Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 mois
Explorer la nostalgie d'une époque où les ouvriers détournaient les outils et les matériaux de l'usine pour créer des objets du quotidien, un artisanat clandestin au cœur de l'industrie. Un retour aux sources en Lorraine et au Luxembourg pour exhumer des pratiques étonnantes et interroger notre rapport au travail aujourd'hui.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00:00Depuis 30 ans, j'ai ce qu'on appelle une double vie.
00:00:09Les jours de semaine, ma vie régulière, c'est la fonction publique,
00:00:12dans un bureau loin de ma région d'origine.
00:00:15Mais certains week-ends, il y a l'autre vie, celle de la Lorraine du Fer,
00:00:19où j'ai vécu jusqu'à mes 15 ans, tout à côté du Luxembourg.
00:00:22Depuis 1991, j'y filme des anciens, des femmes, des jeunes,
00:00:26des lieux, des mémoires, des transmissions.
00:00:30Mais je sépare bien ces deux vies pour qu'elles ne se mélangent pas trop.
00:00:34Chacune a sa place.
00:00:38Un jour, un lien m'est apparu entre les deux,
00:00:41alors que je m'interrogeais sur les pratiques dans mon métier,
00:00:43comme le rôle dominant de l'informatique,
00:00:45l'isolement individuel au sein des équipes,
00:00:48ou ces interdits qui peuvent peser sur des gestes aussi simples
00:00:52qu'un coup de fil perso ou le fait d'accrocher des photos au mur.
00:01:00Ma région industrielle m'est alors apparue comme un miroir possible.
00:01:03Les mineurs luxembourgeois, les sidérurgistes lorrains,
00:01:07avaient-ils une forme d'autonomie ?
00:01:09Beaucoup d'anciens montrent une grande nostalgie.
00:01:12Mais de quoi au juste ?
00:01:13Lors de mes premiers tournages, il y a 30 ans,
00:01:16certains ouvriers avaient déjà évoqué des pratiques étonnantes,
00:01:19qui seraient impensables aujourd'hui.
00:01:20Je reprenais donc la route du Nord-Est
00:01:23pour superposer ces réalités,
00:01:25peut-être pas aussi différentes que je l'avais pensées au départ.
00:01:29Un dernier documentaire,
00:01:31dans mon territoire d'origine,
00:01:34au cœur de l'Europe.
00:01:41J'avais une furieuse envie d'aller explorer l'envers du décor ouvrier,
00:01:45a priori dur, dangereux, masculin et collectif.
00:01:48Mon travail de bureau,
00:01:50ses protocoles, sa froideur et ses interdits
00:01:53m'avaient donné l'idée
00:01:54de retourner dans ma Lorraine Nord
00:01:56et mon Luxembourg Sud,
00:01:57où j'avais connu des ouvriers
00:01:59aux conditions de travail difficiles,
00:02:01mais qui me semblaient sur certains aspects
00:02:02plus libres à l'époque que moi en 2022.
00:02:06Peut-être découvrirais-je alors
00:02:08des aspects mal connus du passé
00:02:09et qui feraient ressortir des aspects du travail actuel
00:02:12dont on dit souvent qu'ils seraient normalisés,
00:02:15pacifiés, assagis, neutralisés.
00:02:18C'est un des achats qui ont mis à la première fois
00:02:20qui ont mis à la première fois
00:02:21qui ont mis à la première fois
00:02:22L'Église de la ville
00:02:52L'Église de la ville
00:03:22Calvaire pur et simple
00:03:23En passant par les mouvements sociaux triomphants
00:03:26Une fraternité sans exception
00:03:28Ou des destins ouvriers
00:03:29Toujours collectifs
00:03:31Dont l'individu est absent
00:03:33Mais dans les vestiaires désertés
00:03:48Si ces armoires vides pouvaient parler
00:03:50Qu'aurait-elle à nous dire ?
00:03:57Les objets issus de l'usine
00:04:14Ou de la mine
00:04:15Se voyaient partout
00:04:16Dans les salons, dans les jardins, dans les cuisines
00:04:18Mais on ne disait pas comment ils étaient arrivés là
00:04:21On n'en parlait pas
00:04:22Tout simplement
00:04:23À l'usine, on a tout ce qui existe
00:04:27Et tout ce dont on peut avoir besoin
00:04:28Pour travailler à jardin
00:04:29Depuis les pelles, les râteaux, les fourches
00:04:32Une fourche, qu'est-ce que c'est une fourche
00:04:34Dans une usine ? C'est une fourche à coque
00:04:36Mais vous enlevez deux, trois dents
00:04:38Et ça devient une fourche à foie
00:04:39Il y a un certain nombre d'outils
00:04:42Qui peuvent être détournés
00:04:44Alors vous avez
00:04:45Des petits tournevis ou des choses comme ça
00:04:47Mais on va dire que ça c'est du matériel presque anecdotique
00:04:49Dans une usine
00:04:50Le tournevis dans une usine
00:04:52C'est plutôt de la clé à molette
00:04:53Qui fait un mètre de haut
00:04:54C'est plutôt des grosses pinces
00:04:58Le petit coupe-boulon qu'on peut avoir à la maison
00:05:01Ça n'existe pas dans une usine
00:05:02Il fait un mètre vingt
00:05:03Il coupe des barres qui sont plus grosses qu'un pouce
00:05:05Par contre il y a d'autres outils
00:05:07Qui sont démesurés dans une usine
00:05:09Par exemple des barres de cuivre
00:05:10Pour faire des raccordements électriques
00:05:11Ou des choses comme ça
00:05:12Ce qu'on appelle les jeux de barres
00:05:14Et un jeu de barre à quoi ça peut servir ?
00:05:16Si on le transforme un petit peu
00:05:17On va le marteler
00:05:19Et on est capable de faire des louches
00:05:22Des petites pelles à tarte
00:05:23Des choses comme ça
00:05:24Ça devient presque de l'artisanat
00:05:27Quand on bricolait c'est toujours pour soi-même
00:05:36C'est-à-dire soit on bricolait pour soi-même
00:05:39Soit on bricolait pour un copain
00:05:40Donc la matière première était là
00:05:42Que ce soit de la ferraille
00:05:44Que ce soit de la cornière
00:05:45Que ce soit du fer plat
00:05:46Tu étais là
00:05:47Les scies étaient là
00:05:48L'établi était là
00:05:49Les chefs n'étaient pas là
00:05:50On faisait
00:05:51L'autre bricolo soit pour soi
00:05:54Donc je ne sais pas
00:05:55On a des platines
00:05:55Pour installer quelque chose dans la maison
00:05:57Les piquets de tomates
00:05:58Ça c'est rien du tout
00:05:59Mais il y a même de la soudure
00:06:00Et du mélange et tout ça
00:06:01Et après
00:06:02Bon quand c'était
00:06:03Certaines bricoles étaient quand même conséquentes
00:06:05C'est-à-dire que quand on bricole
00:06:06C'est 20 cm
00:06:08On arrive à la mettre en dessous de l'établi
00:06:10Et quand ça fait plus conséquent
00:06:11Une étagère ou quoi que ce soit
00:06:12Que c'est plus grand
00:06:12Il fallait la camoufler
00:06:13Il fallait la cacher aussi
00:06:15Et après il y avait aussi
00:06:16De dire comment on la sort de l'usine
00:06:17Parce qu'effectivement
00:06:19Comme on le dit
00:06:21On n'avait pas le droit de faire ces jours-là
00:06:23On savait
00:06:23Ils savaient qu'on le faisait
00:06:24Mais il ne fallait pas se faire choper
00:06:26Il fallait être malin
00:06:27C'est-à-dire que quand les chefs étaient là
00:06:29Il ne faut pas bricoler
00:06:29Les gens ils essayaient
00:06:40De faire des petits trucs
00:06:42Qui leur plaisaient
00:06:43Quand il y avait des demandes
00:06:44Par exemple
00:06:44Ce truc de canon là
00:06:46Ça ça a été une demande
00:06:47D'un grand chef
00:06:48Et qui avait demandé
00:06:49De faire un cadeau
00:06:50Pour un supérieur
00:06:51Qui partait à la retraite
00:06:52Donc nous on a fait
00:06:53On a fait les plans
00:06:54On a fait comme ça
00:06:55Et on avait des tours numériques
00:06:56Donc les tours numériques
00:06:58On n'avait plus qu'à programmer
00:06:59En fait quand on mettait la pièce dedans
00:07:00Et on fait compte
00:07:01Quand on attendait que c'est fini
00:07:02Pour l'instant
00:07:03On pouvait travailler
00:07:03Sur une autre machine à côté
00:07:05Il y avait des clients
00:07:07Dans l'usine
00:07:08Qui passaient commande
00:07:09À des fausseaux brouillés
00:07:10Qui fabriquaient
00:07:11Notamment les ingénieurs
00:07:12Ils voulaient tous avoir
00:07:13Un modèle réduit
00:07:14De haut fourneau
00:07:14En ferraille
00:07:15Ou de laminoire
00:07:15Sur leur bureau
00:07:16Après ce papier
00:07:17Donc quand quelqu'un
00:07:19Savait bien se débrouiller
00:07:20Et qu'il prenait
00:07:21Un bout de ferraille
00:07:21Qui passait
00:07:22Et qu'il était capable
00:07:23De forger
00:07:24Il avait des commandes
00:07:25Vous voyez encore des années après
00:07:30C'est des pièces
00:07:31Qui s'emboîtent parfaitement
00:07:32Et qui étaient bien taillées
00:07:34Donc les gens
00:07:35Savaient tout faire
00:07:35Donc certains
00:07:36Fabriquaient ça
00:07:39Pour des ingénieurs
00:07:40Des modèles réduits
00:07:41De laminoires
00:07:42Donc ici on voit
00:07:43Un fer torsadé
00:07:44De grande taille
00:07:46Et puis après
00:07:48Il n'y a rien
00:07:50Qui a été soudé
00:07:51Tout a été limé
00:07:52Puis assemblé
00:07:53Ça tient
00:07:56Sans avoir été soudé
00:07:57Je sais aussi
00:08:01Qu'un mec
00:08:02Qui travaillait ici
00:08:03Il faisait des barbecues
00:08:04Pour les contre-mètres
00:08:06Et puis
00:08:07On était au camping
00:08:10Et puis lui
00:08:10Il avait un beau barbecue
00:08:11Je lui ai dit
00:08:12Oh t'as acheté
00:08:12Ah non
00:08:13Il me dit
00:08:13J'ai fait 12
00:08:15Pour toute la direction
00:08:16Et le 13e
00:08:18C'était le mien
00:08:19Oui un peu
00:08:21Oui
00:08:21Mais ça c'est des trucs
00:08:23Avant
00:08:23Je veux dire
00:08:23Avant 85
00:08:25C'était avant
00:08:26Que je suis rentré à l'UG
00:08:28On a eu
00:08:31Une époque
00:08:32L'époque glorieuse
00:08:33De Canal Plus
00:08:34Où on faisait
00:08:35Des décodeurs
00:08:36On avait
00:08:37Une liste de pièces
00:08:38On allait au Luxor
00:08:39On allait à Aêche
00:08:40Ou à Dutelange
00:08:41Dans un magasin
00:08:42On arrivait
00:08:43Et le mec
00:08:44Il avait
00:08:44Toute la panopie
00:08:45Des composants
00:08:46Ah je sais
00:08:47A côté 3 francissons
00:08:49On rapportait tout
00:08:50Au boulot
00:08:51Et pause de nuit
00:08:52On montait
00:08:53Nos décodeurs
00:08:54Tout de suite
00:08:55Des décodeurs
00:08:56Pendant des années
00:08:57La bricole
00:08:59La bricole était donc
00:09:00Plus une pratique sans parole
00:09:01Qu'un véritable secret
00:09:02Mais
00:09:04Que bricolait-on au juste
00:09:05Et pour qui ?
00:09:08La bricole
00:09:08Elle était encouragée
00:09:09Quand même
00:09:10Il y avait
00:09:10Bon des gens
00:09:11Déjà les gens
00:09:12avaient une culture technique
00:09:13Ils avaient tout
00:09:14Chez eux
00:09:14De quoi bricoler
00:09:15Une perceuse à colonne
00:09:17Certains avaient un tour
00:09:18Une fraiseuse
00:09:19Et ils se fabriquaient des objets
00:09:20Donc chez eux
00:09:28Ils avaient
00:09:29C'est pareil
00:09:30Ils faisaient les menuisiers
00:09:30Charpentiers
00:09:31Ils savaient travailler
00:09:32Le bois
00:09:32Le fer
00:09:32Ils étaient passés
00:09:34Par des cendres d'apprentissage
00:09:35Ils savaient bricoler
00:09:36Donc quand ils savaient
00:09:37Bricoler
00:09:38Il leur fallait
00:09:38De la matière première
00:09:39Donc ils prenaient
00:09:40Du métal
00:09:41Ils prenaient du bois
00:09:42Ça arrivait
00:09:43Qu'ils fauchent des tuiles
00:09:44Etc
00:09:44Qu'ils avaient un abri
00:09:45De jardin à faire
00:09:46Ça c'était toléré
00:09:47Par l'usine
00:09:47Ça c'est dans la mine
00:10:00Comme ça
00:10:01Tu te rappelles
00:10:06Quand on a commencé
00:10:07A la nettoyer
00:10:08Cette machine
00:10:09J'ai pas assisté
00:10:10Au démontage
00:10:11C'est plus je m'étais monté
00:10:16Qu'en monté
00:10:16Elle était dans un état
00:10:19Oui
00:10:19Un état
00:10:20Alors quand tu vas voir
00:10:22Elle est propre
00:10:22Elle est belle
00:10:22Oui
00:10:23L'internet
00:10:28Elle est très distincte
00:10:29Qu'enornada
00:10:29Elle est très céleste
00:10:31Elle est très distincte
00:10:32J'ai vu
00:10:34un desens
00:10:36Elle est très distincte
00:10:37Et elle est trèsün
00:10:44Elle est très微精 2
00:10:46Et l'islam
00:10:48Qu'elle est très mauve
00:10:50Bonne
00:10:50Ils appellent ça la perruque, la perruque, ou la bricole, se rendre service.
00:10:59En se rendre service, moi j'ai des témoignages dans ma famille.
00:11:03Là, ce qui était pendu dans ma chambre, c'était un lustre de salon en bois, tourné, à quatre lampes.
00:11:10Tout le monde dans la famille avait ce même type de lustre, au moins dans une pièce.
00:11:14Donc voilà, c'était tourné à l'usine.
00:11:17Alors ce qu'on apprend, c'est qu'on n'achète pas ces genres de choses.
