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  • il y a 5 mois

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00:007h09, Europe 1 Matin, 7h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin l'auteur et essayiste Jean-Laurent Casselli.
00:08Bonjour Jean-Laurent Casselli.
00:10Oui, bonjour Dimitri.
00:11Bienvenue sur Europe 1, fondateur de la Maison Casselli, bureau de tendance spécialisé dans les modes de vie.
00:15Un peu sociologue aussi, comme vous vous présentez volontiers, co-auteur avec Jérôme Fourquet du best-seller La France sous nos yeux.
00:22Les forces de l'ordre, Jean-Laurent Casselli, sont sur le qui-vive ce matin avec cette journée d'action du mouvement Bloquons-Tout qu'on a du mal à cerner, c'est vrai.
00:29Qu'est-ce que vous voyez, vous, à ce stade de ce mouvement dont on parle beaucoup depuis maintenant plusieurs mois ?
00:34Oui, juste pour préciser, à l'antenne vous m'avez présenté effectivement comme sociologue.
00:39Ce que je ne suis pas, je le dis parce que je ne veux pas faire taper sur les doigts pour les vrais sociologues.
00:43Ceci étant dit, je pense qu'on est tous un peu dans le flou, même si on commence à voir que quelques blocages ici ou là éparent.
00:51Mais je pense que cette histoire de Bloquons-Tout, il faut la prendre au sens littéral et figuré.
00:55C'est-à-dire que certes, des gens ont appelé à bloquer et vont bloquer probablement des ex-routiers, des zones commerciales, peut-être des entrepôts.
01:02Mais il y a aussi, je pense, des gens qui vont plutôt avoir une relation plus en sous-straction avec ce mouvement.
01:07C'est-à-dire qu'ils vont agir sans qu'on les voit forcément sur les images de chaînes d'info.
01:12Je pense à cette histoire de grève de la consommation, des gens qui pourraient peut-être poser un jour sans nécessairement faire grève.
01:18Donc je pense que ce sera difficile de constater l'ampleur de la mobilisation, de connaître finalement quel a été le profil des gens mobilisés et quel aura été leur mode d'action.
01:28C'est pour ça qu'on est aujourd'hui, on est à quelques minutes, quelques heures peut-être des différentes actions.
01:34Mais il est très difficile d'en faire le tableau a priori, comme pour les Gilets jaunes.
01:38D'ailleurs, on avait beaucoup de mal à se projeter sur les ronds-points avant de voir ces fameuses images.
01:43C'est vrai que la police et le renseignement territorial disent beaucoup dans la presse ces derniers jours que ce n'est plus vraiment un mouvement citoyen
01:50qui a une espèce d'OPA de l'ultra-gauche, de la France insoumise dessus.
01:55Elle est fine notamment qu'on aurait eu un regret de ne pas avoir investi dès le départ le mouvement des Gilets jaunes.
02:00Vous êtes en train de nous dire qu'il faut aller au-delà de ça, de ce qui est vrai, ce dont ce que je viens de dire est vrai.
02:05Mais ce n'est pas que ça, le mouvement Bloquons-Tout, non ?
02:08Je pense que c'est un peu les deux.
02:09Si vous regardez par exemple les fameuses AG, les assemblées générales qui ont été organisées dans différentes parties du territoire
02:15pour organiser les blocages, l'AG c'est un truc de militant.
02:20Je veux dire, si vous ne connaissez pas, si vous n'avez pas l'habitude des manifs, des collectifs militants, vous ne faites pas d'AG.
02:26Donc déjà, ça sélectionne son public.
02:28C'est-à-dire que c'est évidemment les militants les plus confirmés et ceux qui sont effectivement plutôt à gauche
02:34qui vont se mobiliser dans ce cadre-là.
02:35Donc je pense que ceux qui adhèrent à cette idéologie, mais aussi à cette manière de faire, vont se retrouver probablement entre eux.
02:43On a beaucoup comparé aussi à Nuit Debout, finalement, ce profil de jeunes manifestants plutôt diplômés, plutôt citadins
02:49et effectivement plutôt marqués à gauche, gauche radicale.
