- il y a 5 mois
Manuel Bompard, coordinateur national de la France Insoumise et député LFI des Bouches-du-Rhône, était l'invité du Face à Face sur RMC et BFMTV ce mercredi 10 septembre. Il est notamment revenu sur la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, sur le budget ou encore sur le mouvement du 10 septembre.
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00:00Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Manuel Bompard, vous êtes le coordinateur La France Insoumise, député LFI des Bouches-du-Rhône.
00:12Vous étiez ce matin à 5h sur un point de blocage, vous en arrivez à l'instant, le dépôt de bus du nord de Paris.
00:19On va d'ailleurs continuer à suivre en direct, vous le voyez sur BFM TV, mais je vous informerai en temps réel également pour ceux qui nous écoutent sur RMC.
00:26Ces images viennent de Caen, de Toulouse, de Lyon, de Nantes, de Paris avec des infrastructures, des écoles, des lycées, certaines rocades ou le périphérique qui sont bloquées en ce moment même.
00:39Les interpellations, il y en a eu 84 au moment où l'on se parle. Bien sûr qu'on va y revenir Manuel Bompard puisque vous êtes aux premières loges, que vous appeliez à ce mouvement Bloquons-Tout.
00:49Mais dans ce contexte, il y a eu cette nomination hier soir, un nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu. Votre réaction Manuel Bompard ?
00:55Évidemment, c'est une provocation, M. Macron. Alors que depuis un an, l'année dernière, après la dissolution de l'Assemblée nationale, il a perdu les élections législatives.
01:05Il a nommé M. Barnier qui a été renversé par l'Assemblée nationale. Il a nommé M. Bayrou qui a été renversé par l'Assemblée nationale.
01:12Et M. Macron n'a rien trouvé de plus intelligent à faire que de renommer une personne qui a été membre de tous ses gouvernements depuis 2017.
01:18M. Lecornu est la seule personne en France, au monde, qui a été membre de tous les gouvernements d'Emmanuel Macron depuis 2017.
01:25À un moment, il ne faut pas, comme ça, s'entêter, faire le forcené, multiplier les dénis de démocratie.
01:32Les gens ont exprimé leur rejet de la politique d'Emmanuel Macron.
01:35Et indépendamment de la personne de M. Lecornu, évidemment, en le nommant lui, vous donnez le signal qu'en fait, vous n'avez pas du tout l'intention d'écouter les gens.
01:42— Merci pour vous. — Évidemment, il y a eu des élections l'année dernière. Massivement, les Françaises et les Français ont dit qu'on est en désaccord avec la politique d'Emmanuel Macron.
01:50Il a quand même décidé de ne pas tenir compte du résultat, de continuer à imposer sa politique.
01:55Ça fait maintenant à deux reprises que l'Assemblée nationale a censuré ses gouvernements. Et il continue dans la même direction.
02:00Donc je trouve qu'il y a évidemment quelque chose de totalement inacceptable, de totalement méprisant, d'une violence, en vérité, démocratique qui est insupportable.
02:08— Avez-vous quelques moyens que ce soit d'empêcher ? — Évidemment. D'abord, moi, je vous dis une première chose.
02:14M. Bayrou a demandé un vote de confiance. Donc M. Lecornu, s'il devait suivre, on va dire, les usages démocratiques et républicains,
02:22devrait demander un vote de confiance. Et moi, je souhaite que M. Lecornu demande un vote de confiance.
02:27— Si j'étais élu, je le ferais pas. Enfin, on a bien compris qu'avec le résultat de la semaine dernière, il y a peu de chances qu'il s'en sortent autrement.
02:32— Madame, si la démocratie est trop un embêtement, proposez autre chose. Mais moi, je suis favorable à la démocratie.
02:38Donc un gouvernement, c'est l'usage de la Constitution. Quand il vient d'arriver, il demande la confiance et il demande s'il y a une majorité.
02:43— Il est donc peu probable qu'il le fasse ?
02:45— Eh bien s'il le fait pas, évidemment, dès le premier jour de la session parlementaire à l'Assemblée nationale,
02:49nous déposerons une motion de censure sur la base de l'article 49.2 de la Constitution.
02:54Regardez. M. Barnier est tombé sur la base d'une motion de censure déposée en vertu de l'article 49.3 de la Constitution.
