- il y a 4 jours
Eric Bouvet, reporter photo primé, retourne en Ukraine huit ans après avoir couvert la révolution du Maïdan. Il retrouve Vasyl Galamaï, un ancien insurgé devenu soldat, qui se bat contre la première armée d'Europe.
Voici le rôle des photojournalistes en guerre, leurs défis et leur légitimité dans un monde où tout le monde devient photographe. À travers les missions d'Éric, de Lviv à Kerson, il capture la résistance ukrainienne et les dangers de son métier.
Malgré une carrière impressionnante, Bouvet s'interroge sur la pérennité de son travail dans une économie des médias incertaine, tandis que lui et Vasyl incarnent la fraternité et la quête de liberté en pleine guerre.
Voici le rôle des photojournalistes en guerre, leurs défis et leur légitimité dans un monde où tout le monde devient photographe. À travers les missions d'Éric, de Lviv à Kerson, il capture la résistance ukrainienne et les dangers de son métier.
Malgré une carrière impressionnante, Bouvet s'interroge sur la pérennité de son travail dans une économie des médias incertaine, tandis que lui et Vasyl incarnent la fraternité et la quête de liberté en pleine guerre.
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04:00Le 24 février 2022, à 5h38 du matin, la Russie de Vladimir Poutine attaquait l'Ukraine.
04:11Depuis, les Ukrainiens vivent sous un déluge de feu.
04:15Et nous, sous un déluge d'images, plus de 2000 photographes couvrent le conflit.
04:24Aguerris ou novices, ils travaillent pour les grandes agences de presse, les quotidiens du monde entier, ou sont indépendants.
04:31Tous documentent cette guerre, au plus près des bombardements et des populations civiles.
04:48You look so nice.
05:14It's too heavy, you know, how can I sit in this?
05:18You're well dressed, very well.
05:20Yeah, I will dress, yeah.
05:21You look beautiful.
05:23Come on.
05:25And Natalia?
05:26Yeah, I don't know how to do it.
05:27Yeah.
05:28If something's happening, you never stop, okay?
05:31Okay.
05:32You make a U-turn very quick.
05:34If I say go, you go, always.
05:36You never stop, okay?
05:37Okay.
05:38All right?
05:39Yeah.
05:40Oh!
05:46Quand ça tombe du ciel, on sait jamais ce qui va tomber, mais après, moi je suis prudent,
05:50donc s'il y a un souci, il faut que je gère en plus cette femme qui nous sert de fixeuse
05:55et de conductrice, qui n'a jamais été prise dans ce genre d'endroit et de moment, donc
06:00je lui, on reste calme et mieux c'est.
06:02Natalia est ukrainienne, parle anglais et russe, connaît bien son pays, mais elle n'a
06:09jamais vécu dans la guerre.
06:11Eric, lui, sait comment se comporter sur ces terrains où tout peut basculer en une seconde,
06:17mais il ne connaît pas l'Ukraine.
06:20Lors de ce voyage vers l'inconnu, leur sécurité dépend de leur association.
06:24On va sur l'est, c'est un endroit qui est très peu couvert.
06:34On a réussi à faire équipe avec les copains de l'Ibé et c'est bien qu'on soit de bagnole
06:39parce que c'est plus sûr.
06:41Zoria est juste là-bas et les russes ont pris Zoria et c'est un vol d'oiseau un petit
06:49deux kilomètres.
06:49Nous, on tourne en étant en parallèle à eux, en restant sur la droite et donc
06:57on va devoir un petit peu commencer dans la campagne aux alentours.
07:02Tant qu'il y a des voitures qui arrivent en face ou d'autres qui vont dans notre
07:19sens, c'est bon signe.
07:21Je suis désolé, vous ne vous dites pas ?
07:33Je vous dis, on ne vous dit pas ?
07:35Je suis désolé, vous ne vous dites pas ?
07:37Je vous dis, on va dans le centre de l'arrière, à l'arrière et sur la trastière,
07:41vous allez en un moment.
07:42Ah, ok.
07:43Vous savez si nous pouvons aller à Zoria ?
07:45Ah, ils ne savent pas.
07:48Je ne sais pas.
07:48Ok, il ne sait pas.
07:49Ok.
07:50Je sais où est le checkpoint militaire.
08:00On va s'arrêter.
08:02Oui, on va aller après la lumière.
08:04Ici.
08:05Il y a toujours l'ambiance, c'est désert, il n'y a plus personne.
08:19Je suis jamais très agréable.
08:21Oui, il y a juste une histoire, c'est bon.
08:23Je vais juste faire un délisement.
08:26On va ici.
08:40Qui a été envoyé?
08:41OK.
08:42Vous regardez, mon administratif, il n'y a pas de travail à vous.
08:48Vous allez à la région, vous allez en Champ d'Angus ou en France, vous pouvez que vous souhaitez?
08:53Je vais vous présenter, il va vous présenter, où vous pouvez, où vous pouvez, où vous n'avez pas.
08:59Et vous vous demandez ou vous essayez de s'envoyer ?
09:02Et s'envoyer, et s'envoyer.
09:05Et les toupes aujourd'hui s'envoyer.
09:08Les toupes ?
09:09Oui, ils ne voulaient un peu.
09:11Je vais vous demander.
09:13Et vous vous dites combien il y a eu ?
09:16Je pense que c'est un commandant.
09:18Je vous raconte de toutes les informations.
09:21Les russes sont à deux bornes.
09:23Et là, il y a un char qu'ils ont détruit il y a peu.
09:28Voilà, et donc on ne peut pas aller plus loin.
09:31Et ça aurait été bien qu'on puisse faire trois photos ici, puisqu'on est venu jusque là.
09:35Et voilà, je me contente juste de faire une maison cramée,
09:39parce qu'ils ne veulent pas évidemment qu'on les fasse en photo.
09:41C'est normal, c'est des militaires, c'est classique.
09:51On va remettre les pendules à zéro, c'est que des photos sur des lignes de front, c'est très rare.
10:03C'est très, très rare.
10:04Voilà.
10:05C'est parce qu'on ne nous donne jamais la possibilité d'y aller,
10:07parce qu'évidemment, c'est toujours dérangeant d'avoir des témoins.
