00:00Alors, quand on a un ennemi, il y a celui qu'on désigne comme son ennemi et l'ennemi qui vous désigne comme le sien.
00:07Il se trouve que jusqu'à présent, la Russie a toujours fait très attention de ne pas désigner la France comme un ennemi,
00:15parfois comme un adversaire, souvent désigner l'Occident comme un problème existentiel pour la Russie.
00:19Alors ça, ça ne date pas d'hier, ça date de 1999, l'opération de l'OTAN menée en Yougoslavie avec bombardement de la Serbie
00:27pendant 99 jours, qui est le moment de la rupture, définie comme telle par les Russes, signalée comme les Russes
00:32et qu'ils nous ont annoncé, chanté, écrit, défini partout jusqu'à Munich en 2007, au moment où Vladimir Poutine dit
00:43« Bon, maintenant c'est fini et si vous n'avez toujours pas compris que Ukraine, Géorgie, Kaliningrad, c'est Patouche,
00:48vous allez vers une confrontation majeure. »
00:51La France est un des rares pays avec l'Allemagne qui a parfaitement compris le message
00:55et qui, l'année suivante à Bucarest, sommet de l'OTAN, où Vladimir Poutine est invité,
01:00essaye désespérément, on en parlait hier avec Gérard Haro, qui était présent lors des négociations
01:05sur la rédaction du document final du sommet de l'OTAN, dit « Bon, l'Ukraine et la Géorgie,
01:11ce serait mieux qu'on n'en parle pas, les Américains insistent, les Anglais aussi un peu,
01:15et donc on aurait dit « Oui, bon, un jour ils viendront dans l'OTAN »,
01:18alors que la position traditionnelle, y compris de la Russie, était qu'ils pouvaient être entrés dans l'Union Européenne,
01:22mais pas dans l'Alliance Atlantique. Et donc tout le problème a été que depuis cette période,
01:28nous n'avons ni écouté ni entendu, d'une part, et que deuxièmement, la Russie s'est sentie
01:33dans une espèce de guerre existentielle contre tout l'Occident,
01:39et que dans cette guerre existentielle, il y a un poids lourd en Europe,
01:42celui qui a la puissance nucléaire, et vraiment la puissance nucléaire, c'est la France,
01:46il y a un demi-poids lourd, c'est la Grande-Bretagne, qui a des armements nucléaires,
01:50mais qu'elles ne maîtrisent pas totalement, puisqu'ils sont pour l'essentiel américains,
01:54et que la France a fait un choix assez naturel et traditionnel
01:58de défendre plutôt l'agressé que l'agresseur.
02:03Après, la rhétorique du président de la République amenant à dire
02:06que nous serions nous-mêmes une cible principale,
02:10est une rhétorique qui appartient à sa posture politique
02:13sur toute une série de sujets, y compris le réarmement européen,
02:16qui est un vrai enjeu, sur le fait d'avoir une défense européenne
02:19et une puissance européenne, alors qu'elle n'existe pas,
02:22c'est une puissance commerciale, mais alors à part ça, il n'y a rien,
02:25c'est le vide, et d'ailleurs la démonstration est simple,
02:27l'OTAN face aux drones, rien, l'OTAN face aux incursions de MIG russes, rien,
02:32l'OTAN au Danemark, obligé d'interdire à peu près tout ce qu'ils veulent
02:36pour montrer que quand même on maîtrise vaguement notre système aérien,
02:40voilà, c'est ça la démonstration.
02:42La démonstration, c'est à la fois une crise de réalité, nous sommes désarmés
02:46et une volonté de remplacer le réel structurel par de la parole,
02:51l'art de la parole est un vrai sujet, le président de la République
02:54a décidé d'être l'interlocuteur obligé de Vladimir Poutine
02:58avec les avantages et les défauts de cette posture.
03:01– Sous-titrage Société Radio-Canada
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