03:00M. Bayrou est tombé après avoir demandé un vote de confiance. C'est l'article 49.1 de la Constitution.
03:04Et comme j'ai l'impression que M. Macron veut faire le tour de tous les articles de la Constitution,
03:09eh bien peut-être que M. Lecornu tombera sur la base de l'article 49.2 de la Constitution.
03:13— Qu'est-ce que c'est, l'article 49.2 ?
03:14— C'est une motion de censure qu'on appelle une motion de censure spontanée, c'est-à-dire la possibilité, hors d'un texte,
03:20de déposer une motion de censure qui a en gros la manière de demander un vote de confiance si M. Lecornu ne veut pas de vote de confiance.
03:26— Pensez-vous que vous aurez le soutien du reste de la gauche pour ce dépôt de censure ?
03:30— Je crois savoir, je crois avoir entendu que du côté du groupe communiste, du côté du groupe écologiste,
03:38je ne veux pas parler à leur place, ils feront les déclarations qu'ils veulent.
03:40J'ai entendu des réactions très froides, évidemment, à la nomination de M. Lecornu.
03:45En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est qu'évidemment, nous proposerons aux autres députés de gauche
03:48de déposer avec nous cette motion de censure.
03:50— Vous n'avez pas mentionné les socialistes, est-ce qu'ils ne sont plus de gauche ?
03:53— Non, ce n'est pas ça, c'est que j'ai entendu que les socialistes, après peut-être me feront-ils mentir,
03:58mais j'ai entendu qu'ils disaient qu'ils allaient laisser de la place à la négociation avec M. Lecornu.
04:04Donc moi, je suis cohérent, je veux le faire tomber tout ce que je considère que c'est un déni de démocratie.
04:08Donc je ne vais pas aller négocier avec lui.
04:10— Ils avaient espéré, on l'avait bien compris, Olivier Faure avait d'ailleurs fait acte officiellement de candidature pour le Parti Socialiste.
04:16Il avait dit « si on nous appelle, on dit oui ».
04:17— Oui, je sais, je trouve qu'il a, d'un certain point de vue, une responsabilité dans la nomination de M. Lecornu,
04:23parce qu'il s'est avancé tout seul en disant « de toute façon, les Insoumis, je les mets de côté ».
04:29Et il a donné l'illusion qu'il pouvait y avoir, de la part de M. Macron, un quelconque changement de politique.
04:36Alors qu'en vérité, et c'est ce que nous disons depuis maintenant des mois et des mois,
04:39tout le monde sait qu'il n'y aura pas de changement de politique sans le départ du président de la République
04:43et sans l'organisation d'une élection présidentielle anticipée.
04:46— Vous demandez donc toujours, ce matin, le départ d'Emmanuel ?
04:51— Bien sûr. Alors je vais d'ailleurs vous faire une annonce sur ce sujet.
04:54Hier, nous avons déposé une motion de destitution à l'Assemblée nationale.
04:57— Vous l'avez déposée hier ?
04:58— On l'a déposée hier. Elle a été signée par plus de 80 députés.
05:02L'ensemble du groupe Insoumis, des députés écologistes, des députés du groupe GDR, communiste et ultramarins.
05:08Il se trouve que depuis la nomination de M. Lecornu hier soir, nous avons de nouveaux députés
05:13qui nous ont demandé de pouvoir déposer aussi cette motion de destitution.
05:17Donc nous allons redéposer aujourd'hui, demain, on va voir, dans les toutes prochaines heures en tout cas,
05:22redéposer cette motion de destitution avec de nouveaux signataires.
05:25Je pense qu'on va atteindre quasiment les 100 députés qui vont déposer cette motion de destitution.
05:29— Mais ça ne suffit pas.
05:30Ah ben pour la déposer, ça suffit.
05:31— Pour la déposer, oui. Mais pour que la destitution soit votée, ça ne suffit pas.
05:34— Il faut ensuite qu'elle passe un certain nombre d'étapes à l'Assemblée nationale.
05:37D'abord, il faut qu'elle passe le bureau de l'Assemblée nationale. Elle l'a passé l'année dernière.
05:41Et ensuite, à la fin, c'est vrai, il faut qu'elle soit votée par deux tiers des parlementaires.
