00:00Il est 7h48, Benjamin Duhamel, votre invitée est la secrétaire générale de la CFDT.
00:06Bonjour Marie-Lise Léon, merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, au lendemain d'une journée de mobilisation sociale en demi-teinte.
00:11Le mot d'ordre était « bloquons tout ». La France n'était pas bloquée, environ 200 000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur,
00:17c'est-à-dire moins que lors du premier samedi de mobilisation des Gilets jaunes, mais plus que ce qu'avaient anticipé les autorités, des violences aussi, 540 interpellations.
00:26Je rappelle que votre syndicat, la CFDT, ne soutenait pas cette journée de mobilisation. Vous dites quoi ce matin ? Tant mieux, pas de regrets ?
00:33Non, je me dis qu'il y a des colères qui ont besoin de s'exprimer, des colères multiples.
00:37Depuis le 15 juillet, on voit qu'il y a un ras-le-bol autour de « j'arrive pas à boucler mes fins de moi, j'arrive pas à vivre dignement de mon travail, j'arrive pas à avoir de bonnes conditions de travail ».
00:48Donc la journée d'hier a été une des occasions d'exprimer cette colère, selon des modes d'action qui ne correspondent pas à ce que la CFDT fait.
00:55Et moi j'ai surtout envie de vous dire, rendez-vous le 18. Ce qui va compter maintenant, c'est la préparation et la réussite de cette mobilisation du 18 septembre.
01:03On va parler du 18 septembre dans un instant.
01:05Quand votre homologue de la CGT, Sophie Bunet, dit que c'est une journée très réussie, là aussi avec les canons que l'on connaît quant aux mobilisations sociales, est-ce que vous considérez que c'est une journée réussie ?
01:15Moi je pense que ce qui compte, c'est la réussite de la journée du 18 septembre.
01:18Mais ça c'est pas une réponse, Marie-Jérôme.
01:19Si, c'est une réponse, parce que vous me questionnez, vous me parlez d'une organisation syndicale qui n'est pas la mienne, moi j'ai envie de vous parler de la CFDT.
01:25Et donc ce qui compte, c'est la réussite du 18 septembre.
01:27Mais est-ce que vous considérez qu'il y avait du monde dans la rue ?
01:29Il y avait du monde, quand il y a eu, on a vu qu'il y avait des cortèges qui étaient organisés, il y avait une démobilisation à hauteur de ce que les organisations syndicales, qui appellent en général, réussissent à mobiliser.
01:39Donc c'est toujours réussi ?
01:40Il faudra surtout leur demander, moi je ne suis pas, c'est pas que je suis en dehors, c'est que je vous dis qu'il y a des colères, et les colères elles sont multiples.
01:48Et donc c'est important de pouvoir offrir des cadres.
01:52Ce qui compte pour le 18 septembre, c'est que c'est un mouvement de contestation, mais c'est surtout un appel à la construction, et à la construction d'un budget qui soit juste.
02:00Fiscalement, socialement, on aura l'occasion d'y revenir, vous allez me dire.
02:03Mais je pense que c'est important de dire qu'au-delà de l'expression de la colère, ce qui compte c'est de donner des perspectives.
02:09Donc moi, mon organisation, elle est mobilisée pour obtenir un budget beaucoup plus juste que ce qui a pu être mis sur la table pour le moment.
02:16D'un mot Marie-Lise Léon, avant de parler justement de ce budget, on a vu des scènes d'affrontements entre les manifestants et les forces de l'or.
02:2123 policiers et gendarmes ont été blessés légèrement.
02:23À Rennes, un bus a carrément été saccagé et incendié.
02:27En France, on ne sait plus manifester sans qu'il y ait ce type de débordement ?
02:30Si, on sait manifester, mais pour le coup, moi je regrette et je suis contre toute forme de violence.
02:36C'est pour ça que le 18 septembre, c'est important aussi d'envoyer le message à toutes celles et ceux qui veulent se mobiliser,
02:42que c'est un cadre sécurisé, comme les organisations syndicales savent le faire.
02:47Et ça sera le cas à Paris, mais dans beaucoup, beaucoup de villes.
02:50On sait que nous, les responsables dans les régions sont déjà mobilisés pour défiler.
02:56Mais c'est aussi convaincre et dire aux salariés et aux agents des fonctions publiques qui ont envie de se mobiliser,
03:01qu'ils peuvent le faire dans le cadre de ce que l'intersyndical a prévu.
03:05Justement, cette journée du 18 septembre, qui est donc soutenue par l'intersyndical, donc notamment votre syndical ACFDT,
03:11le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu a parlé hier d'un changement de méthode, de rupture sur la forme comme sur le fond.
