18:05pour votre rôle
18:05dans la femme défendue
18:06de Philippe Arel.
18:07J'étais extrêmement émue
18:08à ce moment-là
18:09et je n'avais pas parlé
18:10de cette histoire du tout.
18:13Et donc,
18:13secrètement,
18:15quand j'ai reçu ce prix,
18:16évidemment,
18:17je la remerciais,
18:17elle.
18:18J'en ai parlé à sa fille,
18:20par contre,
18:21parce qu'on partageait
18:22les mêmes coulisses,
18:24le théâtre des Maturins,
18:25à un moment donné.
18:26Et je lui avais dit,
18:26tu sais,
18:27vraiment,
18:27ta mère,
18:28elle m'a sauvée la vie,
18:30quand je l'ai vue
18:31dans ce film.
18:32Et tout à coup,
18:33ça a été un déclic pour moi
18:34et je voulais partager ça
18:36avec toi.
18:36C'était un moment
18:36très émouvant.
18:37avec Sarah Biazini.
18:38Et effectivement,
18:39vous avez mis beaucoup de temps
18:40avant d'en parler,
18:40de cette tentative de suicide.
18:43Est-ce que vous pensez
18:44que c'est l'époque aussi
18:45qui rend possible
18:46ce genre de révélation ?
18:47On est dans un moment
18:48où les gens se dévoilent,
18:49les personnalités publiques
18:50se dévoilent,
18:51dévoilent leur fragilité,
18:52leur vulnérabilité.
18:53Est-ce que,
18:54peut-être dix ans plus tôt,
18:55vous n'auriez pas pu le faire
18:56et que c'est maintenant ?
18:57Alors,
18:57j'en avais parlé du coup
18:58dans mon premier roman
18:59en 2018,
19:00voilà,
19:01mais j'en avais déjà,
19:03je l'avais déjà évoqué
19:03un petit peu avant,
19:04c'est lors d'un tournage
19:05où j'étais dans un hôpital,
19:08vous savez,
19:08c'est souvent,
19:09ça a été le cas d'ailleurs
19:10pour les rêveurs
19:10dans des branches
19:11d'hôpitaux désaffectés.
19:13D'ailleurs,
19:13ça fait froid dans le dos
19:14parce qu'on se dit
19:15il manque tellement de place
19:16que pourquoi il y a tant
19:16de zones désaffectées
19:18comme ça ?
19:19Mais bon,
19:19ça c'est un autre sujet.
19:22Mais il y avait des jeunes
19:22comme ça
19:23qui étaient dans une autre aile
19:25et je les avais rencontrés
19:26et j'avais partagé
19:27un déjeuner avec eux.
19:29Et là,
19:30ça c'était en 2016,
19:31je crois,
19:32et je leur avais parlé
19:34à déjeuner.
19:35Je leur avais dit ça.
19:37Et j'avais vu
19:37ce que vous avez
19:38dans le film,
19:40vous ne l'avez pas vu,
19:41mais dans le film,
19:42il y a une scène comme ça
19:43où je vais pour donner
19:45un atelier d'écriture,
19:46j'en ai donné
19:47à la maison de Solène
19:48et j'ai vécu
19:49ce moment-là aussi là-bas,
19:50c'est-à-dire,
19:51vous avez devant vous
19:51des enfants comme ça
19:52ou qui n'écoutent pas
19:53ou qui ont du mal
19:55à s'investir
19:55dans l'atelier d'écriture.
19:57Vous savez,
19:58moi aussi,
19:58j'ai été internée
19:59quand j'avais votre âge.
20:00Là,
20:00tous les visages se lèvent en fait.
20:02Ah oui.
20:03Et là,
20:03il y a quelque chose
20:04qui se passe,
20:05genre,
20:05ah ok,
20:06cette fameuse pérédance,
20:08on ouvre les portes
20:09et là,
20:09on peut travailler,
20:10on peut écrire,
20:11on peut s'éclater ensemble,
20:13inventer des choses ensemble.
20:15Et en vous voyant,
20:16en voyant ce que vous incarnez
20:17aujourd'hui,
20:17ils se disent
20:17que quelque chose
20:18est possible,
20:18même quand on a traversé ça,
20:20quelque chose de magnifique.
