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  • il y a 5 mois
Ils constituent aujourd'hui la menace la plus agressive en matière de renseignement étranger en France : les agents secrets russes. À côté des espions qui agissent sous couverture diplomatique, Moscou déploie désormais un nouveau type d'agents, recrutés en nombre via les réseaux sociaux pour submerger les services de contre-espionnage. Dans cette enquête exceptionnelle, vous allez ainsi découvrir comment l'un de ces hommes de l'ombre est suspecté d'avoir tenté de commettre un attentat en région parisienne quelques jours avant les Jeux olympiques. "Espions de Poutine, la nouvelle menace", un document Ligne Rouge signé Benoit Sarrade avec Juan Palencia et Nicolas Duchêne. 

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Transcription
00:00Dans un mois pile, jour pour jour, aura lieu la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris.
00:12Le monde entier aura les yeux rivés sur Paris. Événements planétaires, événements évidemment sécuritaires.
00:17Zoom ce matin sur la sécurité, le ministère de l'Intérieur a sonné, la mobilisation générale.
00:22Cinq jours avant l'ouverture des Jeux Olympiques, une brigade d'élite est déployée.
00:35À deux pas du Louvre, dans un immeuble parisien, des officiers de la brigade de recherche et d'intervention vont arrêter un homme.
00:47Ils le soupçonnent de vouloir déstabiliser les Jeux Olympiques.
00:52Son nom, Kirill Vladimirovich Grieznov.
00:59Il a 40 ans. Ce serait un espion, un espion russe.
01:05Et son profil détonne, car l'agent secret est tout sauf secret.
01:13Enfin, après deux ans, je suis de retour dans ma ville préférée, Paris.
01:18Regardez comme c'est beau ici. Le temps s'est levé, tout est parfait.
01:23Parfait, comme cette image d'influenceur Instagram qu'il s'est forgé.
01:27À coup de courtes vidéos, il étale fièrement sa vie privée sur les réseaux sociaux.
01:34Vie de couple, vacances, fêtes, tout y passe.
01:38Y compris son amour du terroir français.
01:40Aujourd'hui, on est au marché de Raspail.
01:47Ici, les meilleurs produits sont apportés par des fermiers venus de toute la France.
01:55Voilà le côté pile de Grieznov.
01:57Une image publique lisse, séduisante,
02:01suivie par plus de 10 000 personnes sur les réseaux sociaux.
02:03Mais côté face, il réaliserait des missions pour les services secrets russes.
02:12L'interception d'un appel avec son agent traitant
02:15va permettre aux autorités de confirmer avec certitude
02:19ses liens avec le renseignement russe.
02:21Nous pensons très fortement qu'il allait organiser
02:26des opérations de déstabilisation, d'ingérence, d'espionnage.
02:32Le premier à avoir levé le voile sur la double vie de Grieznov,
02:37c'est ce journaliste d'investigation russe.
02:41Roman Dobrokotov.
02:43En mai 2024, lors d'un dîner arrosé,
02:46l'influenceur russe parle trop.
02:50On a eu de la chance.
02:53L'une des personnes à qui il parlait
02:54connaissait l'un de nos journalistes
02:56et l'a appelé pour le prévenir.
03:00Il s'est vanté de travailler
03:02pour les services secrets russes.
03:04Il a même montré sa carte du FSB
03:06et plus particulièrement de la division Vimpel,
03:09une unité du FSB
03:10connue pour son programme d'assassinat à l'étranger.
03:16Cette carte du FSB,
03:18les policiers la retrouveront dans l'appartement
03:20occupé par le présumé espion
03:22lors de leur perquisition à Paris en juillet 2024.
03:30On a alors commencé à investiguer.
03:35On a découvert que certains de ses proches
03:37étaient liés au service de renseignement,
03:40son frère en particulier.
03:41Derrière la couverture d'influenceurs
03:48de Gryaznov,
03:49le journaliste découvre tout un faisceau d'indices.
03:54Des billets d'avion payés
03:55par des responsables des services secrets russes
03:59et une expérience de cuisinier
04:00qui intrigue.
04:01Alors voilà, oui, c'est un chef,
04:08mais c'est surtout un nouveau mode opératoire
04:10pour les services russes.
04:12C'est très pratique,
04:13car si vous êtes chef,
04:14surtout dans les restaurants russes,
04:16vous pouvez surveiller les membres de la diaspora
04:18et vous avez aussi accès à leur nourriture.
04:21Donc si vous voulez les empoisonner,
04:23c'est très pratique.
04:23Pour crédibiliser leur couverture,
04:29les espions tabliers suivent une formation accélérée.
04:34C'est exactement ce qu'a fait Gryaznov.
04:38Un cursus de six mois pour devenir chef,
04:41ici, à l'école du Cordon Bleu, à Paris.
04:43Après cette formation express,
05:09contrairement à ce qu'il prétend sur son CV,
05:11il n'a jamais travaillé au K2,
05:14restaurant réputé de Courchevel.
05:19J'ai regardé dans mes fichiers et tout,
05:20mais rien du tout.
05:22J'ai tous les effectifs jusqu'à 2022.
05:24Encore dans mes fichiers,
05:26il n'y a rien du tout qui me ressemble.
05:29Mais il a bien séjourné
05:30dans la station de ski UP,
05:32prisée des élites russes.
05:34Et depuis 2010,
05:36multiplié les allers-retours
05:38entre la France et la Russie.
05:39A quelle fin ?
05:41Pour quelle mission a-t-il été envoyé ici pendant les JO ?
05:46Au cours de notre enquête,
05:50plusieurs sources proches des renseignements français et européens
05:53ont accepté de nous parler.
