00:00 Le 28 février 2023, Yegor a jeté des cocktails Molotov
00:06 sur un bureau de recrutement de l'armée.
00:09 Le jeune homme a été arrêté juste après.
00:12 Il a reconnu aussitôt avoir lancé ses bouteilles enflammées sur le bâtiment.
00:17 Un geste d'opposition à la guerre qui s'est répandu ces derniers mois.
00:21 Il y a eu en tout une centaine d'attaques contre des commissariats militaires.
00:25 Depuis, dans le quartier simple et tranquille de la banlieue de Saint-Pétersbourg,
00:35 où vivent ses parents, le temps s'est comme arrêté.
00:40 Ses chaussures d'adolescent l'attendent à l'entrée de sa chambre.
00:52 Tout est resté comme quand Yegor dormait ici en février.
00:56 Et je n'arrive pas à enlever ses affaires.
00:58 Le linge, les draps, tout est resté ici avec l'odeur de Yegor.
01:03 Sa mère, professeure d'anglais, et son père, électricien,
01:11 qui ne parlait jamais de politique, sont tombés des nus.
01:19 Pendant le premier mois, je me réveillais, je vomissais chaque matin.
01:23 Ensuite, nous avons compris que ce n'était pas le moment de baisser les bras.
01:29 Sinon, Yegor n'aura pas de soutien.
01:33 Notre fils est courageux. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être faibles.
01:46 Et Bette, ses parents cherchent à comprendre ce qui a poussé leur fils à agir.
01:50 Et ils pensent que la mort de son oncle Dima,
01:53 parti volontairement combattre en Ukraine, a été l'élément déclencheur.
01:58 Yegor est très sensible dans les épreuves.
02:06 Depuis tout petit, il est très empathique.
02:11 Il a vu notre détresse au sein de notre famille.
02:16 Et il a réalisé que cette souffrance, de nombreuses familles la subissent,
02:22 tout autant côté russe que côté ukrainien.
02:26 Yegor, qui souffre d'une grave maladie du foie, ne regrette pas son geste.
02:36 Comme il l'écrit dans les nombreuses lettres qu'il envoie à sa famille depuis sa cellule,
02:41 c'était selon lui la seule manière de rester un être humain.
02:45 Plusieurs fois ici, je me suis demandé si j'avais peur.
02:48 Et tu sais, je me suis rendu compte que non.
02:51 J'avais peur avant.
02:53 J'avais peur de me lever le matin et de lire les cent péternelles nouvelles de ces victimes,
02:57 chaque jour plus nombreuses.
02:59 Désormais, je n'ai plus peur.
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