02:52Et il y a aussi peut-être d'autres gens qui sont, comme vous le dites, plutôt sur un mouvement citoyen, apolitique, dépolitisé, peu idéologisé,
02:59qui partagent d'ailleurs un certain nombre de, je pense, de diagnostics et de revendications sur les inégalités sociales,
03:07sur la taxation des plus riches, ce genre de choses qu'on voit beaucoup.
03:10D'ailleurs, y compris dans les nuances plus de droite qui étaient à l'initiative du mouvement.
03:14Donc il n'est pas impossible qu'il y ait cette fameuse convergence, qu'elle appelle généralement les partis des syndicats.
03:22Mais en même temps, peut-être que ces Français moins politisés ont fait un pas de côté
03:26quand ils ont vu que la manifestation a été, la journée a été, comme on dit, récupérée par un parti politique
03:32et par, en l'occurrence, la France Insoumise.
03:35Oui, vous dites, Jean-Laurent Casséli, que la colère dans ce mouvement remonte les barreaux de l'échelle sociale.
03:39Ça vient des entrailles du pays, d'une certaine manière.
03:43Oui, ça je pense qu'aussi c'est peut-être une des différences avec les Gilets jaunes,
03:47qui était une manifestation, qui était un mouvement très populaire.
03:50Il y avait beaucoup d'ouvriers, il y avait beaucoup de gens qui avaient des métiers difficiles.
03:54On avait parlé des caristes, ces gens qui travaillent dans les entrepôts de logistique.
03:57Oui, les essentiels.
03:59Oui, les travailleurs essentiels, exactement.
04:01Aujourd'hui, je pense qu'ils sont là en partie et ils partagent cette colère.
04:04Et on voit aussi, sur les boucles Telegram, Signal, cette organisation en ligne de la journée,
04:11des profils plus insérés, enfin plus de classe moyenne, je dirais, plus insérés socialement,
04:16qui ont un salaire, qui ont des diplômes,
04:20et qui partagent cette colère, parce qu'eux-mêmes se sentent en déclassement depuis quelques années.
04:25Donc, peut-être qu'il y aura, encore une fois, une convergence,
04:28pas forcément politique, mais sociale, sociologique,
04:31entre les catégories populaires et les catégories moyennes.
04:34Et l'impression de crise politique permanente,
04:36vous pensez que ça joue sur la puissance du mouvement, Jean-Laurent Cassély ?
04:40On a plutôt pensé que ça allait générer de l'apathie,
04:45parce que c'est vrai qu'un Premier ministre vient d'être nommé hier soir,
04:47ça coupe un peu l'herbe sous le pied du mouvement,
04:49mais la colère vient de plus loin que cela.
04:53Donc, je pense que certes, la crise démocratique, la crise de régime,
04:56presque, participe à l'engouement pour cette manifestation.
05:00C'était dans les revendications dès le début,
05:04à côté des questions de pouvoir d'achat, des questions économiques.
05:06Donc, je ne suis pas surpris qu'il y ait un lien qui soit fait,
05:09mais peut-être qu'encore une fois, beaucoup de nos concitoyens,
05:11notamment ceux qui nous écoutent, sont plus, comment dire,
05:15un petit peu choqués, sous le choc, en tout cas,
05:18hésitent à se mobiliser après autant de changements,
05:20autant de bouleversements politiques.
05:22Donc, ça peut être favorable à une contestation,
05:25comme ça peut être favorable à plutôt un mouvement, je dirais,
05:27de repli de la part d'un certain nombre de Français.
05:31Bref, ça tire dans tous les sens.
05:33Merci, Jean-Laurent Cassély, d'avoir été avec nous sur Europe 1.
05:35Je rappelle, La France sous nos yeux,
05:37le livre que vous avez co-écrit avec Jérôme Fourquet,
05:38paru en 2021, mais alors toujours d'actualité.
05:40Merci d'être venu ce matin sur l'antenne d'Europe.
05:42Bonne journée à vous.
05:43Merci, au revoir.
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