05:45Mais Mme de Malère, puisque vous êtes une observatrice attentive de la vie politique,
05:49il ne vous aura pas échappé que M. Bayrou a été précisément renversé par deux tiers des députés lundi.
05:53— Tout à fait.
05:54— Donc une chose très simple. Si les députés qui ont renversé M. Bayrou votent
05:58pour la destitution du président de la République, ça peut passer l'étape des deux tiers de l'Assemblée nationale.
06:02— Donc vous vous dites, au fond, s'ils sont cohérents, vous les appelez à voter.
06:06— Évidemment.
06:06— C'est une motion de destitution.
06:08— Évidemment, puisque tout le monde a compris que M. Lecornu a l'intention de mettre en place
06:12la même politique que celle que M. Macron a mise en place.
06:16Donc à un moment, il faut être cohérent. Et c'est une manière de permettre au peuple français
06:19de retrouver la maîtrise de son destin, de pouvoir choisir dans quelle direction il veut que le pays puisse aller.
06:24— Sébastien Lecornu, ministre de la Défense,
06:28est-ce que vous estimez qu'il a bien fait le job ?
06:30— Non, mais moi, j'ai cherché à censurer ses gouvernements.
06:34— Non, mais comme ministre de la Défense, sur un point qui est censé être, je dirais, au-dessus des clivages.
06:39— Regardez, il fait partie de ceux qui, par exemple, ont cédé aux injonctions de Donald Trump.
06:45Vous vous rappelez M. Trump qui avait dit dans le cadre de l'OTAN,
06:50en gros, il faut que chaque pays mette 5% de son PIB dans les dépenses militaires.
06:56Et au début, M. Lecornu disait « Non, non, il n'en est pas question, 5% c'est pas nécessaire. »
06:59Et quand M. Trump lui a fait du chantage, il a dit « Bon, d'accord, on va le faire.
07:02Moi, pardon, je considère dans ce contexte... »
07:04— Vous n'êtes pas pour le réarmement ? Vous n'estimez pas que c'est nécessaire ?
07:06— Je considère 5% de notre richesse nationale dans le budget de l'armement.
07:11Non. Je considère aujourd'hui, si vous voulez, que plutôt que la course à la guerre, la course à l'armement,
07:16je crois qu'on a bien d'autres priorités aujourd'hui.
07:18Je préfère qu'on mette de l'argent pour développer nos services publics.
07:21Je préfère qu'on mette de l'argent...
07:22Mais madame, quand on vous dit 5%, je vais terminer, je préfère qu'on mette de l'argent dans les services publics,
07:26je préfère qu'on mette de l'argent dans la bifurcation écologique.
07:29Là, on a besoin de dizaines de milliards d'euros par an.
07:31Ça, je pense que ça doit être les grandes priorités de l'humanité aujourd'hui,
07:33pas seulement de la France, du monde entier, d'ailleurs.
07:36Maintenant, 5% du PIB, tout le monde vous le dit, même M. Lecornu, avant d'avoir changé d'avis,
07:40que c'est un chiffre sur un... ça ne correspond à rien.
07:43Moi, je suis très clair sur ce sujet.
07:45Évidemment qu'il faut estimer les besoins qui sont les nôtres pour être capable de nous défendre.
07:50Est-ce que vous estimez qu'aujourd'hui, la Russie et la Chine sont des menaces pour la France ?
07:54Ah ben, je pense que la Russie... Pourquoi la Russie et la Chine ?
07:58M. Trump n'est pas une menace pour le monde entier.
08:00Quand il nous propose d'annexer le Groenland, d'annexer le Groenland...
08:02Vous les mettez sur le même plan ?
08:04Ah, je pense que oui, oui, je pense qu'on a...
08:06Etats-Unis, Chine, Russie, Poutine, Xi Jinping et Donald Trump, c'est pareil pour vous.
08:11Je pense effectivement qu'on assiste d'un certain point de vue à un réveil des puissances
08:15qui cherchent d'ailleurs à affaiblir le droit international et à régler les problèmes qui peuvent se poser par la force.
08:22Et moi, vous le savez, je suis un partisan du non-alignement de la France,
08:25c'est-à-dire ni Trump, ni Poutine, ni qui que ce soit,
08:28et je suis un partisan du droit international, le droit international.