00:11:21On s'échange.
00:11:22C'était souvent les services, je te fabrique ça, moi je te demanderai un autre service.
00:11:28Et si on ne pouvait pas rendre le service, je vois l'exemple d'un gars qui travaillait par exemple au fourneau,
00:11:33dans le transport, dans les wagons, il ne va pas offrir un wagon.
00:11:36Plus tard, par exemple, c'est moi, mon oncle un jour, il ramène à la demande de ma mère une pièce.
00:11:42La machine à laver, l'agitateur, dans le temps, la pièce qui tournait, qui faisait le courant d'eau,
00:11:48et qui a cassé, ça devait être en back-edit.
00:11:51Et mon oncle ramène la même pièce, millimètre près, mais en fonte.
00:11:58On faisait ce qu'on avait.
00:12:00Donc ça marchait.
00:12:01Mais au bout de quelques mois, le moteur, il a rendu l'âme, parce que c'était trop lourd.
00:12:05Après, voilà, il y avait des exemples comme ça.
00:12:10Et du coup, mon père, comme je ne peux rien offrir, mon oncle, il venait,
00:12:15et quand il a ramené une paire de chaussures à semer, mon père était cordonné en dehors des heures de boulot,
00:12:21il allait dans une cordonnée travailler, il était doué pour ça.
00:12:23Et bien, il faisait les chaussures de l'oncle gratos, quoi.
00:12:27Voilà, c'était un échange, c'était jamais de l'argent.
00:12:29Par contre, on le rendait.
00:12:32Soit on payait un coût, ça c'est sûr, soit on arrivait avec une bouteille de gouttes,
00:12:38mais on compensait, mais c'était un échange qui créait du lien.
00:12:42C'est un peu embêtant du point de vue syndical, parce que la perruque,
00:12:47elle reflète une complicité inter-niveau entre le patronat et les ouvriers.
00:12:53Et en ce sens, c'est un objet qui représente mal une lutte des classes,
00:12:58puisque c'est un objet de complicité à travers la hiérarchie.
00:13:04Du point de vue de patronal, même chose.
00:13:06Admettre qu'il y a une perruque, c'est admettre qu'on le sait,
00:13:09c'est-à-dire qu'il y a un détournement même minime de matériel dans l'usine.
00:13:14Et pour moi, ça a été vraiment illustré par un entretien que j'ai eu avec le patron de l'usine,
00:13:19qui m'a parlé ouvertement de la perruque, en disant évidemment que ça se passe chez nous,
00:13:23tout le monde le sait.
00:13:25Et quand je suis sorti de son bureau, il m'a rappelé, il m'a dit
00:13:29« Tu sais, si ça t'aide, peut-être que tu peux dire que tu ne m'as jamais parlé de ce sujet-là. »
00:13:40« Vas-y, vas-y ! »
00:13:44J'avais une GS, une fois en vacances, j'ai cassé une pièce, j'ai démonté,
00:13:52c'était un roulement à aiguilles, pour le réparer, c'était assez...
00:13:57On ne gagnait pas des soins et des lignes, puis il dit « tja ».
00:13:59Au lieu de me mettre un roulement pour faire le travail, j'ai tourné une pièce en bronze,
00:14:06un coussinet en bronze.
00:14:08C'est-à-dire un coussinet qui a reçu la pièce de la voiture,
00:14:13au lieu que ce soit un roulement, c'était du bronze, j'ai mis un graisseur,
00:14:18puis je graissais de temps en temps, puis j'ai terminé la carrière de la GS avec ce truc-là.
00:14:23Je me souviens, j'avais un collègue à moi, qui était 2 mètres, il s'appelait Blin,
00:14:28et ce gars, à l'époque, il avait une 2 chevaux, dont le plancher était pourri.
00:14:32Et je me rappelle qu'à ce soir, il avait fait du béton, du ciment,
00:14:34il avait collé une chape dans la 2 chevaux.
00:14:37Ça ne m'a pas tenu longtemps.
00:14:38Mais il avait fait une chape de ciment dans la 2 chevaux pour boucher le plancher.
00:14:42Nous, on fabriquait beaucoup de remorques, de remorques à voiture.
00:14:48Alors après, pour les sortir, tu faisais un bois de bois, on a eu le droit du bois.
00:14:55Tu faisais un bois de bois, du bois de récupération,
00:14:58et puis tu mettais ton bois dans la remorque,
00:15:01et puis à la sortie, tu montrais ton bois de bois,
00:15:03et puis tu sortais ton bois et ton remorque.
00:15:06Oui, moi j'ai vu des...
00:15:10des mecs, ils venaient des portails.
00:15:16Oui, j'ai vu des mecs de faire des portails.
00:15:18Les mecs de portails.
00:15:21Oui, voilà.
00:15:22Et dès qu'il passait avec le coffre,
00:15:24il allait dire...
00:15:25Et après, il ne sait pas comment il le sentait,
00:15:26mais il arrive à le sentir,
00:15:28qu'est-ce que je te dise ?
00:15:29Hein ?
00:15:30Oui ?
00:15:30Je me souviens parfaitement d'un gars
00:15:44qui avait bricolé ces casiers à bouteilles
00:15:47et qui profitaient des postes de soudure et des restes de ferraille
00:15:50pour commencer à les bricoler,
00:15:52et puis de les sortir par morceaux qui n'attireraient pas plus que ça
00:15:55l'attention des gardes,
00:15:58dont l'attention était irrégulière.
00:16:04Le poste de garde, il tournait,
00:16:06donc il y avait des gardes sympas,
00:16:08et puis souvent les gardes venaient s'approvisionner,
00:16:11s'approvisionner aussi dans nos magasins.
00:16:14Donc il y avait,
00:16:15s'il n'y avait pas d'exagération,
00:16:16où de temps en temps,
00:16:19il y avait un coup de téléphone,
00:16:20et ce soir, on fait un contrôle.
00:16:22Donc il y avait les chefs de SOLAC qui étaient là,
00:16:24en poste,
00:16:24donc ce soir, contrôle,
00:16:26le mot se passait partout,
00:16:27puis il n'y avait pas un écran qui sortait.
00:16:30Non, c'était juste que dans les années 2000,
00:16:32c'était convivial.
00:16:34Il y avait,
00:16:35s'il n'y avait pas d'exagération,
00:16:37il n'y avait pas,
00:16:38on laissait faire.
00:16:40Le patron savait ça,
00:16:43le contre-maître au fond de la mine.
00:16:47Le matin,
00:16:48M. Patin,
00:16:49il ne disait rien,
00:16:50mais ce n'était pas convenu,
00:16:53mais c'était un accord tacite,
00:16:54pas écrit.
00:16:56Dès lors que tu te sens contrôlé,
00:16:57tu ne peux plus te permettre des écarts.
00:16:59Or, on sait très bien aujourd'hui,
00:17:00que ce soit de l'esclavage,
00:17:02ou que ce soit des gens qui sont au travail,
00:17:05il faut une marge de manœuvre
00:17:06où les individus investissent le lieu,
00:17:09en mettant des photos,
00:17:10au mieux de leurs enfants.
00:17:11Quand tu crées des boxes
00:17:12dans lesquelles la personne,
00:17:13tout ce qui lui appartient
00:17:14est dans une boîte,
00:17:16l'individu ne s'investit
00:17:17que parce qu'il y a un contrôle,
00:17:19et plus parce que le type fait du zèle.
00:17:21Mais ils n'ont pas envie,
00:17:22parce que ça ne leur appartient pas.
00:17:23Par contre,
00:17:24quand tu récupères du matériel
00:17:25et que tu l'emmènes chez toi
00:17:26pour faire tes travaux,
00:17:28quelque part,
00:17:29l'usine,
00:17:30elle est encore chez toi.
00:17:31Donc, tu te sens investi
00:17:32parce que quand tu es chez toi,
00:17:33tu as pris des trucs de l'usine,
00:17:34tu es à l'usine,
00:17:35un petit peu,
00:17:36et quand tu es à l'usine,
00:17:37tu sais que là,
00:17:38c'est le lieu qui te permettra
00:17:39de faire vivre.
00:17:40Donc, il y a une sorte
00:17:41de mélange des mondes.
00:17:42Quand tu découpes les deux
00:17:43et que l'usine devient
00:17:45un lieu de travail,
00:17:47travail tripalium,
00:17:48la souffrance,
00:17:49c'est fini.
00:17:50Les individus,
00:17:51on peut même vite s'investir.
00:17:53Les armoires des vestiaires
00:17:55pourraient donc témoigner
00:17:56d'une forme de créativité ouvrière,
00:17:58largement pratiquée,
00:17:59connue de tous,
00:18:00mais ne donnant lieu
00:18:01à aucun commentaire,
00:18:03comme si elle se passait de mots.
00:18:05Et entre la bricole et la fauche,
00:18:07il n'y avait souvent
00:18:08qu'une faible différence.
00:18:10Mais personne ne parlait
00:18:11jamais de vol.
00:18:13On avait du matériel
00:18:14de l'usine à la maison,
00:18:15même pour travailler.
00:18:16Donc, je sais qu'il y avait
00:18:17un bloc Solac,
00:18:19ils les mettaient sur la lampe,
00:18:20on ouvrait la lampe,
00:18:21c'est marqué
00:18:21voler à Solac.
00:18:23Et là, mon chef,
00:18:24il disait,
00:18:24quand on veut être tranquille,
00:18:26j'achetais toujours par deux.
00:18:28Un pour l'usine
00:18:29et l'autre pour la maison,
00:18:30comme ça,
00:18:30ils ne veulent pas.
00:18:32C'est un peu d'histoire.
00:18:32Mais effectivement,
00:18:35ce n'était pas dans l'esprit
00:18:36de voler ni rien du tout.
00:18:37Il n'y avait pas
00:18:37cet esprit de dire,
00:18:39même pas,
00:18:39tiens, je suis en train
00:18:40de voler mon patron.
00:18:41Ce n'est pas du tout ça.
00:18:42On n'avait pas ça
00:18:43dans la tête.
00:18:44Ça paraissait presque,
00:18:46je dirais,
00:18:46une chose normale.
00:18:48Rendons hommage d'abord
00:18:49au courageux mineurs
00:18:51dont le travail
00:18:52est les plus ardus.
00:18:53Dans les mines de fer,
00:18:55le scotch,
00:18:55on en a commandé
00:18:57des millions.
00:18:59Pourquoi ?
00:18:59Parce que le patron,
00:19:00il disait,
00:19:00quand chacun aura ses 10 rouleaux
00:19:03de scotch à la maison,
00:19:04on sera tranquille.
00:19:06L'autre exemple,
00:19:07c'était la lope à carbure
00:19:08qu'on essayait de récupérer.
00:19:10C'était un souvenir,
00:19:11ça.
00:19:11Si on pouvait la récupérer,
00:19:12on l'a récupérée.
00:19:14Il y avait de temps en temps
00:19:14la petite échelle
00:19:15qui traînait.
00:19:16Il y avait toujours
00:19:17quand même des combines.
00:19:19Moi,
00:19:19j'ai vu au poste de nuit
00:19:20ramener chez moi
00:19:21sur l'épaule
00:19:22une échelle
00:19:23dont j'ai eu
00:19:24beaucoup besoin
00:19:25parce que je me suis dit
00:19:27« Merde,
00:19:28elle est trop bien
00:19:29pour rester au fond,
00:19:29celle-là. »
00:19:30Et puis d'autres
00:19:31faisaient autre chose.
00:19:32D'autres récupéraient.
00:19:34Tiens,
00:19:34pour les petites fenêtres
00:19:37qu'il y a dans les caves,
00:19:38si tu regardes,
00:19:40tu verras,
00:19:40dans certaines cités,
00:19:42il y a des espèces
00:19:42de barres torsadées
00:19:44qui sont ni plus ni moins
00:19:46que les fleurets
00:19:47qu'on utilisait,
00:19:48que les gens récupéraient,
00:19:49ramenaient ça
00:19:50sur leur épaule.
00:19:51Tout ce qui n'était pas
00:19:53attaché au mur,
00:19:55il ramenait.
00:19:56Puis après,
00:19:57mon père,
00:19:57après,
00:19:58quand il avait fini,
00:19:59il dit
00:19:59« Qu'est-ce que j'étais con,
00:20:01j'aurais pu encore
00:20:02reprendre plus
00:20:02parce que maintenant,
00:20:03à force de donner
00:20:05à droite, à gauche
00:20:06et tout ça,
00:20:06toutes les ampoules
00:20:08et tout ça,
00:20:09jamais,
00:20:09il n'y achetait.
00:20:11C'était… »
00:20:13Qu'est-ce que tu as l'air
00:20:13d'assinuer, toi ?
00:20:14De temps en temps,
00:20:15tu ramenais quand même
00:20:16des petites choses.
00:20:17Oui,
00:20:17des petites choses
00:20:18qu'on avait besoin.
00:20:19Et au vu que sur vous,
00:20:20c'était l'ingénieur
00:20:20qui me donnait.
00:20:21Ah, oui.
00:20:23Au Luxembourg,
00:20:24l'ingénieur,
00:20:25quand on faisait
00:20:26l'inventaire
00:20:27de l'outillage,
00:20:28par exemple,
00:20:29alors il venait,
00:20:30lui,
00:20:30il décidait,
00:20:31voilà,
00:20:32ça c'est hors service,
00:20:33ça c'est foutu,
00:20:34ça c'est…
00:20:35Alors moi,
00:20:36une fois,
00:20:36je lui ai dit
00:20:37« La perceuse,
00:20:39c'était une belle perceuse,
00:20:41une grosse,
00:20:42une aiguée. »
00:20:45J'ai dit
00:20:46« Celle-là,
00:20:46je n'aurais besoin,
00:20:47j'étais en train
00:20:48de trois de sommeil
00:20:49à la maison.
00:20:51Il m'a dit
00:20:52« Vous êtes en voiture ? »
00:20:53Oui.
00:20:54« Ben attendez,
00:20:55donnez-moi les clés. »
00:20:56Il a pris la perceuse
00:20:58parce qu'il avait le droit
00:20:59de rentrer et sortir
00:21:00avec la voiture.
00:21:02Il m'a été sur le parking,
00:21:03il a trouvé la voiture,
00:21:04il m'a mis la perceuse dedans.
00:21:06France et Luxembourg,
00:21:08la bricole
00:21:08était donc à peu près
00:21:09identique,
00:21:10même si les ouvriers
00:21:11de Longoui
00:21:12et ceux de Moselle
00:21:13se targuent chacun
00:21:14d'avoir eu la meilleure.