10:11La guerre est sale.
10:13Qu'on se le dise une fois pour toutes.
10:28Moi, c'est la première guerre que je couvre pratiquement
10:30où on n'a accès à aucun des deux fronts.
10:32Enfin, des deux côtés, pardon.
10:33Ni les Russes ni les Ukrainiens.
10:34Il n'y a pas de photo qui existe.
10:36Il y a eu trois bricoles, mais il n'y a pas d'image,
10:38il n'y a pas eu de reportage indépendant, vraiment, sur ce front.
10:53Alors, je suis partie le 27 février, envoyée par Le Monde.
10:58Dans un premier temps, je suis partie en Roumanie.
11:00De là, je suis allée en Moldavie.
11:02Ensuite, je suis allée en Hongrie.
11:04Et ensuite, je suis allée à Kiev, donc toujours pour Le Monde.
11:07Et là, j'ai passé trois semaines, donc en Ukraine, entre Kiev, Kharkiv
11:10et les petits villages aux alentours de Kiev qui avaient été libérés.
11:20C'est vrai que c'est mon premier vrai terrain de conflit.
11:22Parce que même si j'ai travaillé dans d'autres pays avant,
11:24comme la Syrie, l'Irak, la bande de Gaza,
11:26ça a toujours été sur les conséquences des conflits.
11:29C'était des situations qui étaient très différentes.
11:32Tandis que là, l'Ukraine, c'était la première fois
11:34que j'ai assisté à un conflit en temps réel.
11:42Donc là, j'ai été ravie, effectivement, de couvrir des aspects
11:45peut-être un peu plus militaires, un peu plus directs de la guerre.
11:49Après, ça reste de la news.
11:51Donc, c'est quelque chose qui est très au jour le jour,
11:53où il y a quand même beaucoup de jours qui se ressemblent.
11:55Tiens, il y a eu un bombardement.
11:56On va aller sur les lieux du bombardement.
11:58Tiens, on va aller là-bas.
11:59Enfin, voilà, les problématiques sont quand même assez ressemblantes
12:01de jour en jour.
12:02Donc, ça m'a donné le goût parce qu'évidemment, c'est fascinant
12:05et c'est excessivement important de couvrir un conflit comme ça en temps réel,
12:09surtout sur un événement qui est aussi historique.
12:12C'est quand même le premier brouillon de l'histoire
12:14qu'on est en train de faire, comme on dit.
12:16Après, moi, ce que j'ai beaucoup aimé dans la couverture de ce conflit que j'ai fait,
12:25c'est que je suis quand même passée...
12:27J'ai commencé, en fait, avec la crise des réfugiés,
12:30avec ce qu'il se passait en dehors de l'Ukraine.
12:32Et petit à petit, je me suis rapprochée du conflit.
12:36On a fait un sujet pour le monde sur les conséquences du conflit
12:40sur le port de Constantin en Roumanie.
12:42On a fait la crise des réfugiés.
12:45En Moldavie, par exemple, la peur latente des citoyens.
12:48Des choses différentes qui, pour moi, sont tout aussi importantes.
12:51On parlait d'un conflit.
12:52Et je pense que si j'avais fait six semaines de conflits purs et durs,
12:55je m'en serais un peu lassée au bout d'un moment.
12:57Même si, évidemment, il y a un peu ce côté addictif,
13:00mais parce qu'on a envie de...
13:02On a en fait envie de couvrir chaque seconde.
13:04On a l'impression que si on part, on va louper quelque chose d'énorme.
13:06Et moi, si le monde, en fait, n'avait pas un peu forcé à faire un break,
13:09je serais peut-être restée encore quelques semaines de plus sur place.
13:11Il y a eu deux bombes à 5 heures du matin assez fortes,
13:13puisqu'on a entendu ça de l'hôtel et on est...
13:15je dirais à une petite dizaine de kilomètres quand même.
13:19Et donc, la première bombe, bâtiment administratif,
13:23soit.
13:24Et là, deuxième bombe, donc...
13:25immeuble civil,
13:27et rien qu'à voir les deux,
13:28il y a eu deux bombes à 5 heures du matin assez fortes,
13:29puisqu'on a entendu ça de l'hôtel et on est,
13:31je dirais à une petite dizaine de kilomètres quand même.
13:33Et donc, la première bombe, bâtiment administratif, soit.
13:37Et la deuxième bombe, donc, immeuble civil, et rien qu'à voir les dégâts,
13:41je pense qu'il va y avoir au moins une dizaine de morts facile.
13:43Donc voilà, c'est totalement incompréhensible.
13:45Donc, pourquoi là ? Est-ce que c'est une erreur ?
13:47Est-ce que c'est la politique de la terreur ?
14:15de la guerre, je veux en faire...
14:17Depuis le début, de toute façon,
14:19nous tous journalistes, on est un peu paumés !
14:22On freinds au terrain de guerre.
14:24On comprend pas la logique, la tactique
14:26de Poutine depuis le début.
14:36La guerre, la merde.
14:39Je suis parti en Ukraine au mois de novembre,
15:02tout d'abord pour une ONG qui s'appelle People in Need,
15:04qui venait en aide aux gens dans le Dombas, sur la ligne de front,
15:09c'est-à-dire entre les zones occupées par les séparatistes et les zones ukrainiennes.
15:17J'ai profité de cette invitation pour me familiariser avec cette zone
15:23qui reprenait un tout petit peu d'actualité,
15:26avec le Poutine qui amassait ses troupes aux frontières.
15:31Généralement, on est mis en commande une fois qu'on est sur place.
15:34Pour X raisons, maintenant, les médias, je ne veux pas parler de tous les médias,
15:39je ne veux pas jeter la pierre à tout le monde,
15:41mais les médias nous mettent en commande une fois qu'on est sur place,
15:44pour des histoires de frais, pour des histoires d'assurance,
15:46ils ne prennent plus autant de risques financiers qu'ils pouvaient prendre avant.
15:50Donc c'est très difficile d'avoir une commande en amont.
15:53Donc en effet, quand on part, il faut se dire que les premiers jours vont être vierges de commande.