08:32Et précisément, M. Trump, comme M. Poutine,
08:35puisque, en l'occurrence, là, sur le conflit entre la Russie et l'Ukraine,
08:40c'est deux dont on parle,
08:41ce sont deux personnes qui menacent de violer le droit international.
08:44Si la Pologne nous appelle à l'aide,
08:46dont le ciel a été violé,
08:49l'espace aérien violé par des drones russes qu'elle a fini par abattre cette nuit,
08:53si la Pologne nous appelle à l'aide, qu'est-ce qu'on fait ?
08:55Mais à l'aide de quoi ?
08:56Vous voulez que la France rentre en guerre contre la Russie ?
08:59En soutien, elle a mobilisé un certain nombre de ses soldats ?
09:02Mais on ne va pas mettre des soldats français en Pologne.
09:05Enfin, je veux dire, il faut faire un petit peu attention à ce qu'on raconte.
09:08On parle d'une puissance nucléaire.
09:10Moi, si vous voulez, on parle deux minutes de la guerre.
09:12Non, non, je vous pose la question, parce que ça s'est passé cette nuit ?
09:15Moi, ça fait au moins, vous pouvez reconnaître la constance de ma position.
09:19Moi, ça fait depuis deux ans que je dis,
09:22la solution, c'est la paix le plus rapidement possible par la diplomatie.
09:25Je ne dis pas que c'est évident, mais c'est ça la solution.
09:27Et tous ceux qui ont entretenu pendant des mois et des mois
09:29l'illusion d'une victoire militaire possible
09:31se retrouvent aujourd'hui bien dans la difficulté,
09:34parce que M. Trump est en train de retirer ses billes
09:37dans le soutien au peuple ukrainien,
09:39et donc les Ukrainiens se retrouvent isolés.
09:41Donc, il faut créer les conditions d'un accord de paix
09:43par la voie diplomatique le plus rapidement possible.
09:45Manuel Bonpard, on le voit sur ces images sur BFM TV.
09:48Pour ceux qui nous écoutent sur RMC,
09:49les blocages se poursuivent dans un certain nombre de points de France.
09:53Et d'ailleurs, un peu partout, y compris dans des endroits
09:55où les policiers n'étaient pas forcément sur certains ronds-points,
09:58on parle de Caen, de Toulouse, de Lyon, de Nantes, de Paris, de Montpellier,
10:03vous appelez à tout bloquer.
10:05Est-ce que ce n'était pas le moment, au contraire, de tout débloquer ?
10:07Quand on voit la situation actuelle ?
10:08Oui, précisément, pour tout débloquer,
10:11il faut sans doute un moment où les gens se mettent en mouvement
10:13et décident de bloquer.
10:15Parce que sinon, on voit bien, d'ailleurs, dans certains points de vue,
10:18en nommant M. Lecornu hier, M. Macron en a fait la démonstration,
10:21sinon rien ne va se débloquer.
10:23On va être condamné à subir la même politique pendant des mois et des mois.
10:26Donc moi, j'appuie ce soutien, j'appuie ces mobilisations,
10:29j'appuie ces initiatives, je ne les dirige pas, je ne les conduis pas.
10:34La France Insoumise est au service, on appuie, on vient en aide,
10:36on soutient là où c'est possible.
10:38Vous n'avez jamais été actif, alors je ne dis pas forcément vous,
10:42Manuel Bompard, mais certains de vos militants,
10:45dans les différentes AG qui ont eu lieu ces derniers jours ?
10:47Évidemment, il peut y avoir des militants.
10:48Dans ces assemblées générales ?
10:49Dans ces assemblées générales, vous avez des militants, des syndicalistes,
10:52des militants politiques, et il peut y avoir des Insoumis
10:54dans ces assemblées générales.
10:55Mais ils n'y viennent pas en tant que France Insoumise,
10:58ils y viennent en tant que citoyennes, citoyens comme d'autres,
11:00comme des gens qui peuvent aussi être non encartés,
11:03appartenir à aucune forme organisée,
11:05et qui décident de se mettre en mouvement aujourd'hui.