00:21:15Mais qui bricolait
00:21:18au juste ?
00:21:19C'était les chefs
00:21:20qui profitaient.
00:21:22Ce n'était pas
00:21:22les ouvriers.
00:21:23Les chefs,
00:21:24il y avait les entreprises
00:21:25qui venaient leur livrer
00:21:26les caisses de champagne.
00:21:30C'est vrai,
00:21:31c'est vrai.
00:21:32Et surtout,
00:21:33les femmes
00:21:34d'ouvriers,
00:21:35elles travaillaient
00:21:36chez les ingénieurs.
00:21:40Elles voyaient,
00:21:41elles voyaient
00:21:41ce qui était livré,
00:21:43qui venait des entreprises.
00:21:44Ah, ça,
00:21:45ce n'est pas de la fauche,
00:21:46ça.
00:21:47C'est quoi ?
00:21:47Ça, c'est des pots de vin.
00:21:48C'est des pots de vin.
00:21:49Ça appelle de pot de vin.
00:21:50Alors,
00:21:51ma soeur,
00:21:52elle a travaillé
00:21:52chez un ingénieur
00:21:54qui, bon,
00:21:54il se faisait faire
00:21:55les fauteuils en cuir,
00:21:57les boîtes à chapeau
00:21:59pour madame en cuir,
00:22:00voilà, tout.
00:22:03Je peux vous assurer
00:22:03que certains chefs
00:22:05de service,
00:22:06certains contre-maîtres,
00:22:08ils se sortent
00:22:08comme une mesure.
00:22:09Il y a des camions
00:22:10entiers qui ont disparu.
00:22:11Il y a des camions
00:22:12d'alimentation
00:22:13de briques réfractaires,
00:22:14par exemple,
00:22:15qui devaient arriver
00:22:15au portier
00:22:17à l'entrée
00:22:19de la vallée.
00:22:21Ils ne sont jamais
00:22:22arrivés,
00:22:23ces camions-là.
00:22:24Ou alors,
00:22:24des camions
00:22:24qui sortaient de là,
00:22:25qui devaient aller
00:22:26à la scierie,
00:22:28qui devaient aller
00:22:29au fourneau.
00:22:30Et bizarrement,
00:22:31ils se sont perdus
00:22:31la nature.
00:22:32Ils ne sont jamais
00:22:32arrivés,
00:22:33ces camions chargés
00:22:34de 40 tonnes
00:22:35de palettes
00:22:36de briques réfractaires.
00:22:37Lorsqu'on faisait
00:22:38des travaux
00:22:39de génie civil,
00:22:39dans l'usine,
00:22:40il y a des camions
00:22:41bétonnières qui arrivaient,
00:22:42je ne sais pas,
00:22:43là, on commandait
00:22:44des 10, 20, 30, 40, 50,
00:22:46100 camions bétonnières.
00:22:48Et dans le lot,
00:22:48il y avait toujours
00:22:49une paire de camions
00:22:50qui se perdaient
00:22:51de la nature,
00:22:51qui n'arrivaient jamais
00:22:52à Farange.
00:22:53Ils étaient où ?
00:22:54Ça, ce n'est pas
00:22:54le petit ouvrier du coin
00:22:55qui pouvait le faire.
00:22:56ça.
00:23:08Il y avait une sorte
00:23:10de volant
00:23:10de choses
00:23:11qui étaient permises.
00:23:12Un accord tacite
00:23:13entre les gens.
00:23:15Les gens ne considéraient
00:23:16d'ailleurs pas
00:23:17qu'ils le volaient.
00:23:18Ils ramènent à l'usine.
00:23:19Ils ramènent,
00:23:20ils empruntent,
00:23:20ils prennent les choses
00:23:21qu'il y a en trop.
00:23:23C'est une mentalité
00:23:24qu'on a du mal à imaginer
00:23:26parce que nous,
00:23:27aujourd'hui,
00:23:27on serait plus surveillés
00:23:28donc si on prend un truc,
00:23:30c'est un peu du vol.
00:23:31Mais là,
00:23:31ce n'est pas du tout ça.
00:23:33C'est très curieux
00:23:34dans ce sens.
00:23:35Ce sont des accommodements.
00:23:36Oui, voilà, c'est ça.
00:23:37Par exemple,
00:23:37tu faisais un toit à lapin.
00:23:38Tu faisais le toit à lapin.
00:23:39Ah, tu as ramené
00:23:41des parpaings d'usine,
00:23:42un peu de ciment.
00:23:44C'est rien, quoi.
00:23:45Et puis, tout le monde
00:23:45ferme les yeux.
00:23:47Parce que le contre-maître,
00:23:47il a fait ça lui aussi.
00:23:48Oui, bien sûr.
00:23:50C'est-à-dire que
00:23:51tu avais l'ingénieur.
00:23:52Ah, ça, c'est
00:23:52le système français aussi.
00:23:54Tu ne trouves pas ça
00:23:55dans les entreprises
00:23:55en Allemagne.
00:23:56Parce que généralement,
00:23:57les ingénieurs en Allemagne,
00:23:58ils ont grimpé
00:23:59dans la hiérarchie
00:23:59à l'intérieur de l'usine.
00:24:00Chez nous,
00:24:01on a des ingénieurs
00:24:01qui sont formés
00:24:02dans des écoles extérieures
00:24:03qui ne sont pas du point.
00:24:04Généralement,
00:24:05la usine ferme,
00:24:06ils repartent ailleurs.
00:24:08Mais l'ingénieur,
00:24:10parce que justement,
00:24:10il est extérieur
00:24:11du point de vue
00:24:12de ses origines,
00:24:12sociales, géographiques,
00:24:14etc.,
00:24:15il est obligé,
00:24:16enfin, il était obligé
00:24:17de faire confiance
00:24:18au contre-maître.
00:24:20L'homme-clé,
00:24:20c'est le contre-maître.
00:24:22Et contre-maître,
00:24:23lui, s'il veut
00:24:23que ça tourne bien,
00:24:24il est obligé
00:24:25de faire équipe
00:24:26avec les ouvriers
00:24:27qui sont sous ses ordres.
00:24:29Et donc,
00:24:30le contre-maître,
00:24:31il ferme les yeux.
00:24:32Puis l'ingénieur,
00:24:33à partir du moment
00:24:33où ça se passe bien,
00:24:34tant que ça roule,
00:24:36ça roule.
00:24:43On bricolait,
00:24:44on fauchait,
00:24:45on inventait,
00:24:46on s'échangeait.
00:24:46Les repas donnaient aussi
00:24:48l'occasion de pratiquer
00:24:49des choses étonnantes
00:24:49et plus connues.
00:24:51D'ailleurs,
00:24:52ce film a failli s'appeler
00:24:53« La chasse aux lapins
00:24:55de l'usine ».
00:24:56Effectivement,
00:24:57il y avait
00:24:57des chasses officieuses
00:25:00qui étaient organisées,
00:25:01notamment sur
00:25:02les espaces de stockage,
00:25:04le port,
00:25:04le crassier,
00:25:05etc.
00:25:07Lieux très,
00:25:08très propices
00:25:09pour les lapins
00:25:10et autres lièvres.
00:25:12Et c'était vraiment
00:25:13une infestation.
00:25:14C'en était à plein,
00:25:15mais partout blindé.
00:25:16Encore aujourd'hui,
00:25:17on en voit,
00:25:17on retrouve même
00:25:18du sanglier,
00:25:19du renard,
00:25:19mais à l'époque,
00:25:20essentiellement du lapin
00:25:21et du lièvre.
00:25:27Il y en a beaucoup
00:25:28et la chasse est interdite.
00:25:31Comment est-ce qu'on peut
00:25:32s'en débarrasser ?
00:25:33C'est déjà de ne pas
00:25:33les chasser officiellement.
00:25:35Mais une fois
00:25:36qu'on s'en est débarrassé,
00:25:37c'est-à-dire que
00:25:38la chasse au collet,
00:25:39notamment,
00:25:40qu'est-ce qu'on en fait ?
00:25:41Les copains sont là
00:25:42et puis on est entre midi,
00:25:45on est en poste.
00:25:46Pour ceux qui font
00:25:46les 3-8,
00:25:47le soir vous êtes en poste,
00:25:48etc.
00:25:50Il y a du gibier
00:25:51qu'on a capturé,
00:25:52la viande est là.
00:25:53On a un barbecue
00:25:54qui est formidable,
00:25:55le haut fourneau.
00:25:57Est-ce qu'il n'y a pas
00:25:57de possibilité
00:25:58de combiner tout ça ?
00:25:59Les gens qui étaient
00:26:11verseurs de crasse,
00:26:13ils élevaient des lapins
00:26:14et ils faisaient la chasse
00:26:14aux lapins sauvages.
00:26:16Ils les prenaient soit à la maison,
00:26:17soit ils les mangeaient.
00:26:18Ça faisait partie de l'activité,
00:26:20ça faisait partie des savoir-faire
00:26:22à acquérir
00:26:23lorsqu'on était muté
00:26:24pour verser la crasse.
00:26:27Moi, je me rappelle
00:26:28quand j'allais à la scierie
00:26:29sur les postes d'après-midi.
00:26:30Dans le hall de coulée
00:26:31de la scierie,
00:26:33on sentait l'odeur de la viande
00:26:35parce que dans un coin
00:26:36ou dans un autre,
00:26:38des soudeurs ou autres
00:26:39qui n'étaient pas occupés
00:26:40par les installations
00:26:41avaient décidé
00:26:42de faire un branchement
00:26:44sur une conduite de gaz
00:26:45et faisaient un lapin.
00:26:48On mangeait ensemble,
00:26:49on buvait aussi bien sûr,
00:26:51malgré les règlements.
00:26:53Alors,
00:26:53comment pouvait-on faire
00:26:54toutes ces choses interdites
00:26:55et presque au grand jour ?
00:26:57Ça, c'est les anciens bureaux
00:26:59des compre-mères.
00:27:08Et tu vois ?
00:27:10Ça, c'est les petits carnets
00:27:12des compre-mères
00:27:13Disney Secrets.
00:27:16Avec tous les éliminations dedans.
00:27:19Ce qui est écrit dans les livres,
00:27:33c'est que pour faire de l'acier,
00:27:35il faut du charbon
00:27:49et du minerai de fer.
00:27:51Sauf que lorsqu'on a été
00:27:53dans l'usine
00:27:54aux époques héroïques
00:27:55jusqu'aux années 70,
00:27:57on sait qu'il fallait
00:27:58du charbon,
00:28:00du minerai de fer,
00:28:01de la mirabelle
00:28:02ou du rouge.
00:28:04Et que sans ça,
00:28:05il n'y avait pas
00:28:05de faute qui coulait.
00:28:08Donc, ces choses-là,
00:28:09c'est des choses
00:28:09que personne ne dit
00:28:10parce que
00:28:12c'était dans le cadre
00:28:14de l'usine.
00:28:16Ici,
00:28:16le règlement intérieur
00:28:17de la sidérurgie,
00:28:19pour prendre un exemple,
00:28:21lorsque les gens rentraient,
00:28:22ils avaient un petit carnet
00:28:23avec une couverture verte
00:28:24qui était le règlement intérieur
00:28:26des usines sidérurgiques,
00:28:27à l'intérieur duquel
00:28:28il était marqué
00:28:29qu'il était interdit
00:28:30de consommer de l'alcool
00:28:31sur les lieux de travail.
00:28:33Mais dans l'usine,
00:28:34il y avait une page verte,
00:28:36alors que les pages intérieures
00:28:37étaient blanches,
00:28:38qui mettait l'adaptation
00:28:40du règlement intérieur
00:28:41à l'usine de Thurville
00:28:42et il était autorisé
00:28:43de consommer un quart de vin,
00:28:45il était autorisé
00:28:46de consommer un demi-litre de bière
00:28:49ou c'était bien
00:28:49qu'il y avait d'autres règles
00:28:51qui devaient faire tourner l'usine
00:28:52parce que les règles,
00:28:54imaginaient,
00:28:54ne permettaient pas,
00:28:56n'étaient pas acceptées
00:28:57par les ouvriers.
00:29:00Ici, à l'écran,
00:29:04le coin à Jacques.
00:29:06Alors Serge,
00:29:07il va nous commenter.
00:29:08Ici, le verre.
00:29:10Ça, c'est le verre, oui.
00:29:12Très bien fermé,
00:29:12toujours.
00:29:13Mon téléphone sonne.
00:29:17On entend le téléphone sonner,
00:29:18mais ça, c'est eux,
00:29:19c'est avec leur collègue.
00:29:20Non, non, c'est eux.
00:29:21C'est l'antique.
00:29:22Allô, l'antique ?
00:29:24Ce qui a été remarquable aussi,
00:29:31c'est la paie,
00:29:33c'était la compte le 15
00:29:35et la paie le 30.
00:29:37Bon.
00:29:37Mais quand les gens sortaient
00:29:38de l'usine,
00:29:39à l'époque,
00:29:40on leur donnait
00:29:41la paie dans un sachet.
00:29:44Un sachet,
00:29:45le bulletin de paie
00:29:47et puis l'argent.
00:29:49Mais quand vous sortiez
00:29:51à l'envers ville,
00:29:52sur le pont
00:29:53où il y a la Chière,
00:29:55il y avait deux haies
00:29:56de chaque côté,
00:29:57deux haies d'honneur.
00:29:57d'un côté,
00:29:59les femmes,
00:30:01de l'autre côté,
00:30:02les partons bistrots.
00:30:05Alors,
00:30:06le patron bistrots,
00:30:06lui,
00:30:07il avait l'ardoise,
00:30:08mais la femme
00:30:09voulait récupérer l'enveloppe
00:30:10avant que le patron de bristot
00:30:12pique l'enveloppe.
00:30:13L'usine de Knutange
00:30:34avait une conduite
00:30:34de 12,5-125 mm,
00:30:36donc 12,5 cm de 20,
00:30:39qui descendait la colline
00:30:40et qui arrivait au fond de nous.
00:30:41Et là,
00:30:42les gens allaient se servir.
00:30:44Il y avait un robinet
00:30:45et quelqu'un pouvait aller
00:30:46prendre.
00:30:47C'est quelque chose...
00:30:49On n'aime pas trop aborder ça
00:30:50parce que les scénologistes
00:30:51ils se disent
00:30:51« Oh, on n'était pas des alcooliques,
00:30:53c'est vrai que... »
00:30:54Mais l'alcool,
00:30:55il faisait partie
00:30:55en même temps que les lapins,
00:30:57tout ce qu'on faisait cuire
00:30:57dans l'usine,
00:30:59on buvait,
00:30:59on mangeait dans l'usine.