15:59Donc ça veut dire payer des hôtels, ça veut dire payer évidemment sa sécurité,
16:03c'est-à-dire les fixeurs, ou en tout cas la compréhension du lieu qui coûte très cher,
16:08surtout qu'en zone de conflit, les prix montent beaucoup.
16:11Très rapidement, je me suis mis à travailler pour Algezira,
16:19j'ai travaillé avec Mediapart,
16:22et donc petit à petit, mon travail s'est un peu vu.
16:24Je suis retourné ensuite, trois semaines pour l'Obs, le nouvel Obs,
16:31et on a vécu la fin du siège de Kiev.
16:35Et ensuite, on a été à Irpin, Boucha,
16:39on a été constaté avec, comme beaucoup, les exactions qui avaient pu avoir eu lieu.
16:44Éric Bouvet est en Ukraine pour Polka,
17:09un magazine spécialisé dans la photographie.
17:11Il parcourt ce pays en guerre pour retrouver un homme qu'il a déjà photographié.
17:18C'était il y a huit ans, déjà pour Polka, sur cette place, la place Maïdan.
17:32En 2014, sa photo de Vassil Galamay fait le tour du monde.
17:38Grâce à elle, Vassil, 27 ans, alors informaticien,
17:41devient l'un des symboles des révoltés de Maïdan.
17:45Comme lui, des milliers de citoyens ukrainiens vont occuper cette place nuit et jour,
17:50pendant trois mois, en plein cœur de l'hiver.
17:54Ils finiront par renverser le président de l'époque,
17:57Viktor Yanukovitch,
17:58opposant obstiné à tout rapprochement avec l'Union européenne.
18:01Je me souviens d'avoir vu ces gens passer par-dessus la barricade,
18:09se lancer à l'assaut de la police, qui leur tirait dessus à armes létales.
18:12Je me souviens d'avoir croisé d'autres qui redescendaient complètement en sang
18:15ou qu'on portait sur des cigars.
18:17Et ils sont arrivés derrière l'hôtel Ekreina, qu'on voit ici,
18:20sur les hauteurs.
18:21Là, on s'est fait coincer en première ligne.
18:23Et ça a été une boucherie.
18:25Il y a eu, fils dit, 70, 80 morts ce jour-là, je crois.
18:33Au milieu de ce massacre, lors d'un assaut,
18:36Éric Bouvet est la cible des tirs croisés de la police et d'un sniper.
18:41Pendant deux très longues heures,
18:43il va s'abriter derrière un monticule de terre.
18:47Il photographie alors les révoltés de Maïdan,
18:49tombant sous les balles,
18:52les uns après les autres.
18:53Tu as lu, il tombe, c'est là.
19:00Ça, c'est ici.
19:04Le problème, c'est que c'est des trappes, notre boulot.
19:06Tu ne sais pas comment ça va se passer.
19:07Tu ne sais pas comment ça peut tourner.
19:10Tu suis les gars qui montent à l'assaut.
19:12Bon, ça tire, tu fais attention.
19:14Et puis, à un moment, paf, ça s'arrête,
19:16tu es coincé, les autres envoient tout ce qu'ils ont.
19:19Et tu es coincé, tu te retrouves en première ligne comme un con.
19:21Et tu ne le savais pas.
19:24Alors oui, ben oui, tous les autres journalistes sont restés en bas.
19:28Mais voilà, en attendant, on a ramené des images et un doc.
19:32C'est très excitant.
19:41C'est une vie d'aventure, souvent, pas tout le temps, mais souvent.
19:44C'est sûr qu'on prend des risques.
19:49C'est sûr que, voilà, ça, c'est tout à fait normal.
19:52Mais il faut qu'on puisse mesurer ces risques.
19:53Il faut surtout que ces risques aboutissent à quelque chose quand on les prend.
19:58C'est-à-dire qu'il y ait une parution, que nos photos soient vues.
20:00En tout cas, que notre message, que notre témoignage soit vu.
20:04Prendre des risques juste pour prendre des risques,
20:06pour montrer qu'on fait la guerre et que c'est super et que les balles sifflaient,
20:09moi, ça ne m'intéresse pas.
20:10Je pense que la peur est nécessaire sur le terrain
20:12parce que ça nous empêche de prendre des risques inconscients.
20:15Je pense que sans peur, dans ce cas-là, on n'a pas de limite.
20:17Et dans ce cas-là, on ne fait plus attention à ce qu'on fait.
20:20Et c'est là où on peut prendre des risques inutiles.
20:23Après, évidemment, trop de peur, ça peut également nous paralyser.
20:27Ça peut également nous faire prendre les mauvaises décisions.
20:29La peur sur le terrain au moment d'un bombardement
20:31ou avec des gens en armes ou énervés
20:34ou d'un checkpoint qui ne se passe pas bien ou je ne sais pas quoi.
20:37Pour moi, c'est une peur nécessaire et très saine.
20:40qui évite la nonchalance, les petites blagues
20:44et l'ironie et le sarcasme
20:47qui passent très très mal sur un tube prune.
20:49Alors c'est indéniable, il y a un peu le côté adrénaline, etc.
21:03Mais on est quand même là-bas aussi pour défendre quelque chose.
21:06Là, on défend quand même une invasion.
21:09Enfin, on défend un pays qui est en train de se faire envahir.
21:11On essaye de dénoncer des choses et je pense que ça, c'est un peu le plus gros carburant également.
21:17Moi, en tout cas, je sais que c'est ça qui m'a poussé à faire ce métier à la base.
21:21J'ai ressenti un besoin, en fait, de dénoncer des choses, de documenter des choses.
21:26Enfin voilà, ça peut paraître un peu idéaliste,
21:28mais malgré tout, je pense que l'essence première de notre travail, c'est ça aussi.
21:31C'est dans ces conflits, c'est dans ces moments terribles que l'humanité se révèle.
21:38Et puis bon, j'ai eu la chance d'être sur le mur de Berlin quand il s'écroule.
21:43Je serre la main de Mandela quand il sort de prison.
21:45Enfin, tous ces moments historiques qui n'auraient pas rêvé de les vivre.