20:21Oui,
20:21ils se disent que,
20:23voilà,
20:23c'est ce que je disais,
20:24ça passe,
20:25ça passe
20:25et on peut s'en sortir
20:26et on peut même
20:28aider les autres après.
20:30Sur votre enfance,
20:32vous dites,
20:32je suis le fruit
20:33de deux malentendus,
20:34de deux êtres extrêmes,
20:35un père designer
20:36venant d'une famille modeste
20:37de garde-barrière
20:38près de Tours.
20:39Oui,
20:39garde-barrière,
20:40cheminot,
20:41couturière.
20:42Et une mère sculptrice
20:43née dans une famille
20:44d'aristocrates vendéens,
20:46un appartement
20:47entièrement décoré
20:48en rouge,
20:48je crois.
20:49À la lueur de celle
20:50que vous êtes aujourd'hui,
20:51quel conseil donneriez-vous
20:52à la petite fille
20:53que vous étiez ?
20:54Qu'est-ce que vous lui diriez
20:54avant qu'elle ne se lance
20:55dans la vie ?
20:57Moi,
20:59je mets bien cette phrase
21:00que disait mon père
21:00qu'il fallait croire
21:01en ses rêves
21:02et qu'il disait même
21:05qu'on ne réussit bien
21:06que ses rêves.
21:08C'est vrai qu'il y en a
21:08pas mal finalement
21:09qui vont passer
21:10à la poubelle,
21:10il ne faut pas se mentir.
21:12Voilà,
21:12le côté danseuse,
21:14ça,
21:14bon.
21:15Mais parfois,
21:16tu t'acharnes
21:16sur quelque chose
21:19qui t'est refusé,
21:21donc tu te prends des portes
21:22et puis non,
21:22en fait,
21:23c'était juste
21:23l'aiguillage à côté,
21:26savoir contourner les choses
21:27et trouver,
21:28voilà,
21:29finalement,
21:29c'est sur scène
21:30quand même
21:31que j'ai trouvé mon bonheur.
21:32Ah,
21:33ça a été un contournement
21:33finalement de devenir comédienne.
21:34Peut-être pas en dansant,
21:35mais sur scène quand même.
21:36Alors là,
21:36pour le coup,
21:37ça a décollé très vite.
21:38Ça a été une évidence
21:39pour les autres aussi,
21:40pour vous
21:40et puis pour le public.
21:42En tout cas,
21:42je me suis sentie accueillie.
21:44Je,
21:44oui,
21:46et j'ai ressenti ça aussi
21:47avec l'écriture,
21:48le sentiment
21:48qu'on me disait
21:49oui,
21:49tu peux rentrer.
21:50Et ça,
21:51c'est...
21:51Avec les émotions,
21:52avec tout ?
21:53Avec les émotions,
21:54avec ma façon
21:55de m'exprimer,
21:56avec...
21:57Oui,
21:58c'est...
21:58Moi,
21:58j'adore le métier de comédienne
21:59de pouvoir dire
22:00les mots des autres
22:01et d'être au service
22:01des auteurs,
22:02mais c'était encore autre chose
22:03de pouvoir trouver
22:04ces mots à soi
22:05et de ne pas les imposer,
22:07mais de dire,
22:07voilà,
22:09je vous présente
22:10mes mots,
22:10mes textes.
22:11Alors,
22:11je ne prétends pas du tout
22:13parce que c'est un peu inhibant,
22:15quoi,
22:15quand vous avez joué Shakespeare,
22:16Lars Norenz,
22:17Marine Diaz,
22:19Martin Krimp.
22:21Oui,
22:21ça peut complexer,
22:22ça peut empêcher.
22:22Bien, bien empêcher
22:23et complexer.
22:24Mais c'est un faux débat,
22:26ça aussi,
22:26quand je donne
22:28des ateliers d'écriture,
22:29on met de côté
22:30la question de la légitimité,
22:32ça ne nous intéresse pas.
22:34Le syndrome de l'imposteur.