00:31:00Un poisson sur moi.
00:31:02Qui c'est qui a ramené
00:31:03de la saise ?
00:31:05J'ai mis le dernier
00:31:06pour quel genre pour thé ?
00:31:07Oh, t'es dégueulasse,
00:31:08t'es va le tuer, que ça ?
00:31:09Alors,
00:31:09moi, j'ai connu
00:31:10que ça buvait de 69
00:31:12aux années 2000,
00:31:15un peu moins,
00:31:16peut-être 95.
00:31:19Et là,
00:31:19après,
00:31:20l'alcool,
00:31:22c'est un moindri.
00:31:24Mais,
00:31:25la drogue a pris la place.
00:31:28Parce que pour aller
00:31:29faire ton exposé
00:31:32devant le...
00:31:34avec le micro,
00:31:37devant les montres,
00:31:38ce qui ne se faisait pas,
00:31:38parce que quand t'étais
00:31:39un homme de chantier,
00:31:40pour avoir du courage,
00:31:42les gens,
00:31:42ils se joutaient un petit peu.
00:31:44C'était...
00:31:46C'était de...
00:31:47L'alcoolisme
00:31:48en col blanc,
00:31:49après,
00:31:49c'est la drogue.
00:31:51Mais l'alcool,
00:31:51c'était sûr.
00:31:53Je m'en...
00:31:54Comme j'étais délégué
00:31:55du personnel
00:31:56et je m'occupais
00:31:57beaucoup de sécurité,
00:31:58il y avait un copain à moi
00:31:59qui buvait beaucoup.
00:32:00Il venait
00:32:01à 5 heures du matin mourir.
00:32:02et à chaque fois,
00:32:04le contrebête,
00:32:04il dit,
00:32:04tu le prends,
00:32:06tu t'en occupes.
00:32:07Alors,
00:32:08on le prenait,
00:32:08on le mettait à la coin,
00:32:09tu ne bouges pas,
00:32:10t'attends le casse-coute
00:32:11pour recharger
00:32:12et puis,
00:32:13tu restes là.
00:32:15Comme on était des équipes
00:32:16de 5-6,
00:32:17on faisait son boulot.
00:32:18Celui qui avait bu,
00:32:22on faisait son boulot,
00:32:23nous disait le regretté Gilles,
00:32:24rencontré à Ucange
00:32:25en 1991
00:32:26et disparu en 2021.
00:32:28Mais cette fameuse
00:32:29solidarité ouvrière,
00:32:30qu'est-ce qu'on peut en dire ?
00:32:31En tâchant
00:32:32de ne pas trop
00:32:32l'enjoliver.
00:32:41Bon,
00:32:41j'ai fait un petit truc
00:32:42sur la mine,
00:32:44voilà.
00:32:44C'était avant,
00:32:46après.
00:32:47Voilà,
00:32:47il y avait
00:32:48beaucoup d'Italiens,
00:32:50pas beaucoup de premiers,
00:32:50Bec d'or,
00:32:51que je me rappelle aussi,
00:32:53Barbe à poils,
00:32:55Le Bouze,
00:32:55Le Chepe,
00:32:56oui,
00:32:56je le connais,
00:32:58et qui avait encore.
00:32:58Et Don Cien,
00:32:59l'infantile,
00:33:00aussi c'était le,
00:33:01à présent,
00:33:03Don Cien,
00:33:05Fauvette,
00:33:08et le Fatoumi,
00:33:09c'était urbain,
00:33:10machin,
00:33:10il faisait tout,
00:33:11c'est tout au fache
00:33:11en Italie,
00:33:12c'est moi qui fais tout.
00:33:13Thionville,
00:33:18qui m'aurait dit
00:33:18il y a deux ans
00:33:19que moi,
00:33:19Pierre le Grec,
00:33:20breton,
00:33:21fier de sa Bretagne natale,
00:33:23je viendrais bâtir ma vie ici,
00:33:25en Lorraine.
00:33:27Sincèrement,
00:33:27je n'aurais pas cru,
00:33:28non ?
00:33:29Non,
00:33:29et pourtant,
00:33:30aujourd'hui,
00:33:31tout me paraît
00:33:32si évident,
00:33:34si simple.
00:33:34Pierre,
00:33:44dépêche-toi en attendant.
00:33:45Allez les gars,
00:33:46on y va.
00:33:47Eh oui,
00:33:48c'est bien utile les copains.
00:33:51Moi,
00:33:52je travaille au Laminoir à froid,
00:33:54à Florange.
00:33:56Et chaque jour,
00:33:57le quart spécial me conduit à l'usine.
00:34:00Pas tout seul,
00:34:01bien sûr.
00:34:02Oui,
00:34:02nous sommes quelques dix mille
00:34:03à ce lac.
00:34:04Et il paraît
00:34:06qu'on manque encore de personnel.
00:34:10Je peux dire aujourd'hui,
00:34:11c'était mes plus belles périodes de travail.
00:34:15Encore aujourd'hui,
00:34:16je regrette l'usine.
00:34:18J'aimais retrouver l'usine.
00:34:20Pas parce qu'elle me donnait du travail.
00:34:22Oui,
00:34:22elle me donnait du travail.
00:34:23Mais elle m'a apporté
00:34:24de la solidarité,
00:34:25de l'amitié,
00:34:26des gens qui travaillaient
00:34:27dans des équipes
00:34:29qui faisaient attention aux autres.
00:34:31Nous,
00:34:31on s'en retrouvait
00:34:32quand on allait manger,
00:34:33on s'en retrouvait à 20
00:34:35dans le réfectoire,
00:34:3720, 30, 40.
00:34:39Donc,
00:34:39il y avait vraiment
00:34:40une ambiance
00:34:42d'amitié,
00:34:44de solidarité,
00:34:45de soutien
00:34:45les uns les autres
00:34:46que je n'ai jamais retrouvé nulle part.
00:34:48même si j'ai aimé
00:34:49après les métiers
00:34:50que j'ai faits,
00:34:51je n'ai jamais retrouvé
00:34:53la nostalgie.
00:34:54Encore aujourd'hui,
00:34:54j'ai la nostalgie
00:34:55de mon usine.
00:34:56Ça,
00:34:57c'est sûr.
00:34:59De la secrétaire
00:35:01au directeur général,
00:35:02le choix offert
00:35:03est le même
00:35:03pour tout le monde.
00:35:04Et il est vrai
00:35:04que la variété des plats
00:35:05permet à chacun
00:35:06une composition personnelle
00:35:07de son repas
00:35:08selon son appétit,
00:35:10son régime
00:35:11ou bien
00:35:12l'état
00:35:12de ses finances
00:35:13du moment.
00:35:15Le truc qui était bien,
00:35:16c'est qu'il y avait
00:35:16quelqu'un qui avait
00:35:17un souci à la maison,
00:35:18sa femme qui est accouchée,
00:35:19un enfant malade,
00:35:21il y avait moyen
00:35:21de le libérer.
00:35:22Il venait au boulot,
00:35:23par exemple,
00:35:24on l'appelait à la maison
00:35:24parce qu'il y avait un souci,
00:35:26on le libérait.
00:35:27Oui,
00:35:27moi j'ai eu des gars
00:35:28qui n'étaient pas vièves,
00:35:29malades et tout,
00:35:30je les ai laissés à la maison,
00:35:31ils les épointer.
00:35:33Mais même chez nous,
00:35:33ils rentraient directement.
00:35:34Parce que le gars,
00:35:35il m'a rendu des services énormes.
00:35:36Moi,
00:35:36je renvoyais l'ascenseur.
00:35:38Voilà,
00:35:39toujours.
00:35:40Dès qu'on pouvait le faire,
00:35:41on le faisait.
00:35:41Et on était complètement
00:35:42soudé avec ça.
00:35:44Et je n'étais pas le seul.
00:35:46Toutes les équipes le faisaient.
00:35:49Et ça rapprochait les gens.
00:35:52On n'allait pas seulement au boulot,
00:35:53on allait en bavé,
00:35:55mais à côté de ça,
00:35:56si on pouvait se payer
00:35:57cinq minutes de montant,
00:35:57on se le payait.
00:35:59Plus le travail est pénible,
00:36:01plus les gens sont solidaires
00:36:02et camarades.
00:36:06Donc moi,
00:36:06j'ai connu la camaraderie
00:36:08assez forte dans mon travail.
00:36:10Et quasiment de tout temps,
00:36:12mais beaucoup plus
00:36:13avant les années
00:36:142005,
00:36:17les années 80,
00:36:18c'était vraiment familial.
00:36:20Ce qu'on retrouve chez Milleur,
00:36:21c'est cet esprit de solidarité.
00:36:22C'est ça qui nous a un peu tiré
00:36:24chaque fois en avance.
00:36:25C'est la solidarité.
00:36:28Quand tu passes le trou là-bas,
00:36:31tu fais quelqu'un d'autre.
00:36:33C'est ça,
00:36:34c'est ce que les gens
00:36:35n'arrivent pas à comprendre
00:36:36quand ils viennent d'ici.
00:36:38C'est ce qu'on essaye
00:36:38de le faire comprendre.
00:36:40Bonjour.
00:36:40Salut.
00:36:41Ça va, ça va.
00:36:43Quand on n'avait personne
00:36:45sur le dos,
00:36:47déjà, ça contribuait
00:36:48à cette fameuse ambiance-là.
00:36:50On était,
00:36:51on bossait,
00:36:52on travaillait,
00:36:53on était,
00:36:54on était des copains.
00:36:57On faisait parfois même
00:36:58des bêtises.
00:37:00On fait des conneries,
00:37:00quand on travaillait
00:37:01avec Patrice,
00:37:03qui est là-bas dans le coin,
00:37:04qui arrive,
00:37:05on faisait,
00:37:06on faisait un jour,
00:37:07un jour,
00:37:07il se retrouvait,
00:37:08pour te dire,
00:37:09il se retrouvait
00:37:10avec des pieds,
00:37:11des pieds attachés,
00:37:12puis on le baladait
00:37:12dans l'atelier.
00:37:15Et puis,
00:37:16tu vois,
00:37:17on faisait que des conneries,
00:37:17on faisait des conneries comme ça.
00:37:19C'est moi.
00:37:20C'est lui.
00:37:20Surtout quand on avait,
00:37:21quand on a commencé
00:37:22à travailler ensemble,
00:37:23on avait 17 ans.
00:37:25Et à 17 ans,
00:37:2618 ans,
00:37:26avant d'aller à l'armée,
00:37:27on était complètement fous.
00:37:29On pensait plus
00:37:30à faire des conneries
00:37:30qu'autre chose.
00:37:31mais on faisait notre boulot
00:37:33quand même.
00:37:34Dans une très bonne ambiance.
00:37:36Je me souviens même
00:37:37on montait sur les gazomètres
00:37:38pour aller voir
00:37:38le match de foot
00:37:39à Londaville,
00:37:40là-bas.
00:37:43On était libre.
00:37:45Mais,
00:37:45mais,
00:37:46mais,
00:37:47comme on dit,
00:37:47le boulot,
00:37:48le boulot était fait.
00:37:51L'entraide,
00:37:52on en parle beaucoup,
00:37:53parfois en soupirant
00:37:54d'une nostalgie profonde.
00:37:58Mais quels en étaient
00:37:58les exemples visibles ?
00:38:01le lendemain matin,
00:38:02les plus âgés,
00:38:03ce que je te dis au début,
00:38:04les gens de 40 ans,
00:38:06ils bossaient.
00:38:07Et les jeunes de 18 ans,
00:38:0820 ans,
00:38:08on dormait
00:38:09parce qu'on sortait du bal.
00:38:11On était souvent
00:38:12pas bien clairs.
00:38:13Donc,
00:38:13on était à l'usine,
00:38:14on dormait.
00:38:15Il y avait...
00:38:18Non, ben,
00:38:18oui,
00:38:18il ne faut pas en reprendre les mots.
00:38:20Il y avait une vraie solidarité.
00:38:22À l'intérieur,
00:38:23il se passait autre chose,
00:38:24soit.
00:38:24Oui,
00:38:25mais c'était moins...
00:38:26C'était pas festif.
00:38:27Je trouve que les WC
00:38:28étaient souvent bouchés.
00:38:29Allez, c'est bon.
00:38:29On n'a importe pas.
00:38:31Ah, ben, ben, ben,
00:38:32le cuivre,
00:38:32le cuivreux,
00:38:33une semaine,
00:38:33il s'appelait le cuivreux,
00:38:34il fallait boucher des chiottes
00:38:35au grand bureau.
00:38:37Mais qu'est-ce qui bouchait les WC ?
00:38:38Ben, c'était les préservatifs.
00:38:41Il y a eu quelques divorces,
00:38:42et des mariages,
00:38:43mais bon,
00:38:44c'était comme ça.
00:38:45C'est très gentil, hein ?
00:38:46Il y a des choses irracontables.
00:38:50Il y a des choses irracontables.
00:38:52Mais si dans ces métiers-là,
00:38:55on n'a pas une part de...
00:38:58de...
00:39:00de lâcher la soupape,
00:39:02le rire,
00:39:03le rire,
00:39:04c'est aussi pouvoir décompresser.
00:39:07Moi, je vois même mon quartier,
00:39:18quand on habitait dans la rue,
00:39:19moi, j'habitais...
00:39:20Je suis né à Laurent,
00:39:21mais j'habitais en Yvonne,
00:39:22je je castais nos,
00:39:23et c'était des maisons de l'usine,
00:39:25quoi, de Solac,
00:39:26et on habitait tous là,
00:39:28et tous les voisins,
00:39:29elles se retrouvaient dehors.
00:39:31La voisine italienne a ramené
00:39:33des gâteaux italiens,
00:39:33ma grand-mère faisait
00:39:34des gâteaux algériens.
00:39:36Chacun a ramené sa spéciale espagnole,
00:39:37elles ramenaient la spécialité,
00:39:38elles se mettaient dehors,
00:39:38les gosses jouaient ensemble,
00:39:39et c'était vraiment convivial.
00:39:40Il n'y avait pas tout ce qu'il y a aujourd'hui,
00:39:42même au niveau de la politique.
00:39:44On avait des bonnes relations,
00:39:48on s'entraidait,
00:39:49il y avait...
00:39:50Ma mère allait apprendre
00:39:52à faire la brioche
00:39:53à des voisines,
00:39:56les voisines lui ont appris
00:39:57à faire la pasta shoot.
00:40:01À ce moment du film,
00:40:02on retrouve l'ambivalence habituelle
00:40:04avec ses métiers et ses vies,
00:40:05dont on dit souvent
00:40:06qu'ils étaient durs,
00:40:08mais aussi que c'était le bon temps.
