- il y a 4 mois
Avec Hélène Vecchiali, psychanalyste, essayiste et autrice de "La déconstruction des hommes - Une fausse bonne idée" aux éditions Tredaniel
Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 15h pour l'émission "La force de l'engagement" sur Sud Radio.
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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2025-09-14##
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NewsTranscription
00:00AGP, Association d'assurés, engagés et responsables, présente
00:04Sud Radio, la force de l'engagement, 15h15h30, Muriel Rius
00:10Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans la force de l'engagement,
00:13l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
00:17Aujourd'hui, je reçois Hélène Vecchiali, psychanalyste, essayiste et autrice.
00:22Mais avant de commencer notre conversation, arrêtons-nous un instant autour de cette question.
00:27Faut-il aujourd'hui s'engager pour un éveil collectif des hommes ?
00:32Eh bien oui, parce que l'enjeu aujourd'hui, ce n'est plus seulement d'écouter les femmes,
00:35leurs combats, leurs colères, leurs blessures, mais c'est aussi de mettre les hommes face à eux-mêmes.
00:40C'est de poser sur eux ce regard lucide et de les inviter à se reconnaître
00:43dans ce qu'ils nourrissent, incarnent, transmettent, tolèrent.
00:47Non pas individuellement, bien sûr, non pas comme une somme de parcours isolés,
00:51mais comme un corps social, une culture, un héritage.
00:54C'est les inviter à un chemin d'éveil collectif.
00:57Alors beaucoup, bien sûr, ont déjà amorcé ce chemin.
01:00Certains s'engagent, soutiennent, avancent sur les droits fondamentaux des femmes.
01:04Leur sécurité, leur liberté, leur égalité, leur dignité.
01:07Mais trop souvent encore, ce sont les femmes qui portent seules
01:09la charge de la vigilance, de la dénonciation, de la pédagogie.
01:13Elles expliquent, elles alertent, elles protègent,
01:16parfois même au cœur de leur vie et au prix de leur vie.
01:18Il est temps, je crois que vous serez d'accord avec moi,
01:21que les hommes prennent place au premier rang de ces combats.
01:24Car si l'on reste à quelques voies masculines isolées,
01:26l'équilibre ne basculera pas.
01:28L'éveil individuel, aussi sincère soit-il, ne suffit pas.
01:32Tant qu'il ne devient pas un mouvement global,
01:34tant qu'il n'irrigue pas toutes les sphères,
01:35la famille, l'école, l'entreprise, la politique,
01:38les violences persistent, le sexisme se répète
01:40et l'égalité recule.
01:42S'engager pour un éveil collectif des hommes,
01:44c'est refuser l'illusion qu'il suffirait de quelques figures exemplaires.
01:48C'est exiger que l'ensemble des hommes ouvrent les yeux
01:51sur la réalité des violences, sur la banalisation du sexisme,
01:54sur la responsabilité qu'ils portent dans ce système.
01:57Car le patriarcat n'est pas seulement une domination,
02:00c'est aussi une prison.
02:01Une prison qui enferme les femmes dans la peur et la contrainte,
02:03mais qui enferme aussi les hommes dans des rôles de force
02:06et de virilité à imposer.
02:08L'éveil collectif, c'est briser ses chaînes des deux côtés.
02:11Alors oui, cet éveil doit être collectif.
02:13Des femmes qui parlent, dénoncent, résistent.
02:16Des hommes qui se lèvent, qui écoutent, qui agissent.
02:19Pas au calendrier des bonnes intentions,
02:21mais parce que la société n'a plus le temps d'attendre.
02:23S'engager pour cet éveil collectif des hommes,
02:26c'est transformer une minorité lucide en majorité active.
02:28C'est passer de la prise de conscience à la responsabilité.
02:32Et c'est au fond redonner aux hommes
02:34la possibilité d'aimer, de travailler, de vivre
02:36dans une société, enfin libérée de cette violence
02:39qui les déshonore autant qu'elle détruit les femmes.