05:56Pour préserver leur anonymat,
05:58cette silhouette incarnera nos différents contacts.
06:00Gryaznov faisait partie en fait
06:03d'un dispositif d'espionnage
06:04chargé d'évaluer les failles de sécurité des Jeux.
06:07Il aurait servi de relais logistique
06:09entre le renseignement russe
06:10et des agents chargés du sabotage.
06:15Il se vantait auprès de ses amis
06:16en disant que les Français
06:18allaient se souvenir de ses Jeux olympiques.
06:19et il prétendait avoir déjà recruté des Moldaves
06:22pour organiser quelque chose.
06:27Il a été incarcéré le temps des JO,
06:30puis assigné à résidence en France.
06:35Connecté, visible,
06:37Kyril Gryaznov appartient-il
06:39à une nouvelle génération d'espions russes ?
06:42Ou bien était-il un leurre
06:45pour attirer les services de renseignement français
06:48sur des fausses pistes ?
06:50Comment la Russie espionne-t-elle la France ?
06:53Pour comprendre comment fonctionnent
07:18les services de renseignement russes en France,
07:21il faut d'abord se hisser
07:22sur les toits de Paris.
07:29On est pour d'autres quoi, là ?
07:31De l'ambassade.
07:32L'ambassade de Russie à Paris.
07:35108 mètres de long,
07:3774 de large.
07:39Un bâtiment massif
07:40niché à côté du bois de Boulogne.
07:44C'est un lieu que vous connaissez bien ?
07:45Oui, c'est là que j'avais commencé
07:47ma carrière diplomatique.
07:49J'ai passé 10 ans.
07:50Ça évoque quand même pas mal de souvenirs.
07:52Avant de démissionner,
07:55Alexandre Melnik était le conseiller spécial
07:57des ambassadeurs russes
07:59en poste à Paris au début des années 90.
08:03Officiellement,
08:04l'ambassade est un espace diplomatique.
08:07Officieusement,
08:08un poste avancé du renseignement russe.
08:10Il y avait à peu près 80 personnes
08:14qui étaient dotées,
08:16qui possédaient le passeport diplomatique.
08:19Parmi ces 80 personnes,
08:20il y avait à peu près la moitié.
08:22C'était ce qu'on appelle
08:24les espions.
08:25C'était des agents.
08:28Un monde secret
08:29qu'Alexandre Melnik a vu de l'intérieur.
08:33Il connaît chaque couloir,
08:35chaque recoin
08:35de ces 13 000 mètres carrés de béton
08:38qui ont été pensés
08:39pour faciliter le travail des espions.
08:42Il y a 5e étage,
08:44il y a après 6e et après le 7e étage.
08:46Ici, on voit justement ces 3 étages.
08:495e étage était toujours réservé
08:51aux diplomates.
08:52C'est là que j'avais mon bureau.
08:53Et le 7e étage qu'on voit ici,
08:56c'était le bureau de télégramme codé.
09:00Mais l'étage le plus sensible,
09:02c'était le 6e,
09:04avec ses fenêtres complètement occultées.
09:07Le 6e étage était exclusivement réservé
09:11à ceux qui travaillaient pour le QGB.
09:13Ils avaient leur propre clé
09:15pour monter dans l'ascenseur
09:17qui ne s'arrêtait pas
09:19entre rez-de-chaussée et 6e étage,
09:21qui allaient directement dans leur bureau.
09:28Des dizaines de bureaux,
09:30d'après ces plans d'architectes
09:31que nous nous sommes procurés.
09:35Un bâtiment pensé pour voir,
09:38sans être vu.
09:42La plupart des bureaux,
09:43c'était des bureaux sans fenêtres.
09:46On ne pouvait pas ouvrir justement les fenêtres.
09:48On ne pouvait pas s'ouvrir sur le monde.
09:51L'ouverture sur le monde extérieur,
09:57elle se fait en revanche aujourd'hui
09:59depuis ces puissantes antennes
10:01érigées sur les toits de l'ambassade.
10:04Près d'une dizaine à Paris,
10:06plus de 200 repérés en Europe.
10:07Sur le toit de cette ambassade russe,
10:14on voit 4 antennes satellites.
10:16On voit que ce sont des diamètres
10:17relativement importants.
10:18On est là peut-être sur du 4 mètres de diamètre.
10:20Pour de la télévision,
10:21ça paraît un peu beaucoup.
10:22Plus le diamètre va être important,
10:24plus ça va permettre à l'antenne
10:25de recevoir une quantité de signal élevée.
10:26Ces antennes peuvent intercepter
10:31une partie du flux Internet.
10:34Et dans ce flux Internet,
10:35il est possible, en filtrant le protocole,
10:37d'avoir accès au mail.
10:39D'autres antennes permettent aussi
10:41d'écouter les fréquences de la police.
10:43Écouter la police,
10:44ça leur permet aussi de connaître,
10:46de remonter les réseaux police,
10:47le fonctionnement du système de police d'un pays,
10:49de savoir comment ils réagissent,
10:52leurs procédures.
10:53Mais les antennes les plus stratégiques
10:55seraient dissimulées,
10:57notamment sous ce type d'abri.
11:00En voyant l'antenne,
11:01on va savoir, on va se dire,
11:02ah, ils sont orientés dans cette direction
11:04pour aller chercher un signal
11:05qui a une telle fréquence.
11:06On va vite comprendre ce qu'ils écoutent.
11:08Le fait de tout cacher,
11:09c'est-à-dire qu'on ne sait pas
11:10ce qu'ils écoutent en réalité.
11:16Derrière cette guerre des ondes,
11:18menée grâce à des outils technologiques,
11:21les services russes ont surtout renforcé
11:22leur présence humaine ces dernières années.