11:07Je le disais, Manuel Bompard, ce matin, à 5h,
11:09vous étiez sur l'un des points de blocage au nord de Paris,
11:11qui empêchait la sortie des bus depuis l'un des dépôts de bus.
11:16Avec les syndicalistes de la RATP,
11:18qui étaient effectivement présents sur place.
11:20Moi, je suis venu les appuyer, les soutenir.
11:22Ils sont en grève aujourd'hui pour certains d'entre eux.
11:24Vous espérez que cette grève, elle se poursuive,
11:26et qu'elle arrive jusqu'à la journée du 18 ?
11:29Oui, après, moi, je ne suis pas syndicaliste,
11:32je ne suis pas salarié, par exemple, à la RATP,
11:34pour prendre cet exemple, ou dans la santé,
11:37parce que je sais qu'il y a des mobilisations dans la santé,
11:38dans les transports, dans le commerce, etc.
11:40Donc, c'est les salariés qui doivent décider eux-mêmes
11:42des conditions d'un éventuel renouvellement de la grève.
11:47En tout cas, ce qui est certain, ce que je peux vous dire,
11:49c'est qu'il y a une nouvelle date qui a d'ores et déjà été fixée,
11:51qui est la date du 18 septembre prochain.
11:53À l'appel des organisations syndicales.
11:55C'est une date de l'intersyndicale.
11:56Et que moi, évidemment, je ne souhaite pas
11:58que le mouvement d'aujourd'hui s'arrête ce soir,
12:00et qu'ensuite, les gens décideront des suites
12:02qu'ils ont envie de donner à ce mouvement,
12:03mais la date du 18 participera, sans aucun doute,
12:06des suites qui seront données à ce mouvement.
12:07Et en tout cas, moi, je serai aussi présent en soutien
12:10des initiatives qui auront lieu le 18 septembre.
12:12Vous soutenez toutes les initiatives.
12:13On sait qu'il y a un certain nombre de blocages.
12:15Alors, il y a des blocages de dépôts,
12:18il y a des blocages de grandes surfaces,
12:21il y a des blocages de ronds-points,
12:22il y a des blocages de bus, comme vous le disiez à l'installe.
12:25Il y a aussi des blocages de lycées.
12:27Je crois qu'on va pouvoir voir en direct ces images.
12:30Je vous les raconte pour RMC.
12:31Les images que l'on voit sur BFM TV au moment où l'on se parle,
12:34c'est le blocage du lycée Hélène Boucher.
12:37Dans le nord de Paris, le lycée Hélène Boucher,
12:41qui est donc en ce moment même bloqué,
12:43avec des feux de poubelle notamment,
12:44par les différents lycéens.
12:46Est-ce que ça vous soutenez, Emmanuel Bompard ?
12:48On voit des oppositions entre les forces de l'ordre et les lycéens.
12:52Alors, Apolline de Valère, pour dire aux gens qui nous écoutent,
12:54moi, je ne vois pas les images que vous montrez.
12:55Donc, sur la base de ce que vous venez de dire,
12:58moi, j'ai été très clair,
13:00moi, Jean-Luc Mélenchon aussi d'ailleurs,
13:02et tous les dirigeants insoumis depuis le début,
13:04nous nous appelons à se mobiliser,
13:06nous appelons à participer à ces initiatives de blocage
13:08et nous appelons à soutenir les actions
13:10qui sont pacifiques et non violentes.
13:12Voilà, donc les initiatives de blocage de lycée,
13:14de mon point de vue,
13:15ça participe d'une forme de désobéissance civile
13:18que je soutiens totalement.
13:20Mais je ne soutiendrai pas
13:21s'il devait y avoir des initiatives d'affrontement
13:23ou de violence.
13:24Voilà, les choses sont très claires,
13:26elles le sont depuis le début,
13:27depuis le premier jour.
13:27et je vois bien comment il va y avoir
13:30toute une série de provocations
13:32ou de gourmandises médiatiques
13:34pour essayer de mettre en avant...
13:35Provocation de la part de qui ?
13:36Provocation de la part des manifestants ?
13:37Non, non, pas provocation de la...
13:39Écoutez, moi, en tout cas,
13:40sur la base de ce que je vois,
13:41parce que moi, je ne suis pas partout,
13:43je suis, comme vous l'avez dit ce matin,
13:44je suis allé participer à une initiative.
