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  • il y a 5 mois
Télématin reçoit Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le Logement des Défavorisés.

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Transcription
00:00Comment allez-vous financièrement ? Est-ce que vous arrivez à boucler vos fins de mois, à remplir votre caddie sans trop vous poser de questions ?
00:09Bonjour Christophe Robert, vous êtes notre invité, sociologue délégué général de la Fondation pour le Logement.
00:14Vous allez nous aider à décrypter le tout dernier baromètre annuel sur la précarité des Français réalisé par Ipsos pour le Secours Populaire.
00:22Un premier chiffre, un seul le plus parlant peut-être.
00:24Un Français sur trois a déjà sauté un repas faute d'argent.
00:27Un Français sur trois. Est-ce que ce chiffre vous surprend ?
00:31Non, parce qu'on sait déjà qu'on a les chiffres de l'INSEE qui montrent qu'on a atteint un niveau de pauvreté qu'on n'avait jamais connu depuis 30 ans.
00:40Donc 10 millions de pauvres.
00:43Si on y ajoute les personnes dans les territoires d'outre-mer ou les personnes en institution, c'est plutôt 12 millions.
00:48Et ensuite, la question plus récente, c'est qu'on a vu augmenter considérablement les prix de deux biens essentiels, l'énergie et l'alimentation.
00:57Avec l'inflation. Et pour beaucoup, ça ne passe plus.
01:00Donc vous avez ceux qui étaient déjà en situation de pauvreté, pour qui c'est encore plus difficile, avec des conséquences sur la santé.
01:07Le fait de moins bien s'alimenter ou pas pouvoir se soigner.
01:10Et puis il y avait ceux pour lesquels ils étaient un peu juste finalement sur leur budget.
01:15Et devoir augmenter de 20, 25% un certain nombre de produits ne permet plus de s'alimenter, mais même de se déplacer.
01:21Je pense à des personnes qui viennent nous voir à la Fondation pour le logement, qui font des services à domicile par exemple, et qui ont une dizaine de clients.
01:29Le coût du litre d'essence est rédhibitoire, si vous voulez.
01:33Donc c'est ça qu'on entend aussi auprès de nos concitoyens.
01:37Cette fragilité, cette peur dans l'avenir que le sondage donne à voir aussi.
01:41Un tiers des personnes ont peur de tomber dans la précarité.
01:43Alors évidemment, tous ne tomberont pas dans la précarité.
01:45Mais ça crée du stress, ça crée de l'inquiétude, ça empêche de dormir.
01:48Ça a un impact finalement sur la cohésion de notre société.
01:51Est-ce que vous diriez que le visage de la pauvreté est en train de changer ?
01:55Est-ce qu'il y a de nouveaux profils qui apparaissent ?
01:58Alors on a des catégories de personnes qui sont parmi celles qui sont les plus fragilisées, les plus en situation de précarité depuis longtemps.
02:05Les femmes seules avec enfants.
02:07Les jeunes précaires, quand ils n'ont pas l'appui des parents.
02:11Quand ils sont à un premier boulot qui n'est pas très cher payé.
02:15Parmi les personnes en très grande exclusion, les personnes en exil aussi.
02:19Après oui, on a vu arriver d'autres catégories de personnes qu'on voyait moins.
02:24Par exemple dans nos permanences ou celles de nos partenaires associatifs.
02:27Je pense par exemple aux artisans, aux commerçants qui pendant la période du Covid ont pris cher, on va dire comme ça.
02:34Et puis après, ils sont repartis un peu.
02:36Mais en même temps, ça a été aussi difficile parce que par exemple, l'augmentation des prix de l'énergie, ça coûte cher à l'entreprise, ça coûte cher à la petite boîte.
02:43Et du coup, on avait un peu de ressources de côté pour tenir et puis on les a épuisées ces ressources.
02:47Et on se retrouve aujourd'hui parfois même en difficulté pour s'alimenter convenablement.
02:50Justement, beaucoup de Français, parmi ceux qui nous regardent notamment, se disent que tout coûte cher.
02:54L'électricité bien sûr, le logement, les courses.
02:57Près de 40% d'entre eux peinent à payer leur électricité justement.
03:00Un sur deux renonce aux vacances.
03:02Quels sont les postes de dépense les plus fréquents pour les Français ?
03:06Alors, ce qui s'est passé en une trentaine d'années, premier élément, c'est que le logement est devenu le premier poste de dépense des ménages.
03:13Les loyers et les charges.
03:14Avant, c'était l'alimentation.
03:16Donc on a vu avec l'augmentation des coûts du logement, le poids augmenter dans le budget.
03:22En moyenne, c'est 30%.
03:24Mais pour beaucoup de personnes, et nous on en voit beaucoup à la Fondation, c'est 50%, 60%, parce qu'il faut bien avoir un toit sur la tête.
03:30Ah oui, ça on ne peut rien y faire.