11:27Début 2022,
11:28le contre-espionnage français
11:30avait repéré près de 80 espions.
11:32Mais tous ne travaillent pas à l'ambassade,
11:35boulevard Lannes.
11:36Dans la capitale,
11:38les services russes disposent
11:39de plusieurs autres emprises discrètes.
11:42Rue de la Fesanderie,
11:43la représentation commerciale.
11:46Rue de Longchamp,
11:48le QG des services militaires russes en France.
11:50Ces espions font partie de ce qu'on appelle
11:53le réseau légal.
11:54Alors, le réseau légal, c'est quoi ?
11:58C'est tout simplement un réseau
12:00dont les membres,
12:01les officiers de renseignement,
12:03sont rattachés à une ambassade.
12:05Et ces gens-là,
12:07qui peuvent avoir diverses fonctions,
12:09ça peut être le premier secrétaire,
12:11ils peuvent être à une mission commerciale,
12:13ils peuvent être attachés culturels,
12:16ils peuvent être même chauffeurs.
12:17Mais ces gens-là bénéficient
12:21d'un statut diplomatique.
12:24Ces espions ont donc une immunité,
12:27une couverture.
12:29Un vernis diplomatique très utile,
12:31selon ce membre du contre-espionnage français,
12:33que nous appellerons Alban.
12:35Il sensibilise aujourd'hui
12:36les élites françaises
12:37au risque d'espionnage.
12:39Pour pouvoir approcher légitimement sa cible,
12:44il doit avoir une profession,
12:46une fonction qui est normale
12:49dans l'environnement de sa cible.
12:50On est tout à fait dans son rôle
12:52puisqu'on représente son pays.
12:58Comme Myraël Makarov.
13:01Officiellement,
13:01le représentant commercial
13:03de la Russie en France.
13:06Un statut qui lui permet
13:07de rencontrer des dirigeants
13:09du CAC 40
13:09et leurs collaborateurs.
13:13Le ministre conseiller,
13:15Mikhaïl Makarov,
13:16a la joie de vous convier
13:18au siège de la mission commerciale
13:20russe à Paris.
13:22En réalité,
13:23Makarov serait un espion.
13:26Ces rencontres seraient pour lui
13:28autant d'opportunités
13:29pour identifier des cibles
13:31et recueillir des données confidentielles
13:33sur des entreprises stratégiques.
13:35C'est une couverture qui le protège
13:48puisque si jamais vous vous faites prendre,
13:50vous avez l'immunité
13:51et le pire que vous craignez,
13:52c'est d'être déclaré personnel
13:54et le pire que vous faites.
13:54C'est-à-dire indésirables
13:57à expulser.
14:00C'est ce qui va arriver
14:01à Makarov
14:02et 40 autres espions russes.
14:05Le 4 avril 2022,
14:07juste après l'invasion
14:08de l'Ukraine,
14:10le Quai d'Orsay
14:10annonce leur expulsion.
14:11Un Nil-Yushin
14:14est spécialement affrêté
14:15par Moscou.
14:17Expulsion de personnel russe,
14:19leurs activités sont contraires
14:21à nos intérêts de sécurité.
14:23Une action concertée
14:25avec les autres pays de l'OTAN.
14:28En quelques semaines,
14:29750 espions russes
14:31sont débarqués,
14:32du jamais vu
14:33depuis la guerre froide.
14:35L'Occident croyait
14:36ces méthodes révolues,
14:38mais ce n'est qu'une entrée
14:39en matière.
14:40Les espions légaux
14:42ne sont que la partie visible
14:44de l'appareil d'espionnage russe.
14:46Exceptionnellement,
14:58le secrétaire général adjoint
15:00de l'Alliance militaire
15:02en charge du dossier russe
15:17a accepté de répondre à nos questions.
15:22Nous avons vu que la Russie
15:26avait moins de capacité
15:28immédiatement après ces expulsions.
15:31Ils ont subi un coup,
15:32ils avaient moins de capacité
15:33de conduire ces activités
15:36dans nos pays,
15:37mais depuis,
15:39ils ont reconstitué
15:40leurs capacités.
15:41Cinq cercueils
15:42recouverts du drapeau tricolore.
15:44Qui les a déposés ?
15:45Peut-il y avoir un lien
15:46avec la Russie,
15:47avec cette histoire de guerre
15:48en Ukraine ?
15:49La Russie est aussi suspectée
15:50d'actes malveillants
15:52ailleurs en Europe.
15:54Les services secrets russes
15:56sont-ils derrière
15:57l'incendie de Leighton ?
15:59Le trafic aérien
16:01est très perturbé
16:02à cause des brouillages
16:03de GPS.
16:05Il y a un suspect
16:06qui est de nationalité bulgare.
16:09Le commanditaire
16:10présumé derrière ces actions.
16:12Le voici,
16:13Alatoli,
16:14Prizenko,
16:15homme d'affaires,
16:16Moldave,
16:17proche d'une organisation
16:18décrite comme eurosceptique
16:19et pro-russe.
16:21Ils ont recruté
16:22des membres de gangs
16:24ou de gangs criminels
16:26ou des individuels
16:28juste comme ça
16:29pour conduire
16:31des petites activités
16:33pas trop difficiles,
16:34pas trop compliquées.
16:35C'est l'utilisation
16:36de proxy,
16:38c'est-à-dire
16:38le recrutement
16:40de gens
16:42qui n'ont strictement
16:43rien à voir
16:44avec les services
16:45et qui ont une admiration
16:46pour la Russie.