02:42Sud Radio, la force de l'engagement, Muriel Reus.
02:46Bonjour Hélène, vous êtes psychanalyste, essayiste,
02:50autrice de plusieurs ouvrages
02:51et vous publiez aujourd'hui
02:52La déconstruction des hommes, une fausse bonne idée
02:55aux éditions Très Daniel.
02:57Un livre qui affirme qu'il ne s'agit pas
02:58de déconstruire les hommes,
03:00mais de leur proposer un chemin d'éveil,
03:02d'initiation intime et individuelle
03:03pour qu'ils prennent pleinement leur place dans l'égalité.
03:06Alors Hélène Becquiali,
03:08vous avez choisi d'écrire sur un terrain,
03:10on peut le dire, un peu verrouillé,
03:13parce qu'il est souvent perçu comme accusatoire,
03:16celui des hommes, de leur place dans la société,
03:18de leur rôle dans l'égalité,
03:20du pouvoir masculin, de ses résistances.
03:23Alors pourquoi vous avez choisi ce terrain-là,
03:25autant de choquer les féministes et les masculinistes ?
03:28Alors mon livre est dédié aux hommes de bonne volonté,
03:32par conséquent je laisse de côté les masculinistes
03:35qui sont figés dans une posture haineuse et de colère.
03:40En revanche, mon propos est très bien accueilli
03:42et par les femmes et par les hommes.
03:45Par les femmes, surtout les féministes,
03:47parce que je les remercie tout le long du livre,
03:50je les remercie de lancer une alerte,
03:52je les remercie de provoquer un électrochoc,
03:55parce que c'est évident qu'on ne peut plus continuer,
03:59les hommes ne peuvent plus continuer
04:00à nier la moitié de l'humanité.
04:03Les hommes de leur côté savent que je ne les accuse pas
04:06parce qu'au contraire, je fais confiance
04:09à leur intelligence de cœur,
04:11je sais qu'elle existe.
04:13En tant que psychanalyste et puis coach de haut dirigeant,
04:16j'ai pu voir qu'ils étaient capables de courage
04:19pour se regarder en face
04:21et pour faire en sorte de changer.
04:24Ce mot déconstruction, on en parle beaucoup.
04:28Il y a ceux qui l'acceptent,
04:30ceux qui ne le comprennent pas.
04:33Ils ont nourri quand même des décennies de pensées critiques.
04:36Ça, on peut peut-être le lui reconnaître à ce terme-là.
04:39C'est peut-être aussi lui qui a permis
04:40de mettre au jour le patriarcat comme système.
04:44En disant que cette déconstruction des hommes
04:46est une fausse bonne idée,
04:47est-ce qu'on n'est pas en train de fragiliter
04:49ce qu'on pourrait considérer
04:50comme un héritage intellectuel et politique ?
04:52Non, je ne crois pas parce qu'il faut distinguer deux choses.
04:57La déconstruction du patriarcat
04:59et la déconstruction des hommes.
05:01Donc la déconstruction du patriarcat,
05:03je suis absolument pour
05:04et j'ai beaucoup aimé votre édito
05:06qui va tout à fait dans ce sens
05:08parce qu'effectivement,
05:10le patriarcat est toxique pour les femmes
05:12mais aussi pour les hommes,
05:13on ne le dit pas assez.
05:13En revanche, je vais moi proposer autre chose
05:18que la déconstruction des hommes,
05:20des individus
05:20et par ailleurs,
05:23de vouloir déconstruire les hommes,
05:25ça laisserait supposer que toutes les masculinités sont toxiques,
05:28ce qui n'est pas le cas.
05:29L'homme n'est pas forcément toxique de nature.
05:32Et puis enfin,
05:34déconstruire ce qui n'est pas construit
05:36n'est pas forcément du bon sens
05:40puisque un homme qui viole,
05:41qui harcèle,
05:42qui est meurtrier
05:43n'est pas un homme construit.
05:45Alors vous proposez
05:46de remplacer la déconstruction
05:47par un autre chemin,
05:49celui de l'initiation et de l'éveil.