03:16Est-ce que ça vaut quand même la peine de se mobiliser le 18 septembre si le Premier ministre propose une rupture ?
03:20Oui, parce que des discours de changement de méthode, j'ai compris ce vote m'oblige.
03:26Je pense que tout le monde a bien en tête ce type de phrases qui vont être prononcées.
03:30Ce n'est pas que je n'y crois pas, c'est que je vais croire sur pièce.
03:34Et je pense qu'il faut prendre au mot le nouveau Premier ministre qui nous dit qu'il va faire différemment.
03:39OK, mais ça veut dire qu'il faut surtout, au-delà de faire différemment, il va falloir penser différemment.
03:44Aujourd'hui, telles que les choses ont été posées, si les totems et les dogmes restent du côté du gouvernement,
03:51ça n'avancera pas, donc il faut pouvoir avoir des preuves de ce qu'il avance.
03:55Donc on attend de voir.
03:56Et je pense que ce qui est important, c'est de dire qu'il y a eu un changement de gouvernement,
04:00en tout cas de Premier ministre, depuis cette semaine.
04:04La question du budget, elle reste.
04:06Et donc, si on veut qu'on puisse avoir véritablement des mesures de justice fiscale et sociale,
04:12et je parle notamment socialement, un sujet qui nous rassemble de façon intersyndicale,
04:17qui est la conditionnalité des aides publiques,
04:18il faut que le gouvernement l'entende rapidement.
04:22Et ça peut, la journée du 18, elle servira aussi à ça.
04:25Vous êtes rentré en contact avec Sébastien Lecornu ?
04:27Il est rentré en contact avec moi.
04:29Il a appelé, il a eu un échange très bref de prise de contact.
04:32Je ne le connais pas très bien, donc il a dit qu'on allait se voir rapidement,
04:35ce qui n'est pas encore le cas.
04:36Sur le fond, quelle est la principale revendication ?
04:40Vous parliez de la conditionnalité des aides aux entreprises,
04:43il y a la question de la justice fiscale aussi que vous évoquiez,
04:46votre position sur la réforme des retraites,
04:48même si maintenant vous renvoyez plutôt ça au débat présidentiel en 2027.
04:51Le message que vous allez adresser à Sébastien Lecornu,
04:54quand vous le verrez, puisque vous nous le dites ce matin, il est rentré en contact avec vous.
04:57Ce qui est celui que les agents et les travailleurs attendent,
05:01c'est respecter le monde du travail.
05:04Un, c'est donc respecter, c'est entendre ce qui a été exprimé.
05:10Je ne suis même pas sûre que la question des jours fériés soit encore sur la table,
05:13mais de toute façon, ça a été une provocation telle qu'aujourd'hui,
05:17ce n'est même pas la peine d'en parler.
05:18Donc ça, ça veut dire lui dire clairement qu'il faut abandonner la suppression des jours fériés.
05:21On lâche l'affaire.
05:22La question de la suppression des jours fériés, je pense que ça a été une provocation le 15 juillet,
05:26qui, en plus, a profondément irrité les personnes qui travaillent déjà les jours fériés,
05:31à qui on a expliqué, vous allez travailler sans avoir de majoration salariale.
05:35Et puis, c'est expliquer à tous ceux qui n'arrivent pas à boucler les fins de mois,
05:38à qui ils n'arrivent pas à avoir des temps complets,
05:41en gros, vous ne bossez pas encore assez.
05:43Donc, c'est respecter le monde du travail,
05:45et donc, faites en sorte que s'il y a des efforts à faire,
05:47ils soient justement partagés.
05:49Et le sujet principal de la période, ça va être la responsabilité des uns et des autres.
05:54Est-ce que tout le monde est prêt à prendre ses responsabilités et à les assumer ?
05:59Et là, je pense que la question, elle doit d'abord être envoyée aux employeurs.
06:02Sur la question de la justice fiscale,
06:05en quoi est-ce qu'augmenter les impôts des plus aisés,
06:07Marie-Lise Léon, aiderait les travailleurs que vous représentez ?
06:11C'est une question d'acceptabilité sociale,
06:15de dire que si des efforts doivent être faits,
06:16tout le monde doit pouvoir y contribuer en fonction de ces moyens.
06:19Et puis, ça répond à une partie du problème.
06:22Le problème aujourd'hui du déficit budgétaire,
06:25c'est d'abord un problème de recettes.
06:27C'est d'abord un problème de recettes.
06:28Les dogmes qui ont été mis en œuvre depuis 2017,
06:32c'est des baisses d'impôts non compensées,
06:34des aides aux entreprises de plus en plus nombreuses,
06:37sans évaluation, sans contrôle d'efficacité.