16:49Sur cette carte,
16:51la myriade d'attaques
16:52attribuées par les renseignements
16:54européens aux Russes
16:56entre 2022
16:57et le printemps 2025.
16:59Ça comprend,
17:00par exemple,
17:01les attaques cyber,
17:02l'ingérence politique,
17:05les programmes
17:05de désinformation,
17:08des attaques
17:09de sabotage.
17:11Une multitude
17:12de petites actions
17:13qui peuvent parfois
17:14s'avérer dangereuses.
17:15Ils ont récemment
17:22mis des petites bombes
17:26dans des avions
17:27de transport
17:28civil,
17:30DHL.
17:32En Europe,
17:33ces petites bombes,
17:34s'ils auraient déclenché
17:36dans les avions
17:37dans l'air,
17:39auraient évidemment
17:39descendu l'avion.
17:41En France,
17:45l'un de ces nouveaux agents
17:46est suspecté
17:46d'avoir voulu commettre
17:47un attentat.
17:51C'était en juin 2024,
17:54là encore,
17:54juste avant
17:55les Jeux olympiques.
17:57Un Russe formé
17:59à la manipulation
17:59d'explosifs
18:00aurait été envoyé
18:02en mission
18:02sur la zone
18:03de l'aéroport
18:04de Roissy.
18:05C'est clairement
18:15l'action
18:16la plus grave
18:16menée par les services
18:17de renseignement russe
18:19depuis le début
18:19de la guerre
18:20en Ukraine.
18:22Que s'est-il passé ?
18:27Dans cet hôtel,
18:33situé à 2 km
18:34des pistes d'atterrissage
18:35le 3 juin 2024.
18:38Une explosion retentie.
18:42Ça vous dit rien,
18:43le 3 juin ?
18:44Une explosion ?
18:46Sans doute.
18:47Ça vous parle ?
18:48Sans doute.
18:49Vous êtes ?
18:50Journaliste.
18:51Ah, c'est la possibilité
18:52de réconciliation.
18:53Parce que c'est interdit.
18:55Qui ?
18:55On était non
18:56sur la positionnée.
18:58Silence poli.
19:00Portes closes.
19:02Les gendarmes intervenus
19:04après l'explosion
19:04nous parlent sous couvert
19:06d'anonymat.
19:08Nous retranscrivons
19:09mot pour mot
19:09leurs propos.
19:11Quand on est intervenu
19:12sur l'hôtel,
19:13il n'y avait pas de signes faibles,
19:14pas la moindre alerte
19:15indiquant qu'il y avait
19:16quelque chose de bizarre.
19:18Ça a été traité
19:19de manière normale
19:20et c'est après analyse
19:21du produit
19:22qu'on s'est rendu compte
19:23de ce que c'était.
19:23du péroxyde d'acétone.
19:28Un explosif puissant
19:29et très instable,
19:31souvent utilisé
19:31lors des attentats suicides.
19:36Recroquevillé,
19:37Maxime Dvernik,
19:38un Russe de 26 ans,
19:40gravement brûlé
19:41au visage et aux bras.
19:42Autour de lui,
19:48des petites bombes
19:48qu'il devait déclencher
19:49avec son téléphone.
19:51Mais il a commis
19:52une erreur de manipulation.
19:58Qui est Maxime Dvernik ?
20:00Comment est-il venu en France ?
20:03Fin mai,
20:04il pose devant la tour Eiffel
20:05et aurait envoyé
20:06cette photo
20:07à son agent traitant
20:08pour prouver
20:09son arrivée à Paris.
20:10Sa famille le croit alors
20:13dans leur région d'origine,
20:14le Donbass,
20:16une province ukrainienne
20:17pro-russe.
20:20Sa mère a accepté
20:21de nous parler.
20:29Allô ?
20:29Allô ?
20:31Maria ?
20:31Oui, c'est moi.
20:33Bonjour,
20:33je suis journaliste.
20:35Je vous appelle
20:35à propos de votre fils.
20:39On avait planifié
20:40des vacances.
20:41Il devait être libre
20:42début juin.
20:43C'est à ce moment-là
20:44qu'on est revenus
20:44à la maison.
20:45Dans le Donbass ?
20:47Et que s'est-il passé ensuite ?
20:49Il n'était pas à la maison.
20:50Et c'est à ce moment-là
20:51que j'ai commencé
20:51à le chercher.
20:52Je suis allée voir la police,
20:54j'ai questionné ses amis,
20:55puis on me dit
20:55qu'il était parti
20:56à l'étranger.
20:59Maria Dvernik
21:00reçoit alors
21:01la photo de son fils
21:02devant la tour Eiffel,
21:04sans plus d'explication.
21:07Inquiète,
21:08elle publie
21:08un avis de disparition.
21:11Non,
21:12Maxime Stanislavivovic
21:13Dvernik
21:14taille 1m80,
21:17cicatrice
21:17sur l'avant-bras,
21:19dernier signe de vie
21:20le 31 mai 2024,
21:22en provenance de France.
21:28Avant sa disparition,
21:30Maxime Dvernik
21:31travaillait dans cette mine
21:32au nord de la Russie.
21:34ingénieur de formation,
21:37il arpentait chaque jour
21:38les galeries
21:39pour y détecter
21:39d'éventuelles anomalies.
21:41Un travail payé
21:42un peu plus de 1000 euros
21:43par mois.
21:45Maxime voulait gagner plus.
21:48Selon un de ses anciens collègues,
21:49c'est la raison
21:50pour laquelle il serait parti.
21:51On a beaucoup travaillé ensemble
21:56et beaucoup discuté.