21:50Je préfère être sur l'endroit où se passe l'information
21:53plutôt que d'être sur mon canapé à regarder ça à la télé.
21:59Quelle vie !
22:01Eric vient d'avoir des nouvelles de Vassil,
22:12l'homme qu'il avait photographié en 2014, place Maïdan.
22:19Vassil est dans un camp d'entraînement aux alentours de Lviv,
22:23parmi d'autres volontaires qui, comme lui,
22:25ont rejoint les groupes de défense territoriale.
22:27Vassil ?
22:28Vassil ?
22:32Vassil ?
22:37Vassil ?
22:38Vassil ?
22:39Vassil, etc.
22:40Vassil ?
22:43– C'est ça qui est ? Realis encore lui !uz…
22:45– Oui, tout…
22:48– Je suisृile, moi…
22:48C'est une bonne surprise !
22:50C'est génial, c'est pour moi !
22:57C'est bon, merci !
22:58C'est pas bon, mais en tout cas...
23:00Je sais, mais à ce moment-là,
23:03la fumée n'est pas de tuer,
23:05tuer les russiens, vous le savez !
23:08C'est bon, je suis nerveux !
23:12À 35 ans, Vassil est à la tête d'une unité paramédicale.
23:1617 volontaires, dont 3 femmes,
23:18des médecins, des infirmiers,
23:20une chirurgienne,
23:2230 ans de moyenne d'âge.
23:24Ils ont tout abandonné pour venir se battre sous ces ordres.
23:28C'est marrant, il n'a pas changé.
23:30Il est dans cet esprit,
23:32comme je l'ai connu à Maïdan,
23:34très entreprenant,
23:36assez directif.
23:38Donc, Vassil, là,
23:40son équipe, ils sont prêts,
23:42ils ont dit, ils sont entraînés, ils ont tout l'équipement,
23:44ils ont tout ce qu'il faut.
23:45Et puis, aussi, ils sont fighters, comme ils disent, donc combattants.
23:55Donc, ils font aussi des apprentissages,
23:57de savoir comment se déplacer, comment tirer,
23:59quand t'es avec d'autres personnes,
24:01il faut quand même faire attention à ce que tu fais.
24:03pour l'instant, Vassil et son unité attendent leur affectation quelque part sur l'une des lignes de front.
24:16Pour Eric, suivre Vassil serait l'assurance de pouvoir couvrir la guerre au plus près.
24:22C'est ce qu'il faut.
24:23Si tu m'emmènes, tu m'emmènes.
24:24Si tu m'emmènes, tu m'emmènes.
24:25Si tu m'emmènes, tu m'emmènes.
24:26Si tu m'emmènes.
24:27Si je m'emmènes,
24:28nous m'emmènes ensemble.
24:30Et...
24:32Mais quelques heures après cette rencontre,
24:44l'unité de Vassil est appelée en renfort,
24:47en urgence.
24:49Dans la précipitation du départ,
24:52Eric n'a pas obtenu l'autorisation de les suivre.
25:02Retour à Kiev qui, à ce moment-là de la guerre,
25:06est toujours sous la menace de l'invasion des troupes russes.
25:21Tu restes pas longtemps en statique au milieu de la route.
25:32Le pont reliant Irpin à Kiev a été détruit par les troupes ukrainiennes.
25:40Une mesure préventive
25:42pour contrer l'avancée des russes
25:44qui ne sont qu'à quelques kilomètres.
26:03Pour les civils,
26:05le franchissement de la rivière
26:07reste le chemin le plus court
26:09pour rejoindre la capitale.
26:11Ce n'est pas d'être bien!
26:13Les gens sont tombés au départ.
26:19Les gens Nachoires 아urent!
26:20Il besoie.
26:24Le voy a fait le mieux needed!
26:25Le voici si c'était dur à chez moi.
26:29Le regard des rent-14,
26:31En gros, il va à faire ensemble.
26:34Le pont d'Irpin n'est pas resté dans l'histoire, c'est une évidence.
26:52Il faisait un froid de canard, il neigeait à moitié,
26:56et cette évacuation, elle a été pour moi d'un choc émotionnel horrible.
27:04Ces petits vieux, dont certains étaient grabataires,
27:13d'autres qu'on était traînés dans des couvertures, c'était d'une injustice ignoble.
27:34Merci beaucoup, merci, merci, merci.
27:38Боже mon, je ne savais pas.
27:40Peut-être.
27:42Faisons de la paix à la paix.
27:48Pour l'homme, je suis un mari de la paix.
27:49Au revoir nos guerres, la paix à la paix.
27:52Seignez, je vous prie.
27:52La paix à la paix.
27:53Les vivants, vous êtes en train de se protéger.
27:55La paix à la paix.
27:56Et le pop est arrivé, complètement inattendu, il se met au bord de la rivière, sur les planches, avec le pont derrière, les cravats, la fumée de l'explosion derrière, noire dans le ciel. J'ai juste appuyé sur le bouton.
28:13C'est une version, c'est une phrase, c'est que les croupes les plus plus, les plus plus plus plus.
28:26J'ai pas entré dans la boîte, j'y arrive pas.
28:56J'ai pas appris à bosser comme ça moi, moi quand je vois quelque chose avant de m'avancer
29:09je regarde si je vais pas rentrer dans le champ de quelqu'un, ça me rend dingue.
29:12Tous ces trucs de Barnum, c'est plus ça les Barnum, les événements où il y a la presse
29:22internationale, ça me rend fou. J'ai jamais aimé ces trucs pour travailler. C'est pour
29:28ça que j'étais toujours fourré au fin fond de la Tchétchénie ou de l'Afghanistan.
29:33Moi il y a moins de monde parce que c'est plus dur. T'es pas à l'hôtel le soir et voilà.
29:43Des moments où je me suis abstenue de faire des photos parce qu'il y avait par exemple
29:46trop de photographes déjà sur place. Par exemple des évacuations de civils d'Irpin où
29:51il y avait dix photographes qui se jetaient sur la première personne qui sortait de l'ambulance,
29:56qui sortait la pauvre dame. Donc là j'ai eu un peu ce moment de déception par rapport à mon métier
30:03et en même temps, on le fait parce que c'est important de documenter tout ça et qu'on
30:08essaie désespérément d'avoir des informations et des choses à montrer.