05:51Et vous parlez d'hommes capables
05:52de se transformer de l'intérieur,
05:54de rompre avec les prisons
05:55de la virilité imposée
05:57pour trouver une autre manière
05:58d'être en relation avec les femmes,
05:59avec eux-mêmes,
06:00avec la société.
06:01Dans un instant,
06:02vous allez nous dire
06:03ce que vous entendez par « hommes initiés »
06:05et pourquoi, selon vous,
06:07c'est une seule alternative crédible
06:09au patriarcat.
06:10A tout de suite sur Sud Radio.
06:18Donnez la parole à celles
06:20et ceux qui font bouger la société,
06:21c'est sur Sud Radio
06:22et c'est la force de l'engagement.
06:24Aujourd'hui,
06:24nous nous engageons
06:25pour un éveil collectif des hommes
06:27avec Hélène Vecchiali,
06:28psychanalyste,
06:29autrice de la déconstruction des hommes,
06:31une fausse bonne idée,
06:32aux éditions Très Daniel.
06:33Alors on s'est quitté
06:34sur les hommes initiés,
06:35ces hommes initiés
06:36dont vous nous parlez.
06:37Pour nos éditeurs,
06:38qu'est-ce que cela veut dire ?
06:40Quelles sont les étapes
06:41ou les prises de conscience
06:42qui, d'après vous Hélène,
06:43transforment un homme ordinaire
06:45en homme initié ?
06:47Alors, si je devais être très synthétique,
06:49je dirais qu'être un homme initié,
06:53c'est refuser de se soumettre
06:56à toutes les figures tutélaires,
06:58entre obéir collectivement
07:02comme un fils aux injonctions du matriarcat,
07:05c'est-à-dire déconstruis-toi,
07:07ou obéir collectivement
07:09comme un fils encore
07:10aux injonctions insensées
07:12du patriarcat,
07:13soit un homme viril, mon fils,
07:15eh bien, moi, je propose
07:17de devenir un homme initié.
07:19Je propose une troisième voie.
07:21En quoi ça consiste ?
07:22Eh bien, c'est un rite de passage
07:24et ce chemin est en trois étapes.
07:28Je vais les décrire
07:29et puis je donnerai un exemple,
07:30ça sera quand même plus parlant.
07:32Tout d'abord, prendre conscience
07:34du fait qu'on est écrasé
07:36par une autorité.
07:38Écrasé, étymologiquement,
07:40c'est imponéré
07:40qui a donné imposture.
07:43Donc, la première étape,
07:45c'est réaliser
07:46qu'on est dans l'imposture
07:47d'un point de vue étymologique,
07:49c'est-à-dire qu'on est écrasé
07:51inconsciemment ou non
07:52par une autorité parentale.
07:54La deuxième étape,
07:55c'est se révolter,
07:56c'est-à-dire se dire
07:57non, je ne vais pas subir
07:59le joug de quelqu'un
08:00qui va interférer
08:01dans mes désirs
08:02et dans mon pouvoir.
08:04Et la troisième étape,
08:05c'est gagner
08:05au sens de récupérer un gain,
08:08c'est-à-dire récupérer
08:09le pouvoir sur ma vie.
08:12Si j'étais psychanalyste,
08:13je dirais récupérer le phallus,
08:15c'est-à-dire vraiment
08:16le pouvoir sur mon existence.
08:18Donc, je vais donner un exemple
08:20d'un monsieur
08:21dont je parle dans mon livre
08:22qui s'appelle Ludovic
08:24et qui est tombé amoureux
08:26d'une sénégalaise, Fatou.
08:28Et lorsqu'ils ont décidé
08:30de se mettre en couple,
08:32le père de Ludovic
08:33s'y est opposé
08:34en disant à son fils
08:35qu'il n'était pas question
08:36qu'il vive avec une femme noire,
08:38que c'était juste impossible.
08:40Et Ludovic s'est plié
08:42aux injonctions de son père.