00:40:10Moi, il y a des moments,
00:40:10j'en ai chié,
00:40:11je me suis brûlé,
00:40:12enfin bon,
00:40:13je suis monté
00:40:15à des endroits
00:40:16où on ne respirait pas.
00:40:18On se demandait
00:40:19quand est-ce qu'on allait mourir.
00:40:20Mais on ne se posait pas la question.
00:40:22Il fallait aller tourner
00:40:23la voie de gaz,
00:40:24d'arriver de la coquerie.
00:40:26Tu montes,
00:40:26plus tu montes,
00:40:27plus il fait chaud.
00:40:28D'un seul coup,
00:40:28tu te rends compte
00:40:28que tu n'as pas enlevé
00:40:29ta chaînette.
00:40:30Tu t'es brûlé le cou.
00:40:33Tu la vires vite fait.
00:40:34Puis quand tu arrives en haut,
00:40:35plus tu montes,
00:40:36moins tu respires.
00:40:37Puis d'un seul coup,
00:40:37tu es sur les toits de l'usine.
00:40:40Et là,
00:40:40en plus,
00:40:42les toits de l'usine,
00:40:42la nuit,
00:40:43je ne te dis pas.
00:40:44Il n'y en a pas beaucoup
00:40:44qui ont vu ça.
00:40:45Moi, je l'ai là.
00:40:46Et là,
00:40:47tu te sens
00:40:48omnipotent.
00:40:52Tu es le dieu.
00:40:54D'accord ?
00:40:55Tu as la vue sur les fumées,
00:40:56sur toute cette vie,
00:40:57sur ce qui fait la vie
00:40:58des cités.
00:41:00Et toi,
00:41:00tu es tout en haut.
00:41:01Et en plus,
00:41:01tu vas tourner avec un mec
00:41:03et une grosse clé,
00:41:04parce que c'est une grosse vanne.
00:41:05Tu vas tourner le truc
00:41:06qui va ramener le gaz
00:41:07de la conquerie.
00:41:08Putain,
00:41:08mais tu es un vrai héros.
00:41:11Et cette notion
00:41:13de participation
00:41:15comme héros
00:41:16à une œuvre commune,
00:41:21putain,
00:41:22c'était ancré.
00:41:26Demain,
00:41:27ce sont les besoins
00:41:27toujours grandissants
00:41:28d'une industrie moderne
00:41:29à satisfaire.
00:41:31Ce sont de nouveaux équipements,
00:41:32de nouveaux fours,
00:41:33de nouveaux trains de laminage
00:41:34qu'il faudra conduire,
00:41:36de nouveaux records de production
00:41:37qu'il faudra battre.
00:41:40Demain,
00:41:41c'est un avenir
00:41:42à la mesure
00:41:42de ceux
00:41:43qui l'auront forgé
00:41:43eux-mêmes
00:41:44parmi
00:41:45les nouveaux hommes
00:41:46de l'acier.
00:41:47quand je travaillais
00:41:53là-bas,
00:41:54je travaillais
00:41:55après mes heures.
00:41:56Je faisais
00:41:57grosso modo
00:41:5818 heures de travail
00:42:00par jour.
00:42:01Quand la nuit,
00:42:04il va rencasser la croûte,
00:42:06c'est une demi-heure de pause,
00:42:07je mangeais en 10 minutes
00:42:08et puis hop,
00:42:09je m'allongeais
00:42:10sur un banc
00:42:11pour piquer
00:42:13un petit roupillon
00:42:13avant de repartir
00:42:14à mon travail.
00:42:15Je mangeais
00:42:16ma petite gamelle
00:42:16en vitesse.
00:42:17Et une fois,
00:42:18je me suis endormi,
00:42:19mais profondément,
00:42:20sur mon banc.
00:42:21Les copains
00:42:21ne m'ont pas réveillé.
00:42:23Ils ont pris ma place,
00:42:25ils ont pris le banc,
00:42:26ils m'ont emmené
00:42:27dans une autre allée.
00:42:30Je me suis réveillé
00:42:30comme un m'a perdu.
00:42:32Ils auraient pu me secouer
00:42:32en disant
00:42:33« Il faut qu'il y aille au boulot. »
00:42:34Eh bien non,
00:42:35ils ont pris ma place,
00:42:36ils ont fait mon travail
00:42:37pendant que moi,
00:42:37je me reposais.
00:42:41Ouais.
00:42:43C'était ça,
00:42:44l'usine.
00:42:44Il faut qu'il y aille au boulot.
00:43:14Si vous regardez bien le film,
00:43:18je pars de la préparation
00:43:20des charbons.
00:43:26Après,
00:43:27on voit l'enfournement
00:43:28du charbon.
00:43:38Après,
00:43:38on voit le défournement
00:43:39du charbon.
00:43:40après,
00:43:45on voit le coq
00:43:45sur le quai
00:43:46qui va dans les wagons.
00:44:00Et on voit aussi
00:44:01le traitement de gaz
00:44:02mais en balayage.
00:44:03comme ça.
00:44:09Quand j'étais en bas
00:44:11pour prendre
00:44:13le machiniste
00:44:14des fourneurs
00:44:15et on le voit,
00:44:15il monte sur la machine,
00:44:17il y a juste
00:44:17le garde-vessière
00:44:18qui arrive.
00:44:20Alors,
00:44:24de loin,
00:44:25il dit,
00:44:26chef,
00:44:26chef,
00:44:27asma,
00:44:28la baisse,
00:44:29la bêchouia.
00:44:30Et puis là,
00:44:30je le filme.
00:44:32Tout simplement.
00:44:33Alors,
00:44:33il fait un peu l'andouille.
00:44:35Voilà,
00:44:36et voilà,
00:44:36et voilà.
00:44:37Et c'est là
00:44:37qu'il demande
00:44:38le bim.
00:44:39Le bim,
00:44:40c'était le vim.
00:44:41Il veut le bim,
00:44:42il veut le ponche.
00:44:43C'était l'éponge
00:44:44pour faire le babou.
00:44:45Le lababou.
00:44:46Voilà.
00:44:46Chef,
00:44:47ne vous flique pas
00:44:48le bim
00:44:48et le ponche
00:44:49pour faire le babou.
00:44:57Là,
00:44:57on va voir Bébert
00:44:58travailler un petit peu.
00:45:0384 ans,
00:45:04il gratte-corbière
00:45:04les cadres.
00:45:06Hé, Bébert !
00:45:07Tu fais ma boulot,
00:45:08à toi !
00:45:08En 84 ans,
00:45:09t'es gratte-corbière.
00:45:12Alors là,
00:45:12qu'est-ce que t'es en train
00:45:13d'écrire ?
00:45:14Ben là,
00:45:15je suis en train de calculer
00:45:15les temps de cuisson des fous.
00:45:17C'est-à-dire ?
00:45:18Ben,
00:45:18s'ils sont joués
00:45:19sans cuit ou pas.
00:45:20D'accord.
00:45:21Non,
00:45:22je suis en train de calculer
00:45:23pour mettre en jeu
00:45:24les temps de cuisson.
00:45:25Ben,
00:45:25pour savoir
00:45:26si on est dans
00:45:27les temps de cuisson
00:45:29qu'on doit maintenir.
00:45:31Donc,
00:45:31je travaille,
00:45:31tu vois.
00:45:33C'est clairement un tour.
00:45:34Et c'est alors là
00:45:35que...
00:45:36Il marque l'heure,
00:45:37de toute façon ?
00:45:38Non,
00:45:39il ne marque pas l'heure.
00:45:39Je ne l'ai pas mis.
00:45:41Parce que là,
00:45:42il était hard quand même
00:45:43pour calculer
00:45:43les temps de cuisson.
00:45:44tant donné que tous les fois
00:45:45on s'en sortit,
00:45:46bref.
00:45:47Non,
00:45:47ils n'en sortent pas
00:45:48la moitié de la production,
00:45:49Serge,
00:45:49non,
00:45:49t'exagères.
00:45:50T'as acheté une pièce,
00:45:52c'est ça.
00:45:52L'ouvrier était souvent décrit
00:46:12ou photographier en groupe,
00:46:13collectivement.
00:46:14La solidarité
00:46:15et la proximité
00:46:16semblaient tenir
00:46:17les gens ensemble.
00:46:18Mais avait-on la possibilité,
00:46:20le droit même,
00:46:21de s'isoler,
00:46:23d'avoir une vie en dehors,
00:46:24différente,
00:46:25personnelle ?
00:46:27Est-ce qu'il y avait un camp à soi
00:46:43ou un souci de soi
00:46:45chez l'ouvrier ?
00:46:46Ou est-ce que c'était
00:46:47qu'un être collectif
00:46:48qui obissait à des normes,
00:46:50remplissait un rôle ?
00:46:52Est-ce qu'il existait
00:46:54en tant qu'individu
00:46:55avec des aspirations ?
00:46:56Et comment
00:46:57immobiliser l'usine
00:46:59et ses ressources
00:46:59au profit
00:47:00de cette individualité ?
00:47:02La question est posée
00:47:03de façon sociologique,
00:47:04mais c'est important.
00:47:06L'homme au travail
00:47:07était-il obligé
00:47:07de n'exister qu'en groupe
00:47:09ou pouvait-il exister aussi
00:47:10par lui-même ?
00:47:12Au boulot,
00:47:13quand tu rentres
00:47:13avec les galères,
00:47:15tu peux être irritable
00:47:16pour rien.
00:47:16Donc tu sais
00:47:17qu'il faut faire
00:47:18vachement gaffe
00:47:18à ne pas faire ressortir
00:47:20toute la pression
00:47:21que tu as eue,
00:47:22à ne pas la remettre
00:47:22sur ta famille.
00:47:24Là, c'est très important.
00:47:26Et la pêche,
00:47:27je partais des jours entiers.
00:47:33La pêche ne vaut peut-être
00:47:34pas celle des chaluts
00:47:35de Concarneau,
00:47:36mais Lucien
00:47:37est toujours très fier
00:47:38de ses prises.
00:47:40Et puis dit-il,
00:47:41on est au calme
00:47:42et cela fait du bien
00:47:44aux enfants.
00:47:46Je lui dis toujours
00:47:46que je suis né
00:47:47au décapage
00:47:47parce que quand ils
00:47:48ont pensé
00:47:49au décapage de Solac,
00:47:50c'est là où je suis rentré
00:47:50comme photographe
00:47:51à Solac.
00:47:52Pour le magazine
00:47:53Émergence de Solac,
00:47:55il y avait la page centrale
00:47:56où je devais aller
00:47:57photographier
00:47:58tous les mois
00:47:587-8 photographes,
00:48:007-8 photographes,
00:48:017-8 personnes
00:48:01qui travaillaient
00:48:02dans Solac
00:48:03et au lieu
00:48:04de les interviewer
00:48:05sur leur métier,
00:48:07on les interviewait
00:48:08sur leur hobby.
00:48:10Ah oui, voilà.
00:48:11Alors,
00:48:12les mecs,
00:48:13je l'emmenais,
00:48:14par exemple,
00:48:14voilà.
00:48:18Il est venu à Solac
00:48:19habillé en Kung-Fu.
00:48:21Je l'ai photographié
00:48:22devant les coils,
00:48:23vous voyez.
00:48:24Voilà.
00:48:25Là, le gars,
00:48:26il s'était passionné
00:48:27de bagnole.
00:48:28Je l'ai photographié
00:48:28dans les grands bureaux
00:48:29devant sa BM
00:48:30de l'époque.
00:48:31Un gars de Solac
00:48:32passionné
00:48:33par les échecs.
00:48:34Chez lui,
00:48:36chez lui,
00:48:37lui,
00:48:37il aimait bien
00:48:38aller dans la forêt
00:48:39pour couper du bois.
00:48:40Lui,
00:48:40il collectionnait
00:48:41les montres.
00:48:42Vous voyez.
00:48:42Donc, fier, fier.
00:48:44Voilà,
00:48:44il était fier
00:48:45de montrer ça.
00:48:46Là,
00:48:46un gars qui était
00:48:47passionné de voile,
00:48:48mais on pouvait pas
00:48:50aller au bord
00:48:50de la mer.
00:48:50Alors,
00:48:51il y avait chez lui
00:48:51un voilier.
00:48:52Je l'ai photographié
00:48:53comme ça,
00:48:53avec sa pipe,
00:48:54comme un marin.
00:48:55Il se prendait la gueule.
00:48:57Voilà,
00:48:57il y avait un article
00:48:58sur lui.
00:48:58Les gens tenaient
00:49:16des colombes.
00:49:18Donc,
00:49:18ils envoiaient
00:49:19chaque semaine
00:49:20des pigeons
00:49:21en concours.
00:49:23c'est-à-dire,
00:49:24il y désignaient
00:49:25le samedi
00:49:27après-midi,
00:49:29ils allaient
00:49:29dans leur lepo
00:49:30avec leur montre.
00:49:31Il y avait une montre
00:49:31de pointage
00:49:33pour l'arrivée
00:49:33des pigeons
00:49:33qui étaient plombées.
00:49:36Etc.
00:49:37Et le dimanche matin,
00:49:41à partir de 10 heures,
00:49:43mon père,
00:49:45dans le colombier,
00:49:46il attendait
00:49:46l'arrivée des pigeons.
00:49:47Les sports bénéficient
00:49:52du plus généreux support
00:49:53de la part
00:49:53de l'administration
00:49:54de la ville.
00:49:55Il va sans dire
00:49:56que le football
00:49:57à Hèche
00:49:57a ses adeptes.
00:49:58Ils sont d'autant
00:49:59plus nombreux
00:49:59que les clubs
00:49:59d'échouard
00:50:00réussissent toujours
00:50:01à figurer
00:50:01en bonne place
00:50:01en division d'honneur.
00:50:06C'est qu'il y a
00:50:06le choix.
00:50:07Oui,
00:50:08des sports de plein air
00:50:09à ceux,
00:50:10disons,
00:50:11moins athlétiques.
00:50:17En ce moment,
00:50:29mes préférences
00:50:30vont plutôt à la piscine
00:50:31installée en sous-sol.
00:50:34Entre l'individu,
00:50:36l'intime,
00:50:37son domaine privé
00:50:37d'un côté
00:50:38et l'ouvrier collectif
00:50:39employé dans une entreprise
00:50:41avec ses règles de l'autre,
00:50:42il y avait un troisième larron
00:50:44dans l'affaire,
00:50:45pile entre les deux.
00:50:46C'était l'équipe.
00:50:47Et là,
00:50:48se jouaient aussi
00:50:49des enjeux importants.
