00:00Les vitaux politiques sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:06Vincent, vous nous disiez ce matin qu'on s'approchait d'une crise politique de premier ordre.
00:10Eh bien nous y sommes, François Bayrou a pris le risque d'accélérer sa chute, les marchés s'inquiètent.
00:14Comment vous qualifiez cette situation pour le moins instable ?
00:17Eh bien tout est KO, Dimitri, c'est la formule qui vient immédiatement à l'esprit.
00:22Nous assistons à l'étreinte angoissante entre une situation financière catastrophique et une configuration politique inextricable.
00:29Depuis la dissolution suicidaire d'Emmanuel Macron, de nombreux observateurs cherchent à déceler l'événement ou la crise qui fera tomber le pouvoir sur lui-même.
00:37Et malheureusement le choix est riche entre les menaces internationales, les périls sécuritaires et migratoires, l'affaissement de l'école et notre indettement insoutenable.
00:45Nous avons l'embarras du choix.
00:46François Bayrou a choisi de prendre à témoin l'opinion sur ce dernier péril et il aurait pu le faire pour tous les autres.
00:52Sur le fond, il a raison, c'est indiscutable et ceux qui ne partagent pas son inquiétude sur l'état de nos finances publiques sont des irresponsables.
00:58Mais il arrive trop tard, dans un système trop vieux.
01:01Même s'il s'est montré constant depuis 30 ans dans ses alertes sur l'endettement du pays, il est assimilé à une équipe qui gouverne depuis 8 ans
01:08et qui par la pratique démagogique et moralement corruptrice de la subvention et du chèque, aura contribué très largement à nous faire vivre à crédit.
01:16C'est le malheur de tous les pouvoirs en fin de cycle.
01:18Même quand ils se montent par miracle lucides et courageux, ils sont inaudibles et invisibles parce que le voile noir du bilan recouvre tout.
01:26En ce qui concerne les mandats d'Emmanuel Macron, une formule résume la conséquence financière qui les caractérise.
01:32Elle est de Nicolas Baverez, c'est le n'importe quoi qui l'en coûte.
01:35Donc le problème, c'est moins François Bayrou qu'Emmanuel Macron.
01:38Sauf énorme surprise, François Bayrou ne sera plus à Matignon dans quelques semaines.
01:41Emmanuel Macron, lui sera toujours à l'Elysée avec devant lui le casse-tête institutionnel et politique
01:46qui depuis deux ans a mis le pays à l'arrêt et les nerfs des français à cran.
01:50Alors que peut-il faire ?
01:51Première solution, nommé un premier ministre plutôt de gauche, type Bernard Cazeneuve,
01:55pour désarmer l'hostilité des socialistes.
01:58Ce serait perdre la droite sans être sûr de gagner la gauche et donc un nouveau passage par la casse censure.
02:03Deuxième solution, nommé un premier ministre de droite, type Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin,
02:08avec une équipe plus à gauche, incarnant une sorte de partie de la raison et de l'ordre face aux forces du chaos.
02:14Cela fait 24 mois que le chef de l'État tente cette hybridation sans vise à y parvenir
02:18et on ne voit pas pourquoi ce qui ne marchait pas hier se mettrait à fonctionner aujourd'hui.
02:23Troisième solution, le retour aux urnes avec une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale
02:27et l'espérance d'une majorité même hostile pour tenir en cohabitation jusqu'à la fin du quinquennat.
02:32Oui, mais Emmanuel Macron a dit à Paris Match il y a quelques jours qu'il ne comptait pas dissoudre une nouvelle fois.
02:37Oui, mais vous noterez que dans le JD News, ce matin, il est moins catégorique et qu'il n'est pas l'intention de dissoudre.
02:41Je veux bien le croire que ce ne soit pas souhaitable.
02:44Je veux bien le comprendre.
02:45Il est évident, Dimitri, que le risque est grand d'ajouter du désordre au désordre.
02:49Mais la question n'est pas de savoir si le chef de l'État a envie de dissoudre,
02:53mais plutôt de savoir s'il peut éviter de le faire.
02:55Balzac nous a prévenus, en politique, les événements sont des dynamiques en action.
03:00La dynamique enclenchée par la dissolution échappe désormais à celui qui a voulu en tirer profit.
03:06Depuis 48 heures, c'est quand même très impressionnant de voir revenir avec une telle force
03:10les appels à de nouvelles élections législatives et même présidentielles.
03:14Alors, comme il n'y a que de mauvaises solutions, Emmanuel Macron, pour ne pas avoir à choisir,
03:18va tenter de faire ce qu'il fait le mieux, c'est-à-dire gagner du temps.
03:22Impossible de vous dire combien de temps ça tiendra ou quand ça craquera.
03:25Seule certitude, Dimitri, tout est KO.
03:28Et la seule espérance qu'il reste à Emmanuel Macron est que sa chute soit lente.
03:32L'édito politique sur Europe 1.
03:34Merci Vincent Trémolet de Villers.
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