00:00France Inter
00:01Mathilde Munoz
00:05Le 5-7
00:08Il est 6h21, qui sera à Matignon dans les prochains jours ?
00:11Avec quelle majorité ? Quelle offre politique ?
00:14C'est une semaine pleine d'incertitudes qui s'ouvrent,
00:17d'autant plus qu'un appel au blocage du pays a été lancé pour mercredi.
00:20Bonjour Olivier Roucan.
00:21Bonjour.
00:21Vous êtes politologue, constitutionnaliste,
00:24vous êtes chercheur associé au CERSA,
00:25le Centre d'études et de recherche de sciences administratives et politiques.
00:28François Bayrou va donc soumettre l'existence de son gouvernement à un vote de confiance en fin de journée.
00:34Les jeux semblent faits, mais admettons qu'il y ait encore une chance de s'en sortir.
00:39Qu'ils partent ou pas, est-ce que ça va changer quelque chose ?
00:42Non, parce que ce qui compte finalement, c'est la configuration de l'Assemblée nationale.
00:48Et là, nous savons qu'il n'y a pas de majorité.
00:51Et nous savons aussi, deuxièmement, que le jeu politique se polarise de plus en plus,
00:55c'est-à-dire qu'il y a une distance idéologique de plus en plus forte.
01:00Et donc, cela rend difficile la négociation de compromis.
01:03Or, c'est bien ce qu'il faut parvenir à faire, notamment pour voter un budget.
01:08Puisqu'on voit que les points de départ sont quand même assez éloignés
01:13entre ceux qui veulent une taxation des plus riches,
01:15ceux qui veulent une réforme de l'État avec beaucoup de, je dirais, de rigueur et de sévérité.
01:21Les points de vue sont assez irréconciliables.
01:24Et la culture du compromis, pour l'instant, n'est pas retrouvée par les politiciens français.
01:30Comparativement, d'ailleurs, à d'autres États en Europe,
01:32où il n'y a pas de majorité également dans les assemblées,
01:35mais où, par contre, on sait davantage négocier.
01:38Alors, on a su dans notre histoire.
01:39Mais là, sous la Ve République, avec notre culture présidentialiste,
01:43notre culture majoritaire assez dure,
01:45eh bien, pour l'instant, les acteurs sont un peu déboussolés par rapport à la configuration du jeu.
01:49Y compris si Emmanuel Macron décide d'élargir son socle commun aux socialistes ?
01:55Ça restera bloqué ?
01:57C'est-à-dire que c'est une hypothèse un peu, je dirais, filandreuse.
02:01Parce que ça supposerait qu'Emmanuel Macron accepte de revenir sur sa conception du budget
02:07et de ce qu'il faut pour l'économie et les finances publiques.
02:10Puisque les socialistes, là, demandent quand même, de façon assez bruyante et répétée,
02:15une taxe Zuckman ou quelque chose qui ressemblerait.
02:17Sur les très très grosses fortunes.
02:18C'est-à-dire une taxation sur les plus grosses fortunes,
02:21une augmentation des crédits publics pour réformer les services publics.
02:25Et pour l'instant, le socle présidentiel, on va dire,
02:29s'il en reste indidentifiable, n'est pas pour ça.
02:32Alors, pour que les choses soient bien claires aujourd'hui sur l'échiquier politique,
02:35qui veut quoi ? Qui veut gouverner et qui veut renverser la table ?
02:38Bon, on peut dire que les partis présidentiels qui se sont divisés veulent gouverner.
02:44On peut dire que les partis, je dirais, classiques, comme les Républicains ou le Parti Socialiste,
02:51souhaitent apparaître comme restant des partis de gouvernement, donc aptes à gouverner.
02:56Et puis, il y a... Alors, on peut ajouter à ceci les écologistes et, en fonction des moments, les communistes.
03:03Mais ensuite, il y a les partis ou les mouvements qui se veulent plus protestataires, voire populistes.
03:09Et donc, LFI et le RN.
03:11Alors, le RN a pris un virage ces dernières années d'institutionnalisation.
03:16Il veut gouverner, mais, par contre, il n'est pas, pour l'instant, dans un système d'alliance.
03:22Quant à LFI, lui, c'est une stratégie populiste, je dirais, de chaos.
03:28Pour l'instant, il envisage plutôt de déconstruire que de construire.
03:33D'où l'appel à une démission d'Emmanuel Macron de la part de LFI ?
03:37D'où l'appel à une démission d'Emmanuel Macron.
03:39D'où la volonté de changer les institutions.
03:42C'est là où je dis déconstruire.
03:43Alors, évidemment, si on passe à une sixième république, il y aura une construction de quelque chose.
03:47Mais pour l'instant, c'est bien flou, tout ceci.
03:49Vous dites changer de constitution, changer le mode de scrutin, ça ne suffit pas ?
03:54Alors, ça, c'est peut-être ce qui a manqué ces derniers mois, depuis 2024 au moins.
03:59C'est la capacité des acteurs politiques à s'accorder sur une réforme du mode de scrutin
04:04qui aurait peut-être permis d'envisager une dissolution de façon plus sereine,
04:08une nouvelle dissolution, ou la précédente d'ailleurs, si ça avait été déjà modifié.
04:14Parce que ça libérerait sans doute les forces d'appoint que sont devenues le PS et LR
04:19de, je dirais, de leurs pôles les plus radicaux, sur leur droite et sur leur gauche.
04:27Mais comme ça n'a pas été fait pour l'instant, il n'y a pas eu d'accord.
04:31Et on voit qu'il y a une difficulté, c'est ce qu'on me disait, à trouver des compromis,
04:33des accords au-delà des, je dirais, des questions les plus urgentes, sur des questions de fonds institutionnels.
04:39Il n'y a pas eu les modifications, ou bien du mode de scrutin, il n'y a pas de constitution modifiée,
04:45ou bien même de modification constitutionnelle pour adapter le cadre juridique à ce contexte.
04:50Et c'est quoi le contexte ? C'est 21 groupes parlementaires et c'est la polarisation du jeu.
04:55Et nos institutions, par rapport à ça, on voit bien qu'elles ne sont plus tellement adaptées.
04:59Et le contexte, c'est aussi le mouvement de mercredi, un bloquant tout.
05:03Est-ce qu'il pèse dans la balance, ce mouvement ?
05:04On a vu qu'il a pesé dans, je dirais, dans la stratégie du gouvernement,
05:10sans doute dans les arrières-pensées du président,
05:12et puis de tous les acteurs y pensent, tous les acteurs politiques et syndicaux.
05:16Donc ça pèse parce que ça montre quoi ?
05:18Que non seulement il y a du désordre politique,
05:20il commence à y avoir du désordre institutionnel,
05:22mais que la société est fracturée, ça on le sait depuis longtemps.
05:25Simplement, là il y a un réveil de la colère, il y a un réveil de l'exaspération,
05:29il y a aussi beaucoup d'inquiétudes, on le voit dans le français.
05:32Tout ceci ne crée pas un climat serein pour décider d'un nouveau budget
05:37qui ne sera dans tous les cas pas facile.
05:39Avec une date butoir ?
05:41Pour le budget, on le sait, c'est la fin de l'année.
05:44Et puis pour le dépôt, c'est le plus tôt possible,
05:46sans quoi ça se règle, comme on l'a vu avec une loi spéciale qui ne règle rien.
05:50Merci Olivier Roucante, politologue et constitutionnaliste.
05:53Vous étiez en direct dans le 5-7.
05:55Merci.
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