06:40Donc, il n'y a qu'un problème de recettes, il n'y a pas de problème de dépenses ?
06:40Non, ce n'est pas ce que je dis, mais c'est quand même le principal problème.
06:43Le principal problème, c'est ce défaut de recettes.
06:46Et lorsque ce sont des exonérations de cotisations accordées,
06:50notamment sur les plus bas salaires,
06:52dont on sait que les salariés concernés,
06:55quand vous êtes à domicile, aides-soignants,
06:58vous êtes sur des rémunérations faibles,
07:01qui évoluent très peu,
07:02puisque les employeurs perdent des aides quand ils augmentent.
07:05Donc, ce sont des choses qu'il faut pouvoir regarder.
07:09Et aujourd'hui, il n'y a pas qu'un problème.
07:11Et je le dis clairement ici, on est prêts, nous, à regarder
07:14en quoi il peut y avoir un travail autour des dépenses de l'État.
07:18Mais bien entendu, ça ne se fait pas certainement
07:21avec des annonces du style,
07:23on ne va pas remplacer un fonctionnaire sur trois.
07:26La façon dont le monde du travail reçoit ce type d'annonce,
07:29c'est qu'il y a un fonctionnaire sur trois qui ne sert à rien.
07:32C'est d'une violence inouïe.
07:33Donc, le premier message, je pense que c'est la question du respect.
07:36Moi, quand je vais voir des équipes syndicales,
07:39c'est la principale question.
07:41Et vous n'étiez pas respecté par François Bayrou ?
07:43Vous espérez l'être par Sébastien Le Corbusier ?
07:44Non, ce n'est pas une question d'être respecté ou pas.
07:47La question, c'est avoir conscience de ce qui se passe
07:50dans le monde du travail et des colères
07:52qui peuvent être aujourd'hui en cours.
07:56Et puis, c'est la question du rôle des uns et des autres.
08:00Avant de parler du rôle et de dire
08:01est-ce que la CFDT est prête à discuter
08:04sur un certain nombre de sujets dans le budget ?
08:06Oui, mais sur d'autres sujets.
08:08La question aujourd'hui, c'est est-ce que tout le monde
08:10est prêt à assumer ses responsabilités ?
08:12Ce qui, je pense, n'est pas complètement le cas.
08:15Et je pense notamment...
08:16Je prends un exemple de l'assurance chômage.
08:18Vous savez qu'il y a une réforme qui est encore dans les tuyaux,
08:21une énième réforme.
08:22Le problème de cette réforme,
08:24c'est que je pense qu'il faut arrêter de raconter n'importe quoi.
08:28Le vrai projet derrière cette réforme,
08:31qui est de soi-disant dire
08:32on va modifier les allocations
08:34pour que les gens aillent plus rapidement à l'emploi,
08:37c'est aussi une question budgétaire.
08:39Il n'y a pas de sujet budgétaire sur l'assurance chômage.
08:41Le vrai sujet, c'est que les entreprises...
08:42Donc ça, vous demandez de la même manière
08:43que le gouvernement renonce à cette nouvelle réforme de l'assurance chômage.
08:46Oui, il renonce parce que le vrai sujet,
08:48c'est que les employeurs ne veulent pas
08:49se gratter la tête trois minutes
08:52pour essayer de voir comment ils peuvent être plus attractifs.
08:54C'est ça, le vrai sujet.
08:55En quelques mots, Marie-Lise Léon,
08:57il y a quelques jours dans les colonnes du Monde,
08:58vous disiez redouter une nouvelle dissolution.
09:01Est-ce que ça veut dire que vous lancez aussi ce matin
09:03un appel aux forces politiques,
09:05aux forces d'opposition,
09:06un appel à la responsabilité ?
09:07Mettez-vous d'accord ?
09:08Trouvez un consensus pour éviter la crise politique et l'instabilité.
09:12Moi, je pense qu'il n'est jamais trop tard pour trouver des accords
09:15et que c'est effectivement de leur responsabilité
09:17de trouver un consensus,
09:20un accord qui permette d'avoir un budget
09:22qui ne pénalise pas d'abord le monde du travail.
09:25Le 15 juillet, il a été extrêmement clair.
09:27Le message, ça a été,
09:29vous les travailleurs, c'est vous qui paierez en premier.
09:32Et ça, c'est absolument inacceptable.
09:34Merci beaucoup Marie-Lise Léon.
09:35Je rappelle par ailleurs votre livre,
09:36S'engager chez Flammarion.
09:37Et merci à vous Benjamin Duhamel.
09:407h58.