00:50:51Les chefs étaient là,
00:50:52regardez,
00:50:53eux,
00:50:53ils étaient là
00:50:54pour chronométrer
00:50:54parce que voilà,
00:50:55le temps,
00:50:55c'est de l'argent,
00:50:57mais personne ne nous disait rien
00:50:58puisqu'ils en connaissaient
00:50:59encore moins que nous.
00:51:00Nous,
00:51:00on savait s'organiser
00:51:01et l'organisation
00:51:02se faisait entre nous.
00:51:04T'as raison,
00:51:04on n'avait besoin
00:51:05de personne pour ça.
00:51:07Donc,
00:51:07le travail secret
00:51:08ou la vie secrète
00:51:09de l'usine,
00:51:11j'ai presque envie de dire,
00:51:11c'est aussi ça.
00:51:12C'est-à-dire que
00:51:13la personne qui ne connaît pas
00:51:14le fonctionnement de l'usine
00:51:15pense que nous autres,
00:51:16nous ne sommes entre guillemets
00:51:17que des exécutants,
00:51:19d'espèces de robots
00:51:20qui ne faisant qu'appliquer
00:51:21des consignes toutes écrites.
00:51:22Non,
00:51:22c'est pas vrai.
00:51:23C'est une espèce
00:51:24d'organisation interne
00:51:26qui se fait entre nous.
00:51:28Voilà,
00:51:29c'est l'épic,
00:51:29voilà.
00:51:30Il y avait l'équipe.
00:51:31Il n'y avait personne d'autre tour.
00:51:32Et puis,
00:51:32de temps en temps,
00:51:33on voyait les ingénieurs,
00:51:34les contre-mègres,
00:51:35mais bon,
00:51:35c'était rare.
00:51:36On disait bonjour
00:51:37et puis c'était tout.
00:51:39Même moi,
00:51:39je me rappelle,
00:51:40en 1978,
00:51:41pour la Coupe du Monde
00:51:41en Argentine,
00:51:42on s'était organisé
00:51:44pour amener
00:51:44une télévision portable
00:51:45ce qui était très,
00:51:46très rare,
00:51:47très rare à l'époque.
00:51:47Elle était chère.
00:51:49Mais il y avait,
00:51:49alors les télécrans
00:51:50étaient comme ça,
00:51:51on était 15 autour.
00:51:52Mais on s'organisait
00:51:55pour ne pas louper
00:51:55aussi les événements extérieurs.
00:51:57Et les chefs le savaient.
00:51:59Et puis,
00:51:59ils savaient que
00:52:00s'ils venaient nous déranger
00:52:00à ce moment-là,
00:52:02ça allait sacrément râler.
00:52:03Alors,
00:52:03soit ils venaient
00:52:04et puis en fait,
00:52:04ils regardaient le match
00:52:05avec nous.
00:52:06Donc,
00:52:06ça donnait une sorte
00:52:07de complicité.
00:52:08Soit,
00:52:08ils préféraient pas savoir.
00:52:09c'est un moyen aussi
00:52:11pour le patronat
00:52:13de s'attacher
00:52:16à un univers
00:52:17parce que l'autonomie,
00:52:18ça peut être aussi
00:52:19une ressource.
00:52:20Surtout dans des périodes
00:52:20où il y a une forte tradition
00:52:22de lutte syndicale.
00:52:23Il faut voir
00:52:23qu'il y a des compromis
00:52:24qui sont faits.
00:52:25Et ça,
00:52:25ça apparaît
00:52:26comme un bon compromis.
00:52:28Et en même temps,
00:52:29pour les ouvriers,
00:52:29c'est une forme de résistance
00:52:30parce que ça crée,
00:52:33comment dirais-je,
00:52:33un chantage,
00:52:35si vous voulez.
00:52:35Parce qu'effectivement,
00:52:36on implique là-dedans
00:52:38les contre-maîtres.
00:52:39En général,
00:52:40ça ne va pas au-delà.
00:52:41Ils sont partie prenante
00:52:42du truc.
00:52:43Donc du coup,
00:52:44on a un peu
00:52:44un moyen de pression
00:52:45sur eux
00:52:45par le fait.
00:52:54Comment bosser
00:52:55des gens de 40
00:52:56et des gens de 18 ?
00:52:57On était des équipes,
00:52:59des petites équipes
00:53:00de 3-4,
00:53:00assez autonomes
00:53:01qui ont donné
00:53:02le boulot le matin
00:53:03et ils disaient
00:53:04« Bon,
00:53:05il y a ça à faire.
00:53:06Tu te démerdais ? »
00:53:07On était libres
00:53:08de ce côté-là.
00:53:09Du moment
00:53:09que notre travail
00:53:10était fait,
00:53:10ce qu'ils nous demandaient,
00:53:12le plus qu'on avait
00:53:13de travail,
00:53:13c'était surtout
00:53:14le matin.
00:53:15L'après-midi,
00:53:16c'était surtout
00:53:18répondre au téléphone
00:53:19et puis on avait
00:53:20du klaxon
00:53:20pour appeler
00:53:22le contre-méde
00:53:22s'il y avait un problème
00:53:23parce que c'est quand même
00:53:25nous qui distribuions
00:53:25tout le courant
00:53:26à l'usine,
00:53:27toute l'usine.
00:53:28Donc c'était quand même
00:53:29très important.
00:53:32Non, on était
00:53:33libres quand même.
00:53:44On est sur des équipes
00:53:45qui sont relativement
00:53:46petites,
00:53:48de gens qui se connaissent
00:53:49et qui ont eu
00:53:50une certaine autonomie
00:53:51dans le travail.
00:53:52Et après,
00:53:52se mettent en place
00:53:53toutes sortes
00:53:54de systèmes de contrôle
00:53:55qui sont aussi bien
00:53:57en termes de contrôle
00:53:58de la qualité du produit,
00:54:00des temps de chauffe,
00:54:01etc.
00:54:02Et progressivement,
00:54:04l'autonomie disparaît.
00:54:05Moi, j'ai connu
00:54:05l'évolution,
00:54:06disons,
00:54:07sur l'informatique.
00:54:08Donc nous,
00:54:09on avait un sabre à faire
00:54:11visuel,
00:54:12un visuel,
00:54:13on va dire,
00:54:15une expérience.
00:54:18l'examen du bain en fusion,
00:54:22prise d'échantillons d'acier
00:54:23destinées à l'analyse.
00:54:25Et après,
00:54:32on s'est trouvés
00:54:32progressivement
00:54:33avec des machines,
00:54:35des ordinateurs
00:54:36avec l'intelligence artificielle.
00:54:39Et donc,
00:54:40souvent,
00:54:40on s'est heurté
00:54:41à l'intelligence artificielle.
00:54:43Je pense que peut-être
00:54:46dans les mines de fer,
00:54:47on avait justement,
00:54:48jusqu'à ce que la mécanisation
00:54:50à outrance
00:54:51intervienne
00:54:52dans les années 60
00:54:53avec les moteurs,
00:54:54etc.
00:54:54On devait aussi avoir
00:54:55une certaine autonomie.
00:54:56Oui,
00:54:57l'autonomie,
00:54:57dans les mines de fer,
00:55:00moi,
00:55:00je crois qu'elle continue
00:55:01jusqu'au bout,
00:55:02malgré l'automatisation,
00:55:03parce qu'il y a
00:55:04des combats syndicaux
00:55:05qui permettent
00:55:06de contrer
00:55:08les défauts
00:55:08les plus graves
00:55:10de la mécanisation,
00:55:10c'est-à-dire le fait
00:55:11qu'on a une machine
00:55:12qui ne s'arrête jamais,
00:55:13donc les ouvriers
00:55:14vont réussir
00:55:15à lutter contre ça.
00:55:16Et finalement,
00:55:17il y a une forme
00:55:17d'autonomie qui persiste
00:55:18et c'est assez différent
00:55:19de l'usine pour ça.
00:55:21Et puis,
00:55:21le travail lui-même,
00:55:22comme il est souterrain,
00:55:24il a une forme de danger
00:55:25qui est plus présente
00:55:26dans l'usine,
00:55:27l'usine aussi,
00:55:27c'est dangereux,
00:55:28mais pas de la même façon,
00:55:30ça fait que le mineur,
00:55:33finalement,
00:55:33ça reste un spécialiste.
00:55:35Et c'est un peu un paradoxe,
00:55:37jusqu'à la fin,
00:55:38il y aura un côté
00:55:38un peu artisanal
00:55:39dans le travail de mineur,
00:55:40c'est-à-dire,
00:55:41quand je dis jusqu'à la fin,
00:55:41c'est-à-dire jusqu'aux fermetures
00:55:42des mines dans les années 1990
00:55:43et au début du XXIe siècle,
00:55:46ces gens-là,
00:55:47finalement,
00:55:47réussissaient
00:55:48à avoir cette autonomie.
00:55:49Et même la façon
00:55:51dont ils étaient dirigés,
00:55:53ou aujourd'hui,
00:55:54on dirait coachés,
00:55:55c'est pas hiérarchique,
00:55:57c'est-à-dire que c'est horizontal,
00:55:59pour prendre quelque chose
00:56:01qu'on dirait aujourd'hui,
00:56:02il y a une forme horizontale
00:56:03de management.
00:56:03Pour obtenir un rendement
00:56:08d'une telle précision,
00:56:09avec un nombre d'opérations
00:56:10incroyablement complexe,
00:56:11tout est prévu,
00:56:13calculé,
00:56:14contrôlé,
00:56:15par les ordinateurs
00:56:16dont les 13 000 circuits imprimés
00:56:18et les 1500 km de câbles
00:56:20enregistrent en permanence
00:56:21les données fournies,
00:56:23pour les transmettre
00:56:24automatiquement à l'atelier,
00:56:26pour coordonner
00:56:27et synchroniser
00:56:28le balai gigantesque
00:56:30des 14 centimes différents
00:56:31de cornières et de fer
00:56:32qui jaillissent sur les lignes
00:56:34à 50 km à l'heure.
00:56:39Les unes secrètes,
00:56:39elles disparaissent,
00:56:40parce qu'on ne peut plus
00:56:41distraire du temps
00:56:42vu que le temps
00:56:42est constamment contrôlé.
00:57:01en 78-79,
00:57:11ils ont mis les gens
00:57:12en CGPS
00:57:13des départs anticipés.
00:57:16Ils arrivaient le matin,
00:57:17on leur disait
00:57:17« Bon, tu poses ton sac
00:57:18et puis tu reviens plus,
00:57:19tu reprends le bus
00:57:20pour rentrer à la maison. »
00:57:21J'ai vu des gens pleurer.
00:57:23Il y en a qui ont divorcé.
00:57:24La femme ne supportait pas.
00:57:25Lui, il ne supportait pas non plus.
00:57:26Il allait voir dans les casseroles.
00:57:28Et les mecs,
00:57:29ils revenaient au boulot.
00:57:29Ils venaient nous voir au boulot.
00:57:30On arrivait,
00:57:31les mecs,
00:57:32ils nous attendaient.
00:57:32« Alors, comment c'était ?
00:57:33Vous avez fait combien de tonnes ?
00:57:35Ça a marché, là ? »
00:57:36C'était impressionnant
00:57:37parce que les gens,
00:57:38ils partaient,
00:57:39c'était un morceau de leur vie
00:57:41qu'on leur a enlevé,
00:57:42mais sans aucune préparation.
00:57:48Le déclin de l'autonomie ouvrière
00:57:50suit la fermeture des mines
00:57:51et le démantèlement
00:57:52d'usines importantes.
00:57:54Puis,
00:57:54les plans sociaux inédits
00:57:55qui renvoient à la maison
00:57:56des milliers d'hommes.
00:57:58Les structures anciennes changent,
00:57:59les liens avec le lieu de travail
00:58:00aussi.
00:58:02Le pilier de tout le système,
00:58:03l'équipe,
00:58:04prend cette mutation de plein fouet.
00:58:06« Tu dois faire ça comme ça,
00:58:07comme ça, comme ça.
00:58:09Il n'y a presque plus d'autonomie.
00:58:11Presque plus d'autonomie.
00:58:12Et la polyvalence,
00:58:16il n'y a plus d'équipe d'électricien
00:58:18ou de mécanicien.
00:58:19On a fait une équipe d'électromécanicien.
00:58:21Au lieu d'en avoir dix,
00:58:23il y en avait au début sept,
00:58:26et puis cinq,
00:58:26et puis maintenant,
00:58:27ils sont en deux.
00:58:28À deux, je crois.
00:58:29Puis il y a la sous-traitance
00:58:30qui fait beaucoup de sous-traitance
00:58:32aussi qui a changé.
00:58:34On avait nos esclaves.
00:58:37C'était des esclaves,
00:58:38les sous-traitants.
00:58:39Le métier de la maintenance,
00:58:41il a vachement changé.
00:58:42Ce n'est plus pareil.
00:58:44Ce n'est plus pareil.
00:58:45Et tu sais ce qu'il y a aussi
00:58:46qui a vachement changé.
00:58:47Moi, je l'ai connu au tout début.
00:58:49J'ai commencé à travailler.
00:58:50Je me suis fait au Bouchard en 2010,
00:58:52mais j'ai commencé à mettre les pieds
00:58:53en sous-traitant là-bas en 2003.
00:58:56J'ai fait le tour à peu
00:58:57de toutes les usines
00:58:58qui étaient encore ouvertes dans le coin.
00:58:59J'ai fait le Luxembourg et tout.
00:59:01Et comparé à...
00:59:02Moi, je l'ai allé,
00:59:03ça fait quatre, cinq ans
00:59:06que je n'ai plus jamais entendu
00:59:08bien joué, les gars.
00:59:10Vous avez bien travaillé.
00:59:11Tu vois ce que je veux dire ?
00:59:13Le chef de service,
00:59:14une grosse casse,
00:59:15une grosse casse,
00:59:17t'en chie pendant 4-5 heures,
00:59:20tu n'arrêtes pas,
00:59:20tu répares la machine,
00:59:22tu la fais démarrer,
00:59:22tu fais tes essais
00:59:23et tu as le chef de service
00:59:25qui rentre dans le bureau,
00:59:26tu es tout dégueulasse,
00:59:27tu te laves les mains,
00:59:27tu bois un coup
00:59:28et qui te dit
00:59:29bravo, les gars,
00:59:31vous avez bien bossé.
00:59:32Alors là, c'est Gilou.
00:59:34Je suis venu en espion.
00:59:35Il était génu.
00:59:35Gilou,
00:59:38regarde-moi pour la photo,
00:59:40Gilou.