13:46J'ai bien vu qu'il y avait des gens
13:47qui avaient envie de participer à une initiative
13:49dans un état d'esprit de désobéissance civique,
13:51très organisé, très pacifique
13:53et très non-violent.
13:54Donc, désobéissance civique, oui,
13:56violence, non.
13:5684 interpellations au moment où l'on se parle
14:00avec 80 000 policiers et gendarmes
14:02qui sont partout déployés sur le territoire.
14:05Vous comprenez un roteur d'Etaillot
14:07qui dit qu'il faut tout faire
14:08pour qu'il n'y ait aucun débordement ?
14:09Je trouve que le langage qu'il a utilisé
14:12me pose problème.
14:14C'est-à-dire ?
14:15Pour le dire franchement,
14:16je veux rappeler quand même
14:17que dans notre République,
14:19le ministre de l'Intérieur,
14:20son rôle, ce n'est pas d'utiliser la police
14:22comme un instrument de répression politique,
14:25c'est de faire en sorte que la police soit au service
14:28du respect des libertés constitutionnelles.
14:30Et parmi la liberté constitutionnelle,
14:32il y a la liberté de s'exprimer,
14:34il y a la liberté de faire grève.
14:35Il y a la liberté de mouvement.
14:36Évidemment.
14:38Évidemment, mais vous savez,
14:39parfois, par exemple,
14:40on a le droit de faire grève
14:40et parfois, quand on fait grève,
14:42ça peut entraver la liberté de mouvement
14:44de certaines personnes.
14:44La grève, oui, le blocage de certains endroits.
14:46Mais le blocage participe, encore une fois,
14:48comme je vous le disais tout à l'heure,
14:49d'actions de désobéissance civique.
14:50Et si vous voulez,
14:51on peut revenir dans l'histoire
14:52à quel point il y a un certain nombre
14:54de conquêtes sociales, démocratiques,
14:57qui ont été gagnées par des initiatives
14:59de désobéissance civile ou de grève.
15:02Donc moi, évidemment, j'appuie ces initiatives.
15:04Vous le dites avec un sourire,
15:05vous l'espérez,
15:06la concomitance entre la chute
15:07du gouvernement hier,
15:09les blocages aujourd'hui.
15:11D'ailleurs, au fond,
15:13si pour Emmanuel Macron,
15:15l'idée de nommer un Premier ministre
15:16plus vite hier,
15:18il pouvait peut-être espérer
15:19que ça calme le jeu en disant
15:21ça y est, il n'y a plus d'instabilité,
15:22puisqu'on lui faisait le reproche
15:23de l'instabilité,
15:24c'est peut-être l'inverse.
15:25Vous le vivez au contraire
15:26comme une raison supplémentaire
15:27d'aller manifester ?
15:27C'était une provocation.
15:28Et donc, beaucoup de gens se sont dit
15:30en quelque sorte,
15:31c'est une forme de bras d'honneur
15:32qu'on nous fait hier soir.
15:34Ou alors, si vous me présentez
15:35une seule personne
15:36qui avait prévu de manifester
15:37et qui dit
15:37c'est M. Lecornu
15:38qui a été nommé,
15:38je vais rester à la maison,
15:40je veux bien la rencontrer,
15:41mais je pense qu'elle n'existe pas.
15:42Emmanuel Bompard,
15:43hier, en pleine réunion
15:45du Parti Socialiste,
15:46Olivier Faure a reçu un appel
15:48d'Emmanuel Macron.
15:49Il s'est isolé, semble-t-il,
15:50pour prendre cet appel,
15:52d'après les témoins
15:52et les participants qui y étaient.
15:54Emmanuel Macron,
15:55qui l'appelait en réalité
15:56pour lui annoncer la nomination
15:58de Sébastien Lecornu.
15:59A-t-il appelé vous-même
16:01ou Jean-Luc Mélenchon ?
16:02Non, je n'ai pas eu d'appel
16:03du président de la République
16:05ni hier, ni avant.
16:07Ni hier, ni avant.
16:09Est-ce que vous auriez estimé
16:10normal qu'il vous appelle,
16:11qu'il vous informe
16:11parce que vous êtes
16:12un des plus gros groupes
16:13à l'Assemblée ?