08:44Lorsqu'il allait voir ses parents,
08:45il venait sans Fatou.
08:47Et lorsque ses parents
08:48venaient rarement chez lui,
08:50Fatou était en bout de table,
08:51muette et interdite d'exister.
08:53Ludovic travaillait
08:55dans une entreprise
08:56où on lui a offert
08:57un coaching.
08:58Et à un moment,
08:59le coach l'a amené
09:01à comprendre
09:02que Ludovic était terrorisé
09:05presque devant son DG.
09:07Il était vraiment
09:08un petit garçon devant lui
09:11et de fil en aiguille
09:12a réalisé
09:12que son directeur,
09:16son manager,
09:17représentait la figure parentale,
09:19son père.
09:20Et lorsqu'il a fait
09:21ce travail-là,
09:22il est allé voir son père
09:23et il lui a dit
09:24si tu m'obliges à choisir
09:26entre toi et Fatou,
09:27je choisirai Fatou.
09:28Donc on voit bien
09:29qu'il a pris conscience
09:30d'être écrasé
09:31par l'autorité parentale.
09:33Ensuite,
09:34qu'il s'est révolté,
09:35il a dit non
09:35et qu'il a ainsi gagné
09:37le pouvoir
09:37sur sa vie,
09:39sur son existence.
09:41Vous évoquez
09:41la présence d'un coach
09:42pour lui permettre
09:43de faire ce chemin,
09:45ce chemin que vous avez décrit
09:46en trois étapes,
09:47une description très claire.
09:48Est-ce qu'on peut le faire seul
09:50ou est-ce qu'il faut
09:50être accompagné ?
09:51Je crois que les deux cas
09:53sont possibles.
09:54C'est-à-dire qu'il est
09:55tout à fait possible
09:57de seul
09:57se rendre compte
09:59qu'on n'a plus
10:01le pouvoir complet
10:02sur sa vie
10:03et qu'il y a quelqu'un
10:04qui est là
10:05en permanence,
10:07une espèce de force
10:08invisible
10:08qui vient juger
10:10de ses décisions,
10:11de ce qu'on fait,
10:12de son pouvoir
10:13et d'arriver
10:15à partir
10:17de cette constatation
10:18à se révolter.
10:20La révolte
10:21n'est pas toujours
10:22quelque chose
10:23de violent,
10:24n'est pas toujours
10:24quelque chose
10:25de spectaculaire.
10:26Ça peut être
10:26un tout petit changement
10:27interne
10:28qui fait que l'autre
10:29en face perçoit
10:30que c'est fini,
10:31on n'a plus en fils
10:31en face de soi
10:32et qu'il va falloir
10:33faire avec un homme.
10:34D'ailleurs,
10:35pour conclure,
10:36enfin pour conclure,
10:37pour développer
10:38davantage,
10:38vous évoquez
10:39deux meurtres symboliques
10:41et nécessaires
10:42qui se rapprochent
10:43de ce que je venais
10:43de décrire,
10:44j'imagine,
10:45celui du père
10:45et celui de la mère
10:46pour pouvoir mettre
10:47effectivement aux hommes
10:48de s'affranchir,
10:48d'ailleurs même aux femmes,
10:49j'imagine,
10:50c'est à peu près
10:50la même jouve.
10:51Je précise que mon livre,
10:52tout mon livre parle
10:53de la déconstruction
10:54des hommes
10:55mais que je choisis
10:56une autre voie.
10:57Bien évidemment,
10:58à deux ou trois reprises,
10:59j'explique que nous
11:00les femmes aussi,
11:01on a du travail à faire
11:02mais que le sujet
11:03de mon livre,
11:03c'est bien les hommes.
11:05Donc si on reste
11:05sur les hommes
11:06pour permettre donc
11:07aux hommes
11:07de s'affranchir
11:08de ces prisons intérieures,
11:09c'est une formule forte
11:11de dire qu'on doit
11:13symboliquement
11:14tuer le père,
11:16tuer la mère,
11:16c'est vrai qu'en psychanalyse
11:17on l'évoque souvent
11:18mais bon,
11:18dans la vie de tous les jours
11:19c'est quand même
11:20assez fort.