21:57Et puis un jour,
21:58il m'a dit qu'il démissionnait,
21:59qu'il allait partir à Norilsk,
22:00en Sibérie,
22:01parce que là-bas,
22:01il y a aussi des mines
22:02et que les salaires
22:03y sont bien plus élevés.
22:04à la place du grand nord sibérien,
22:11Paris.
22:14C'est sans doute
22:15pour des motivations financières.
22:16L'équivalent de 10 000 euros
22:17payés en crypto-monnaie
22:18lui ont été promis
22:20pour chaque cible frappée.
22:23Les enquêteurs ont retracé
22:25son itinéraire.
22:26Donbass,
22:27Russie,
22:28Biélorussie,
22:29Pologne,
22:30Allemagne
22:30et enfin,
22:32la France.
22:33En bus
22:33et en voiture.
22:35Un parcours discret
22:36sous les capteurs traditionnels
22:38des autorités.
22:40Aucun passage
22:41par un aéroport.
22:42Maxime peut après son arrivée
22:44effectuer un repérage
22:45vers sa cible,
22:46un magasin de bricolage
22:48où étaient stockés
22:49de grandes quantités
22:50de produits inflammables.
22:52Nous ne savons pas
22:53s'il devait faire des morts,
22:55mais il avait pour mission
22:56de provoquer
22:57un incendie majeur,
22:58de perturber le trafic aérien,
22:59d'affaiblir la France
23:01et de montrer
23:02nos vulnérabilités.
23:05Le magasin Visé
23:06est proche
23:07de l'aéroport de Roissy.
23:09Les enquêteurs
23:10pensent qu'il avait
23:10d'autres cibles,
23:12notamment la visite
23:13du président Zelensky.
23:16Comment ça va ?
23:18Attendu quelques jours
23:19plus tard en Normandie
23:20pour les 80 ans
23:21du débarquement.
23:25Depuis sa cellule
23:26à la maison d'arrêt
23:26de Nanterre,
23:28le jeune homme garde
23:28le silence devant
23:29les enquêteurs.
23:31Placé à l'isolement,
23:33un protocole de sécurité
23:34rigoureux a été imposé
23:35aux surveillants.
23:39On doit faire remonter
23:40les informations quotidiennement.
23:41C'est-à-dire que
23:42si aujourd'hui
23:42il a refusé la douche
23:43ou il n'a pas pris le repas
23:45ou s'il a refusé
23:46d'aller en promenade
23:47ou alors il a beaucoup parlé
23:48ou si on l'a senti triste,
23:50tout ça,
23:50on doit faire
23:51des observations quotidiennes
23:52qui sont transmises
23:53directement plus haut.
23:54Et je suppose
23:55que comme il y a
23:56l'État russe derrière,
23:58ça doit arriver
23:58jusqu'au ministère aussi.
24:00Sa mère, elle,
24:01a du mal à comprendre
24:02comment son fils
24:03peut être impliqué
24:04dans un scénario terroriste.
24:08Je ne sais pas
24:08comment il est tombé
24:09là-dedans.
24:10C'est un garçon
24:11très calme,
24:11réservé.
24:12Il ne s'intéressait pas
24:13à la guerre en Ukraine.
24:15Il était apolitique.
24:18Et le personnel
24:18de l'ambassade russe
24:19en France,
24:19a-t-il essayé
24:20de vous contacter ?
24:21Non.
24:22Et vous avez-vous tenté
24:23d'obtenir des informations
24:24auprès d'eux ?
24:25Oui.
24:25Ils m'ont dit
24:26qu'il n'y avait pas
24:26de citoyens russes
24:27en France avec ce nom.
24:30Pourtant,
24:31lors de son interpellation,
24:32au milieu des faux documents,
24:35les enquêteurs ont mis
24:35la main sur son passeport russe.
24:39Mais alors,
24:39comment s'est-il retrouvé
24:40à Paris pour mener
24:41à bien cette mission ?
24:44Les enquêteurs pensent
24:45qu'il a été recruté
24:46via Telegram,
24:48un réseau social
24:48d'origine russe.
24:51Ils ont eu accès
24:53à son compte.
24:55Comme lui,
24:56des centaines
24:56d'autres agents
24:57de l'ombre
24:58auraient été recrutés
24:59via Internet
25:00par les services secrets russes.
25:01Je m'appelle Marta.
25:29Je travaille dans l'unité
25:31d'investigation
25:32du Média Delphi.
25:33A l'origine,
25:35nous voulions savoir
25:36comment les services
25:37de renseignement russes
25:38recrutent des Européens
25:39pour effectuer
25:40des actes de sabotage
25:42sur le continent.
25:45Nous suivions
25:46différentes chaînes
25:47pro-Kremlin.
25:48Parmi celles-ci,
25:49il y en a une
25:50qui s'appelle
25:51Grey Zone.
25:52C'est le plus grand
25:53canal pro-russe.
25:54Il est affilié
25:55au groupe
25:55de mercenaires Wagner.
25:56Et nous avons commencé
25:58à remarquer
25:59que des annonces
26:00revenaient sans cesse
26:01et qu'elles disaient
26:02« Regardez ce qui s'est
26:03produit en Roumanie.
26:04Regardez ce qu'on a fait.
26:06Rejoignez-nous. »
26:08Gaz liquide,
26:10wagon,
26:12dépôt d'armement,
26:14on les a tous cramés.
26:17Un recrutement
26:18100% numérique,
26:20concentré sur une plateforme
26:21en particulier,
26:24une messagerie
26:25cryptée russe.
26:27Pour s'infiltrer,
26:28Martha crée
26:29un faux profil.
26:32Il s'appelle
26:34Valéry Ivanov.
26:35On lui a inventé
26:36une expérience
26:37professionnelle,
26:38une formation.