22:34Ce qui nous intéresse,
22:35c'est ce qu'on a à dire,
22:36nous,
22:36et cette expérience-là,
22:38ce regard qu'on a
22:39sur le monde,
22:40cette façon d'être au monde,
22:41elle est unique.
22:42Donc,
22:42rien que pour ça,
22:43on a le droit
22:44de l'exprimer.
22:46J'ai des photos
22:46à vous proposer,
22:47Isabelle Carré,
22:48ça fait partie des rituels
22:49de cette émission.
22:49La première,
22:54la voici.
22:55Il s'agit de Pamela Anderson,
22:56actrice canado-américaine.
22:58Je sais pourquoi vous allez.
22:59Surtout connue
23:00dans les années 90
23:00pour un rôle
23:01de sauveteuse
23:02très sexy
23:03sur les plages de Malibu.
23:04Depuis quelques années,
23:04elle a décidé
23:05de ne plus du tout
23:06se maquiller,
23:06de montrer son visage
23:07au naturel,
23:08avec ses rides,
23:08avec tous ses signes
23:09de vieillissement.
23:10De la Fashion Week
23:11au tapis rouge,
23:12en passant par
23:12les grands festivals,
23:13elle arbore fièrement
23:14un visage sans phare.
23:16Qu'est-ce que vous pensez
23:17de cette démarche ?
23:18C'est une démarche
23:19qui me touche beaucoup,
23:21qui m'interpelle beaucoup,
23:22qui me plaît beaucoup.
23:23Il y a Alicia Kay
23:24qui avait déjà
23:25eu cette démarche-là.
23:26Il y a pas mal.
23:27Yves, aussi,
23:28une rappeuse
23:28qui a décidé
23:29d'arrêter le maquillage.
23:30Mais moi,
23:31ce qui m'intéresse surtout,
23:32c'est par rapport
23:33à la chirurgie esthétique.
23:34C'est vrai que
23:34dans mon domaine,
23:37il y a énormément
23:39d'actrices
23:39et je ne les juge pas
23:40du tout.
23:41Mais je trouve ça
23:42tellement intéressant
23:43de voir
23:44qu'est-ce qui va bouger,
23:45comment ça va bouger.
23:47Ce que ça dit de nous.
23:49C'est-à-dire que les émotions,
23:50qu'elles soient positives
23:51ou négatives,
23:52s'impriment sur
23:53est-ce que je vais avoir
23:54de l'amertume ?
23:55Est-ce que je vais avoir
23:56quelque chose
23:56d'un peu colérique
23:57qui va s'imprimer ?
23:58La rite du lion,
23:59la fameuse ?
23:59Est-ce qu'au contraire,
24:00ça sera doux ?
24:02Est-ce que ça ne sera pas
24:03un formidable vecteur d'émotions ?
24:05Moi, j'ai envie de le croire.
24:07Mais peut-être qu'elle le croit aussi
24:09que ce sont les metteurs en scène
24:10ou les producteurs
24:10qui n'y croient pas.
24:11Voilà.
24:11C'est exactement là
24:13où je voulais en venir.
24:16C'est-à-dire que je pense
24:17qu'il y a une pression
24:18quand même phénoménale
24:19sur les femmes
24:21et sur les femmes actrices
24:22mais sur les femmes en général.
24:25Je repense à ma camarade
24:28Romane Bourringer
24:30qui, au moment de la présentation
24:33de son film à Cannes,
24:34a eu des messages terribles
24:37sur Instagram.
24:40Oui, sur son physique.
24:41Elle a su très bien répondre
24:43et avec beaucoup d'humour
24:44et d'élégance.
24:46Mais comment c'est possible ?
24:47Oui.
24:50Une deuxième photo.
24:51Je pense que vous ne le connaissez pas encore.
24:53Il s'agit de Claude Maluret
24:54qui est le président du groupe
24:55Les Indépendants au Sénat.
24:57C'est un élu qui fait partie
24:57des parlementaires
24:58très, très remontés
24:59contre les réseaux sociaux, justement.
25:01Vous parliez d'Instagram.
25:02Il y a un rapport
25:02qui dénonce
25:03les effets psychologiques
25:04catastrophiques de TikTok,
25:06notamment,
25:07et qui propose
25:08des mesures très fortes.