16:13J'ai eu l'information
16:14comme tout le monde.
16:16J'ai l'impression
16:17que M. Macron
16:17a surtout appelé les gens
16:19avec qui il avait l'intention
16:20de négocier une forme de stabilité
16:23pour pouvoir rester
16:24jusqu'au bout de son mandat.
16:25Il se trouve que je n'en fais pas partie.
16:27Vous l'avez compris.
16:27Vous n'irez même pas ?
16:28C'est-à-dire que parmi
16:29les lettres de mission
16:31qui ont été envoyées
16:32à Sébastien Lecornu,
16:33il y a l'idée de consulter
16:35les différentes forces politiques
16:37avant de constituer son équipe ?
16:40Mais bon, moi je pense
16:41qu'on a besoin
16:42dans ce moment politique
16:43assez perturbé,
16:45assez troublé,
16:45on a besoin de clarté.
16:47Moi, les choses sont très simples.
16:49Je ne participerai pas
16:50et la France Insoumise
16:51ne participera pas
16:52à une grande coalition
16:53réunissant des républicains
16:55à, je ne sais pas,
16:56peut-être le Parti Socialiste
16:57autour de M. Lecornu.
16:59Et donc, je ne veux pas
16:59donner l'impression,
17:00si vous voulez,
17:01en allant participer
17:01à cette réunion,
17:03qu'il y aurait des conditions
17:04dans lesquelles je serais
17:05susceptible d'y participer.
17:07Donc, ce type d'échange,
17:08évidemment non.
17:09Et d'ailleurs,
17:09comment fonctionne
17:10dans une démocratie normale ?
17:12M. Lecornu discute
17:13avec ceux qu'il a envie
17:13de réunir.
17:14Il vient devant
17:15l'Assemblée nationale,
17:16il demande le vote de confiance.
17:17Et ensuite, s'il a la confiance,
17:18après, moi je suis un groupe
17:19d'opposition
17:20et je peux faire valoir
17:20mes positions.
17:21Ce que vous êtes en train
17:22de dire,
17:22Manuel Bompard,
17:23c'est que s'il vous invite
17:25à venir discuter
17:26à Matignon
17:27dans les heures
17:28ou les jours qui viennent,
17:29ce sera non.
17:29Oui, bien sûr.
17:30Ça sera non
17:31avant tout vote de confiance
17:33ou tout vote de censure.
17:34Et s'il met dans ses priorités
17:36comme l'espérait
17:38le Parti Socialiste,
17:39la taxe Zuckman
17:40ou le gel,
17:43la suspension.
17:44Oui, ça vous fait rigoler.
17:45Vous dites tout ça
17:45que c'est n'importe quoi.
17:46Non, c'est pas que ça
17:46me fait rigoler, pardon.
17:47Vous n'y croyez pas
17:48à l'instant.
17:48Non, je ne me permettrais pas
17:48de dire que vos questions
17:49sont n'importe quoi,
17:50mais lundi,
17:51on était sur un plateau ensemble
17:52et vous me posiez aussi
17:53des questions avec des si
17:54et si le Parti Socialiste
17:56et je vous disais
17:57mais franchement,
17:58ça ne tient pas la route.
17:58Parce que vous l'avez entendu,
17:59Manuel Bompard,
18:00et je comprends que ça
18:00vous fasse rigoler
18:01parce qu'il se trouve
18:02que les faits
18:02vous ont donné totalement raison,
18:03on peut le dire,
18:03puisque le Parti Socialiste
18:04qui disait
18:05on est prêt, on est prêt,
18:06ils ont en effet été appelés.
18:07C'est pas que ça me fait rigoler
18:07parce que ça ne me fait pas rigoler
18:08la situation du pays.
18:09Mais ce n'était pas du tout
18:10pour être nommé en effet.
18:12Donc ce que vous voulez dire,
18:13c'est qu'ils se sont fait avoir
18:14ou que finalement,
18:15c'était un scénario impossible.
18:17Moi, je vais d'abord vous dire
18:18la situation du pays,
18:19elle ne me fait pas rigoler.
18:20Je comprends.
18:21Et quand on voit les images
18:22et quand on voit les blocages
18:23et quand on voit l'inquiétude
18:23et quand on voit...