26:40Nous lui avons aussi
26:40créé une présence
26:41sur les réseaux sociaux.
26:44Valéry Ivanov
26:45a 26 ans.
26:46Il était désespéré,
26:47il avait besoin d'argent
26:48au point d'être prêt
26:49à presque tout
26:50pour en obtenir.
26:52Voilà, ça c'est donc
26:53le profil qu'on a créé
26:54pour s'infiltrer.
26:56Après l'envoi
26:57d'une copie
26:57du passeport de Valéry,
26:59le recruteur l'interroge
27:00sur son expérience militaire.
27:04« Quel type de lance-grenade
27:09avez-vous déjà utilisé ? »
27:11Puis ils ont commencé
27:11à poser des questions
27:12du type « Est-ce que vous êtes prêts
27:14à faire des choses dangereuses ? »
27:16Valéry demande alors
27:24« Qu'est-ce que je dois faire ?
27:25Et combien payez-vous ? »
27:27Et ils lui ont répondu
27:28« 10 000 dollars par mission ».
27:32Ils nous ont donné,
27:33ou plutôt ils ont donné
27:34à Valéry,
27:35trois options.
27:36La première consistait
27:38à espionner
27:38des sites militaires.
27:39La deuxième,
27:44incendier des véhicules
27:45de l'OTAN
27:46et du matériel militaire.
27:48Et la troisième,
27:49tuer quelqu'un,
27:50commettre un assassinat.
27:54Ils appelaient ça
27:55« Tuer un fasciste »,
27:59autrement dit,
28:00des personnes
28:00qui soutiennent
28:01publiquement l'Ukraine.
28:03Mais qui est derrière
28:04ces messages ?
28:07Quatre services
28:08de renseignement européens
28:09à qui nous avons soumis
28:10ces messages
28:11nous ont confirmé
28:12que cette messagerie
28:13est sous le contrôle
28:14des services russes.
28:17Pourquoi Telegram
28:18est-il devenu
28:19l'outil de prédilection
28:20des services russes
28:21pour recruter ?
28:24« C'est parce qu'on mitraille large.
28:26Donc on recrute
28:26beaucoup de gens.
28:28On peut recruter
28:28n'importe qui.
28:30C'est une stratégie
28:31de l'essain
28:32davantage que
28:33la stratégie
28:34de tête de pont.
28:35Alors il faut s'imaginer
28:37un essaim
28:37de mouche
28:38et s'imaginer
28:39que le Kremlin
28:40cherche aujourd'hui
28:41à faire rentrer
28:42énormément de mouches
28:44dans la pièce
28:44afin qu'on soit
28:46déboussolé
28:47au lieu de faire rentrer
28:49un agent
28:50ultra performant
28:52qui sait faire
28:53plein de choses.
28:54Si cet agent-là
28:55il est repéré,
28:56c'est une catastrophe,
28:57l'opération est avortée.
28:59Aujourd'hui,
28:59on a cet essaim
29:00d'agents dormants,
29:02des agents jetables
29:03qu'on peut mandater
29:04sur des missions
29:04très particulières,
29:06des petites missions
29:07de petite intensité,
29:08petit à petit
29:09de plus haute intensité,
29:11mais partout.
29:14Un défi
29:14pour les services
29:15de contre-espionnage européens.
29:18Si les services
29:18se jetaient
29:19sur chaque agent dormant,
29:20justement,
29:21c'est là où la stratégie
29:22de l'essain
29:23pourrait porter ses fruits
29:24puisqu'on aurait
29:25des services
29:25complètement submergés.
29:27D'autant que
29:28les services russes
29:29peuvent aussi
29:30s'appuyer sur tout
29:31un réseau d'espions
29:32implantés de longue date
29:33dans un pays,
29:34les agents dormants.
29:36Les agents dormants,
29:55appelés aussi
29:55les illégaux,
29:56constituent le programme
29:57le plus secret
29:58des renseignements russes.
30:00Ce sont des russes
30:01qui sont formés
30:03dans les meilleures écoles
30:04de l'espionnage
30:05et qui sont envoyés
30:06à l'étranger
30:07et ont pour mission
30:10de s'y installer
30:11pour se fondre
30:13dans cette société,
30:14de se marier,
30:15voire de changer
30:15de nationalité.
30:17Ce sont des gens
30:17qui peuvent avoir
30:19n'importe quel métier,
30:21n'importe quelle fonction.
30:23Des métiers
30:23qui leur servent
30:24de couverture
30:25pour infiltrer
30:26la population locale.
30:27Leur terrain de jeu,
30:29les grandes villes
30:30stratégiques en Occident,
30:32comme Bruxelles.
30:38La capitale belge
30:39héberge entre autres
30:40l'OTAN,
30:42le Parlement européen,
30:44la Commission européenne.
30:47Des cibles
30:47à forte valeur ajoutée
30:48pour le renseignement russe.
30:50Les cibles
30:52de haute valeur ajoutée,
30:52c'est des gens
30:53qui ont accès
30:53à des locaux
30:55ultra sécurisés
30:57dans lesquels
30:57sont stockés
30:58des renseignements
30:59ou des données
30:59très importantes.
31:09Est-ce pour cette raison
31:10que Victor L
31:11s'est implanté
31:12au cœur
31:13de la capitale belge
31:14à la fin des années 90 ?
31:17Il y a créé
31:17une petite société
31:18d'import-export.
31:20Et comme n'importe
31:21quel petit patron,
31:23il est facilement joignable.
31:27Oui, c'est monsieur...
31:29C'est l'appareil ?
31:30Oui, c'est moi.
31:32Vous savez,
31:33c'est fini.