30:12C'est toujours très délicat, très compliqué de travailler avec plein d'autres gens de la presse
30:16et je sais qu'il y a une image qui a été très décriée dernièrement, celle de Boucha qui était
30:20le contre-champ de tous ces journalistes alignés qui avaient été convoqués par des services comme
30:25l'État a emmené à Boucha et ils sont alignés devant la fosse commune.
30:29C'est sûr que je comprends que ça puisse choquer une petite dame qui n'imagine pas comment ça peut se passer sur place.
30:35Moi je suis le premier à dire je ne veux pas participer à ça et je suis le premier à dire
30:39bah oui mais s'il n'y a que comme ça qu'on peut le faire, il faut le faire.
30:42C'est un problème d'éditing aussi de la part des journaux qui veulent telle image, telle mort dans la rue.
30:51Mais si on dit qu'on a été dans tel petit village qui n'est pas loin de Boucha et les rédactions ici vont dire
30:57eh ben t'as pas été à Boucha donc évidemment qu'il faut y passer.
31:01Voilà et que si on voit une rue avec des morts, vous pouvez regarder les légendes des photos,
31:07c'est un petit village à côté de Boucha.
31:10Malheureusement il y a un grand résumé qui se fait que les ukrainiens ont très bien utilisé
31:19mais il y avait plein d'autres choses à faire et surtout il y a plein d'autres choses à faire en Ukraine.
31:24Guillaume Herbeau va en Ukraine depuis 2001.
31:33Il a parcouru le pays en tous sens de Tchernobyl au Donbass.
31:38Il faut que ça soit chargé quand même.
31:4220 ans de travail, des milliers de photos, des milliers d'histoires, de rencontres et de visages.
31:49Un attachement viscéral à ce pays.
31:52Pourtant le 24 février, jour de l'attaque des Russes, il n'a pas souhaité partir pour couvrir le conflit.
32:01Il y a déjà plus de 2000 photographes sur le terrain.
32:04Je ne vois pas pourquoi moi j'arriverais maintenant, pourquoi je rajouterais la présence d'un photographe sur le terrain.
32:11J'ai pensé d'abord à mes amis et j'ai pensé qui étaient là-bas et j'ai pensé aux personnes que j'ai photographiées.
32:17Ça m'a mis dans un état qui n'était pas bien pour travailler.
32:20Sans exagérer, je me réveillais et je pleurais.
32:23On ne peut pas photographier avec des larmes devant les yeux.
32:26On doit photographier avec du recul et pas mal de sang-froid.
32:31Et donc, ce n'était pas le moment quoi.
32:45Il est un peu...
32:47Par contre, les Noirs, ça va ?
32:49Oui, c'est mieux.
32:50Là, on est dans une ville qui s'appelle Avjifka, dans le Donbass.
32:55C'est une ville stratégique qui, depuis 2014, connaît des combats quotidiens.
33:01Cet homme, il habite à 100 mètres de la ligne de front.
33:05La maison, elle a été touchée deux, trois, quatre fois par des bombes.
33:09Et il continue à vivre là.
33:11Il est tout seul.
33:12Il n'a jamais quitté sa maison.
33:14Et la guerre est devenue son quotidien.
33:21Lui, je l'ai vu deux fois.
33:22Je l'ai rencontré en 2017.
33:24Ça tirait, on entendait les tirs en arrière-plan.
33:27Il me racontait en fait juste sa vie d'artiste.
33:30Il est sculpteur et il était professeur d'art plastique.
33:36Et on a parlé art dans un environnement de guerre.
33:47C'est étrange parce que quand on va sur un terrain pareil,
33:49il y a un sentiment d'éternité dans la photo.
33:52Mais les moments de rencontre sont très rapides.
33:55Mais il y a, je crois que le lien de la photographie est très fort.
33:58Quand il se passe quelque chose dans une photographie,
34:00au moment de la prise de vue,
34:02le rapport qu'on peut avoir avec les gens qu'on a photographiés,
34:04eh bien ça reste.
34:06et c'est des gens qui vivent avec nous.
34:18Quand les chars russes entrent en Ukraine,
34:20les premières images à nous parvenir sont celles filmées par de simples citoyens.
34:24Des images prises sur leur smartphone et mises en ligne sur des réseaux sociaux.
34:34Dorénavant dans l'histoire des conflits,
34:36ce ne sont plus les journalistes ni les photographes professionnels
34:39qui documentent en premier la guerre.
34:41Évidemment qu'on est les deuxièmes témoins
34:46et évidemment qu'on a besoin d'ailleurs des premières images
34:49qui arrivent par les citoyens via leur téléphone portable.
34:51Les premières images les plus intéressantes en Ukraine,
34:54là, pendant l'invasion russe,
34:56c'était les photos faites par les villageois
34:58devant les chars russes qui bloquaient les russes.
35:00C'était des images qu'on avait vues nulle part.
35:02Il n'y avait pas de photographes professionnels et il fallait ces images.
35:05Par contre, nous, on va rajouter
35:11de la contextualisation aux images.
35:14On ne va jamais par exemple publier une image sans une légende,
35:16sans expliquer ce qu'on montre de l'image.
35:19On va forcément faire un portrait mais en parlant à la personne,
35:21en vérifiant les informations que la personne nous dit.
35:23Si ce n'est pas nous qui l'avons vu personnellement,
35:26on est obligé, si c'est quelqu'un qui te le raconte,
35:28on est obligé de trouver encore deux autres personnes.
35:30On connaît, c'est l'histoire des trois personnes,
35:32de regroupement de trois sources d'informations différentes
35:34pour la valider.
35:36Voilà, donc c'est un job, je le dis en regardant la caméra.
35:40Toutes ces images, en direct ou je ne sais pas quoi,
35:43sont un plus qui vient un peu en amont,
35:47qui vient éclairer un petit peu la société sur ce qui se passe.
35:50mais le très grand récit historique, en images,
35:54sera fait par des photographes.
35:56La photo, ce n'est pas un instant.