18:24Je ne sais pas,
18:24on a atteint dans ce pays
18:25un record historique de pauvres,
18:27du nombre de pauvres.
18:28On est en retard
18:29sur l'urgence climatique,
18:30les émissions de gaz
18:31à effet de serre
18:31repartent à la hausse.
18:32Enfin, il y a plein de raisons
18:33pour lesquelles...
18:33Ça ne fait pas partie des...
18:35La dette, on peut en parler.
18:36Ça dépend pour quoi faire.
18:36Non, mais ça fait partie
18:36de vos inquiétudes, non ?
18:37Mais ça dépend pour quoi faire.
18:38Vous savez, il y a des bonnes dettes aussi.
18:40Quand il s'agit d'investir...
18:41Comme les chasseurs.
18:41Il y a les bons chasseurs
18:42et les mauvais chasseurs.
18:43On peut s'endetter.
18:43Mais madame de malheur,
18:44franchement...
18:45Non, mais là, elle est quand même
18:45profonde, la dette.
18:46Mais bon, qui l'a creusée ?
18:48Ce n'est pas moi.
18:49D'accord, donc le déficit est important.
18:51Certes, il faut faire en sorte
18:52que le déficit soit moins important.
18:53Mais vous ne devriez pas
18:54le prendre comme ça
18:55parce que vous savez vous-même
18:56dans votre vie
18:57que parfois, vous vous empruntez
18:58quand c'est pour l'avenir,
19:00quand c'est pour construire
19:00des infrastructures,
19:01des écoles, des hôpitaux.
19:02Ça, c'est une bonne dette.
19:03Mais vous savez,
19:03on ne peut pas emprunter
19:04quand on n'a pas les moyens
19:06de rembourser.
19:07Vous savez quand même
19:08que là, la charge de la dette
19:09aujourd'hui est plus faible
19:10en France aujourd'hui
19:11que ce qu'elle était
19:12dans les années 2000.
19:13Donc le catastrophisme
19:14auquel s'est livré
19:15M. Bayrou
19:16me paraît totalement fou.
19:18Bref, je vous disais,
19:19je ne suis pas là pour rigoler,
19:20mais je vous dis juste
19:21ne faisons pas croire
19:22que M. Macron
19:23nomme un macroniste
19:24pour faire une politique
19:25à l'inverse
19:25de la politique macroniste.
19:26Parce qu'au bout d'un moment,
19:28si M. Macron
19:29nomme M. Lecornu,
19:30c'est parce qu'il a l'intention
19:31de continuer à imposer
19:32sa politique.
19:33Moi, je n'en veux pas.
19:34Et comme je n'en veux pas,
19:35je me mobilise
19:36avec celles et ceux
19:36qui se mobilisent
19:37pour essayer d'empêcher
19:38cette politique
19:38de continuer à avoir le jour.
19:39Vous vous mobilisez
19:39et je le disais,
19:40vous étiez tout à l'heure
19:41sur les dépôts bloqués
19:44de la RATP.
19:45Allez-vous, là,
19:46en sortant de l'émission,
19:48retourner voir
19:49ceux qui bloquent ?
19:51Oui, oui.
19:51J'ai prévu d'aller
19:52sur d'autres initiatives,
19:55notamment peut-être
19:55auprès des cheminots
19:57qui sont, pour certains d'entre eux,
19:58aussi en grève aujourd'hui.
20:00J'ai certains de mes collègues
20:01qui sont auprès
20:01des salariés de la santé aussi.
20:04Donc voilà, nous,
20:04l'ensemble des députés,
20:05pas seulement moi,
20:06l'ensemble des députés
20:06de la France Insoumise
20:07sont mobilisés
20:08aux côtés des citoyennes
20:09et des citoyens
20:09qui expriment leur colère,
20:11leurs revendications
20:11dans un mouvement
20:12qui est quand même
20:13très largement soutenu
20:14par la population.
20:15Et vous serez donc
20:15sur le terrain à nouveau.
20:16Merci Manuel Bompard
20:18d'avoir répondu
20:19à mes questions ce matin.
20:20Vous êtes le coordinateur
20:21de la France Insoumise
20:22et député LFI
20:23des Bouches-du-Rhône.
20:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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