11:21Est-ce que
11:22ces meurtres symboliques
11:24sont vraiment
11:25très importants,
11:26sont nécessaires
11:26dans la construction
11:27de chacun d'entre nous ?
11:28Oui,
11:29c'est vrai que le mot
11:31meurtre
11:31est un terme violent
11:33mais
11:34aucune initiation
11:36ne peut se faire
11:37en douceur
11:40et qu'il est quand même
11:41question à chaque fois
11:42de mort et de renaissance.
11:44Donc en quoi
11:44consistent
11:45ces deux meurtres ?
11:47Eh bien,
11:47le meurtre
11:48symbolique du père
11:50et vous l'avez raison
11:51et vous l'avez dit
11:52et passé dans le langage
11:53courant par
11:54tuer le père,
11:54d'ailleurs on en parle
11:55beaucoup en politique,
11:57de tuer le père
11:58c'est fréquent
12:00avec Chirac,
12:01Pompidou,
12:03Sarkozy,
12:04Hollande,
12:04Macron,
12:05enfin on a vu
12:05à toutes les sources
12:06ça va bien le président
12:07on doit le tuer.
12:08Voilà,
12:08il faut tuer le père.
12:10Donc en quoi ça consiste ?
12:11Eh bien,
12:12ça consiste
12:13à se départir
12:14de ce poids écrasant
12:16du père
12:17et à dire non
12:18et à reprendre
12:19le pouvoir
12:20comme on vient
12:20de le décrire.
12:21En revanche,
12:22le meurtre symbolique
12:23de la mère
12:24est beaucoup moins évoqué,
12:25voire jamais.
12:26c'est quand même tabou
12:28mais il faut en parler
12:29parce que grâce
12:30à cette rupture symbolique
12:32l'homme,
12:32puisqu'il est question
12:33de l'homme ici
12:34mais la femme
12:34a le même travail à faire,
12:36l'homme va pouvoir
12:37couper
12:39avec la fusion
12:40originelle
12:41avec la mère,
12:41avec le soin,
12:42avec la dépendance.
12:43Donc on voit bien
12:44que ces ruptures symboliques
12:46vont permettre
12:47l'une de se libérer
12:49du pouvoir,
12:50l'autre de se libérer
12:51de la symbiose
12:52et sans ces ruptures symboliques
12:54eh bien on va avoir
12:56des hommes
12:56qui vont être prisonniers
12:59soit de la soumission
13:00soit de la dépendance.
13:02Et cette soumission
13:03et cette dépendance
13:04dont ils sont prisonniers,
13:05on peut imaginer
13:06que ça les rende violents
13:08vis-à-vis des femmes ?
13:09Eh bien on peut...
13:09On peut faire ce lien ?
13:10Oui, tout à fait.
13:11On peut imaginer
13:13que lorsque quelqu'un
13:15est mal à l'aise
13:17ou frustré
13:18ou en colère
13:19d'être dominé
13:20par ses figures parentales,
13:21il va avoir envie
13:22de dominer.
13:22On peut imaginer
13:24qu'un homme
13:24qui n'a pas fait
13:25cette rupture symbolique
13:26avec sa mère
13:27eh bien va
13:29dans ses relations
13:29avec sa compagne
13:31reporter sur elle
13:34des frustrations inconscientes,
13:36des colères inconscientes,
13:38tout ce qu'il a pu reprocher
13:40à sa mère
13:40parce qu'il n'y a rien
13:41qui ressemble plus
13:42à une mère
13:44qu'une femme.
13:45Donc il va y avoir,
13:47il va déporter,
13:47il va translater
13:48en quelque sorte
13:49tout ce qu'il a pu ressentir
13:52comme haine passagère
13:54ou colère passagère
13:55ou frustration,
13:56eh bien il va les reporter
13:57sur cette femme.