36:09Cartier-Bresson a dit une connerie dans sa vie, c'est bien ça.
36:12C'est un moment.
36:13Une photo, il y a l'avant, il y a l'après, il y a le hors champ,
36:17il y a tout le travail pour y arriver,
36:19il y a une vie pour arriver à cette photo presque.
36:21Et pour moi, une photo qui est réussie,
36:24c'est une photo dans laquelle le spectateur va rentrer
36:27et ne va pas être capable de sortir tout de suite et trop rapidement,
36:32pour X raisons, par le jeu de cadrage, de champ, de profondeur de champ.
36:36Normalement, il y a des flous.
36:37Il y a une information sur le premier plan,
36:39deuxième plan, troisième plan.
36:40Le premier plan peut être flou.
36:42Et puis, si le premier plan est flou,
36:44le spectateur va devoir passer le premier plan
36:46pour arriver derrière,
36:47pour arriver en quête de l'information
36:49qui peut y avoir plus loin.
36:50Donc, on va un tout petit peu maintenir les gens
36:53dans un temps un peu plus long pour l'image.
36:56La beauté, je pense, de la photographie et du photojournalisme,
36:58c'est que par la beauté et la force de nos images,
37:01on peut toucher un plus grand nombre.
37:03En un coup d'œil, quelqu'un peut être vraiment frappé par une situation.
37:06On peut attirer le regard d'un lecteur sur un article
37:09parce que l'image est très belle ou très forte.
37:12Parce qu'attention, il faut quand même faire des images qui sont belles
37:14mais qui apportent de l'information.
37:15Il y a des russes.
37:18Il y a des snipers.
37:21Ils sont là.
37:23Ils sont là.
37:25Ils aillent des machines, des gens.
37:27S'il vous plaît.
37:29Ils nous font faire un petit tour de ville.
37:30Ils nous montrent les bombardements.
37:31Ils nous font faire un petit tour de ville.
37:32Ils nous montrent les bombardements.
37:33D'Allemagne, vous avez du général, vous avez du général.
37:36Vous avez du général, vous avez du général.
37:37Vous avez du général, vous avez du général.
37:38On a laCI.
37:39Vous avez du général, vous êtes en marche.
37:41Vous avez du général.
37:42Là, nous sommes avec des volontaires qui sont visiblement en mèche avec le maire.
37:49Et on a trouvé ce deal pour qu'ils nous emmènent alors que toute la presse est coincée.
37:54Ils nous font faire un petit tour de ville.
37:56Ils nous montrent les bombardements.
37:57C'est parti ou les russes ?
38:01Toutes les domes ont changé.
38:08C'est le dom, qui nous a cassé le premier.
38:11C'est parti !
38:16Tout, j'ai compris.
38:17Bonne journée !
38:18Bonne journée !
38:20Regardez !
38:21Votre 15h00,
38:24Selvier du secours,
38:26férérérés de la colonne et de la Roumane l'évacuation.
38:29A vous avez beaucoup ?
38:30Nous sommes des enfants.
38:31Nous allons les enfants !
38:32Vous avez des femmes en train de prendre ?
38:35Vous pouvez avec vous ?
38:36Nous pouvons d'aller avec une famille ?
38:37Non, de femmes n'y a pas.
38:41Comme je l'ai abandonné ?
38:42Comme je lui ai abandonné ?
38:44Comment je le laisse ?
38:45Aux autobus ne vous viendront pas,
38:47Les gens qui restent ici, ils s'organisent entre eux, toujours la solidarité humaine, c'est extraordinaire, ils ont leur cuisine dehors, parce qu'il n'y a plus d'eau, plus d'électricité, plus de chauffage, et là voilà, c'est une cuisine communautaire dehors, dans une cité comme on en trouve chez nous, dans nos banlieues.
39:17C'est toujours des moments, c'est extraordinaire de rencontrer avec tous ces gens qui s'organisent, qui se sauvent les uns et les autres.
39:43Toujours, tendance à voir le bon côté de l'humain.
39:59Je quitte cet endroit, je trouvais un monsieur avec une blouse blanche, et je l'attrape, et je dis « mais vous faites quoi, vous êtes qui ? »
40:05Il me dit « je suis médecin, vous logez où ? »
40:07Il me dit « dans un sous-sol, là-bas, sous l'hôpital. »
40:09Noir total, je mets clair avec le smartphone.
40:12Et il ouvre une dernière porte, cave, et là je vois ce vieux monsieur sous ses couvertures, qui est là.
40:20Et je lui dis « mais pourquoi il est là ? »
40:22Il dit « parce qu'il est mourant, parce qu'on ne peut rien en faire, on peut... »
40:28Et on s'en va, on referme la porte, et je me dis « ben voilà, ce type, après sa vie, alors quelle vie il a eue ? »
40:36Il va crever là, comme un rat, au fond de son trou, tout seul.
40:45Là, c'est toute l'humanité qui s'écroule, quoi.
40:47C'est compliqué quand on se trouve devant ces moments-là.
40:50C'est compliqué quand on se trouve devant ces moments-là.
41:20Il y a un problème avec moi de me dire « mais appuie, il fait ses images, quoi. »
41:25Et souvent, c'est très compliqué parce que je suis tout en retenue, quoi.
41:30Quelque part, je me suis conforté à me censurer énormément dans cette vie de photojournaliste,
41:36parce que ça me permettait aussi de garder cette dignité des gens, de ces scènes monstrueuses que j'ai vues.
41:41Je me suis protégé parce que j'ai pas de mal à me regarder le matin dans la glace,
41:45parce que j'ai toujours justement fait attention aux gens.
41:48Le seul souci, c'est que j'aurais pas dû faire ça.
41:52J'aurais dû les faire, ces images qui étaient dures, qui étaient « chocs », entre guillemets.
41:56Et si les soldats américains, quand ils sont arrivés dans les camps en 1945, en Pologne, en Allemagne,
42:02s'ils s'étaient dit la même chose que moi, « non, c'est horrible, je fais pas ces photos-là »,
42:06il n'y aurait pas de témoignage aujourd'hui visuel.
42:09Et il y aurait encore des gens aujourd'hui pour dire « ça n'a pas existé ».
