00:00On se retrouve avec vous Sergueï Gironov pour commenter tout ce qu'on vient de voir, notamment un certain nombre de révélations.
00:05Je rappelle que vous avez espionné la France pour le compte du KGB dans les années 80.
00:11Vous allez nous raconter, vous allez nous dire ce que font vos successeurs qui espionnent la France aujourd'hui.
00:15Mais d'abord un mot sur peut-être la principale révélation du documentaire qu'on vient de voir.
00:20C'est cette affaire d'un attentat qui aurait dû avoir lieu juste avant les Jeux Olympiques à Roissy près de Paris.
00:26– Tout à fait, mais ça c'est quelque chose qui est passé dans les médias.
00:31On l'a su, ça a été bien couvert.
00:34D'ailleurs vous avez compris, c'est la faute de celui de l'exécutant qui a permis en fait de l'éviter.
00:41Parce qu'il est passé quand même sous le radar.
00:42S'il n'avait pas d'une manière mauvaise manipulé sa bombe, peut-être il aurait réussi à faire cet attentat.
00:52– Alors la bombe a explosé dans sa chambre d'hôtel et donc effectivement il n'y a pas eu d'autres victimes que lui qui a été blessé.
00:57Vous dites que ça a été assez bien couvert par les médias russes peut-être.
01:00Mais ce qu'on ne savait pas c'est le parcours de cet homme Maxime Wernic.
01:03Donc 26 ans, ingénieur, originaire du Donbass et pas un professionnel de l'espionnage.
01:09Pas comme vous, pas formé à l'école du KGB.
01:11– Mais ça c'est la grande nouveauté en fait de l'espionnage.
01:14Ça veut dire qu'un espion comme moi, un espion professionnel, ça coûte beaucoup d'argent.
01:20Moi j'ai été formé pendant 3 ans.
01:24Après je suis passé par le centre Paris-Ascènevaux.
01:27Et donc en fait si vous rajoutez tout cet argent-là, ça coûte énormément d'argent.
01:32Et bon après on est brûlé quand même assez rapidement.
01:35Ça veut dire même nous on est jetables.
01:38Tandis que maintenant on est au troisième millénaire, tout est plus rapide.
01:42Donc il faut aller très très vite.
01:44– Et low cost, et pas cher.
01:46– Et donc du coup ils ont opté, je crois qu'ils ne sont pas les seuls.
01:49À mon avis les autres services de renseignement font à peu près la même chose.
01:53Mais les Russes on le sait maintenant.
01:54Parce qu'il y a eu plusieurs affaires.
01:56Les cercueils étaient déposés par les moldables et les ukrainiens qui étaient en Allemagne.
02:02Ce cuistot c'est aussi, c'est presque un guignol.
02:06Quelqu'un qui boit de l'alcool et qui est orgueilleux et qui montre quasiment sa carte du FSB.
02:14– Oui, un influenceur qui a été quand même interpellé en français.
02:18– Après le truc c'est que le fait qu'il soit un influenceur, ça ne gêne pas un espionnage.
02:23Moi j'étais à la télévision quand j'étais espion.
02:25Ça ne m'a gêné pas du tout, au contraire.
02:27En fait ça renforce la légende, ça renforce la couverture.
02:32– Alors vous allez nous raconter ce que vous savez de ce que font les Russes
02:36quand ils espionnent la France aujourd'hui.
02:37Mais d'abord je voudrais que ceux qui nous regardent sachent qui leur parle.
02:39Donc qui vous êtes.
02:41Vous l'avez raconté dans ce livre, L'Éclaireur, qui ressort cette semaine en édition de poche.
02:48Vous aviez, donc vous étiez ce qu'on appelle un illégal.
02:51Vous dépendiez du département S, c'est-à-dire un petit peu la crème des espions du KGB ?
02:56– C'est pas un tout petit peu, c'est la crème de la crème.
02:58Parce que déjà l'espionnage en général, le KGB c'est la crème.