31:34Oui, c'est un président
31:35de la retraite.
31:37J'ai payé
31:38pas mal de l'impôt.
31:41Une vie
31:42en apparence banale
31:43d'entrepreneur
31:44proche de la retraite.
31:45Romane Dobrokotov
31:50s'est pourtant procuré
31:51plusieurs documents
31:52attestant de ses liens
31:54avec le renseignement
31:55militaire russe.
31:58Donc, on a regardé
32:00et on a trouvé
32:01dans une base de données
32:02russe ayant fuité
32:03qu'une de ses adresses
32:04est en fait
32:05celle d'une résidence
32:06des services
32:07de renseignement militaire.
32:08D'après les bases
32:12de données
32:13qu'a pu consulter
32:13le journaliste,
32:15Victor L
32:16a notamment vécu
32:17ici à Moscou,
32:18au 52
32:19rue Narodnoye
32:20à Polchenye,
32:21bâtiment 4.
32:23Un bâtiment
32:24connu pour héberger
32:25les espions
32:26du renseignement militaire
32:27avant leur affectation
32:28à l'étranger.
32:32D'après nos informations,
32:34Victor L
32:34serait un membre
32:35du renseignement
32:36militaire russe
32:37en mission à Bruxelles.
32:38C'est un officier
32:40extrêmement bien formé,
32:41il est dans les radars
32:42des services
32:43de renseignement,
32:45surveillé de très près
32:46et très habile
32:47pour tout nier.
32:50Quelle peut être
32:51sa mission
32:51sur le territoire belge ?
32:54Pour tenter
32:55d'en savoir plus,
32:56nous lui proposons
32:57une rencontre.
32:58Contre toute attente,
33:00il accepte.
33:06J'ai commencé
33:07délivré
33:08des produits
33:11cosmétiques,
33:13des machines
33:14type steel,
33:15pas mal de choses.
33:16Je suis représentant
33:17de Loxo-Smith-Line,
33:19Johnson-Johnson,
33:21Gillette,
33:22Brown,
33:22etc.
33:23A l'écouter,
33:26il serait un simple
33:27représentant commercial.
33:29Un document
33:30du trésor américain
33:32montre qu'il aurait
33:33une toute autre mission.
33:35Soupçonné d'être
33:36un militaire,
33:37il aurait un rôle précis,
33:39livré du matériel sensible
33:40pour l'armée russe.
33:43Cette personne,
33:45de par son activité,
33:46aide la base
33:47militaro-industrielle russe.
33:49en fournissant
33:50notamment des machines-outils
33:52de haute précision,
33:53indispensables
33:54à la fabrication
33:55de missiles.
33:57Des machines
33:57de fabrication
33:58européennes
33:59pour lesquelles
34:00Moscou n'a pas
34:01d'alternative.
34:01Et il y a aussi
34:03du matériel
34:04militaire ?
34:05Non.
34:06Je n'ai rien
34:07livré
34:08pour les militaires.
34:10Ça,
34:10je peux vous y dire.
34:14Effectivement,
34:14il ne fournirait pas
34:15directement
34:16l'armée russe.
34:18Mais son fils,
34:19Ruslan,
34:20patron de la société
34:21Sonatec à Moscou,
34:23qui travaille
34:23pour l'industrie
34:24de l'armement.
34:28Depuis l'invasion
34:29de l'Ukraine,
34:30la mission
34:30de Viktor El
34:31serait encore
34:32plus cruciale.
34:34L'exportation
34:35de cette technologie
34:36depuis l'Union européenne
34:37vers la Russie
34:38est interdite.
34:40Mais Viktor El
34:41aurait trouvé
34:41une faille.
34:43Il a créé
34:43une société
34:44en Turquie,
34:45pays qui n'applique
34:46pas les sanctions.
34:48Viktor El
34:49utilise la société
34:51Osborne,
34:52basée en Turquie,
34:53pour envoyer
34:54des machines-outils
34:55et des produits chimiques
34:56industriels
34:57à Sonatec.
34:58Malgré les documents
34:59que nous lui présentons,
35:00le militaire présumé
35:02nie en bloc.
35:21Depuis notre tournage,
35:23son domicile a été
35:24perquisitionné.
35:26Viktor El
35:27est actuellement
35:28incarcéré
35:29en attente
35:30de son jugement.
35:32Les espions
35:34qui pendant des décennies
35:35œuvrent pour l'État
35:36sont dans la Russie
35:37poutiniennes
35:38traitées en héros.
35:43Quand il s'avère
35:44qu'il y en a un
35:45qui est démasqué,
35:47renvoyé en Russie
35:48à la faveur
35:49d'échanges,
35:50Vladimir Poutine
35:50il vient lui-même
35:52en bas de l'avion.
35:56Un couple d'espions
35:57descend.
35:58Arrêtés,
35:59puis échangés,
36:01ces illégaux
36:01se faisaient passer
36:02pour des Argentins.
36:04Ils n'ont jamais
36:05rien dit
36:05à leurs enfants
36:06de leur vrai métier.
36:08Ils ne l'auront même
36:08jamais parlé russes,
36:11au point que Poutine
36:12s'adresse à eux
36:12en espagnol.
36:18C'est un message
36:19à tous les illégaux
36:20qui sont dans le monde
36:22et de leur dire
36:23vous n'êtes pas tout seul,
36:25vous êtes soutenu,
36:27je vous aime
36:27et nous avons besoin de vous.
36:30Ce sont des personnages
36:31positifs,
36:32des héros
36:32de la mythologie
36:33du pouvoir potinien.
36:34Ce sont des extensions
36:35de lui-même.
36:36C'est surtout
36:36un de ses principaux atouts
36:39pour conserver son pouvoir.