13:58Alors que s'il est au clair
13:59avec son lien
14:00avec sa femme
14:02et sa mère,
14:03eh bien les choses
14:04vont être plus faciles
14:06pour lui.
14:07C'est-à-dire qu'il faut
14:08qu'il soit misogyne un jour
14:09pour ne pas l'être toujours.
14:10C'est-à-dire qu'il faut
14:11qu'un jour il soit misogyne
14:12avec sa mère
14:13pour ne plus l'être définitivement.
14:14Mais si je reviens
14:15sur vos propos antérieurs,
14:16vous disiez que le lien
14:17avec la mère
14:18pouvait être aussi
14:18un lien absolu
14:19de douceur.
14:21Et alors cette douceur-là,
14:22c'est aussi peut-être
14:23un problème
14:23pour un homme
14:24qui aurait une relation,
14:26qui va avoir une relation
14:28avec une épouse
14:29ou une conjointe.
14:30Mais comme aucune mère
14:31aussi extraordinaire
14:33soit-elle,
14:33n'est parfaite,
14:34cette douceur
14:36peut être ou excessive
14:37ou pas assez.
14:39Ce lien peut être
14:40ou trop ou pas assez.
14:42On remarque souvent
14:43dans les liens,
14:44parce qu'on a ce fameux
14:46complexe d'Oedipe,
14:47on remarque souvent
14:48dans les liens
14:48garçon-maman,
14:50quelque chose
14:51qui peut être excessif
14:52d'un côté ou de l'autre
14:53et que le curseur
14:55est difficilement
14:56et pas facile à mettre.
14:59Par conséquent,
15:00le garçon,
15:01lorsqu'il devient adulte,
15:03pendant un moment,
15:04peut avoir un lien
15:05un peu ambivalent
15:06avec sa mère
15:07et c'est ce travail
15:09de déconstruction
15:10de la mère
15:11fantasmatique
15:12ou la mère imaginaire
15:13qu'il a à faire
15:14pour ensuite
15:15être au clair
15:17avec sa mère
15:17et avec sa compagne.
15:19Alors là,
15:19vous décrivez
15:19un chemin intime,
15:21vous le décrivez très bien
15:22d'ailleurs,
15:23mais qui est presque
15:23psychanalytique
15:25qu'il est d'ailleurs.
15:25Oui,
15:26c'est vrai.
15:27Comment on gère,
15:29et donc c'est du temps long,
15:30comment on gère ça
15:31avec cette société
15:32qui a besoin vraiment
15:33de changements rapides ?
15:34On voit les chiffres
15:35sur les violences
15:35ne baissent pas,
15:36ils augmentent régulièrement,
15:38250 000 femmes
15:39victimes de violences
15:40par an,
15:403,5 millions de femmes
15:43qui subissent
15:44des violences
15:45de toute nature.
15:46Alors,
15:46comment est-ce qu'on peut
15:47passer d'un travail
15:48très personnel
15:48de déconstruction
15:50à ce chemin intime
15:52que vous décrivez
15:53à une transformation
15:54collective
15:55dans la famille,
15:56dans l'école,
15:56dans les institutions ?
15:57Quelles pourraient être
15:58des solutions ?
15:59Eh bien,
16:00je crois que
16:01ce qui est important
16:02de savoir,
16:02c'est que l'initiation
16:03telle que je la décris
16:05est certes
16:06un chemin intime,
16:07mais que les effets
16:09ne restent pas figés
16:12à l'individu.
16:14Camus disait
16:15« Je me révolte,
16:16donc nous sommes ».
16:17Il résumait ça ainsi
16:19et puis un célèbre
16:20anthropologue
16:20qui expliquait
16:21combien les rituels
16:23de passation,
16:24les rituels
16:24d'initiation individuelle
16:26œuvraient pour la collectivité.
