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  • il y a 5 mois
Alors que le gouvernement Bayrou vit sans doute ses dernières heures, en attendant un vote de confiance que le Premier ministre n'a presque aucune chance de remporter, Olivier Rouquan, politologue, enseignant-chercheur en sciences politiques et chercheur associé au CERSA est l'invité de 6h20. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-lundi-08-septembre-2025-9767030

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Transcription
00:00France Inter
00:01Mathilde Munoz
00:05Le 5-7
00:08Il est 6h21, qui sera à Matignon dans les prochains jours ?
00:11Avec quelle majorité ? Quelle offre politique ?
00:14C'est une semaine pleine d'incertitudes qui s'ouvrent,
00:17d'autant plus qu'un appel au blocage du pays a été lancé pour mercredi.
00:20Bonjour Olivier Roucan.
00:21Bonjour.
00:21Vous êtes politologue, constitutionnaliste,
00:24vous êtes chercheur associé au CERSA,
00:25le Centre d'études et de recherche de sciences administratives et politiques.
00:28François Bayrou va donc soumettre l'existence de son gouvernement à un vote de confiance en fin de journée.
00:34Les jeux semblent faits, mais admettons qu'il y ait encore une chance de s'en sortir.
00:39Qu'ils partent ou pas, est-ce que ça va changer quelque chose ?
00:42Non, parce que ce qui compte finalement, c'est la configuration de l'Assemblée nationale.
00:48Et là, nous savons qu'il n'y a pas de majorité.
00:51Et nous savons aussi, deuxièmement, que le jeu politique se polarise de plus en plus,
00:55c'est-à-dire qu'il y a une distance idéologique de plus en plus forte.
01:00Et donc, cela rend difficile la négociation de compromis.
01:03Or, c'est bien ce qu'il faut parvenir à faire, notamment pour voter un budget.
01:08Puisqu'on voit que les points de départ sont quand même assez éloignés
01:13entre ceux qui veulent une taxation des plus riches,
01:15ceux qui veulent une réforme de l'État avec beaucoup de, je dirais, de rigueur et de sévérité.
01:21Les points de vue sont assez irréconciliables.
01:24Et la culture du compromis, pour l'instant, n'est pas retrouvée par les politiciens français.
01:30Comparativement, d'ailleurs, à d'autres États en Europe,
01:32où il n'y a pas de majorité également dans les assemblées,
01:35mais où, par contre, on sait davantage négocier.
01:38Alors, on a su dans notre histoire.
01:39Mais là, sous la Ve République, avec notre culture présidentialiste,
01:43notre culture majoritaire assez dure,
01:45eh bien, pour l'instant, les acteurs sont un peu déboussolés par rapport à la configuration du jeu.
01:49Y compris si Emmanuel Macron décide d'élargir son socle commun aux socialistes ?
01:55Ça restera bloqué ?
01:57C'est-à-dire que c'est une hypothèse un peu, je dirais, filandreuse.
02:01Parce que ça supposerait qu'Emmanuel Macron accepte de revenir sur sa conception du budget
02:07et de ce qu'il faut pour l'économie et les finances publiques.
02:10Puisque les socialistes, là, demandent quand même, de façon assez bruyante et répétée,
02:15une taxe Zuckman ou quelque chose qui ressemblerait.
02:17Sur les très très grosses fortunes.
02:18C'est-à-dire une taxation sur les plus grosses fortunes,
02:21une augmentation des crédits publics pour réformer les services publics.
02:25Et pour l'instant, le socle présidentiel, on va dire,
02:29s'il en reste indidentifiable, n'est pas pour ça.
02:32Alors, pour que les choses soient bien claires aujourd'hui sur l'échiquier politique,
02:35qui veut quoi ? Qui veut gouverner et qui veut renverser la table ?
02:38Bon, on peut dire que les partis présidentiels qui se sont divisés veulent gouverner.
02:44On peut dire que les partis, je dirais, classiques, comme les Républicains ou le Parti Socialiste,
02:51souhaitent apparaître comme restant des partis de gouvernement, donc aptes à gouverner.