03:02Enfin c'est l'élite, l'espionnage c'est l'élite de l'élite
03:05et les illégaux c'est l'élite de l'élite de l'élite.
03:08– Alors au départ vous aviez été surtout un amoureux des langues.
03:11Vous aviez beaucoup aimé apprendre le français et puis l'espagnol.
03:14C'est comme ça que vous êtes repérés par le KGB, embauchés.
03:17Et puis alors vous faites déjà un certain nombre de missions dans les années 80.
03:20Vous allez nous dire peut-être ce que vous êtes venu faire dans ces années-là.
03:23Mais surtout le gros coup que vous avez réussi,
03:25c'est que juste avant l'éclatement de l'URSS en 91,
03:28vous intégrez l'ENA en France.
03:30– C'est ça, et en fait c'est ma plus grande mission.
03:34Malheureusement ça n'a pas duré parce que le KGB a disparu et l'Union soviétique avec.
03:40Mais effectivement c'est une grande mission
03:43parce que l'ENA c'est la formation de l'élite française.
03:46Ça veut dire que vous avez quatre présidents qui sortent de l'ENA.
03:50Vous avez une quinzaine de premiers ministres qui sortent de l'ENA.
03:55Vous avez des ministres par dizaines, voire par centaines qui sont sortis de l'ENA.
03:59Les politiciens, les députés, les chefs d'entreprise, etc.
04:02Et donc c'est une école qui intéresse l'espionnage au plus haut point
04:05parce que ces gens-là ils ne sont pas encore dans l'appareil très haut.
04:08donc ils sont facilement accessibles.
04:11– Et vous auriez pu, si la mission s'était poursuivie normalement,
04:15devenir très proche, amie avec un certain nombre de très hauts fonctionnaires français,
04:19avec Valérie Pécresse qui était dans votre promotion ?
04:21– Qui était dans la promotion précédente,
04:23mais c'est elle qui m'a recommandé en quelque sorte
04:26parce qu'elle était en stage à l'ambassade de France à Moscou.
04:29Donc en fait elle a recommandé, elle a fait l'enquête sur moi,
04:32elle a confirmé tout sur moi.
04:34Ma couverture était parfaite, donc elle a confirmé.
04:36Mais il y a autre chose, par exemple dans ma promotion,
04:40on avait Karine Knaiss, c'est une autrichienne
04:43qui est devenue après le ministre des Affaires étrangères
04:45et moi à mon époque, ma fille je l'ai dit,
04:48c'est un bon élément, c'est un bon élément à recruter
04:51et je suis persuadé que l'ESFR l'a recruté après.
04:54– Alors si je comprends bien, si l'URSS n'avait pas explosé en août 1991,
05:00vous auriez fait une très grande carrière au KGB dans l'espionnage russe ?
05:03– J'avais tout pour le faire, oui.
05:05Parce que le MGIMO d'abord, l'Institut de relations internationales de Moscou,
05:11après l'Institut de la Porte Rouge, après l'ENA, donc les relations en France,
05:16et puis surtout avec l'arrivée de la Nouvelle-Russie,
05:20il y a un certain nombre d'oligarques que je connaissais,
05:21parce qu'en fait MGIMO, vous savez, c'est une fabrique aussi d'oligarques,
05:25et donc il y en avait un qui était quasiment au Premier ministre,
05:28donc il aurait pu me pousser, et j'aurais pu maintenant, à cette époque-là,
05:34être le directeur du SVR.
05:36D'ailleurs, les généraux et ceux qui dirigent le SVR,
05:39c'est les gens avec lesquels j'ai fait mes dix-sudes.
05:41– Voilà, donc mon invité a failli être le patron du KGB ou du SVR,
05:45mais vous avez choisi une haute vie, vous avez finalement fait défection,
05:48demandé l'asile politique ?