16:28On comprend bien
16:29qu'un homme
16:29qui se transforme,
16:31qui s'élève,
16:32qui grandit,
16:33eh bien,
16:34va modifier
16:35ses relations
16:36dans le couple,
16:36dans la famille,
16:37dans l'école,
16:38dans l'entreprise
16:38et donc dans la société.
16:40Et c'est grâce
16:40à ces transformations individuelles
16:42que le collectif
16:43va bouger.
16:44Et je crois que,
16:45comme vous le disiez
16:46dans l'introduction,
16:47ce qui est important,
16:48ce n'est pas
16:48déconstruire le patriarcat
16:50ou faire que les hommes
16:52soient initiés,
16:53c'est les deux.
16:54C'est-à-dire,
16:54il faut œuvrer
16:55de l'intérieur
16:55et de l'extérieur.
16:57C'est vraiment primordial
16:58d'aller sur tous les fronts
16:59parce que la situation
17:00est catastrophique
17:01pour les femmes.
17:02Et on pourrait le faire
17:02dès l'école,
17:03ce travail ?
17:04Oui,
17:04je pense que dès l'école,
17:06ça serait vraiment important
17:07de travailler
17:09sur l'éducation.
17:12Dans un livre précédent,
17:14Le silence des femmes,
17:15j'expliquais que,
17:16peut-être déjà,
17:17dès l'école,
17:18il faudrait apprendre
17:19aux garçons à perdre
17:20quand ils jouent,
17:22au ballon,
17:24au foot,
17:25quand ils jouent
17:26à un jeu de société,
17:27leur apprendre à perdre,
17:28leur apprendre à...
17:29Et plus tard,
17:30ça a l'air de rien,
17:31mais ça leur apprendra
17:32à entendre le nom
17:33d'une femme.
17:34une femme qui dit non.
17:35Eh bien,
17:36ok.
17:37À quel âge ?
17:37C'est très important.
17:39J'en profite,
17:39j'ai une psychanalyste
17:40aujourd'hui,
17:40donc je pose des questions
17:41précises.
17:43À quel âge
17:43c'est important
17:44d'entendre les premiers noms ?
17:45C'est-à-dire,
17:46ce qui va vraiment marquer
17:47dans la construction
17:48d'un enfant ?
17:49Dès sa naissance,
17:50le tout petit bébé,
17:53il voit le visage
17:54des parents
17:54et il entend
17:56quand il a ton nom,
17:57et ça peut être
17:57un nom tout doux,
17:59il a tout à fait compris
18:00parce que les bébés
18:01sont branchés,
18:02leur inconscient
18:03est branché
18:04sur l'inconscient
18:04des parents,
18:05donc il perçoit
18:06les intentions.
18:06Il ne comprend pas
18:07les mots,
18:07mais il perçoit
18:08les intentions.
18:09Donc dès tout petit,
18:10leur dire non,
18:11ils comprennent
18:11ce que ça veut dire
18:12et un peu plus grand,
18:14vraiment leur apprendre
18:15à perdre
18:15et puis peut-être
18:16apprendre aux filles
18:17à gagner.
18:17À gagner, oui.
18:18Alors on va terminer
18:19cette conversation
18:20par un appel.
18:21Quel serait l'engagement
18:22concret que vous attendriez
18:24des hommes aujourd'hui ?
18:25Pas tout à fait
18:26une idée théorique,
18:27mais plutôt
18:27une action simple,
18:29quelque chose
18:29qui pourrait déclencher
18:30chez eux
18:31cette envie
18:32de chemin personnel ?
18:35Eh bien moi,
18:36je souhaiterais
18:37vraiment
18:38et je lance
18:39un appel
18:39haut et fort,
18:40je souhaiterais
18:41demander aux hommes
18:42de s'engager
18:43à regarder
18:44la réalité en face,
18:46à regarder les faits,
18:47à regarder les statistiques,
18:48à regarder ce qui se passe
18:50dans le monde.