03:31Et du coup, ça a un impact sur les autres dépenses.
03:33Parce qu'il faut faire des arbitrages qui sont impossibles entre des dépenses qui sont toutes incontournables.
03:37Il faut manger, il faut se soigner, il faut se chauffer.
03:41Vous voyez par exemple les chiffres de la précarité énergétique.
03:4412 millions de personnes en France en situation de précarité énergétique.
03:47C'est des personnes qui n'arrivent pas à se chauffer.
03:5030% des ménages ne se sont pas chauffés convenablement l'année dernière.
03:53Et ce nombre, ce chiffre, augmente année après année.
03:56Et notamment avec l'augmentation des prix d'énergie.
03:59Donc c'est là où on a besoin de politique publique.
04:01C'est là où on a besoin de soutien pour les personnes les plus pauvres.
04:04Pour les classes moyennes inférieures aussi qui sont en difficulté.
04:06Alors justement, quelles mesures concrètes devraient être prises immédiatement ?
04:11Il y en a beaucoup.
04:12Mais d'abord, il faut pouvoir augmenter les minimas sociaux.
04:15Et vous savez, dans le budget là, qui ne va peut-être pas passer du coup, avec le changement de Premier ministre,
04:18j'espère, il y avait un gel, y compris du RSA, à 600 euros par mois.
04:23Donc ceux qui n'ont rien, qui n'arrivent déjà pas à subvenir à leurs besoins essentiels,
04:27voyez geler leurs maigres prestations.
04:30Mais il y a des aides, par exemple, qui peuvent aider des plus pauvres aux classes moyennes inférieures.
04:36Je pense aux chèques énergie, je pense aux aides au logement, les aides personnelles au logement.
04:40Elles sont très bien jaugées parce qu'elles permettent de s'adapter avec un montant un peu plus élevé pour les plus pauvres,
04:46un montant un peu moins élevé pour les classes moyennes inférieures, mais qui sont quand même aidées.
04:49Et donc là, il faut les faire évoluer au regard de la réalité des dépenses.
04:53Alors ça coûte un peu, mais pas tant que ça, et ça permet aux gens de vivre dans de bonnes conditions.
04:57Il y a quand même quelques paradoxes.
04:59On apprend par exemple ce matin que la croissance devrait être meilleure que celle qui était prévue, 0,8% au lieu de 0,6%.
05:05Pour autant, les Français ont peur, vous le disiez, de basculer dans la précarité.
05:11Qu'est-ce que ça dit ça du climat social actuel ?
05:13C'est la grande misère de l'incompréhension entre les décisions politiques et ce que vivent les gens.
05:18C'est-à-dire qu'on parle de données macroéconomiques qui sont justes.
05:20On va dire, ah mais non, mais l'inflation s'est stabilisée.
05:22Ok, mais les prix sont restés très hauts, ils n'ont pas baissé au niveau de 2022.
05:26Quand on dit la croissance, la croissance pour qui ?
05:28Qui profite de cette croissance ?
05:30Les travailleurs pauvres ?
05:31Ceux qui n'arrivent pas à s'en sortir ?
05:32Ceux qui se lèvent tôt et qui cherchent du bolo ?
05:34Ceux à qui on a réduit l'assurance chômage parce qu'on a considéré que c'était des assistés.
05:37Et donc le montant a diminué, la durée d'indemnisation a diminué après quatre réformes successives.
05:42Et on nous en a annoncé une nouvelle.
05:45À un moment, il faut regarder ce que vivent les gens, leur souffrance.
05:48Et nous avons la capacité dans ce pays de pouvoir soutenir les plus fragiles.
05:52Et c'est essentiel pour la cohésion globale de notre pays.
05:56Très rapidement, peut-être pour finir quand même sur une touche positive.
05:59On voit que de plus en plus de citoyens s'organisent.
06:02La solidarité reste forte parmi les Français.
06:05Quelles initiatives positives, vous, vous voyez sur le terrain ?
06:09Tout plein.
06:10Tout plein.
06:11Et ça aussi, je crois qu'on ne le voit pas assez.
06:12C'est-à-dire que...
06:13Et on n'en parle pas assez, peut-être ?
06:14Le bénévolat se porte bien.
06:16L'engagement dans les associations, de solidarité ou autre.
06:19Le don se porte bien.
06:20Nous, on n'agit qu'avec du don à la Fondation.
06:22Pour pouvoir orienter nos aides vers les mal logés et en toute indépendance.
06:27Donc, ce pays, il est solidaire.
06:29Et je crois d'ailleurs qu'il demande des politiques beaucoup plus solidaires.
06:32Un partage à sa juste place.
06:34Chacun doit contribuer à sa juste place, à l'effort collectif.
06:37Merci Christophe Robert pour votre cri du cœur.
06:39Ce matin, il a été entendu, je l'espère, par le plus grand nombre.
06:42Je rappelle que vous êtes sociologue, délégué général de la Fondation pour le logement.
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