00:59:42Alors, peut-on encore
00:59:43rapporter quelque chose
00:59:44du travail à la maison
00:59:45au 21e siècle ?
00:59:46Peut-on encore connaître
00:59:47dans son entreprise
00:59:48des moments personnels ?
00:59:50Ou s'arranger
00:59:51avec le règlement ?
00:59:52Oui, tu peux.
00:59:55Tu peux.
00:59:55Il y a un stylo,
00:59:57un rouleau de scotch,
00:59:59un peu de papier,
01:00:00mais personne ne te le dira
01:00:02parce que tout le monde a peur.
01:00:04Mais non,
01:00:05c'est devenu tellement
01:00:06fliqué,
01:00:07entre guillemets,
01:00:08que tu ne sais pas,
01:00:09tu peux te faire virer
01:00:11pour un truc comme ça.
01:00:12tout est compté,
01:00:15c'est le moindre truc
01:00:15qui est compté.
01:00:17Tu sais,
01:00:17les fournitures,
01:00:18ne serait-ce que
01:00:19les fournitures,
01:00:20ça la croit à l'avail,
01:00:21des fois.
01:00:22Donc,
01:00:23on peut,
01:00:24oui,
01:00:24tout le monde le fait,
01:00:25mais on a comme une paire de gants.
01:00:27Tout le monde a une paire de gants
01:00:28de l'usine de la voiture.
01:00:31Mais c'est beaucoup moins,
01:00:32et on le dit beaucoup moins.
01:00:34On le montre beaucoup moins.
01:00:35De nos jours,
01:00:37on en voit moins
01:00:39parce qu'il y a moins
01:00:39de personnes
01:00:40qui travaillent
01:00:41dans ces contextes.
01:00:42En revanche,
01:00:43on voit des petits programmes
01:00:45informatiques se créer.
01:00:46Donc,
01:00:47c'est des pyrrhiques virtuels
01:00:48pour des populations
01:00:49qui font de l'informatique
01:00:53et qui aiment créer
01:00:54avec la complicité
01:00:56de leurs collègues,
01:00:57veulent voir
01:00:58si un programme peut marcher.
01:01:00Ça ne fait pas partie
01:01:00de la production demandée.
01:01:02Et donc là,
01:01:03ça capte de nouveau
01:01:04une nouvelle
01:01:05population
01:01:06qui essaye
01:01:08de s'affranchir
01:01:10de sa trajectoire
01:01:11peut-être
01:01:12grâce à ces objets.
01:01:16Ceinturée de verbocage,
01:01:17Eche-sur-Alzette
01:01:18est une métropole
01:01:19de la sidérurgie contemporaine.
01:01:2118 eaux fourneaux,
01:01:23une production annuelle
01:01:24de 2 millions de tonnes
01:01:25d'acier brut.
01:01:26Voilà ce que représente
01:01:27le bassin d'Eche.
01:01:30Nous nous trouvons
01:01:30dans une des usines
01:01:31les plus modernes d'Europe.
01:01:33Les escalators
01:01:34facilitent la relève
01:01:35des équipes.
01:01:41Tous ces éléments
01:01:42qui tenaient ensemble
01:01:43à une certaine époque
01:01:44sont désarticulés.
01:01:47Désarticulés
01:01:47par effectivement
01:01:48la fermeture des usines,
01:01:50par la montée
01:01:51de la société
01:01:51de consommation,
01:01:53le remplacement
01:01:54des générations aussi.
01:01:55Ça, c'est très important.
01:01:56Des générations
01:01:57qui ont été plus scolarisées,
01:01:58qui ne sont pas
01:01:58dans la même perspective,
01:02:00qui n'ont pas
01:02:01le même rapport
01:02:01au travail aussi.
01:02:03La transformation
01:02:04du procès de travail
01:02:05ou le savoir-faire
01:02:06manuel, disons,
01:02:08compte de moins en moins,
01:02:09où on a des opérateurs
01:02:11qui remplacent
01:02:11des ouvriers de métier,
01:02:12etc.
01:02:13Tout ça, à mon avis,
01:02:14c'est ça qui fait
01:02:15un ensemble
01:02:16qui va marginaliser
01:02:17cette logique-là.
01:02:18Ici, aux aciéries,
01:02:20il faut des hommes solides,
01:02:22car tout est grand,
01:02:23de proportions inhabituelles,
01:02:24gigantesques même,
01:02:26à la mesure de la puissance
01:02:27et de la noblesse du feu,
01:02:28alimentés, domestiqués,
01:02:30dans lesquels
01:02:31s'engendre l'acier.
01:02:37Mais c'est aussi
01:02:38un travail d'équipe.
01:02:40Par les responsabilités
01:02:41et les dimensions
01:02:42de la tâche,
01:02:43aussi bien que par
01:02:44l'organisation mécanisée
01:02:45du travail,
01:02:46dans une sécurité éprouvée,
01:02:47chacun à son poste
01:02:49joue sa partie seul,
01:02:50mais dans une conception
01:02:52d'ensemble.
01:02:53Il y a aujourd'hui,
01:02:54comme tu dis,
01:02:55chacun,
01:02:56c'est beaucoup
01:02:56des postes
01:02:57de pilotage,
01:02:59de cabine.
01:03:00Il n'y a plus personne,
01:03:01on ne les voit plus.
01:03:02Ils sont seuls
01:03:03devant leur écran,
01:03:05même pour un aminoir,
01:03:06il n'y a presque plus
01:03:07personne dans les usines.
01:03:09On est maintenant
01:03:09dans un monde du travail
01:03:10où les gens sont isolés
01:03:11puisqu'ils sont devant
01:03:12des écrans.
01:03:13Ils sont isolés
01:03:13et peu nombreux,
01:03:14parce que même les gens
01:03:15en contact avec la matière
01:03:16ne sont pas si nombreux
01:03:18que ça.
01:03:19On a l'impression,
01:03:20ce n'est pas vrai,
01:03:21mais ça donne l'impression
01:03:22de fonctionner tout seul.
01:03:23quand j'ai commencé
01:03:32en 1985,
01:03:33on était dans un service
01:03:34où on avait quand même
01:03:36je veux dire
01:03:37120,
01:03:38130 bonhommes
01:03:39par chiche.
01:03:41Et on a eu
01:03:42une modernisation
01:03:43en 1989
01:03:44et puis on a descendu
01:03:48à une trentaine de personnes.
01:03:50Et il y a de plus en plus
01:03:51d'anonymat
01:03:51parce qu'il n'y a plus
01:03:52de cohésion
01:03:52entre les individus.
01:03:54Et les individus
01:03:54ne vont pas se prêter
01:03:55main forte
01:03:56parce qu'ils diront
01:03:56lui je ne le connais pas
01:03:57ou alors lui
01:03:58je ne vois pas très bien
01:03:59quel lien je peux avoir
01:04:00avec lui.
01:04:01Le lien que j'avais
01:04:01qui était avant
01:04:02le petit verre d'alcool
01:04:03que je buvais
01:04:03à la fin du service
01:04:04ou en début,
01:04:06ce petit lien-là
01:04:07s'est disparu.
01:04:08Les individus
01:04:08sont des individus.
01:04:09On n'a plus
01:04:10un sentiment de groupe.
01:04:11Il n'y a plus
01:04:11de ce qu'on appellait
01:04:12autrefois
01:04:13l'esprit de maison.
01:04:14On va dire
01:04:29qu'on vient
01:04:30d'un peu partout
01:04:31maintenant.
01:04:31C'est vrai
01:04:32que je pense
01:04:32que dans le temps
01:04:32de traverser la rue
01:04:34tu allais directement
01:04:34travailler je pense.
01:04:36Maintenant
01:04:36on vient d'un peu partout.
01:04:37Je veux dire
01:04:38moi l'usine
01:04:39elle est à 32 km
01:04:39de chez moi
01:04:40forcément je ne connais pas.
01:04:41Je connais bien
01:04:42mes collègues
01:04:42comme je disais tout à l'heure
01:04:43c'est quand même
01:04:44une petite famille
01:04:45donc on essaye
01:04:46d'avoir cet esprit
01:04:47de faire une petite sortie
01:04:49ensemble
01:04:49d'aller faire un karting
01:04:50d'aller faire un bowling
01:04:51pour garder justement
01:04:53cet esprit de cohésion.
01:04:55Quelque part
01:04:55si tu ne l'as pas
01:04:56ça marche moins bien
01:04:58ou ça ne marche pas du tout.
01:04:59On a changé
01:05:00récemment
01:05:01on a changé
01:05:01de directeur
01:05:02d'usine.
01:05:07Je n'ai jamais vu.
01:05:08Je sais qui c'est
01:05:09mais j'ai jamais vu.
01:05:11Avant ils venaient
01:05:12ils se baladaient
01:05:12dans l'usine
01:05:14on les voyait
01:05:15de temps en temps
01:05:15on les voit plus.
01:05:18Ils restent
01:05:18grands bureaux
01:05:19et nous c'est l'usine.
01:05:20C'est rare qu'on les voit.
01:05:22C'est beaucoup officiel
01:05:23c'est tout monatgérial.
01:05:27Maintenant c'est facile
01:05:28ça me fait rire
01:05:29parce qu'il faut
01:05:29se référer au N plus 1
01:05:31puis après
01:05:32si ça ne va pas
01:05:32que le N plus 1
01:05:33tu dois référer
01:05:34au N plus 2
01:05:35puis le temps
01:05:36que la décision
01:05:36elle redescende
01:05:37toi t'es là
01:05:37t'attends.
01:05:39T'attends.
01:05:41Ok chef.
01:05:45A l'heure du management moderne
01:05:48des process
01:05:48de l'automatisation
01:05:50une question se pose
01:05:51que devient
01:05:53l'expérience humaine
01:05:54le savoir-faire
01:05:55accumulé toutes ces années
01:05:56et dont parlent
01:05:57souvent les nostalgiques.
01:05:59Les blocages de photo
01:05:59il n'y en a plus
01:06:00à tel point
01:06:02que c'est un problème
01:06:03maintenant
01:06:03parce que
01:06:05bah oui
01:06:05parce que c'est une technique
01:06:07si tu veux
01:06:08il n'y a pas de bouquin
01:06:10qui dise comment on fait
01:06:11même sur l'habit
01:06:13même sur l'habit
01:06:14sur papier
01:06:14on a écrit
01:06:18toutes les tâches
01:06:18à tous les niveaux
01:06:20d'aller au fourneau
01:06:21il faut faire ça
01:06:22pour ça
01:06:22il faut faire ça
01:06:23pour ça
01:06:23maintenant
01:06:24le gars qui vient
01:06:24au fourneau
01:06:25le fourneur qui vient
01:06:26il lit ce qu'on a marqué
01:06:28il répète
01:06:30il vérifie
01:06:31ce qu'il fait bien
01:06:31et normalement
01:06:32ça se passe bien
01:06:33mais le jour
01:06:34il y a un blocage
01:06:34de fourneaux
01:06:35on rappelle les anciens
01:06:38on était des ouvriers
01:06:41tout simplement
01:06:42à l'époque
01:06:42on a évolué ensuite
01:06:43mais à la base
01:06:44on était des ouvriers
01:06:45on était un peu mieux payés
01:06:47que la majorité des gens
01:06:49qui ne travaillent pas
01:06:49en Cisalogie
01:06:50mais à côté de ça
01:06:51on ne faisait pas
01:06:52un boulot
01:06:53qui était extraordinaire
01:06:54je veux dire
01:06:55cette fois
01:06:55c'est quand même
01:06:56quelque chose
01:06:57l'élaboration de l'acier
01:06:59et toutes ces choses-là
01:06:59moi ça m'a passionné
01:07:00dès que j'étais en âge
01:07:01de comprendre ces choses-là
01:07:02c'est pour ça que j'aimais
01:07:03à l'usine
01:07:03parce que c'est un truc
01:07:04quand même
01:07:04ça sort du commun
01:07:06c'est pas le boulot banal
01:07:09on crée quelque chose
01:07:10de rien
01:07:10avec des métaux
01:07:11avec du minerai
01:07:13on arrive à de l'acier
01:07:14et à aller créer derrière
01:07:15des pièces pour des véhicules
01:07:16des choses comme ça
01:07:16on peut faire tout un tas de choses
01:07:17c'est quand même passionnant
01:07:18et puis tout
01:07:18de la grosse industrie
01:07:20on rentre sur un site
01:07:21on passe la barrière
01:07:22on a l'impression
01:07:22d'être sur une autre planète
01:07:23aussi des fois
01:07:24donc c'est ce truc-là
01:07:25moi j'ai envie de dire
01:07:27qu'à la base
01:07:28ça reste quand même
01:07:29un domaine assez particulier
01:07:30la sidérurgie
01:07:31il y a deux solutions
01:07:32la première c'est on l'aime
01:07:33la deuxième c'est on l'aime pas
01:07:35oui c'est ça
01:07:36moi je lui ai toujours dit
01:07:37depuis tout petit
01:07:37mon père
01:07:38que je voulais aller travailler
01:07:39à l'usine
01:07:39j'aime les grosses machines
01:07:42la grosse mécanique
01:07:43un peu le bout du danger
01:07:45parce qu'on a l'impression
01:07:47de faire quelque chose
01:07:47quand même de grand
01:07:48d'important
01:07:48c'est pas le petit métier
01:07:50c'était impressionnant
01:07:51de l'extérieur
01:07:52déjà
01:07:52puis j'ai eu la chance
01:07:53quand j'étais petit
01:07:54avec les visites
01:07:55mon père
01:07:55il pouvait faire visiter le site
01:07:56donc je suis rentré
01:07:58dans les hauts fourneaux
01:07:59je suis rentré
01:07:59j'ai vu les installations
01:08:02avant d'avoir l'âge
01:08:03de pouvoir y travailler
01:08:04peut-être que l'autonomie ouvrière
01:08:25tient son origine
01:08:26de l'époque
01:08:26où la main d'oeuvre paysanne
01:08:27s'autorisait à quitter la mine
01:08:29ou l'atelier
01:08:29pour aller finir les moissons
01:08:31peut-être aussi
01:08:33qu'elle a été encouragée
01:08:34par un patronat
01:08:35qui sédentarisait
01:08:36des nomades souvent immigrés
01:08:37en leur procurant
01:08:38des maisons solides
01:08:39des jardins
01:08:40des services
01:08:41ou du matériel
01:08:42toujours est-il
01:08:45que cette autonomie
01:08:46permet de comprendre
01:08:47un attachement fort
01:08:48non seulement au travail
01:08:48mais à tout un ensemble