36:40Comme tout régime totalitaire,
36:42la première clé
36:43pour maintenir,
36:45conserver votre pouvoir
36:46c'est de faire peur.
36:47Et ceux qui font peur
36:48à l'intérieur du pays
36:49comme à l'extérieur,
36:50c'est en effet
36:51des agents de renseignement.
36:54C'est aussi
36:55un message au monde
36:56en disant
36:57voilà notre action
36:58clandestine,
36:59on vous la montre
37:00une petite partie,
37:02craignez-nous.
37:04Comment la France,
37:05qui est une de ses cibles
37:06prioritaires,
37:08se protège-t-elle ?
37:09Dès les premiers mois
37:31de la guerre en Ukraine,
37:32le contre-espionnage français
37:34réalise un de ses plus beaux coups
37:36depuis la fin de la guerre froide.
37:37Une arrestation en flagrant délit
37:40grâce à la découverte
37:42d'un traître français.
37:43A l'origine,
37:45les services français
37:47arrivent à découvrir
37:49que ce français
37:51trahi,
37:53livre les informations,
37:54tire une rémunération.
37:56Il livrait les informations
37:57sur des dossiers
37:58un peu sensibles,
37:59sur des décisions politiques.
38:02Plutôt que d'arrêter
38:03ce haut cadre
38:04pour intelligence
38:05avec une puissance étrangère,
38:07la DGSI lui propose
38:09un marché,
38:10coopérer
38:10pour piéger
38:12ses commanditaires russes.
38:15Le français va jouer le jeu.
38:17Pendant des mois,
38:18ils vont les observer.
38:19Ils vont découvrir
38:20tout le mode opératoire
38:21pour chaque rendez-vous.
38:22Ils voient
38:23l'agent traitant russe
38:25de la taupe française
38:27partir de quitter l'ambassade
38:29dans la matinée.
38:30Faire des coupes-circuits
38:34de partout
38:35avec prendre le métro,
38:37prendre le train,
38:38descendre vers le sud
38:39au centre du pays
38:40puis ensuite reprendre
38:41un train remonté
38:42à Paris
38:43pour ensuite
38:43faire un rendez-vous
38:44en Normandie.
38:52Lors de l'un
38:53de ces rendez-vous,
38:55le contre-espionnage
38:56passe à l'action
38:56et infiltre ses espions
38:58dans ce décor bucolique.
39:00Le contre-espionnage français
39:04s'installe
39:05dans ce petit village normand
39:06avec des voitures,
39:07des agents à pied,
39:08avec de la vidéo
39:09et l'agent russe
39:11va finir par arriver
39:12et il n'arrive pas seul.
39:14Parce que quand un agent
39:14comme ça va au contact
39:15de sa taupe,
39:16il y a une équipe
39:17de sécurité physique
39:19et vous avez également
39:21des gens
39:21qui s'occupent
39:21de la technique.
39:23Donc pour un rendez-vous,
39:24vous avez bien
39:25une dizaine de personnes
39:26qui sont impliquées.
39:30et le piège
39:31se referme.
39:32Six espions russes
39:33sont arrêtés
39:34et expulsés.
39:37Le ministre de l'Intérieur
39:38salue une remarquable
39:40opération
39:40de contre-espionnage.
39:42Bravo aux agents
39:43de la DGSI
39:44qui veillent
39:45sur nos intérêts fondamentaux.
39:47Le traître français
39:48était payé
39:4910 000 euros par mois,
39:51soit plus d'un million
39:52d'euros perçus
39:53en neuf ans
39:53de renseignements.
39:56Les services russes
39:57avaient misé
39:58sur un principe
39:59bien connu,
40:00maïs.
40:03M comme on est,
40:05donc l'argent
40:06I pour idéologie,
40:07des convictions profondes,
40:09c'est pour compromission,
40:10c'est amener
40:10la personne en fait
40:11à transgresser
40:13la loi ou la morale.
40:14E comme égaux,
40:15c'est la conviction
40:16qu'on est unique,
40:17qu'on est formidable,
40:18qu'on est exceptionnel.
40:21Actuellement,
40:21les services russes
40:23tentent de reconstituer
40:24leur réseau d'espions
40:25en France.
40:26Pour les contrer,
40:28la DGSI a refusé
40:29plus d'un millier
40:30de demandes suspectes
40:31de visas
40:31et sensibilise en plus
40:33les élites françaises
40:35ciblées par les russes.
40:36Mais certaines
40:37ne prennent pas
40:37la mesure du danger.
40:45Ils nous disent parfois
40:46« Laissez-moi,
40:47si je le vois,
40:48je vais aller jouer
40:49un tout petit peu
40:49et après je le planquette
40:50et j'envoie balader. »
40:51Ça ne se passe pas
40:52comme ça
40:52parce que la personne
40:53en face,
40:53elle n'est pas toute seule.
40:54Elle a derrière
40:55les analystes,
40:56elle a derrière
40:56des psychologues opérationnels.
40:58Il y a eu des équipes
40:58de surveillance
40:59qui ont pu déterminer
41:00ses habitudes.
41:01On ne mesure jamais
41:02l'emploi des moyens
41:04qui peuvent être déployés
41:05vis-à-vis d'une cible.
41:09Avec leurs actes
41:10de déstabilisation
41:11et leurs cyberattaques
41:12d'ampleur,
41:14les agents russes
41:14constituent aujourd'hui
41:15la menace
41:16la plus agressive
41:17en matière
41:18de renseignement étranger
41:19en France.
41:20Sous-titrage Société Radio-Canada
41:22Sous-titrage Société Radio-Canada
41:24...
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