05:50– Même pas, sur le moment, en fait, c'est le KGB qui a disparu,
05:54donc du coup, j'ai tout simplement déposé la démission,
05:57c'était le seul moment où ils laissaient partir les gens,
06:00donc ils m'ont laissé partir, après on s'est bouillé,
06:02après j'étais obligé de partir, mais j'ai jamais fait des défections.
06:06En fait, je n'ai pas trahi, ils ne peuvent pas me reprocher la trahison.
06:10– Et c'est pour ça que vous êtes toujours vivant ?
06:11– Peut-être, ça, en revanche, qu'on soit traître ou pas,
06:16il y a des gens qui n'ont jamais trahi, qui sont morts quand même.
06:19– Alors, dans le document qu'on vient de voir,
06:21on a un diplomate, Alexandre Melnik, qui nous présente les lieux de l'ambassade.
06:24– C'est un ami, hein ?
06:25– Oui, vous le connaissez bien, il était là, en poste déjà en 91,
06:30et il nous explique que le KGB occupait tout le sixième étage,
06:32on voit ces fenêtres occultées avec des ascenseurs spéciaux
06:35qui ne distribuent que le sixième étage.
06:37– C'est ça.
06:37– Vous avez connu, à cette époque-là, vous travaillez vous-même au sixième étage ?
06:40– Moi, je n'ai jamais travaillé au sixième étage, parce que j'étais un illégal,
06:43en fait, j'étais détaché, j'avais interdiction d'aller à l'ambassade.
06:46Mais je connaissais très très bien la résidentura, je connaissais les plans,
06:51en fait, j'ai rencontré les gens qui ont travaillé,
06:53donc ils m'ont expliqué au cas où, et donc, au sixième étage,
06:57se trouvait l'antenne du KGB qui, en russe, dit « résidentura ».
07:01Donc, en fait, c'est l'antenne du KGB, une quarantaine de personnes,
07:06qui, d'ailleurs, c'est uniquement eux qui avaient accès à ce sixième étage,
07:11et c'est comme ça qu'on les repérait aussi à l'intérieur de l'ambassade.
07:15– Et alors, aujourd'hui, le sixième étage est toujours occupé par le FSB ?
07:18– Bien sûr, bien évidemment.
07:19Ce n'est pas le FSB, c'est le SVR, le SVR, et puis il y a aussi le renseignement militaire.
07:24Mais le renseignement militaire, ils ont un autre bâtiment, ils ont une autre antenne.
07:28Et donc, le SVR est toujours là.
07:30Le FSB aussi, parce que le FSB, en fait, c'est le contre-espionnage interne et externe.
07:34Et l'espionnage, c'est SVR.
07:36– Alors, qu'est-ce qu'ils font, ces espions russes du sixième étage de l'ambassade ?
07:40C'est quoi leur mission ?
07:41– Actuellement, il n'y en a pas beaucoup, parce que vous avez dit qu'en 2022,
07:45il y a quasiment toute la résidentour du SVR qui a été expulsée de France.
07:51Parce que, en fait, ce sont les espions qu'on appelle les égouts.
07:54Ça a été très bien expliqué dans le documentaire.
07:57C'est les gens qui, en fait, ont deux métiers.
08:00Ils ont le métier de diplomate ou de commercial ou de représentant culturel.
08:04Et puis, ils ont un autre métier qui est le métier d'espion.
08:07Et ils couvrent, avec le premier, le vrai métier d'espion.
08:11Et donc, en fait, ils recherchent les sources d'informations.
08:14Parce que les espions, ce n'est pas James Bond.
08:16Ce n'est pas courir sur les toits.
08:18Ce n'est pas tuer les gens.
08:19Non, c'est trouver les informations là où elles sont prises.
08:22C'est-à-dire à l'Elysée, à Matignon, au Quai d'Orsay,
08:26au ministère de l'Intérieur, au ministère de la Défense,
08:29dans les entreprises qui produisent les choses militaires
08:32et dans la haute technologie française.
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