02:56Et puis, il y a... Alors, on peut ajouter à ceci les écologistes et, en fonction des moments, les communistes.
03:03Mais ensuite, il y a les partis ou les mouvements qui se veulent plus protestataires, voire populistes.
03:09Et donc, LFI et le RN.
03:11Alors, le RN a pris un virage ces dernières années d'institutionnalisation.
03:16Il veut gouverner, mais, par contre, il n'est pas, pour l'instant, dans un système d'alliance.
03:22Quant à LFI, lui, c'est une stratégie populiste, je dirais, de chaos.
03:28Pour l'instant, il envisage plutôt de déconstruire que de construire.
03:33D'où l'appel à une démission d'Emmanuel Macron de la part de LFI ?
03:37D'où l'appel à une démission d'Emmanuel Macron.
03:39D'où la volonté de changer les institutions.
03:42C'est là où je dis déconstruire.
03:43Alors, évidemment, si on passe à une sixième république, il y aura une construction de quelque chose.
03:47Mais pour l'instant, c'est bien flou, tout ceci.
03:49Vous dites changer de constitution, changer le mode de scrutin, ça ne suffit pas ?
03:54Alors, ça, c'est peut-être ce qui a manqué ces derniers mois, depuis 2024 au moins.
03:59C'est la capacité des acteurs politiques à s'accorder sur une réforme du mode de scrutin
04:04qui aurait peut-être permis d'envisager une dissolution de façon plus sereine,
04:08une nouvelle dissolution, ou la précédente d'ailleurs, si ça avait été déjà modifié.
04:14Parce que ça libérerait sans doute les forces d'appoint que sont devenues le PS et LR
04:19de, je dirais, de leurs pôles les plus radicaux, sur leur droite et sur leur gauche.
04:27Mais comme ça n'a pas été fait pour l'instant, il n'y a pas eu d'accord.
04:31Et on voit qu'il y a une difficulté, c'est ce qu'on me disait, à trouver des compromis,
04:33des accords au-delà des, je dirais, des questions les plus urgentes, sur des questions de fonds institutionnels.
04:39Il n'y a pas eu les modifications, ou bien du mode de scrutin, il n'y a pas de constitution modifiée,
04:45ou bien même de modification constitutionnelle pour adapter le cadre juridique à ce contexte.
04:50Et c'est quoi le contexte ? C'est 21 groupes parlementaires et c'est la polarisation du jeu.
04:55Et nos institutions, par rapport à ça, on voit bien qu'elles ne sont plus tellement adaptées.
04:59Et le contexte, c'est aussi le mouvement de mercredi, un bloquant tout.
05:03Est-ce qu'il pèse dans la balance, ce mouvement ?
05:04On a vu qu'il a pesé dans, je dirais, dans la stratégie du gouvernement,
05:10sans doute dans les arrières-pensées du président,
05:12et puis de tous les acteurs y pensent, tous les acteurs politiques et syndicaux.
05:16Donc ça pèse parce que ça montre quoi ?
05:18Que non seulement il y a du désordre politique,
05:20il commence à y avoir du désordre institutionnel,
05:22mais que la société est fracturée, ça on le sait depuis longtemps.
05:25Simplement, là il y a un réveil de la colère, il y a un réveil de l'exaspération,
05:29il y a aussi beaucoup d'inquiétudes, on le voit dans le français.
05:32Tout ceci ne crée pas un climat serein pour décider d'un nouveau budget
05:37qui ne sera dans tous les cas pas facile.
05:39Avec une date butoir ?
05:41Pour le budget, on le sait, c'est la fin de l'année.
05:44Et puis pour le dépôt, c'est le plus tôt possible,
05:46sans quoi ça se règle, comme on l'a vu avec une loi spéciale qui ne règle rien.
05:50Merci Olivier Roucante, politologue et constitutionnaliste.
05:53Vous étiez en direct dans le 5-7.
05:55Merci.
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