25:09Couvre-feu numérique
25:10pour les 15-18 ans
25:12de 22h à 8h du matin.
25:13Interdiction au moins de 15 ans.
25:15La création d'un délit
25:16de négligence numérique
25:17pour sanctionner
25:18les manquements
25:18de certains parents.
25:19Qu'est-ce que vous en pensez
25:20de ce genre de mesure,
25:21vous qui êtes aussi
25:22mère de famille
25:22et mère d'adolescent ?
25:23Je suis comme toutes
25:24les mères de famille,
25:25c'est-à-dire tous les parents,
25:27en général.
25:28Ce n'est pas que les mères,
25:29tous les parents.
25:31J'oscille entre contrôler
25:34et laisser un espace de liberté.
25:37Et ce n'est pas simple.
25:38Et on est hyper seul face à ça.
25:41Donc, qu'il y ait des mesures...
25:44Vous pensez que c'est utile ?
25:45On sera moins seul.
25:47On sera moins seul.
25:48Et ça m'interroge
25:50de voir que la Chine
25:52interdit son réseau social
25:55qu'elle-même a créé
25:57pour ses propres enfants.
25:59Ça m'interroge quand même.
26:00que la Silicon Valley
26:02aussi interdit souvent
26:05les écrans,
26:05ses enfants,
26:07alors que ce sont eux
26:08qui ont créé ses programmes.
26:10Ça aussi, ça m'interroge.
26:11Donc, oui,
26:13qu'on puisse en tout cas
26:14débattre de tout ça,
26:16il était temps.
26:17J'ai une dernière question
26:18qui est en lien
26:19avec le décor
26:20qui nous entoure.
26:21Isabelle Carré,
26:22nous sommes entourés
26:23de quatre statues virtuelles
26:25qui représentent
26:25chacune une vertu.
26:27Il y a la sagesse,
26:28la prudence,
26:29la justice
26:30et l'éloquence.
26:31Laquelle de ces vertus
26:32vous parle le plus
26:33ou vous caractérise-vous,
26:34peut-être ?
26:35Sagesse, prudence ?
26:36Alors, la prudence,
26:37moi, j'ai tendance
26:38à me dire que, bof.
26:39C'est pas votre truc.
26:41Non.
26:41D'accord.
26:42Il vaut mieux de l'audace.
26:44Il vaut mieux essayer
26:45quitte à se planter.
26:47Je pense que personne
26:47vous en voudra
26:48si vous n'avez pas de regrets.
26:51Et s'il y avait une phrase
26:52dans une pièce de Max Priss
26:54que j'aimais beaucoup
26:54qui disait
26:55« Nous nous sommes réduits
26:56l'un l'autre.
26:58Pourquoi nous sommes-nous réduits
27:00comme ça ? »
27:01Et c'est vrai
27:02qu'on a tendance,
27:03la société aussi,
27:04mais même soi-même
27:05ou dans le couple,
27:05à se réduire.
27:07Et finalement,
27:08si on se laissait
27:09cette possibilité
27:11d'essayer,
27:12encore une fois,
27:13quitte à se planter,
27:14on aurait peut-être,
27:15j'ai envie de dire,
27:16cette jeunesse aussi,
27:17laissons-lui
27:18la possibilité
27:18d'être audacieuse.
27:20Alors, l'audace,
27:21c'est votre vertu à vous ?
27:22Oui, enfin,
27:22moi de vertu en tout cas,
27:23j'ai envie de l'être.
27:26Je ne dis pas
27:26que je le suis toujours.
27:27Je peux être très pleutre aussi,
27:30mais vive l'audace,
27:32carrément.
27:33Merci Isabelle Carré,
27:34merci d'avoir été avec nous
27:35aujourd'hui au Sénat
27:36et merci d'avoir participé
27:37à cette belle émission,
27:37à ce bel entretien.
27:38Merci à vous de nous avoir suivis,
27:40comme chaque semaine,
27:40émission à retrouver
27:41en replay et en podcast
27:43sur notre plateforme
27:44publicsénat.fr,
27:45vous le savez maintenant.
27:46Merci beaucoup.
27:46C'est génial.
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