00:00Oui, alors c'est ce qui m'a le plus frappé en observant ce débat d'abord et puis en faisant mes recherches ensuite.
00:05On parle quand même d'un écart qui est considérable.
00:07D'un côté, Juliette Méadelle parle de 600 millions d'euros par an alloués à la politique de la ville.
00:12Sarah Knafo, elle, parle de 8 milliards.
00:15Alors je me suis plongé dans les documents annexes du projet de loi finance 2025, ainsi que des rapports de la Cour des comptes.
00:21Alors selon la Cour des comptes, le montant alloué chaque année à la politique de la ville se situe en fait plutôt autour des 10 milliards d'euros.
00:29En fait, la différence réside dans ce qu'on inclut ou pas dans cette somme.
00:33Si on s'en tient à la ligne budgétaire intitulée politique de la ville dans le projet de loi de finances, alors on arrive bien aux 600 millions d'euros de Juliette Méadelle.
00:42Mais en fait, il faut y additionner tous les crédits qui dépendent de plein de ministères différents et qui font sérieusement gonfler la note.
00:49D'ailleurs, même la Cour des comptes estime qu'il est très difficile d'estimer avec précision le montant total de cette politique.
00:56Il y a le débat sur le montant, mais surtout sur l'utilité de cet argent destiné aux quartiers dits défavorisés.
01:03Oui, et c'est de cela finalement qu'est parti le débat, puisque Sarah Knafo estime qu'on peut faire plusieurs milliards d'euros d'économies sur la politique de la ville,
01:11puisqu'elle estime qu'il n'y a pas de résultat à la hauteur de l'investissement.
01:15Ce à quoi Juliette Méadelle a répondu, la politique de la ville lutte contre l'insécurité, la déscolarisation, la saleté et le trafic de drogue.
01:23Et c'est là qu'on peut avoir un point de désaccord, puisque l'état des quartiers aujourd'hui ne montre pas une nette amélioration depuis 15 ans,
01:30alors que l'état a beaucoup investi par la politique de la ville et par tous les plans banlieue qu'on nous a présentés au cours des dernières décennies.
01:38Et puis la question qui revient à chaque fois quand on parle de la politique de la ville,
01:41c'est la différence entre les investissements dans les quartiers et le manque à l'inverse d'investissements dans ce qu'on appelle les zones rurales,
01:48les zones périphériques, la France périphérique.
01:50Alors, ce qui est important également, c'est que la question est en fait plus vaste et quasiment philosophique, Thomas.
01:56Pourquoi donne-t-on cet argent et qu'est-ce que l'état attend en retour ?
02:00Alors, concernant la politique de la ville, elle obéit selon moi à un double malaise des responsables politiques depuis des décennies.
02:06D'abord le malaise d'avoir pour certains accompagné la ghettoïsation des populations précaires,
02:11souvent d'origine immigrée, et ça a laissé des pans entiers de certaines villes devenir des territoires perdus de la République.
02:16Et l'autre malaise, c'est de ne pas vouloir s'attaquer aux racines profondes des problèmes qui ont cours dans les quartiers,
02:24le communautarisme, l'absence d'adhésion à la République, les discriminations et bien sûr la délinquance.
02:29Alors, pour toutes ces raisons, comme pour s'acheter la paix sociale en quelque sorte,
02:33la réponse a été trop longtemps de balancer de l'argent public comme pour se donner bonne conscience,
02:37parce que dans le même temps, personne n'est allé vérifier ce qu'on faisait de cet argent,
02:41s'il était bien investi, s'il était réellement utile.
02:43Donc le débat entre Sarah Knafo et Juliette Méadelle, il est très intéressant parce qu'au-delà de la question de la politique de la ville,
02:49il interroge en fait notre vision du rôle de l'État entre le libéralisme d'un côté, le socialisme de l'autre.
02:55On a une vraie opposition idéologique de perception en fait de la vie en société,
02:59voilà qui est autrement plus intéressant que les arguments moraux qu'on a en ce moment de la part des macronistes.
03:04Merci beaucoup Thomas Bonnet, vous avez tellement raison.
Écris le tout premier commentaire