42:12Évidemment, c'est notre rôle de photographe de montrer et de documenter, justement, des atrocités.
42:36D'autant plus des crimes de guerre, comme là, ce qui avait été commis envers les civils aux alentours de Kiev.
42:42Après, je pense que c'est également notre responsabilité, justement, de ne pas trop en montrer ou de le faire avec pudeur.
43:02En tout cas, moi, je sais que la limite que je me suis fixée d'emblée, c'est jamais les visages.
43:06Que ce soit un soldat russe ou un ukrainien ou un civil ou qui que ce soit,
43:10on ne montre pas le visage.
43:13Et je pense qu'il y a deux types de photographies qu'on va faire dans un moment pareil.
43:16C'est des photographies de très près, où on va vraiment faire un travail très minutieux,
43:21presque mécanique, mais où on sait que ces images, on va les garder pour nous.
43:25Ça peut être des documents de crimes de guerre,
43:28ça peut être des documents si un jour il y a vraiment quelque chose à dénoncer ou à prouver.
43:33Donc voilà, par rapport aux atrocités, là, non, je fais les images, quoi qu'il en soit.
43:36Donc il y a différentes manières de faire, ça peut être avec de la distance ou en prenant peut-être des détails.
43:47Je pense que la violence peut être représentée aussi par des choses très douces.
43:51Elle peut être représentée par un portrait, par un témoignage.
43:55Elle peut être représentée par une suggestion.
43:57Et c'est bien d'ailleurs de la suggérer et de la montrer par d'autres choses que la violence.
44:00Parce que sinon, on s'habitue à la violence, on a une accoutumance.
44:03Donc il faut montrer de plus en plus choquant.
44:05Donc il faut trouver d'autres manières de montrer la violence aussi.
44:08Ce qu'il faut montrer, c'est la violence de la guerre.
44:10Et la violence de la guerre, ce n'est pas simplement quelqu'un de mort,
44:13c'est quelqu'un qui vivait et qui vivait dans le cadre dans lequel on évolue aujourd'hui tous.
44:19Et en photo, je pense qu'en faisant un pas en arrière,
44:21en essayant de faire rentrer dedans la vie normale, en fait,
44:25ou l'arbre, la maison, en fait, ce qui a pu se passer avant,
44:31on arrive à raconter des choses qui sont bien plus dures que simplement « voilà un mort ».
44:36Ce qui est réellement choquant, c'est que cette personne est allongée dans un jardin.
44:43Dans son jardin, il y a quelqu'un qui a pris une balle dans la tête.
44:55J'ai vu beaucoup de morts, j'ai couvert pas mal de guerres,
44:59et je ne sais pas du tout comment je gère toutes ces images et toutes ces ambiances.
45:07J'ai vécu une expérience peut-être un peu traumatisante au Yémen,
45:11où il y avait une petite fille qui avait reçu une balle dans la tête
45:15et qui avait été laissée seule sur un champ opératoire,
45:19enfin, sur un brancard en métal, un peu comme cette table,
45:23qui avait une dizaine d'années, qui allait mourir, mais qui n'était pas morte,
45:27et qui avait les yeux grands ouverts, et qui était en hyperventilation,
45:30et qui était toute seule.
45:31En fait, dans une grande pièce, il y avait eu des bombardements,
45:36et pour X raisons, elle était toute seule,
45:37et je ne l'ai pas prise en photo, je l'ai pris la main,
45:39et elle me regardait, je ne sais pas si elle me voyait, etc.
45:43et ça a duré assez longtemps jusqu'à ce que je croise le regard de quelqu'un d'autre
45:48et que je dise qu'on ne pouvait pas laisser un enfant mourir seul, en fait.
45:57J'ai regretté de ne pas avoir fait de photo.
45:59Juste le seul respect que je pouvais lui montrer,
46:02c'était de prendre une photo pour essayer de transmettre son regard
46:04et montrer que c'était ça, la guerre,
46:06de se passer à un enfant qui a une balle dans la tête, la guerre.
46:13Et il m'arrive souvent, plusieurs mois après,
46:16de retomber sur des reportages, rééditer un reportage,
46:18et me dire, waouh, j'ai vu ça.
46:25J'ai vu un enfant comme ça.
46:27Ça me semble complètement absurde.
46:29Enfin, ça me semble complètement irréaliste, en fait.
46:31Donc j'ai vraiment, sur le moment, une vraie concentration,
46:36une mise à distance.
46:37Je ne suis pas du genre de m'effondrer le soir, du tout.
46:40Ce qui ne veut pas dire que, là, en Ukraine,
46:43je commençais à faire des cauchemars.
46:46Voilà, c'était moche, quoi.
46:47Mais c'est peut-être pour ça que j'y vais aussi,
46:50pour me rendre compte que la vie,
46:52ce n'est pas simplement s'acheter des nouvelles baskets
46:55et puis essayer de gagner plus de pognon
46:57et avoir une nouvelle bagnole.
46:59Sous-titrage Société Radio-Canada
47:29Tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai vu comme horreur,
47:40je le sais, je ne les ai pas effacés
47:42parce que je ne peux pas les effacer.
47:43Mais ça ne me tournicote pas la tête
47:46parce que sinon, voilà,
47:48je finis en hôpital psychiatrique, c'est une évidence.
47:50Donc j'ai vraiment cette capacité à...
47:53J'efface.
47:59Mais par contre, effectivement,
48:02j'ai des petits flashs de temps en temps qui arrivent,
48:05jour ou nuit, mais je les efface tout de suite
48:07parce que je sais que ce n'est pas possible.
48:08Je vois mes enfants mourir,
48:11qui ont 31 ans et 26 ans aujourd'hui.
48:13Donc j'ai reporté certainement
48:16toute cette violence, toutes ces horreurs.
48:18J'ai reporté sur eux,
48:19qui sont évidemment les êtres les plus chers
48:22dans la famille.
48:23Moi, j'ai la chance,
48:25c'est que j'ai cette famille
48:26qui a été mon ciment.
48:28C'est évident que s'ils n'avaient pas été là,
48:31j'aurais poussé plus loin le bouchon,
48:33j'aurais forcé le trait
48:36et je serais allé trop loin.