01:08:50de petites choses
01:08:51qui créent une façon
01:08:52d'être ensemble
01:08:53la bricole ou la fauche
01:08:56n'était sans doute pas
01:08:57le salaire compensatoire
01:08:58dont on a parfois parlé
01:09:00mais certainement
01:09:01une résistance
01:09:02à des règles jugées
01:09:03trop contraignantes
01:09:04et un système de lien
01:09:05entre les individus
01:09:07Bonne sainte barbe à tous
01:09:08que cela vous permette
01:09:09de vous retrouver
01:09:10et puis surtout
01:09:11de rappeler
01:09:12notre passé
01:09:14notre patrimoine
01:09:15minier
01:09:15et sidériologique
01:09:16sur notre secteur
01:09:18donc bonne sainte barbe
01:09:19à tous
01:09:20mineurs et pompiers
01:09:20pour les mineurs
01:09:30le rituel rassembleur
01:09:31était la sainte barbe
01:09:32pour les sidérurgistes
01:09:34la sainte éloi
01:09:35et on y organisait
01:09:36des défilés
01:09:37et surtout un grand repas
01:09:38qui pouvait être
01:09:39comment dire
01:09:40mémorable
01:09:42dans les années 70
01:09:45mon père
01:09:46qui est rentré
01:09:46qui est rentré
01:09:47à chaque sainte éloi
01:09:48tout le quartier
01:09:49d'abord l'ange
01:09:49j'habitais
01:09:50les mères
01:09:51et les frères aînés
01:09:52allaient au bus
01:09:53qui s'arrêtaient
01:09:54rue de messe
01:09:55pour aller chercher
01:09:56les pères
01:09:56qui revenaient
01:09:57ivrement
01:09:57et qui les descendaient
01:09:59et ensuite
01:09:59ils les amenaient
01:10:00chacun chez soi
01:10:01parce qu'ils savaient
01:10:02très bien
01:10:02que le jour
01:10:02de la sainte éloi
01:10:03la police
01:10:04fermait les yeux
01:10:04je sais très bien
01:10:05qu'à un moment donné
01:10:06je te rends compte
01:10:06une bonne
01:10:07mais au moins
01:10:07les bonnes
01:10:07mon père
01:10:08qui conduisait
01:10:09une 4L
01:10:09mais dans un état
01:10:11de vache polonaise
01:10:11complètement ivrement
01:10:13avec son contre-maître
01:10:14qui était à côté
01:10:15qui lui
01:10:15était propriétaire
01:10:16de la 4L
01:10:16et qui dormait
01:10:17contre la vide
01:10:18de la 4L
01:10:18et les flics
01:10:20et tout le monde
01:10:21en parle encore
01:10:21les flics
01:10:22qui a un barrage
01:10:23voyant très bien
01:10:23que les voitures
01:10:24tournaient comme ça
01:10:24les types
01:10:25savaient très bien
01:10:26qu'ils arrêtaient
01:10:26tous les ouvriers
01:10:27ou ils arrêtaient personne
01:10:28donc ils n'essayaient pas
01:10:29de contrôler
01:10:30l'autre côté
01:10:30ils essayaient de contrôler
01:10:31les flux de voitures
01:10:32donc ils arrêtaient
01:10:33la baignée de mon père
01:10:34allez-y
01:10:35mon père
01:10:35qui était comme ça
01:10:36et le flic
01:10:38qui arrive
01:10:38qui dit
01:10:38Joseph
01:10:39qu'est-ce que tu fais
01:10:40il faut rouler
01:10:40oui tu comprends
01:10:42et puis le jeune
01:10:43il est un peu emmerdé
01:10:44il dit
01:10:45donne-moi les papiers
01:10:46il prend les papiers
01:10:47histoire d'avoir
01:10:48un peu de contenance
01:10:48il voit
01:10:49je ne sais pas quoi
01:10:50sur les papiers
01:10:50il dit
01:10:50ouais mais c'est à qui
01:10:51la voiture
01:10:51c'est au Roland
01:10:52Roland il faut qu'il signe
01:10:55parce qu'il n'a pas signé
01:10:55son permis
01:10:56je ne sais pas quoi
01:10:57alors mon père
01:10:58qui tape contre Roland
01:10:59il dit
01:10:59Roland réveille-toi
01:11:00alors lui
01:11:00écrasé contre la vitre
01:11:02tu te rappelles
01:11:02les quatre ailes
01:11:02tu es obligé
01:11:03de tirer un peu
01:11:04sur la vitre
01:11:04et de décaler
01:11:05le morceau de vitre
01:11:07donc le flic fait le tour
01:11:08il toque contre le carreau
01:11:09mon père qui ouvre le carreau
01:11:10le Roland qui se réveille
01:11:11il voit du gérouphard partout
01:11:12il voit mon père
01:11:13avec un papier
01:11:14un stylo
01:11:14il voit le flic
01:11:15il prend le stylo
01:11:16et il s'ouvre dans le stylo
01:11:18tu vois
01:11:18tu vois
01:11:20voilà
01:11:21et ça
01:11:22c'était la Sainte-Éloi
01:11:23moi de me souvenir
01:11:24à la Sainte-Éloi
01:11:24que j'en ai
01:11:25quand j'étais petit
01:11:25c'était vraiment
01:11:26une sorte de cafarnaum
01:11:27alcoolisé
01:11:28et chacun faisait ça
01:11:30sur son site de travail
01:11:31c'était pas dans des salles de fête
01:11:33où on délocalisait
01:11:34où on aseptisait
01:11:35tout ça
01:11:35c'était
01:11:37c'est la façon
01:11:38de dire
01:11:38à l'époque
01:11:39on avait
01:11:40pas beaucoup d'activité
01:11:41et pas de loisir
01:11:42si ce n'est que
01:11:43bavarder devant la porte
01:11:44écouter le Tour de France
01:11:46à la radio
01:11:46c'était
01:11:47c'était fabuleux
01:11:48écouter un moche de foot
01:11:49à la radio
01:11:50mais pas tout seul
01:11:51avec
01:11:52et puis après
01:11:53effectivement
01:11:53donc ils ont plus
01:11:54la nostalgie
01:11:55à mon avis
01:11:55des
01:11:56nostalgie
01:11:57des valeurs
01:11:59de base
01:11:59des relations humaines
01:12:00en particulier
01:12:00que
01:12:01de l'aspect
01:12:02matérialiste
01:12:03de l'usine
01:12:05parce que l'usine
01:12:06ça reste quand même
01:12:07pour beaucoup
01:12:08l'endroit de labeur
01:12:10d'accident
01:12:12de mort
01:12:13de très mauvais souvenirs
01:12:14qu'on essaie plus
01:12:15d'oublier qu'autre chose
01:12:16mais la camaraderie
01:12:18a fait que
01:12:19ben voilà
01:12:19ça s'est répercuté
01:12:20dans la rue
01:12:21et c'est de ça
01:12:22dans les sens nostalgiques
01:12:22à mon avis
01:12:23c'est pas du tissu industriel
01:12:24je crois pas beaucoup
01:12:25parce qu'il n'y avait pas que ça
01:12:27finalement
01:12:27la chance
01:12:28d'avoir une usine
01:12:29d'avoir beaucoup de rital
01:12:31qui étaient des gens
01:12:31travailleurs
01:12:32ben fait que
01:12:33tout comme aujourd'hui
01:12:34on assiste
01:12:34pour nos amis portugais
01:12:36ben il y avait des restos
01:12:37italiens
01:12:37des épiceries italiennes
01:12:39des cafés italiens
01:12:40c'était le gros bonheur
01:12:42les règlements interdisaient officiellement
01:12:57la fauche
01:12:58la bricole
01:12:58l'alcool
01:12:59le Saint-Lindy
01:12:59les casse-croûtes
01:13:00la vadrouille
01:13:01les siestes
01:13:02mais cela se faisait
01:13:03sans en parler
01:13:03c'était normal
01:13:05c'était un système global
01:13:07qu'il ne faut cependant
01:13:09pas idéaliser
01:13:09car il concernait
01:13:10certains plus que d'autres
01:13:11les maghrébins
01:13:13étaient moins souvent
01:13:14dans ces réseaux
01:13:14qui excluaient aussi
01:13:16les apprentis
01:13:17et les femmes
01:13:18je viens donc
01:13:19de faire un dernier tournage
01:13:20dans mon vieux pays
01:13:21aux trois frontières
01:13:22au coeur de l'Europe
01:13:23et j'emmène avec moi
01:13:24mes deux enfants
01:13:25leur cheminement
01:13:26à travers les vieilles ruelles
01:13:27de ma ville
01:13:27est le même
01:13:28que celui que ma cousine
01:13:30et moi faisions
01:13:30aux mêmes endroits
01:13:31et au même âge
01:13:32il y a 50 ans
01:13:33j'essaie d'imaginer
01:13:37ce qu'ils feront
01:13:37dans 15 ans
01:13:38et à quoi ressemblera
01:13:40le monde du travail
01:13:40dans l'Europe à venir
01:13:42les vestiaires
01:13:44de l'usine du Cange
01:13:45ne reconnaîtraient pas
01:13:46la classe ouvrière
01:13:47dix fois moins de monde
01:13:48on ne vit plus
01:13:49dans la même rue
01:13:50l'hypermarché fournit
01:13:51le matériel utile
01:13:52on badge en arrivant
01:13:53le sentiment d'appartenance
01:13:54est faible
01:13:55et on ne boit plus au boulot
01:13:56les repas sont pris
01:13:57souvent seuls
01:13:58ou à deux
01:13:58un peu partout
01:14:01chacun aspire à peu près
01:14:02aux mêmes choses
01:14:03consommateurs
01:14:04de la même culture
01:14:05et avec les mêmes références
01:14:06et même au sein
01:14:07de ce qui reste
01:14:08de la classe ouvrière
01:14:09si beaucoup se sont intégrés
01:14:10à la marche du temps
01:14:11d'autres
01:14:12se sont considérablement
01:14:13appauvrés
01:14:14dans ce contexte transformé
01:14:17qu'est donc devenue
01:14:19l'autonomie
01:14:20des Trente Glorieuses
01:14:21qui était le moteur
01:14:22des satisfactions
01:14:23et des joies
01:14:23et se trouve
01:14:2440 ans plus tard
01:14:25au cœur des nostalgies
01:14:26la question se pose
01:14:30tout de même
01:14:30de savoir
01:14:31si la performance technologique
01:14:32et les améliorations
01:14:33de la sécurité
01:14:34n'ont pas tué
01:14:35ce qu'on appelait
01:14:36les mains d'or
01:14:37les jeunes qui travaillent
01:14:40en 2022
01:14:41dans la sidérurgie
01:14:42ont fait plus d'études
01:14:43que leurs pères
01:14:43et se disent attirés
01:14:44par le contexte technologique
01:14:45et sécurisé
01:14:46parfois
01:14:47quelques-uns restent curieux
01:14:49de l'héroïque
01:14:50cuisine bricoleuse
01:14:50des pères
01:14:51et s'étonnent
01:14:52des libertés
01:14:53qu'ils y prenaient
01:14:56il demeure sans doute encore
01:14:58des manières de braver
01:14:58les interdits
01:14:59et de s'accorder
01:15:00certaines largesses
01:15:01on peut deviner
01:15:02des contours
01:15:02plus immatériels
01:15:03comme les vols
01:15:04de programmes informatiques
01:15:05la bricole
01:15:06de documents numériques
01:15:07ou l'utilisation
01:15:08du portable
01:15:08mais l'alcool
01:15:09est sorti de l'usine
01:15:10l'organisation
01:15:12est maintenant
01:15:12gérée informatiquement
01:15:13de même que
01:15:14tout le cycle
01:15:15de production
01:15:15et on a mis
01:15:16la matière à distance
01:15:17sécurité oblige
01:15:18désormais
01:15:20les gardes surveillent
01:15:21davantage
01:15:21les friches industrielles
01:15:22que les usines
01:15:23en marche
01:15:24les mineurs
01:15:27et les sidérurgistes
01:15:28d'avant
01:15:29mettent en évidence
01:15:29un certain nombre
01:15:30de besoins
01:15:30humains et sociaux
01:15:32individuels et collectifs
01:15:33le besoin des autres
01:15:34mais aussi d'être seul
01:15:35le besoin d'une satisfaction
01:15:37au travail
01:15:38de respect
01:15:38de reconnaissance
01:15:40et le besoin
01:15:41d'un lien
01:15:41entre le monde professionnel
01:15:42et le monde privé
01:15:44sous peine de n'avoir
01:15:45qu'un poste
01:15:46avec une heure de début
01:15:47et une heure de fin
01:15:48et un salaire au bout
01:15:49les questions
01:15:53que soulèvent
01:15:53fauches
01:15:54bricoles
01:15:54contournements
01:15:55résistances
01:15:56systèmes d'entraide
01:15:57et hobbies
01:15:57sont universelles
01:15:58et transposables
01:15:59partout
01:16:00et à l'heure
01:16:02où la Covid
01:16:02a envoyé à la maison
01:16:03des millions de personnes
01:16:04la question des relations
01:16:05au poste
01:16:06aux collègues
01:16:07et à l'univers privé
01:16:08mérite d'être posée
01:16:09à nouveaux frais
01:16:10après les tournages
01:16:17pour ce film
01:16:18je suis rentré
01:16:18chez moi
01:16:19dans ma vie régulière
01:16:20et ça n'a pas loupé
01:16:21à peine le travail repris
01:16:22un matin
01:16:23ma direction
01:16:24me reprochait
01:16:24un coup de fil
01:16:25passé à mon garagiste
01:16:26pendant les heures de travail
01:16:27du coup
01:16:29j'ai remis dans mon bureau
01:16:31les photos perso
01:16:31qu'on m'avait demandé
01:16:32d'enlever trois mois avant
01:16:33et si on m'embête encore
01:16:39je ferai de la bricole
01:16:40et j'organiserai
01:16:41un système de troc
01:16:42dans les bureaux
01:16:43à l'ancienne quoi
01:16:44à l'ancienne quoi
01:16:49voilà
01:16:50j'aime
01:16:54je m' montage
01:17:27...
01:17:57...
01:18:27...
01:18:29...
01:18:31...
01:18:33...
01:18:35...
01:18:39...
01:18:41...
01:18:43...
01:18:45...
01:18:49...
01:18:51...
01:18:53...
01:18:55...
01:18:57...
01:18:59...
01:19:01...
01:19:03...
01:19:05...
01:19:07...
01:19:09...
01:19:21...
01:19:23...
01:19:25...
01:19:27...
01:19:29...
01:19:31...
01:19:33...
Commentaires

Recommandations