18:51Vous en parliez
18:51tout à l'heure,
18:52dans le monde,
18:53il y a quand même
18:53aujourd'hui,
18:54à l'heure où je vous parle,
18:55je ne sais pas si vous savez,
18:56le nombre de femmes
18:57qui sont mutilées
18:58sexuellement dans le monde
18:59là,
18:59en ce moment.
19:01230 millions,
19:02230 millions,
19:03un chiffre de l'ONU,
19:05230 millions,
19:06mais moi je serais un homme,
19:07je serais horrifiée
19:08et honteux.
19:09On va parler
19:10des femmes afghanes
19:11qui sont en mûrée vivante
19:12et la dernière trouvaille
19:13des talibans,
19:14ça va être
19:14d'effacer
19:15leurs photos
19:16sur les cartes d'identité.
19:18Et de cacher un oeil.
19:19Voilà.
19:21Dans le monde,
19:22en France,
19:22on ne compte plus
19:23les féminicides,
19:24on ne compte plus
19:25les viols,
19:25on ne compte plus
19:26les violences sexuelles
19:27et je ne parle pas
19:28des inégalités
19:29dans tous les domaines.
19:30Maintenant,
19:30je souhaiterais
19:31leur demander aussi
19:32d'écouter
19:33les informations
19:34autrement.
19:35Qui,
19:35dans les informations
19:36aujourd'hui,
19:37énonce que ce sont
19:38des hommes
19:39qui font les attentats,
19:41que ce sont des hommes
19:42qui font les actes terrorisme,
19:44que ce sont les hommes
19:45qui foment des guerres,
19:46que ce sont les hommes
19:47qui refusent
19:48d'obtempérer,
19:49que ce sont les hommes
19:49qui sont des dealers,
19:50que ce sont les hommes
19:51et non des femmes
19:52qui font des rodéos,
19:54que ce sont des adolescents
19:55et non des adolescentes
19:56qui plantent des couteaux
19:58à leurs copains
19:58ou à leurs copines.
20:00Qui dit ça aujourd'hui ?
20:02Je voudrais, moi,
20:02que les hommes
20:03se rendent compte
20:04que dans le monde,
20:06en France
20:06et dans la société,
20:08la violence masculine
20:09est présente
20:10et à partir de là,
20:12peut-être qu'ils auront envie
20:13de se transformer,
20:15de s'initier,
20:15de se métamorphoser
20:17pour devenir des hommes justes
20:19qui voudraient être autrement,
20:20qui voudraient vivre autrement
20:22et aimer autrement.
20:24Alors, merci de terminer
20:25sur ces chiffres
20:25que je rappelle, moi,
20:26très, très, très régulièrement.
20:28En fait, vous avez parfaitement raison.
20:29Si on regarde les prisons,
20:30seulement 3% des femmes
20:32sont dans les prisons
20:32et 98% des actes de violence
20:35sont commis par des hommes.
20:37Donc, ça interroge profondément.
20:39On n'est pas en train de dire
20:39que tous les hommes sont violents.
20:40Ce qu'on est en train de dire,
20:41c'est que la majorité
20:42des violences,
20:44les violences sont masculines
20:45et que donc,
20:45il faut absolument
20:46s'interroger là-dessus.
20:47Alors, merci Hélène Bécali
20:49d'avoir été avec nous ce dimanche
20:51dans La Force de l'engagement.
20:53Je vous invite à lire ce livre
20:55La Déconstruction des Hommes,
20:56une fausse bonne idée
20:57qui est publié
20:58aux éditions Très Daniel.
21:00La Force de l'engagement,
21:02c'est chaque dimanche
21:03à 15h sur Sud Radio.
21:05En podcast sur sudradio.fr,
21:07vous retrouverez toutes mes émissions.
21:09Et moi, je vous retrouve
21:09dimanche prochain
21:10pour une nouvelle rencontre
21:11avec celles et ceux
21:12qui font bouger la société.
21:14Je vous laisse tout de suite
21:15en compagnie d'Anthony Martins,
21:17Smith pour
21:19Faut que ça change !
21:20Avec AGP,
21:21association d'assurés engagés
21:22et responsables.
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