48:37Donc soit je ne serais plus là
48:38ou soit je serais certainement devenu fou,
48:41je pense que c'est possible, oui.
48:42Je me sens bien d'être à Paris,
49:01en famille.
49:03Je me dis qu'on a une chance incroyable
49:04d'être dans un pays en paix.
49:07Et puis je pense aux gens
49:08que j'ai photographiés.
49:09je pense aux douleurs.
49:15Et puis je plonge dans mes photos.
49:17Et c'est ça qui m'aide en fait
49:19à reprendre la vie normale.
49:25Mais c'est compliqué parce que
49:27en fait j'ai plein d'images en tête,
49:28mais peut-être que la dernière image que j'ai,
49:30c'est un enfant
49:32qui est dans sa chambre,
49:36qu'il partage avec sa mère
49:38et l'ambiance est jaunâtre.
49:41C'est très vétuste,
49:42l'hélice en recouverture chaude
49:44parce que le chauffage,
49:46il n'y a pas beaucoup de chauffage.
49:48Et il a un téléphone portable entre les mains,
49:50la lumière éclaire un peu son visage.
49:53Il est en train de jouer
49:53comme n'importe quel gamin
49:54à un jeu vidéo.
49:56Il vit à 500 mètres
49:58de la ligne de front.
50:01Avant, il vivait de l'autre côté,
50:02du côté séparatiste avec sa mère.
50:04Il était tout petit
50:04quand sa mère a été enlevée
50:06par les séparatistes
50:07et il a été enlevé avec elle.
50:09Et il s'est retrouvé
50:11dans une cave avec elle
50:12et elle a été tabassée devant lui.
50:16Elle a eu une simulation d'exécution
50:18avec un revolver.
50:20Quand il va à l'école
50:21ou quand il revient de l'école,
50:22il a peur d'avoir des balles perdues.
50:25Et en même temps,
50:26il continue à être un enfant.
50:27Il est là avec son téléphone portable.
50:29Après cinq semaines en Ukraine,
50:47Éric Bouvet ramène à la rédaction de Polka
50:48une sélection d'une bonne centaine de clichés.
50:52Si pour ce premier voyage,
50:53Vassil lui a glissé entre les doigts,
50:55Éric ne s'avoue pas vaincu.
50:58Justement, je vais t'annoncer
50:59quelque chose que tu n'es pas au courant
51:00mais du coup, je repars.
51:02Oui, mais ça,
51:03c'est ce que j'attendais de ta part.
51:05Merde, c'est pas une surprise.
51:06J'en attendais pas moins.
51:09Et là, Vassil, il est où en ce moment ?
51:10Je sais pas.
51:11Avec son unité.
51:11Je sais pas.
51:12Moi, je les ai lâchés au nord.
51:13Ils m'ont dit que...
51:14Je l'ai eu, je ne suis plus
51:15il y a deux ou trois jours.
51:15Ils m'ont dit qu'ils se reposaient
51:16et que je ne sois pas pressé.
51:19Je lui ai dit dans aucun jeu.
51:20Elle m'a dit
51:21« Ouais, c'est certainement parfait. »
51:22Pas qu'ici.
51:27Il y a des moments chocs comme...
51:29Ces types qui sont accusés
51:30d'avoir été des pilleurs
51:31qui se retrouvent, comment dire,
51:34scotchés à des poteaux
51:36par des militaires.
51:37Et nus, oui.
51:38Et nus.
51:39Ça, ces photos-là,
51:40je sais pas si on les...
51:42Je pense pas d'ailleurs
51:42qu'on la publiera.
51:43Moi, je la sortirais
51:44parce que, quelque part,
51:45c'est aussi dénoncé le fait
51:47que, ben voilà, on sait bien,
51:49il n'y a pas de guerre propre,
51:50tout est sale.
51:51Et nous, notre rôle
51:54avec les photojournalistes,
51:56c'est de chaque photo
51:57qui est sensible, difficile,
51:59déjà, elle fait débat
52:01autour de nous,
52:02on en parle aux photographes,
52:03et elle doit ensuite,
52:05c'est le lecteur
52:06qui va prendre le relaissé,
52:08lui, le lecteur seul,
52:09qui va être face à cette image,
52:11et c'est à nous
52:12de lui mettre sur la table
52:14tous les éléments nécessaires,
52:15tangibles, palpables,
52:17et les informations
52:18essentielles
52:19pour qu'il puisse accepter
52:21de la regarder
52:22et de ne pas décrocher
52:24et de tourner le magazine
52:26ou le livre
52:26en fonction de son exposition,
52:28et que finalement,
52:29il passe à autre chose
52:30et donc, on a perdu le lecteur.
52:31Si on perd le lecteur,
52:32on a tout perdu.
52:40Une semaine plus tard,
52:42Éric repartait en Ukraine,
52:44à ses frais.
52:45Il s'était fait la promesse
52:48de retrouver son ami Vassil,
52:50et Éric Bouvet
52:51est un homme à tenir parole.
52:57Eh bien voilà,
52:57je retrouvais Vassil
52:58après un mois d'attente,
53:01donc plus de traces des Russes,
53:03ils nous ont traversé
53:03ces villages
53:05qui ont été libérés,
53:07où les Russes sont partis,
53:10de même visiblement,
53:11il y avait eu des combats
53:12sur certains villages,
53:13et c'est extrêmement touchant
53:15de voir tous ces gens
53:16sur le bord de la route
53:17faire des signes,
53:19les saluer,
53:20les remercier,
53:21donner de la nourriture.
53:23J'ai surnommé ça
53:23un petit peu
53:23la route de la liberté
53:24puisqu'on remonte vers le nord.
53:26C'est, voilà,
53:27ça rappelle des images d'antan.
53:33C'est historique, quoi.
53:34C'est un monde qui va changer.
53:36Je ne sais pas
53:36si les gens se rendent compte,
53:37mais ils vivent
53:38certainement peut-être
53:39le moment le plus historique
53:40de leur vie aujourd'hui.
53:41Sous-titrage MFP.
54:11Sous-titrage MFP.
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